partie antérieure. À la base de la tête se voient suc
(1) Voir cet ouvrage, tom. Il, pag. 209.
cessivement, des appendices membraneux et quelquefois frangés, les tentacules, et les pédoncules à l'extrémité desquels les yeux sont placés; les tentacules sont placés entre ces derniers et les appendices membraneux, et sur un plan un peu inférieur. Une membrane ornée de filaments tentaculiformes s'étend des pédoncules oculiféres jusqu'à la partie postérieure et supérieure du pied. Ce dernier est assez grand, de forme oblongue, sans sillon marginal à sa partie extérieure (pl. 37, fig. 20, 21, et pl. 38, fig. 4).
La cavité branchiale ne contient qu’une seule branchie ; mais celle-ci est, pour ainsi dire, double, étant divisée par une cloison médiane, sur les deux faces de laquelle s'implantent les feuillets branchiaux (pl. 38, fiasles 6):
Un des bords de cette branchie est parcouru par l'artère branchiale à laquelle viennent aboutir deux gros troncs veineux (fig. 4, 7, 4); la veine branchiale longe l’autre bord et se porte ensuite en arrière pour se rendre au cœur (fig. 4 et 14, g').
Ce dernier organe présente une conformation fort singulière et bien différente de celle que nous avons rencontrée dans les Mollusques dont nous nous sommes déja occupés. La veine branchiale forme, à son extrémité postérieure, une dilatation dont un des bords est comme frangé (fig. 14, 15, à); cette dilatation est séparée, par un rétrécissement, d’une autre dilatation bien plus considérable qui enveloppe l’intestin et que nous regardons comme l'oreillette proprement dite (même fig., w); enfin, à celle-ci est
annexée une troisième dilatation de forme allongée, libre par une de ses extrémités et se continuant, par l’autre, avec un vaisseau d’un calibre assez grêle (même fig., v, ©); cette dernière partie nous paraît devoir être considérée comme le ventricule, et le vaisseau qui en naît, comme l'aorte. Nous n'avons bien pu suivre la distribution du système artériel , mais nous croyons qu'elle ne diffère pas essentiellement de celle que nous avons déjà décrite dans d’autres Gastéropodes.
Le tube digestif présente aussi une disposition trésremarquable dans les Turbos. La masse buccale est allongée et un peu renflée à sa partie postérieure (fig. 2, 3); sa cavité est remplie par une langue semblable à celle des Littorines, et munie, comme dans celles-ci, d’une plaque cornée et d’un ruban lingual qui se prolonge en arrière, en contournant lœæsophage (fig. 2,3, 4, l). La plaque cornée qui recouvre la langue est hérissée de petits prolongements spiniformes à son extrémité antérieure (fig. 5, 6). Le ruban lingual présente beaucoup d’analogie avec celui des Littorines ; mais, les pièces cornées qui le constituent différent un peu par leur forme, comme le montrent nos figures (fig. 7, 8, 9, 10, 44, 42). L'œsophage a son origine en dessus et à la partie antérieure de la masse buccale; la premiére portion de ce canal, d’un calibre très-large, à parois plissées et finement striées intérieurement, constitue une sorte de pharynx auquel fait suite lœsophage proprement dit (fig. 2, 3, 4, æ); celui-ci, d’un calibre beaucoup
moindre, se dirige presque directement en arrière jusqu’à l'estomac (fig. 2, 3, 4, e’). Ce dernier organe représente une vaste poche à deux compartiments bien distincts : l’un, de forme oblongue et terminé par un petit cul-de-sac en arrière (fig. 2, e, e); l'autre, séparé du précédent par une demi-cloison, et constituant une cavité en spirale, comme la coquille d'une hélice (fig. 2, e, et fig. 13); c’est cette portion spiroïde de l’estomac qui se voit en dedans de la masse viscérale (fig. 4, e), et qui a été prise à tort pour la continuation de la langue par Cuvier, et pour une parte de l'appareil générateur, par d’autres anaiomistes.
L'intestin naît de l'extrémité antérieure de la premiere portion de l'estomac. Il se porte d’abord en avant, jusqu'à peu de distance de la masse buccale, s'infléchit ensuite en arrière et, arrivé à gauche de la poche stomacale, il forme une seconde inflexion pour se diriger de nouveau en avant, et aller se terminer dans la cavité branchiale (fig. 4, 2,4, x, a). Le rectum est renflé dans presque toute son étendue, comme chez les Littorines.
