PRIMATES
de Sumatra et de Rornéo, les Chimpanzés (g. Troglodytes ) do Guinée, les Gorilles ( Gorilla Is. Geoftï.), aussi de Guinée, et les Gibbons (g. Hylobates ) de l’Inde continentale et insulaire. Ces derniers sont les seuls parmi lesquels on puisse distinguer avec certitude plusieurs espèces.
Les singes de ce premier groupe sont, detousles animaux connus, ceux qui ressemblent le plus à l’homme par leur apparence extérieure et en même temps par leur structure anatomique. Tyson, P. Camper, de Blainville, R. Chven, Yrolik, Duvernoy et quelques autres en ont publié de bonnes monographies anatomiques.
2. Les Singes eynocéphalins sont : le Cynopitïièque (g. Cynopi thecus) de Célèbes et des îles voisines, les Mandrills (g. Mandrilla ) de la côte de Guinée, et les Cynocéphales (g. Cynocephalus) , divisés en Chaemas, Babouins, Papions, Hamadryas et Théropithèques. Ce sont des animaux africains. L’Hamadryas, souvent figuré sur les monuments égyptiens, est en même temps d’Arabie.
3. Les Singes macacins sont pour la plupart asiatiques (Arctoïde, Maimon, Rhésus, Silène, Macaques ordinaires). Leur groupe est représenté en Afrique par le Magot (g. Pithecus) et par les Mangabeys (g. Cercocebus ).
Le Magot ( Pithecus inuus ) est à la fois le Pithèque et le Cynocéphale d’Aristote; c’est peut-être aussi le singe dont il est question dans la Bible, au Livre des Rois (chap. X, v. 22). C’est plus sûrement encore l’animal que Galien a disséqué, et sur l’étude duquel repose en grande partie l’anatomie publiée par le célèbre médecin de Pergame. Il est commun dans plusieurs parties de l’Algérie, et il y en a aussi quelques bandes dans le midi de l’Espagne, principalement sur les rochers de Gibraltar. Vésale est le premier anatomiste qui ait reconnu que l’anatomie de Galien avait été bien plus souvent écrite sur l’étude du singe que sur celle de l’homme; mais la remarque qu’il en fit lui valut de la part des anatomistes de son temps les critiques les plus acerbes, et elle lui suscita de nombreux contradicteurs.
k. Les Singes semnopithécins sont les uns indiens et les autres africains. Les Nasiqües ( Nasalis larvatus et incurvus ), remarquables par le grand allongement de leur nez, le Doue ( Semnopithecus ncmœus ) et les autres Semnopithèques sont dans le premier cas; les Colobes (g. Colobus), dont les mains antérieures n’ont point de pouce ou n’ont qu’un pouce rudimentaire, sont dans le second cas.
Le Doue habite la Cochinchinc ; il passe pour fournir un bézoard
MAMMIFERES.
dont il est question dans certaines pharmacopées comme d'un puissant alcxipharmaquc. Celte concrétion se forme, dit-on, dans sa vésicule biliaire.
5. Les Singes cercopithécins. Ce sont les Guenons (g. Cercopitheens ) et leurs divisions, dont toutes les espèces sont propres à l’Afrique. Quelques-unes fournissent des fourrures presque aussi belles que celle du Doue.
II. Les Cébins, ou Singes du nouveau continent. Ils ont les narines séparées par une cloison habituellement élargie ; leur queue est toujours évidente, le plus souvent assez longue et fréquemment préhensile; leurs fesses n’ont point de callosités, et leurs dents sont, dans la plupart des espèces, au nombre de 36 : \ incisives, \ canines et | molaires de chaque côté ; ceux d’entre eux qui n’ont que 32 dents (g. Ouistiti), par suite de la présence de \ molaires seulement, ont comme les autres | avant-molaires, tandis que les Pithécins n’en ont que |; aussi tous les Cébins ont-ils dents de lait : \ incisives, \ canines et * molaires.
Ces singes se laissent assez aisément partager en plusieurs genres sous les noms de : Hurleurs ou Alouattes (g. Stentor , cités dans les ouvrages d’anatomie comparée à cause de la disposition caverneuse du corps de leur hyoïde; Lagotriciies [g. Lagothrix ); Ériodes (g. Eriodes ) ; Atèles (g. Ateles ), animaux privés de pouces antérieurs aussi bien que ceux du genre précédent; Sagoins g. Callithrix ; Sajou (g. Cebus) ; Saimtris (g. Saimiris ou Chrysothrix' , remarquables par l’allongement de leur cerveau et son manque presque complet de circonvolutions; Douroucoulis (g. Nyctipitliecus ou Yoethora ); Brachyures (g. Brachyurus) ; Saris (g. Pithecid) et Ouistiti (g. Hapale ou Jacchus ). Les Tamarins sont une subdivision de ces derniers.
Singes fossiles. — A l’époque de G. Cuvier on n’avait encore observé aucun débris fossile susceptible d’être attribué avec certitude à des animaux de la famille des Singes; mais depuis lors on en a recueilli dans plusieurs localités, soit dans l’ancien continent, soit dans le nouveau. Les singes fossiles de l’ancien continent ont été découverts en Europe et dans l’Inde; ils rentrent par leurs caractères dans la tribu des Pithécins. Ce sont, pour l’Europe : Hylopithecus Fontani, Lartet. (des Hautes-Pyrénées) ; Pliopithecus antiquus, P. Gerv. (du Gers) ; Semnopit/iecus monspessulanus, P. Gerv. (de l’Hérault) ; Macacus piiocœnus, Owen d’Angleterre); Macocus eocœnus, Owcn (d’Angleterre). Les singes fossiles de l’Amérique ont été trouvés par MM. Lund et Clausscn. Us appartiennent,
HUMATES. 27
comme les singes actuellement existants clans celte partie du monde, à la tribu des Cébins.
FAMILLE DES LËMURIDÉS. — Ces animaux, dont quelquesuns ont été appelés Singes à museau de renard, forment un groupe bien différent de celui des singes. Ilsonten général la face allongée; leurs narines sont entourées d’un petit mufle, et leurs ongles sont aplatis, sauf toutefois celui du second orteil, et dans quelquesuns (Tarsiers) celui du troisième, qui sont allongés en griffes, ou, comme disent les naturalistes, subulês. Quelques Lémuridés ont trois paires de mamelles.
