TOUCHER
Le toucher est un sens général, parce qu'il peut s'exercer ordinairement par toute la surface du corps et que les nerfs qui le desservent, loin d'être des nerfs particuliers, sont constitués par l'ensemble des nerfs périphériques aboutissant à la peau.
Chez tous les animaux à complication organique un peu grande, il existe, outre le toucher vague de la presque totalité de la surface de l'individu, un toucher plus délicat, localisé dans la peau de certaines régions ou aux extrémités de certains organes, tels, par exemple, que les doigts de la main humaine, les lèvres dç
beaucoup de Mammifères, le bout de la trompe de 1 éléphant, la base des poils des moustaches des chats, des rayons de nageoires ou les barbillons de nombreux Poissons, etc.
Chez les Vertébrés, la peau se compose de deux tissus superposés, Y épidémie et le de^vne.
L'ÉpiDERME est un tissu cellulaire ectodermique appartenant à la catégorie des épithéliums ; il se moule sur les élévations et les dépressions du derme sous-jacent. De nombreux éléments superficiels sont des productions épidermiques, les ongles et les sabots, la corne, le bec des oiseaux, les poils, les plumes, la partie superficielle dure des écailles des Reptiles, etc.
L'épiderme est souvent incolore ; quand il est coloré, sa teinte est due à un pigment, matière granuleuse grisâtre, noire ou brune, occupant les cellules des couches épidermiques profondes de certaines régions ou de la totalité du corps, comme chez les races humaines de couleur ' .
L'épiderme de la grenouille, dont on peut facilement détacher des portions superficielles, pour l'observation microscopique, en raclant la surface de la peau avec un scalpel, est très mince et formé d un petit nombre de couches de cellules (fig. 4, a et fig. 19, e). Comme celui de tous les Vertébrés, il est divisible en une zone
1. Chez beaucoup d'animaux (Beptiies, Poissons), le pigment est dermique. Chez k grenouiUe il existe ï. la fois dans l'épiderme et dans la sone superficielle du derme.
supérieure comée et une zone profonde muqueuse. Les cellules de la zone comée sont ici plates, nettement nucléées et à contour plus ou moins rhomboïdal.
L*épiderme de tous les Vertébrés est sujet à un renouvellement très actif. Les parties superficielles meurent et tombent, tandis que de nouvelles couches cellulaires viennent les remplacer. Les vieilles couches de Tépiderme se détachent par grandes lames chez la grenouille et Ton en trouve toujours des lambeaux flottant sur Teau où Ton conserve ces animaux. Comme nous allons le voir, les éléments cellulaires de Tépiderme plongent par refoulement dans le derme, en une infinité de points, pour former Tépithélium sécrétoire des glandes de la peau.
Derme. Considéré d'une façon générale, chez les Vertébrés, le derme, d'origine mésodermique, constituant le cuirànns les peaux tannées, est formé de faisceaux de fibres conjonctives, entrecroisés, comme feutrés, accompagnés de fibres élastiques. Il renferme des fibres musculaires lisses. Il est de plus, parcouru par de nombreux vaisseaux, par conséquent vasculaire, et par de nombreux ramuscules nerveux et, par suite, très sensible.
On observe dans 1 épaisseur du derme des Vertébrés des glandes de diverses natures, souvent en grand nombre et dont Tépithélium sécrétoire doit être considéré comme un prolongement de Tépiderme. Nous citerons rapidement : les glandes sudoripares qui , chez les Mammifères, sécrètent la sueur, les glandes sébacées, produisant la sécrétion grasse de la peau, les mamelles,
les glandes odorantes de beaucoup d'animaux , des glandes sécrétant des liquides acres et vénéneux, etc. Le derme de la grenouille (fig. 19, d) est de structure très simple. Les faisceaux de tissu conjonctif courent horizontalement et obliquement; il n'offre de fibres
Figttre 19.
COUPS TKBTICALB DB LA PKAU DB LA OBBHOUILLB.
Gr. 300. (D'après nature.)
£, épidémie.
P, chromoblastes en partie contractés.
DDD, derme.
OG, grande et petite glandes cutanées.
musculaires que dans la paroi de quelques formations glandulaires. On observe, dans son épaisseur, deux espèces de glandes; les unes, petites, sont répandues en grande quantité dans toute la peau, et ne se composent que de petits sacs sphériques sécrétant vraisemblablement le liquide visqueux qui maintient la surface de la
Figure 20.
peau humide. Les autres , beaucoup plus grandes , oviformes, sont munies d'une couche de fibres musculaires longitudinales. Des glandes cutanées analogues forment dès groupes considérables en arrière de la région de
Toreille chez les crapauds et les salamandres et produisent le liquide extrêmement vénéneux qui sert d'arme défensive à ces animaux*.
Dans Tépiderme de la grenouille, mais principalement en dessous de ce tissu, dans la zone dermique la plus superficielle, existent, en abondance, des cellules pigmentaires contractiles, les chromoblasies (fig. 20). Ces éléments cellulaires dont le contenu protoplasmique est
dilatés et vus par transparence au chargé de pigment d'un brun
(GrnXXÏÏror.. fo^cé presque noir, peuvent se ramasser sur eux-mêmes ou s'étaler, en émettant de nombreux prolongements irréguliers et ramifiés. De là, suivant les circonstances, des changements marqués dans la teinte de la peau, changements qui rappellent un peu ceux qu'offrent le
OHBOMOBLABTBS DB LA PBAU DX LA OBBNOUILLB,
1. Pour Texplication de ce que c'est qu'une glande en général, voir or^anet técrétoiret, { 27 de ce chapitre.
caméléon parmi les Reptiles et les céphalopodes parmi les Mollusques.
La structure de la peau étant connue, disons un mot des éléments nerveux qui la transforment en organe du toucher. Chez les Mammifères, la surface périphérique du derme, en contact avec Tépiderme, présente de nombreuses éminences ou papilles. Les unes, vasculaires, renfermant un ou deux capillaires sanguins s'y recourbant en anse; les autres, nerveuses, dans lesquelles des fibres nerveuses viennent se terminer dans des corpuscules spéciaux, appelés corptcsciUes du tact. Les papilles nerveuses sont moins nombreuses que les papilles vasculaires. Les corpuscules du tact sont surtout accumulés dans les régions à toucher délicat.
Quant à la sensibilité tactile générale, elle s'explique parfaitement parce fait que les nerfs de la peau envoient vers la surface du derme d'innombrables filets qui s y résolvent en un réseau à mailles étroites.
Chez les Amphibies, Leydig a signalé des corpuscules analogues aux corpuscules du tact dans les papilles du renflement volumineux ou brosse copulatrice du premier doigt du mâle de la grenouille. Nous préférons ne pas nous arrêter à ce détail, pour insister sur des dispositions plus générales.
Chez les formes larvaires, les têtards, les nerfs cutanés se terminent sous ou même en partie dans la couche profonde de Tépiderme, et cela de deux façons principales : P réduits à de simples fibrilles nerveuses primitives, ils constituent des réseaux ou plexus en connexion
avec de très petits corpuscules sans noyaux, granuleux, munis de prolongements et situés entre les cellules épidermiques profondes * ; 2** quelques nerfs viennent se terminer dans des organes particuliers que Ton a rangés dans la catégorie des organes de sensations spéciales, ou organes du sixième sens.