Nous n'avons pas trouvé de glandes salivaires sur les côtés de la masse buccale; mais les parois de celle-ci présentent en arrière une masse feuilletée qui nous parait tenir lieu de ces organes (fig. 4).
Le foie, d’un jaune verdâtre, est comme dans les Littorines (fig. 4, f).
L'appareil générateur des Turbos diffère beaucoup de celui des Pectinibranches, tel que nous l'avons
décrit dans les Littorines. Sur tous les individus que nous avons examinés, nous avons trouvé, le long du foie , un organe d’une structure granuleuse (fig. 4, o), communiquant, par un canal dont nous n'avons bien pu reconnaitre la disposition, avec un utérus qui vient s'ouvrir à la partie postérieure de la cavité branchiale (fig. 4, w), et dont les parois mternes sont recouvertes de villosités très-prononcées (fig. 16, 17 ). D'après cela, faut-il admettre avec M. Quoy, que les turbos sont des Mollusques hermaphrodites, semblables aux Haliotides , aux Fissurelles, aux Parmophores, etc., c'est-à-dire n'ayant de bien apparent que le sexe femelle, et pouvant se suffire à eux-mêmes ? Sur l’espèce dont nous donnons l'anatomie, le Turbo scabre, nous avons trouvé l'organe postérieur, qui est accolé au foie, tantôt d’une couleur rosée, tantôt d’un blanc jaunâtre (1), ce qui nous porte à croire que cet organe pourrait bien avoir des fonctions différentes, être un testicule sur certains individus et un ovaire dans d’autres ; mais, dans ce cas, les Turbos seraient des Gastéropodes dioïques bien différents de ceux qui offrent cette disposition de l'appareil générateur. Ce point d'organisation nous semble done demander de nouvelles recherches qui devront être faites sur des animaux frais, et à l’époque où ces Mollusques se reproduisent.
L'organe de la viscosité ou de la dépuration urinaire
(4) M. Quoy a aussi indiqué la différence de coloration qu'offre cet organe, dans la description qu’il a donnée du Turbo marbré.
occupe le fond de la cavité branchiale, comme dans les Pectinibranches ; il est également représenté par une grande poche, à parois épaisses et parenchymateuses dans une partie de leur étendue, mais dont louverture se trouve placée à l'extrémité d’un gros tube, en forme de trompe, qui est à droite et en dessous du rectum, au fond de la cavité branchiale (fig. 4, EEE DE
De chaque côté du rectum, se voient encore les feuillets muqueux dont nous avons déja parlé au sujet des Littorines, des Natices, etc., (fig. 1, y, y).
Le muscle columellaire est court et large (fig. 1, 7»).
Les Turbos différent encore d’une maniere bien tranchée des Pectinibranches, par la disposition de leur système nerveux.
Le collier œsophagien, remarquable par son peu de développement, est formé supérieurement par une bande médullaire tres-grêle, appliquée sur la masse buccale et renflée à ses deux extrémités. De chacun de ces renflements qui représentent les ganglions cérébraux et ceux du pied, partent plusieurs nerfs se rendant aux diverses parties auxquelles ces ganglions fournissent ordinairement. La portion inférieure du collier, située plus en arrière que la précédente, est aussi constituée par une sorte de ganglion tres-allongé, donnant naissance à quatre à cinq nerfs destinés aux viscères. Le collier est complété, sur les côtés, par une commissure tres-grêle qui présente encore un petit renflement à sa partie inférieure (fig. 18).
D’après la description que nous venons de don-
Bonite. — Zool. Tome FE, Partie 11 38
ner, l'on peut voir que les Turbos forment, par l'ensemble de leur organisation, un type très-tranche auquel appartiennent les Troques, ainsi que les Dauphinules , les Phasianelles, les Roulettes, etc., d’après les observations de MM. Quoy et Gaimard. Cependant, il est à croire que ces divers genres , tout en ressemblant aux Turbos, par les traits principaux de leur organisation, présentent aussi, dans leurs caractères anatomiques, des modifications qu'une étude plus approfondie fera sans doute reconnaitre.