Ces Primates sont tous des animaux de l’ancien monde. Inférieurs aux singes par leurs dimensions, ils sont comme eux essentiellement arboricoles, vivent de fruits ou d’insectes, et sont particuliers aux pays chauds. On les rencontre à Madagascar, en Afrique et dans l’Inde.
Ceux de Madagascar sont étrangers par leurs genres et leurs espèces aux Lémuridés africains ou asiatiques, et ils remplacent dans ce pays la tribu des Singes pithécins, qui n’y a aucun représentant. Ce sont les Lichanotins ou Indris (g. Indris ou Lichanotus, Pj'opithecus et Ava/iis ou Habrocebus ), ainsi cpie les Léhurins ou Makis (g. Makis ou Lemur, Hapalemur, Lepilemur, Cheirogaleus et Microcebus). Les Makis sont surtout recherchés pour leur peau dont les poils, doux et laineux, fournissent une excellente fourrure.
L’Afrique nourrit les Galagixs ou les Pérodictiques ( P erodic.ticus ), genre composé d’une seule espèce, et les Galagos (g. Galago ou Otolicnus) dont il y a plusieurs espèces connues. Le Pérodictique, ou Potto de Bosmann, présente deux particularités bien dignes d’ètre citées : son doigt indicateur est .pour ainsi dire nul, et plusieurs des apophyses épineuses de sa région cervicale sont proéminentes; elles font saillie sous la peau, qui leur fournit une sorte d’étui corné pour en protéger la partie terminale.
L’Inde n’a que deux genres de Lémuridés : 1» les Loris ou la tribu des Lori.xs (g. Loris), dont il existe deux espèces qu’on appelle Loris paresseux et Loris grêle. Ces animaux ont un rete mirabile sur le trajet des artères brachiales et crurales; 2° les Tarsiers ou la tribu des Tarsixs, dont la seule espèce, type du g. Tarsius, vit aux îles de Bornéo, de Célèbes et de Banka. Quelques auteurs en font une famille à part. Les Tarsiers femelles ont le clitoris perforé par l’urèthre. Quelques Lémuridés ont trois paires de mamelles, l’une pectorale et les deux autres abdominales. LesGaléopithèques ont de chaque côté de la poitrine deux mamelles contiguës l’une à l’autre.
MAMMIFERES.
Ordre des Chéiroptères.
Les Chéiroptères, que l’on nomme vulgairement Chauves-souris, sont des mammifères à placenta discoïde, à doigts onguiculés, pourvus comme la plupart des Primates d’une paire de mamelles pectorales, ayant le pénis libre, les mâchoires garnies de trois sortes de dents, le cerveau lisse, et, ce qui les distingue tout d’abord des autres animaux de la même classe, les doigts des membres antérieurs fort allongés, sauf le pouce, sous-tendant une membrane aliforme, qui se prolonge aussi entre les métacarpiens, dans le pli du bras, sur les flancs et entre les membres postérieurs, ou elle est oixlinairement soutenue par la queue. Cette membrane sert aux Chéiroptères pour s’élever dans l’atmosphère; elle ne s’étend jamais entre les doigts des pieds de derrière, qui sont fortement onguiculés, mais elle présente quelques variations dans son ampleur, selon les genres que l’on examine. Le pouce antérieur des Chéiroptères est libre, onguiculé et comme opposable; leurs autres doigts de la main sont sans ongles, sauf toutefois l’index, mais dans les Roussettes seulement.
Ces animaux sont, en général, de petite taille; la plupart sont insectivores et nocturnes; il y en a sur presque tous les points du globe, même à la Nouvelle-Hollande, à la Nouvelle-Zélande et dans certaines îles de la Polynésie. Cependant leur distribution géographique est établie suivant des règles fixes, et leurs nombreuses espèces se laissent facilement répartir en genres et en familles distinctes, surtout si l’on fait un examen approfondi de leurs différents caractères.
1. La famille des Chéiroptères, qui comprend les PTÉROPODIDÉS ou Roussettes, est l’une des plus faciles à distinguer. Les espèces qui s’y rapportent sont toutes de l’ancien continent ou de l’Australie, toutes plus ou moins complètement frugivores quant à leur régime et, en général, plus considérables par leurs dimensions que celles des autres groupes. Il y a dans les îles de l’Inde des Roussettes (g. Pteropus) qui ont plus d’un mètre d’envergure, et dans beaucoup de localités on recherche ces animaux pour manger leur chair.
D’autres Chéiroptères sont remarquables par la présence d'uno feuille nasale, sorte de caroncule membraneuse qui entoure ou surmonte les orifices de leur appareil olfactif. Il y en a dans l’ancien continent et en Australie aussi bien qu’en Amérique; ils n’y
sunt pas irrégulièrement répartis. Non-seulement leurs espèces sont distinctes, suivant qu’on les observe dans l'un ou dans l’autre continent, mais encore elles diffèrent par leur genre et même par leur famille.
2. C’est en Amérique seulement qu’existent les PHYLLÜSTÛ- MIDÉS, famille bien circonscrite aussi, dont les espèces sont souvent confondues sous la dénomination de Vompyres, et que l’on divise en quatre tribus sous les noms de Desmodins (g. Desmodus ), de Stkxodermin’s (g. Stenodermo , Pteroderma, Artibœus, etc.), de Glossophagins g. (ïlossop/taga), et de Vampyrins (g. Vampyrus, Phylloslomn, etc.) (1).
Les Vampyres ou les différentes espèces de Phyllostomidés abondent dans les parties chaudes de l’Amérique, où on les redoute à cause de l'habitude qu’ils ont de sucer le sang de l’homme et des animaux, lorsqu’ils les trouvent endormis. On a beaucoup exagéré la gravité des blessures faites par ces Chauves-Souris; mais elles n’en sont pas moins réelles, et les Indiens, les nègres ou même les Européens établis dans le nouveau monde ont souvent à en souffrir. 11 en est question dans un grand nombre d’auteurs, mais on n’a pas encore établi avec assez de précision la part qui revient à chaque espèce dans ces accidents. 11 est bien constaté, cependant, que le Vampyre spectre ( Vampyrus spectrum) et le Phyllostome fer-de-lance ( Phyllosloma hastatum), qui ont le corps aussi gros que celui d’une poule et dont les dents sont fort grandes, sont bien plus redoutables que les petits glossopliages et même que le Desmode, malgré l’acuité des incisives supérieures de ce dernier.
La succion opérée par plusieurs de ces grands Phyllostomes doit épuiser bien plus vite que celle des espèces de moindre taille, et quoiqu’on ne cite véritablement aucun cas de mort, soit pour l’homme, soit pour les quadrupèdes, on peut voir par les récits des voyageurs que les accidents dus aux Vampyres sont parfois assez sérieux. M. Tschudi, qui a parcouru le Pérou, il y a quelques années seulement, rapporte qu’une de ses mules ayant été saignée par ces animaux, il n’a réussi à lui sauver la vie qu’en lui frictionnant les parties blessées avec un liniment composé d’eau-de-vie camphrée, de savon et d’huile. Il cite aussi le cas d’un Indien qui, s’étant endormi dans un état d’ivresse, resta exposé aux Vampyres. La blessure unique qu’il en reçut était placée au visage; elle
(1) Voyez Paul (iervois, Documents zoologiques pour servir à la monographie des Chéiroptères sud-américains. Iii-i, Paris, 1S5G.
.MAMMiFKKBtf.
SO
était petite et en apparence légère; toutefois elle fut suivie d'une inflammation locale et d’une tuméfaction telles, que les traits de ce pauvre homme en devinrent momentanément méconnaissables.
Azara s’exprime ainsi en parlant de Phyllostomidés, probablement de la tribu des Sténodermins ou Phyllostomidés frugivores, qu’il a observés au Paraguay : « Les blessures qu’ils me firent, sans que je les eusse sentis, étaient circulaires ou elliptiques, d’une ligne à une ligne et demie de diamètre, mais si peu profondes, qu’elles ne percèrent pas entièrement ma peau.... Quoique mes plaies aient été douloureuses pendant quelques jours, elles furent de si peu d'importance que je n’y appliquai aucun remède. »
3. C’est uniquement dans l’ancien monde que l’on voit les RHIN0L0PH1DÉS, auxquels appartiennent les g. Mégaderme , Rhinolophe, Nyctère, Nyctop/iile et Rhinopmne. L’Europe nourrit trois espèces de Khinolophes.
k. Une autre grande catégorie de Chéiroptères est celledes animaux de cet ordre qui, tout en étant dépourvus de feuille nasale, comme les Roussettes, ont les dents molaires appropriées, comme celles des Vampyres et des Rhinolophidés, au régime insectivore, et manquent d’ongle au doigt indicateur. On les réunit sous la dénomination commune de VESPERÏILIONIDÉS. Ceux-ci montrent quelques différences secondaires, dont les principales ont permis de les partager entre quatre tribus sous les noms de NocTilioxi.vs (g. X octilio), de Molossins (g. Molosse, Promops, Nyctinome, etc.), d’EMuallonuiuns (g. Diclidure, Emballonure, etc.), et de Vespertilïoxins. Ces derniers comprennent des Chauves-Souris analogues à celles de notre pays; à part les Rhinolophes, ils fournissent toutes les espèces de Chéiroptères que l’on observe en France. L’Italie possède un Molossin assez rapproché des Nyctinomes : c’est le Dinops Cestoni.
Les Noctilionins sont les seuls Vespertilionidés qui soient limités à l’un des grands continents : on ne les trouve que dans l’Amérique.
Les Molossins, dont ils sont d’ailleurs très voisins, ont au contraire des espèces dans l’ancien continent, ainsi que dans le nouveau, et l’on regarde même certains d’entre eux, qui vivent dans l’Inde et aux îles Mascareignes, comme congénères avec ceux que nourrit l’Amérique méridionale. Les différences qui les séparent des animaux américains que nous venons de signaler paraissent, en effet, n’avoir qu’une valeur purement spécifique. Toutefois les vrais Molosses sont des animaux exclusivement américains.
rongeurs. 31
Quant à la tribu des Vespertilionins, elle est, de toutes celles que l’on a établies parmi les Chéiroptères, la plus étendue, et on peut la citer comme réellement cosmopolite. Ce fait n’est pas sans intérêt si l’on fait attention au rang inférieur que les Vespertilionins occupent par rapport aux autres animaux du même ordre, et si l’on compare leur dispersion à la surface du globe, à la distribution si nettement circonscrite des Ptéropodidés ou des Phyllostomidés, qui leur sont supérieurs en organisation. D’autres exemples analogues nous seront fournis par les ordres ou les familles dont nous aurons à nous occuper ultérieurement. Nous citerons dès à présent, comme étant en particulier dans ce cas, les Rats ou Muridés, qui sont les derniers des Rongeurs, et les Geckos, qui sont les derniers des Sauriens. Dans le groupe des Chéiroptères, ainsi que dans beaucoup d’autres, il est également à remarquer que les premières espèces ont des dimensions plus considérables que les autres, et que ce sont aussi celles qui ont la queue le moins développée. Au contraire, les groupes les plus élevés de chaque série sont aussi les plus limités dans leur distribution géographique, et nous aurons l’occasion de faire remarquer ailleurs qu’ils sont en même temps ceux dont les espèces atteignent les plus fortes dimensions, et ceux où elles se distinguent par la brièveté ou même l’absence extérieure du prolongement caudal.
Cette règle s’applique en particulier aux Singes Pithécins, dont nous nous sommes occupé dans le paragraphe précédent.
Ordre des Rongeurs.
Les Rongeurs ( Glires de Linné) sont, avec les Chéiroptères, ceux de tous les animaux mammifères qui fournissent à la population actuelle du globe le plus grand nombre d’espèces. Il y a près de quatre cents espèces de Chéiroptères, et l’on n’en connaît pas moins de six cents parmi les Rongeurs.
Le caractère le plus apparent de ces derniers est de n’avoir que deux sortes de dents : des incisives et des molaires, sans canines, mais avec une barre, c’est-à-dire un espace vide à la place ordinairement occupée par ces dernières dents chez les animaux des autres ordres. En outre, leurs incisives sont fortes et tranchantes, et il y en a une paire seulement à chaque mâchoire. Les Lièvres et les Lapins ont cependant, en arrière des deux incisives supérieures, une paire de petites incisives supplémentaires.
MAMMIFERES.
Les Rongeurs sont des mammifères terrestres, à placenta discoïde, onguiculés, sans pouce opposable, ayant le cerveau ordinairement lisse, dont la verge est cachée, et qui n’ont pas de bourse scrotale.
Leur ordre a des représentants dans tous les grands centres zoologiques actuels, même à la Nouvelle-Hollande, qui est si pauvre en mammifères monodelphes, et dans beaucoup d’iles d’une faible étendue, qui dépendent de l’ancien ou du nouveau continent. Toutefois on ne leur connaît encore aucun représentant à Madagascar..
Parmi les nombreuses espèces qu’ils fournissent aux autres régions du globe, il en est qui sont utiles par leur chair et souvent aussi par leur fourrure : tels sont plus particulièrement les Lapins et les Lièvres, de la famille des Léporidés que nous avons déjà cités. Les Castors, les Marmottes, les Écureuils, les Ondatras, les Myopotames, les Chinchillas et beaucoup d’autres, quoique susceptibles, de servir aussi d’aliments, sont surtout recherchés pour leur fourrure à la fois chaude et délicate. Au contraire, il en est d’autres qui ont les poils durs ou même transformés en piquants. Dans cette catégorie on remarque surtout les Porcs-Épics et autres genres de la même famille, ainsi que diverses espèces de la tribu des Capromys, qui sont souvent désignées par le nom commun d’Échimys. Il y a des Rats, principalement ceux du genre Acomys, qui sont également épineux.
Certaines espèces de l’ordre des Rongeurs sont desanimau*uniquement alimentaires, comme le Cochon d’Inde, qui appartient au groupe des Cavias, et qui est comme eux un animal américain; en effet ce petit mammifère nous est venu du Pérou. Ses poils, simplement soyeux et peu serrés, ne lui fournissent pas une fourrure susceptible de le protéger contre le froid de nos hivers.
Certains Rongeurs sont en même temps des animaux médicinaux : les Castors fournissent un principe très employé comme antispasmodique, et l’on retire des Porcs-Épics des bézoards auxquels les Indiens attribuent des propriétés merveilleuses.
La classification des Rongeurs ne laisse pas que d'otfrir certaines difficultés, et malgré les beaux travaux dont elle a été l’objet de la part de Pallas, de F. Cuvier, de M. Waterhouse et de quelques autres naturalistes, elle est encore incertaine à plusieurs égards, quoique l’on retire du crâne et des dents des caractères qui, joints à ceux des autres parties du corps, permettent une diagnose facile de la plupart des genres. Nous nous bornerons à donner ici le résumé
RONGEURS
succinct de cette classification telle que nous l’avons établie d'après nos propres observations.
I. La plupart des Rongeurs n’ont qu’une seule paire d’incisives à chaque mâchoire ; on les désigne habituellement sous le nom de I iongeurs ordinaires ; ils constituent plusieurs familles :
Les CAVIADÉS, animaux essentiellement américains, comprennent, indépendamment du Cariai (Hydrochœrus capybard), qui est le plus gros des Rongeurs et le seul qui ait des circonvolutions cérébrales, les Agoutis (Chloromys), les Pacas (g. Cœlogenys), les Dolichotis, les Kérodons et les Cobayes, dont le Cochon d’Inde et plusieurs espèces sauvages dites Apéréas font partie.
Les HYSTRICIDÉS, auxquels on arrive par l’intermédiaire des Pacas et des Agoutis, forment un groupe nombreux dont il y a des genres dans les deux continents, et que l’on partage en plusieurs tribus, savoir :
1° Les Hystricins de l’Asie et de l’Afrique, ou les genres Porc- Epic (Hystrix), Acanthion et Athérure.
Le porc-épic ordinaire s’est conservé dans quelques rares localités du royaume de Naples ;
2° Les Aulacodins (g. Aulacodus) de l’Afrique intertropicale ;
3° Les Éréthizonins d’Amérique (g. Erethizon , Sphiggurc et Chœtomys) ;
b° Les Capro.mysins, plus nombreux et tous américains, que l’on divise en genres sous les noms de Myopotame , Plagiodonle, Capromys, Dactylomys , Nelomys, Echimys, etc.
Les CHINCHILLIDÉS forment une division peu nombreuse dont les trois genres américains (Viscacke, Lagotis et Chinchilla) sont remarquables par la douceur de leur pelage.
Les CTENOMYDÉS, qui s’en rapprochent à plusieurs égards, et qui sont du même continent, atteignent de moindres dimensions. Leurs genres ont été nommés Ctenomys, Schizodon, Pcephagomys, Octodon et Abrocome.
Les PSEUDOSTOMIDÉS, également américains, appartiennent à des latitudes moins chaudes, et leurs affinités sont moins évidentes que celles des groupes qui précèdent; ils forment deux tribus, les Saccophorins (g. Saccop/torus ) et les Saccomysins (g. Saccomys, etc.), les uns et les autres pourvus de larges abajoues, qui leur ont fait donner le nom de Rats à bourses.
A la suite de ces cinq familles, nous en placerons cinq autres qui paraissent former une seconde série dans le sous-ordre des Rongeurs proprement dits.
La première de ces familles est celle des SCIURIDÉS, qui est nombreuse en espèces, a des représentants dans les pays chauds aussi bien que dans les régions les plus froides, et pullule surtout dans l’hémisphère boréal. Ses différentes tribus sont:
1° Les Castorixs, actuellement composés du seul genre Castor, sur lequel nous reviendrons après avoir terminé cette étude analytique de la classification des Rongeurs ;
2° Les AêCtomysins, ou Marmottes et Spermophiles ;
3° Les Ptêïiomysins ou les Écureuils volants g. Pteromy s et Sciuroptère ) ;
4° Les SciürINS ou les Écureuils de tous les pays. C'est à l’un des sous-genres de cette tribu qu’appartient l’animal connu dans le commerce de la pelleterie sous le nom de Petit-Gris.
