‹ Zoologie médicale (volume 2)Chapitre 13 sur 96 · CARNIVORES · texte numérisé non relu

CARNIVORES

d’un animal qui est bien de la famille des Viverridés, mais qui est plutôt un paradoxure qu’une genette véritable.

Voici la liste des départements dans lesquels nous avons constaté la présence de la genette (on remarquera que tous sont situés sur le cours de la Loire, ou au midi de ce fleuve, et dans la région méditerranéenne du Rhône) : Vienne, