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CŒUR SANGUIN, CIRCULATION DU SANG

L'organe propulseur du sang le plus simple serait un vaisseau dont la paroi musculaire offrirait, à intervalles réguliers, des contractions cheminant graduellement d*une extrémité jusqu'à l'autre; à peu près comme, lorsque serrant entre les doigts un tube de caoutchouc, nous faisons glisser la main le long de ce tube.

Tel est, avec quelques modifications, l'organe qui met le sang en mouvement chez les insectes et bien d'autres animaux. Mais on observe souvent une localisation beaucoup plus marquée; ainsi, chez tous les crâniotes ou pachycardes, la portion fortement contractile de l'appareil circulatoire, le cœur, prend la forme d'une poche à parois musculaires, située au confluent d'une série de vaisseaux dont les uns, appelés veines*, amènent le sang des tissus vers le cœur, et dont les autres, nommés artères, renferment le sang chassé du cœur vers les tissus.

De petits replis des parois garnissant les orifices cardiaques des vaisseaux et ne pouvant se rabattre que

1 . Ce n'est pas la nataro du sang qui circule dans un vaisseau qui détermine le nom de ce dernier, mais la direction que suit le liquide. Ainsi, des Tdnes, comme les veines pulmonaires, renferment du sang artériel. Il est donc important de retenir qu'une veine est un vaisseau où le cours du sang est centripète et une artère un vaisseau où le cours du sang est centrifuge, quâUêi que êoitnt kê quaUtét de ce ttmg.

Figue 30.

APPABKIL CIBCULATOIBB DB LA OBBNOUILLB.

A , cœur vu par la face Tcnlrale et système artériel ; — o o, oreillettes ; — T, Tcntricule ; b, bulbe aortiqae ; — 1, l""® branche ; — 2, 2« branche ou mrc aortiqne ; — 3,3® branche ou cutanéo pulmonaire ; — aI, artère linguale ; — Ac, artère carotide ; ap, artère pulmonaire ; — Acrt^ artère cutanée ; — AêCf artère sous-clarière ; — % confluent des deux arcs aortiques ; — cm, artère cœliaco-mésentérique pour le tube digestif; - i, anse intestinale ; — B, artères rénales ; — ai/, artère iliaque.

B, cœur tu par la fiice dorsale et troncs veineux qui y aboutissent ; — o o, oreillettes ; — v, ventricule ; — ycs, veines caves supérieures ou antérieures ; — yei, veine cave inférieure ou postérieure ; — vA, veines hépatiques ramenant, le sang du fuip ; — vp, veines pulmonaires ; - bv, sinus veineux.

dans des directions déterminées et constantes, les valvides font fonction de soupapes et obligent le sang qui traverse le cœur à suivre constamment la même route.

Le cœur des Vertébrés est , de plus, partagé par des cloisons en plusieurs parties à fonctions distinctes. Chez la grenouille, le cœur situé, comme nous l'avons vu, derrière le sternum, est ovoïde et coupé transversalement par un sillon qui le divise en deux moitiés : une antérieure globuleuse et une postérieure conique.

L'antérieure, à parois relativement minces, est divisée au dedans par une cloison longitudinale. Les deux poches que sépare ainsi cette cloison, sont lesoreillelles. Il existe donc une oreillette droite et une oreillette gauche (fig. 30, oo).

La portion postérieure, à parois musculaires épaisses et à cavité unique, est le ventricule (fig. 30, v).

Les deux oreillettes communiquent avec le ventricule et des replis valvulaires situés aux orifices ne permettent la marche du sang que des cavités auriculaires vers la cavité ventriculaire.

Dans l'oreillette droite aboutit, par un lai^e et court canal à parois contractiles , nommé sinus veineux (fig. 30, B, sv), l'ensemble des grosses veines du corps lui amenant le sang veineux de la tête, des membres et du tronc, ainsi que celui qui revient du tube digestif après avoir passé par le foie. L'oreillette droite est donc veineuse.

Dans l'oreillette gauche s'ouvrent deux veines amenant le sang artérialisé par le contact de l'air dans

les poumons. L'oreillette gauche est, par suite, artérielle.

Des oreillettes , le sang passe dans le ventricule chaîné, en se contractant , de chasser les deux sangs, artériel et veineux, vers les organes.

Un seul tronc, mais large, contractile, partagé intérieurement en deux canaux par une cloison longitudinale incomplète, est destiné à la sortie du sang. Il porte le nom de bulbe aortique et naît du ventricule sur sa face inférieure , non loin du sillon et vers la droite (fig. 30, A, b). Le bulbe aortique se divise bientôt en deux branches dont nous décrirons la structure et les subdivisions plus bas.

La période de contraction des parois du cœur prend le nom de systole (auaréX^w, resserrer); la période de relâchement est la diastole {iiOLfSTiXk(ù,à\\2A.ev). Les contractions sont rythmiques, c'est-à-dire ont lieu à intervalles égaux.

Sur un cœur de grenouille vivante , mis à nu par Tablation du sternum et la suppressipn d'une enveloppe membraneuse mince , le péricarde , qui l'entoure , on peut constater que la contraction n'est pas simultanée dans toutes les parties; mais que, comme dans le cœur tubulaire dont nous avons parlé précédemment , elle constitue une véritable onde progressant dans un sens déterminé , commençant ici au sinus veineux pour se terminer par la bulbe aortique.

On observe, en effet, la succession suivante ;

Y Contraction du sinus vemeux;

2^ Systole simultanée des deux oreillettes , suivie presque immédiatement de :

3^ La systole du ventricule (pendant la systole, le ventricule devient pâle, conique, et sa pointe se porte en avant) ;

4*» Une faible contraction du bulbe aortique succédant à la systole énergique du ventricule ;

5® Une pause, précédant une nouvelle contraction, et ainsi de suite.

De nombreuses causes que nous ne pouvons énumérer ici modifient le nombre des pulsations dans un temps donné, leur forme, etc. Le nombre des battements du cœur, par minute, varie aussi considérablement d'une espèce animale à Tautre.

Chez les animaux à sang chaud, le cœur ne tarde pas à s arrêter après Touverture de la poitrine ; mais, chez la grenouille, les mouvements persistent. Il y a plus, si Ion sépare complètement un cœur de grenouille du corps, par conséquent des nerfs qui s'y rendent, si on le place dans un verre de montre en le plongeant dans un peu de sérum ou dans une solution faible de sel marin , il continue à battre régulièrement pendant plusieurs heures.

Phénomène encore plus singulier : si, à Taide de ciseaux, on détache de petits fragments du sinus veineux, des oreillettes et du ventricule, on observe que ces fragments isolés se contractent d'une manière rythmique; excepté ceux provenant de la pointe du yentricule. Cette propriété curieuse de la persistance

fies contractions musculaires du cœur, en dehors de toute action des centres ner^ eux cérébro-spinaux, tient, comme on Ta démontré, à la présence, dans les parties contractiles, de petits ganglions ou groupes de cellules nerveuses fonctionnant comme de petits centres neryeux indépendants, automoteurs.

Revenons aux vaisseaux qui émanent du cœur : nous avons vu que le bulbe aortique cloisonné intérieurement dans le sens longitudinal par un septum incomplet , se divisait en deux troncs, un droit et un gauche. Chacun d^eux, subdivisé au dedans, par des cloisons en trois canaux, donne trois branches artérielles faisant suite aux canaux en question.

La première branche, de chaque côté, se rend à la tète sous le nom de carotide et fournit par ses rameaux du sang à lencéphale , aux organes des sens céphaliques, à la région buccale (fig. 30, A, 1).

La branche moyenne (fig. 30, A, 2) se recourbe en crosse sous le nom A' arc aortique, donne une artère au membre antérieur correspondant, se porte dorsalement vers la colonne vertébrale et s'unit, sur la ligne médiane, avec sa congénère provenant du côté opposé, pour donner lieu à un vaisseau unique, Y aorte. L'arc aortique de gauche fournit, en outre, peu avant l'anastomose, une branche importante destinée à l'estomac et à'I'intestin moyen * .

1. Ce sont les ramifications de cette branche artérielle que l'on obsenre dans répaisseor du mésentère, accompagnées de veines mésenlériqaes rame* nant le sang Teineux de l'intestin.

L'aorte suit la face inférieure de la colonne vertébrale en donnant des artères aux parois du tronc, aux reins, aux organes génitaux , à l'intestin terminal, puis enfin se bifurque en se partageant en deux troncs pour les membres postérieurs.

La troisième branche émanant du bulbe artériel, branche cutanéo-pulmonaire (fig. 30, A, 3), fournit une artère cutanée pour les parties superficielles de la tète, pour la peau de la région antérieure du tronc et, comme vaisseau principal , V artère pulmonaire, se rendant au poumon correspondant * .

A priori, il semble résulter du fait que les deux oreillettes s'ouvrent dans le ventricule unique, que tous les vaisseaux que nous venons d'énumérer doivent recevoir à la fois un mélange de sang artériel et de sang veineux. En réalité, cependant, les choses ne se passent pas ainsi ; les deux sangs ne se mélangent que vers le milieu de la

1 . Pour bien Toir les vaisseaux, il faut les injecter, c'est-à-dire les remplir d'one matière colorante. L'injection des artères de la grenonille est très fiMdle : sur une grenouille tuée à l'eau chaude, comme il a été dit au début de ce chapitre, on abat avec des ciseaux la pointe du ventricule du cœur. On introduit par la plaie la canule d'une petite seringue dans le Tentricule, ensuite dans le bulbe aortique. On fixe celui-ci autour de la canule avec une ligature ; puis, la grenouille étant maintenue dans l'eau chaude, on pousse avec précaution un mélange de gélatine fondue et de matière colorante : vermillon ou bleu de prusse. La grenouille est ensuite plongée dans l'eau froide jusqu'à ce que la gélatine soit solidifiée.

L'injection du système veineux se fidt en introduisant la canule au travers du ventricule et de l'oreillette droite, jusque dane le sinus veineux.

durée de la systole ventriculaire. De plus, la position de l'orifice du bulbe aortique par rapport à l'oreillette droite ou veineuse, de légères difl'érences dans la résistance opposée à l'entrée du sang dans les diverses subdivisions artérielles du bulbe, et quelques autres petits détails de structure pour lesquels il nous faudrait une longue description, amènent un triage naturel : au début de la systole, le bulbe se remplit de sang exclusivement veineux qui se rend par les artères eu tanéo-pulmonaires, en partie à la peau, en partie aux poumons. Au milieu de la systole, le ventricule chasse du sang mélangé qui passe dans les arcs aortiques et l'aorte. A la fin de la contraction, il sort du cœur un reste de sang artériel pur par les carotides.

En résumé, la circulation de la grenouille est double, le sang passant deux fois par le cœur. On peut représenter les faits comme suit :

Entrée du sang yeineax dans l'oreillette droite, de là dans le Tentricule.

PbBMIKB PAB8A0B.

!k rétat Teînenx, rers la peau et les ponmons ; mélangé au sang artériel, rers le tronc et les membres, par l'aorte.

Retour dn sang artérialisé venant des poumons, pénétration dans Toreillette gauche, de Ih dans le rentricule.

DlUXlàMB PA88A0B.

mélangé au sang veineux, vers le tronc et les membres, Sortie { par Taorte ;

h rétat artériel pur, vers la tête, par les carotides * .

1. Chez les Poissons, le c<eur ne comprend qu*nne seule oreillette veineuse

Capillaires. Nous avons dit que le sang revient des oi^anes vers le cœur par les veines et nous venons de décrire brièvement la disposition des artères. Il nous faut compléter ces notions par quelques indications sur la manière dont le sang passe d*un groupe de vaisseaux dans Tautre.

Les artères qui pénètrent dans les organes se subdivisent en rameaux et ramuscules, enfin en ramifications très ténues et à parois excessivement minces, constituant les capillaires. Ceux-ci forment, entre les éléments des divers tissus, un réseau vasculaire souvent très serré d'où naissent, à leur tour, des ramuscules à

répondant k Toreillette droite de la grenouille, et un seul ventricale. Le sang ne passe qn'ane seule fois par le cœur k Fétat Teinenx ; il ne renent pas au cœur après avoir trarersé Tappareil respiratoire ; mais se rend directement dans Taorte qui reçoit ainsi dn sang artériel pur.

Ches les Reptiles, les CrooodlUena exceptés, la structure du cœur rappeUe ce qui existe ches les Amphibies. Ches tous, du reste, il y a plus ou moins mélange des deux sangs.

Chei les Oiseaux et les Mammifères, une cloison complète divise la portion TentricuUdre en deux ventricules distincts : Vun veineux, l'autre artériel. L'aorte n'a qu'une racine émanant du ventricule artériel seul. Le sang passe deux fois par le cœur, sans aucun mélange. Le système circulatoire artériel ne reçoit que du sang artériel pur.

On peut résumer ces particularités de la façon suivante :

Circulation simple Poissons.

Circulation double incomplète (avec mélange partiel des j Amphibies, deux sangs) \ Reptiles.

Oiseaux.

Circulation double complète.

Mammifères.

diamètre un peu plus fort, puis de ces derniers des veines où le sang sortant des organes s*engage pour 4'etourner au cœur. Il y a donc continuité entre les artères et les veines par l'intermédiaire des capillaires. Les artères ou les veines proprement dites ne sont que des organes de transport ou de distribution. Les capillaires ont un rôle d une valeur physiologique bien plus grande. Eu efi'et, en raison de la minceur de leurs parois, ils sont le siège de tous les échanges de substances gazeuses ou autres entre le sang et les tissus de Tanimal.

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