Les GLIRIDÉS ou les Graphiures, les Loirs, les Lérots et les Muscardins, forment une autre famille, dont il faut sans doute rapprocher comme tribu spéciale les AnomàitjRins (g. Anomalurus , qui rappellent les écureuils volants par leurs allures, ont des membranes entre les flancs et môme entre les cuisses; ils vivent dans les parties les plus chaudes de l’Afrique occidentale.
Famille des DIPODIDÉS. Tous les Gliridés sont des animaux de l’ancien monde; il en est de même des Dipodidés ou Gerboises (g. Dipus), si remarquables par le grand allongement de leurs pattes postérieures, dont les trois métatarsiens intermédiaires sont réunis en canon. Onl es rencontre essentiellement dans les grandes plaines sablonneuses. Ils forment la tribu spéciale des Dipodixs, à côté de laquelle on doit probablement classer les Pépétixs d'Afrique (g. Pedetes ou Helamys ) et les Cténodactylixs (g. Ctenodactylus ) également africains.
La famille des SPALACIDÉS, qui se rapproche déjà beaucoup de celle des rats, dont nous parlerons ensuite, est composée d’animaux fouisseurs répandus dans l’ancien continent ; ayant la queue courte ou nulle, et qui, dans certains genres, sont presque complètement privés d’yeux. Ceux du Spalax d’Orient, dont il est déjà parlé dans Aristote, sont si rudimentaires, qu’on les prendrait pour les bulbes de quelques poils, et la peau passe au-devant d'eux sans s’y fendre sous forme de paupières.
Les MURIDÉS sont les plus petits des Rongeurs et en même temps les plus nombreux en espèces aussi bien que d'individus. Il y en a partout, môme en Australie, et en tous lieux ils se font remarquer par leur importunité ainsi que par leur voracité. La plupart sont granivores, d’autres sont omnivores, et les moissons ainsi
RONGEURS. 35
que nos provisions de toutes sortes ont grandement à souffrir de leurs attaques.
On partage ces animaux en plusieurs tribus.
C’est à leur groupe qu’appartiennent les Ondatras [Fiber zibethicus) de l’Amérique septentrionale, qui sont une espèce de gros rat d’eau à queue comprimée, et dont les organes génitaux sécrètent une matière musquée ; le Surmulot (Mus decumanus), espèce asiatique qui s’est étendue sur tous les points du globe, quoique sa présence n'ait été constatée en Europe que pendant le dix-huitième siècle; le Rat noir (Mus rat tus), également étranger à nos contrées, dans lesquelles il s'est introduit au douzième siècle, en suivant les bandes qui revenaient des croisades; la Souris [Mus musculus) , qui parait indigène en Europe, et beaucoup d’autres espèces telles que les Campagnols, le Mulot ordinaire, le Mulot nain, etc., donton trouvera la description dans les ouvrages spéciaux de mammalogie.
II. Certains Rongeurs ont derrière les incisives supérieures une paire d’incisives plus petites, et leurs molaires sont plus nombreuses que celles des genres précédents. Au lieu de § ou ou, ce qui est plus rare, * paires, ils en ont ? ou l’ensemble de leur organisation diffère d’ailleurs par plusieurs caractères importants de celle des Rongeurs ordinaires. C’est à cause de leurs doubles incisives supérieures qu’on les a quelquefois appelés Ditplicidentés.
Ils ne forment qu’une seule famille: les LÉPORIDÉS, divisés en Lièvres (g. Lepus), Lapins ( Cuniculus et Carpolagus) et Lagomys, auxquels se joignent quelques genres fossiles trouvés en Europe.
Ces Léporidés d’espèces éteintes sont associés dans plusieurs des dépôts tertiaires ou diluviens à des Rongeurs du premier sousordre, les uns voisins des Castors, les autres plus semblables aux Hystricidés, aux Sciuridés ou aux Mûri dés. Les dépôts lacustres de l’Auvergne en ont fourni d’assez nombreux, parmi lesquels on a quelquefois cité des Caviadés, des Capromysins ou Échimys et même des Chinchillas; mais ces rapprochements de nos espèces fossiles d'Europe avec des Rongeurs exclusivement américains ne nous ont pas paru entièrement justifiés (t).
DE QUELQUES PRODUITS PHARMACEUTIQUES FOURNIS PAR LES RONGEURS , ET PLUS PARTICULIÈREMENT DU CASTORÉUM.
Les Rongeurs ne nous sont pas seulement utiles par leur chair, la peau de beaucoup d’entre eux est aussi employée comme four^
(1) Voyez Paul Gervais, Zoo/, cl Pal. franç ., t. I, p. 16, et t. II, Explic. n” 46 à 48.
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rure, et certaines de leurs espèces ont fourni ou fournissent encore à la pharmacie dos produits que nous devons signaler.
La r/raisse du lièvre ( axungia leporis) a été employée contre les blessures et les abcès, et le sang desséché du même animal sanf/uis leporis) a été recommandé, aussi bien que ses métatarsiens (oss« leporis), auxquels on supposait des propriétés diurétiques.
La graisse de lapin domestique ( axungia cuniculi a eu aussi un rôle officinal.
Il en a été de même de celle de la marmotte des Alpes axungia mûris alpini).
Les Porcs-Épics, soit ceux de l'Italie méridionale et du nord de l'Afrique ( Hystrix ct'istata), soit ceux de l'Inde Hystrix leucura , ont été plus souvent encore cités par les pharmacologistes des derniers siècles à cause du bézoard (lapis porci), sorte de concrétion que l’on trouve dans leurs intestins, ou, d’après quelques auteurs, dans leur vésicule biliaire. Ces pierres de porc se tiraient principalement de l’Inde, tantôt de Malacca ( lapis porci malaccensis), tantôt de Ceylan ( lapis porci ceylanici). Les premières, qui avaient la grosseur d’une noix ou simplement celle d une muscade, étaient aplaties, émoussées sur leurs contours, rouge brunâtre, légères quoique résistantes, d’une structure grasse et d'un goût amer. C’étaient les plus rares, et l’on dit qu’une pierre d'une demi-once se payait jusqu’à 500 écus, c’est-à-dire 1,500 francs. On les enchâssait et on les suspendait à des chaînes d’or. Celles de la seconde sorte atteignent souvent la grosseur d’un œuf de poule : elles sont noirâtres et également amères. Leur prix était bien moins élevé. Pour s’en servir on les suspend dans l’eau, qui en prend la saveur amère.
On a attribué aux pierres de porc-épic, et dans l'Inde on leur attribue encore, des propriétés aussi efficaces que diverses. On y a vu des espèces de panacées, et on les a recommandées contre la lièvre, l’épilepsie, les palpitations, les convulsions, la jaunisse, le choléra et beaucoup d’autres maladies encore. Les médecins européens ne s’en servent plus.
Les Castors ( Castor fiber) sont, de gros Rongeurs aquatiques, vivant dans quelques parties de l’Europe, dans l'Asie septentrionale et dans l’Amérique du Nord. Ils sont souvent recherchés pour leur fourrure, quelquefois pour leur chair, el depuis longtemps pour la sécrétion particulière dile castoréum, qui s’amasse auprès de leurs organes génito-urinaires, dans une paire de grosses poches oviformcs. faciles à dessécher, que l’on recueille pour la droguerie.
RONGEURS
Los castors ont le corps long do 0,65 environ, et la queue longue de 0,30, élargie en palette ovalaire et à surface écailleuse. Leurs pattes de derrière sont palmées. L’ensemble de leurs autres carac-
Fig. 1. — Le Castor.
tères les rapproche plus des marmottes que d’aucun autre groupe des Rongeurs, et les myopotames de l’Amérique du Sud, quoique nommés aussi castors de la Plata, etc., sont des animaux d’une tout autre famille II en est de même de l’ondatra, qu’on a aussi associé génériquement aux castors véritables; c’est un muridé de la même tribu que les campagnols. Quant à l’hydromys de la Nouvelle-Hollande, qu’on a également placé avec le castor, dans quelques classifications, mais en se basant sur ses habitudes aquatiques plutôt que sur les caractères anatomiques, c’est un animal qu’il faut rapporter, comme l’ondatra, à la même famille que les rats ordinaires.
Les castors montrent plusieurs particularités anatomiques qu’il n’est pas inutile de signaler ici. Leur cerveau est assez volumineux eu égard à l’ordre dont ils font partie, mais il n’a pas de circonvolutions à la surface de ses hémisphères. Leur estomac est simple. Toutefois il présente dans la région cardiaque, ’près du commencement de la grande courbure, un gros amas de cryptes sécrétoires rappelant le ventricule suceenturié des oiseaux, et qui a sans doute des fonctions analogues. En outre, on trouve sous leur peau, dans la région inguinale, une double paire de poches oviformes, presque grosses comme des œufs de poule. Les poches de la paire supérieure sont remplies d’une matière jaune pâle, de nature huileuse ; les inférieures, qui paraissent vides, sont, à proprement parler, celles du castoréum; elles retiennent de nombreux frag-
38 mammifère».
ments épithéliformes fortement imprégnés de cette odeur, comme le sonUellee-mômcs les parois de ces poches.
(•) a. Pallie de la queue, c. Ouverture de l'anus, d d. Ouvertures des grandes anales e- , qui sécrètent une raatiere huileuse jaune, différente du costoréum. Chacune de ces glandes est ordinairement accompagnée d’une ou plusieurs glandes plus petites renfermées avec elles dans uu même tissu cellulaire et dans une enveloppe musculaire commune, de sorte que, avant que celle enveloppe soit ouverte, les glandes anales paraissent être au nombre de deux seulement. f f. Ouverture des petites glandes anales, g. Ouverture du canal préputial dans lequel viennent s’ouvrir les deux glandes du castoréum, dont l’une li est entière, et dont l’autre /<’ est repré- ' sebtée coupée longitudinalement, afin de montrer les replis membraneux de sa surface interne, ou la substance du castoréum. i. Prépuce cylindrique ; il est couvert de petites papilles noirâtres, pointues, dirigées en arrière; à i’exlrëmite du gland se trouve l’orifice de l’urèthre. I. Verge; elle contient dans toute sa longueur une pièce car. lilngineuse triangulaire, m. Prostate, n n. Glandes de Cooper. pp. Vésicules séminales, qq. Vaisseaux déférents, rr. Testicules, v. Vessie.
l’io. 2. — Organes génito-urinaires et poches sécrétoires du Castor (*).
Enlevées, desséchées et préparées telles qu’on les répand dans le commerce, ces poches ont une apparence testiforme fig. 3 et h , qui les a fait prendre autrefois pour les testicules mêmes de l’animal, et c’est sous cette dernière qualification quelles sont indiquées dans Dioscoride et dans les auteurs de la Renaissance 1 . Aussi Rondelet, qui n’a pas aperçu cette confusion, se deman-
(1) Voir pour l’anatomie du castor, et plus particulièrement pour celle de ses organes sécréteurs : Perrault, Mém. do l’Ac. des se., t. III, p. 136, pl. 20, et Mém. pour servir à l’histoire des animaux. — Braudt, Medisin. Zoologie, et Mém. de Ac. de St-Pétersb. — Blainv., vétius anatomiques du Muséum do Paris (i uédits).
RONGEURS
dait-il si nous pouvons user des poches du castor au lieu do ses testicules (1). C'est aussi sur cette confusion que reposait la fable, déjà réfutée par Dioscoride, du castor qui, sachant qu'on le poursuit surtout pour l’emploi que l’on fait de ses testicules, s’arrache ces organes et les jette au chasseur pour assurer sa liberté (*2).
Les anciens recevaient leur castoréum ou castorium par la voie de la mer Noire (mare Ponticum), et le castor lui-même a été quelquefois désigné par le nom de Canin ponticus. Ce castoréum venu par la mer Noire était de même sorte que celui que nous appelons aujourd’hui castoréum de Russie, et que l’on tire surtout de la Hussie d'Asie. Maintenant on emploie aussi dans un grand nombre de cas le castoréum d’Amérique (castoréum du Canada et casto-
Fig. 3 et 4. — Poches à castoréum des pharmacies.
réum de la baie d'Hudson), qui nous arrive surtout par la voie de l’Angleterre. Quant au castoréum de provenance européenne, il n’a jamais dû avoir une véritable importance commerciale, les castors étant rares en Europe et leur race y ayant même beaucoup diminué depuis longtemps.
En France il n’existe plus aujourd’hui de castors que dans une
(1) « Au lieu d’iceux, user de ces tumeurs des ignés e de l’humeur du dedans. » (Hisl. enl. des poissons, p. 179. 1558). Rondelet ajoute, il est vrai : « De quoi mon advis est tel, que la liqueur des tumeurs est plus elère, avec plus grande subtilité pour pénétrer, ce qui est montré par l'odeur plus lortc de ce6 tumeurs, que des couillons, pour ce aura aussi aux remèdes plus grande vertu e efficasse. «
(2) Vanum est quod narratur, animal ipsum, plus a venatoribus urgetur,
partie du Rhône, celle comprise entre l'embouchure de l’Isère et Arles. L'Angleterre est entièrement privée de ces animaux; mais il paraît qu'ils y existaient encore en 1188, et dans ce pays, ainsi qu’en Belgique et dans plusieurs parties de la France, leur ancienne existence est constatée par les débris qu’ils ont laissés dans le sol (1).
L'analyse chimique du castoréum a été faite par R. Brandt, qui a étudié comparativement celui du Canada et celui de Russie. Il a trouvé un assez grand nombre de substances, parmi lesquelles on
remarquera: une huile volatile ÛU .22. du poids total j;une ré-
épuration microscopique préalable, et d’ailleurs antérieure aux vues théoriques qui guident maintenant les chimistes dans l'étude des composés organiques, n’a plus un grand intérêt scientifique.
Ayant eu plusieurs fois l’occasion de disséquer des castors du Rhône tués à l'état de liberté, nous avions été frappé de l'analogie qui existe entre l’odeur de leur castoréum et celle que répandent les pousses du saule ou l’écorce de ces arbres en macération. Ce fait méritait d’autant plus d'être remarqué, que les substances végétales que nous venons de citer entrent pour une grande proportion dans l'alimentation des castors. M. ’Wühler 2) a, en effet, publié que la substance qui communique au castoréum son odeur particulière est identique avec le phénol, appelé aussi hydrate de phényle ou acide carbolique (C6H60). Le phénol est une substance d’origine végétale, que Laurent a d’abord trouvée dans l’huile de goudron et de houille. Ainsi que Gerhardt en a fait la remarque, il paraît n’être autre chose que de la créosote purifiée, et il a pu être obtenu par ce chimiste par l’action de la chaux sur l'acide salicilique et autres dérivés de la salicine. Or on sait
« testes sibi avellere et abjicere : fieri eniin nequit ipsos ut atlingat, quippe » qui sint velut iu sue substricti. » Dioscorides, lib. II, c. 26. (Trad. de Saracénius.)
(1) Faul Gervais, Zool. et Pal. franç., t. I, p. 20, et Htst. des mammifères, t. I, p. 309.
(2) Ann. d. Chem, und Phann., 1844, p. 360, et 1848, p. 360. Voir aussi : Pereira, Pharmaceutical Journal, uov, 1851, et Elein. of mat. med., 3' édit., t. Il, p. 2270.
mais cette analyse, faite sans
INSECTIVORES
/il
que la salicine est un principe amer et cristallisablc qui est contenu en grande quantité dans les saules et dans plusieurs autres arbres (1).
Ordre des Insectivores.
11 y a dans plusieurs ordres de la classe des Mammifères des espèces qui vivent d'insectes; mais on a réservé le nom d’ Insectivores à certains genres disco-placentaires, à doigts onguiculés et à pouce non opposable, chez lesquels ce régime est pour ainsi dire constant. Ce sont de petits animaux, à mœurs habituellement souterraines ou nocturnes, ayant le cerveau lisse, dontle pénis estcaché et qui manquent de scrotum. Leurs dents sont de trois sortes ; mais il est plus difficile de distinguer les unes des autres leurs incisives, leurs avant-molaires et leurs canines que chez les autres mammifères hétérodontes. Les pointes de leurs vraies molaires sont souvent relevées, et leurs autres dents sont ordinairement aiguës.
La taille des Insectivores est en moyenne inférieure à celle des Rongeurs eux-mêmes, et c’est parmi eux que l’on trouve les plus petits de tous les mammifères (2).
L’Australie et le continent sud-américain en sont dépourvus. Cependant il y a aux Antilles une espèce assez grosse de la famille des Musaraignes (g. Solenodon ). Madagascar possède aussi une musaraigne qui lui est propre ( Sorex madagascariensis) , et cette région est en outre la patrie des Tanrecs.
Les Insectivores se rattachent par certains de leurs caractères aux Rongeurs après lesquels ils nous paraissent devoir être placés dans la série naturelle. Plusieurs particularités les relient aussi aux Chéiroptères, qui sont la dégradation extrême du type des Primates; on ne saurait donc les en séparer, quelque inférieurs qu’ils
(1) Un lagopède ptarmigan ( Tetra lagopus), que nous avons eu l’occasion de disséquer il y a quelque temps, répandait par sa chair, aussi bien que par ses viscères, une odeur très analogue à celle du castoréum. Or, ou sait que les lagopèdes mangent aussi des pousses de saules. Démeuve cite leur bile ( fiel de géline blanche) comme ayant des propriétés médicinales.
L’hoazin ( Opisthocomus cristatus), curieuse espèce d’oiseaux particulière à l’Amérique intertropicale, est également cité comme répandant une forte odeur de castoréum.
Enfin certains insectes vivant sur les saules, les peupliers, etc., particulièrement la Chrysomela populi , sécrètent de l’hydrate de phényle, ainsi qu’on en doit la remarque à M. Liebig.
(2) Ce sont des espèces de la famille des Musaraignes : Sorex etruscus, Perrotettii, gracilis, etc.
soient aux Singes et en môme -temps au reste des mammifères monodelphes par l’ensemble do leurs particularités anatomiques.
Voici le tableau des genres principaux de cet ordre :
La famille des ËRINACÉIÜÉS, dont les espèces vivent en Europe, en Asie et en Afrique, se partage en quatre tribus :
1° Les Ërinacéins ou Hérissons (g. h'rinacéus } ;
2° Les Centétins (g. Ericulus ou Tendrac et CenteWa ou Tanrec . de Madagascar et des îles Mascareignes;
3" Les Gymnurins (g. Gymnurus) de Sumatra ;
4° Les Tüpaïns (g. Hylomys, Tupaia et Ptilocerque). Ces derniers appartiennent à l’Inde.
La famille des MACROSCËLIDËS n’a que des espèces africaines; elle se partage en Rhynchocyoniîts (g. Rhynchocyon ' et en Macroscélidins (g. Petrodroma et Macroscelides).
La famille des SORÏCIDËS, qui a pour type les Musaraignes, comprend trois tribus :
1° Les Mygalins ou Desmans (g. Mygale et Galemys) ;
2° Les Solénodontins (g. Solenodon et Ürotrichus) ;
3° Les Soricins ou Musaraignes (g. Crocidura , Pachyvra, Crossopus, Amphisorex, etc.).
Famille des TALPIDÉS. Ses tribus sont au nombre de quatre :
1° C H il Y s o ci f lo Rins (g. C hrysochlora d’Afrique);
2D Scalohns (g. Scalops et Talpasorex, de l’Amérique septentrionale);
3° Condylürens (g. Condylura, aussi del’Amérique septentrionale,;
4° Taapins, ou les g. Talpa, pour les Taupes d’Europe et d’Asie, et Talpops, comprenant la Taupe woogura, du Japon.
Les terrains tertiaires de l’Europe ont fourni quelques espèces assez curieuses de mammifères insectivores, et c'est du même groupe qu’i 1 faut rapprocher la plupart des mammifères fossiles dans les dépôts secondaires dont nous avons déjà parlé à la page 1 1 .
Quelques espèces vivantes d’insectivores méritent une mention spéciale à cause des propriétés qu’on leur a attribuées.
Les Hérissons étaient autrefois employés en médecine. Hioseovide (1. Il, c. 2) les cite sous le nom d’E^vo,- ytpaaTo;, et il attribue des vertus spéciales à leur peau brûlée, à leur chair prise avec du miel et du vinaigre, ainsi qu’à leur foie préparé en infusion. Los auteurs de la Renaissance, et en particulier Matthiolo, ont répété dans leurs ouvrages ce que Dioscoride avait dit à cet égard. Aujourd'hui les hérissons ne sont guère recherchés que comme aliment et- par les gens de la campagne seulement.
INSECTIVORES
Les habitants do Madagascar mangent les Tanrecs ( Cent et ex xetosus ) ; les nègres de l’ile Bourbon les recherchent également.
Le Des.man de Russie (Mygale moscovita) répand une odeur mus-
Fig. 5, — Queue du Desinan de Russie.
quée très prononcée, qu’il doit à des follicules de sa queue, sur lesquels M. Brandt a publié une notice anatomique. Dans quelques circonstances on emploie cette partie odorante du Uesman comme parfum, et cet usage lui donne quelque valeur commerciale.
Le Des.man des Pyrénées ( Mygale pyrenaica), type du g. Galémys, est moins odorant que celui de Russie; mais cependant sa sécrétion est encore très prononcée. On le trouve dans quelques ruisseaux du département des Hautes-Pyrénées, principalement du côté de Tarbes.
Les Musaraignes doivent leur odeur musquée à des glandes placées sur les flancs. La grande espèce de l’Inde (Sorex myosurus) présente ce caractère d’une manière très prononcée.
Trois espèces de musaraignes sont surtout répandues en Europe, mais elles ne sont pas les seules qu’on y trouve; ce sont : la Musaraigne musette (Sorex «r«neMs),àdents blanches et à trois paires de petites dents intermédiaires supérieures ; la Musaraigne d’eau Sorex fodiens ou Daubentonii), ii dents rouges avec les intermédiaires supérieures au nombre de quatre ; la Musaraigne carrelet Sorex tetragonnrus), à dents rouges, avec cinq paires de petites dents intermédiaires supérieures et à incisives inférieures festonnées. Chacune de ces trois espèces est le type d’un genre à part mentionné parmi ceux que nous avons énumérés précédemment.
Les musaraignes, et en particulier la Musette, sont regardées par les gpns de la campagne comme des animaux venimeux, et
l\U MAMMIFERES.
dont les bestiaux ont beaucoup h souffrir; mais rien ne paraît justifier cette opinion, qui est cependant très ancienne et très répandue. On la trouve en effet dans Dioscoride, qui donne aux Musaraignes le nom de MoyaX»j, transporté aux Desinans par les naturalistes modernes. Dioscoride conseille d’employer la musaraigne elle-même contre ses propres morsures, en l’appliquant sur la plaie après l’avoir dépouillée.
Les Taupes ( Talpa europœa et cœca) donnent une fourrure très veloutée, dont on fait quelquefois des coiffes pour les enfants. On leur suppose quelques propriétés prophylactiques.
Ordre des Carnivores.
Les mammifères carnivores sont, de tous les animaux de cette classe, ceux qui se rendent le plus redoutables par leurs instincts féroces. Vivant principalement et presque exclusivement de sul>stamees animales, ils poursuivent les autres quadrupèdes, les oiseaux, les poissons même, et portent k l’homme de grands préjudices en attaquant ses espèces domestiques.
Linné les a désignés sous le nom de Ferœ, qui signifie bêtes féroces, et G. Cuvier ainsi que de Blainville les ont associés, sous le nom de Carnassiers, aux Chéiroptères, aux Insectivores et aux Phoques. Cependant il paraît convenable de les en distinguer, et on peut les considérer comme formant à eux seuls un groupe parfaitement naturel.
Les Carnivores sont des Monodelphes k placenta zonaire, onguiculés, k ongles disposés en griffes, à pouces non opposables, ayant trois sortes de dents, pourvus de circonvolutions cérébrales, et dont le pénis, fréquemment soutenu par un os spécial, est retenu par son fourreau sous la paroi ventrale; ils ont un scrotum. Ces animaux sont doués d’intelligence; leurs espèces, assez nombreuses, sont partagées entre les différentes parties de l’ancien continent; mais, bien que différentes suivant les grands centres de population, elles n’ont pas leurs genres et encore moins leurs tribus ou leurs familles distribués avec autant de régularité que les Primates, ou plusieurs des autres ordres dont nous nous occuperons plus loin.
Quelques genres éteints de Carnassiers Hyœnarctos, Arctocyon . Palœonictis, Hyænodon et Pterodon ) différaient notablement de ceux de la nature actuelle.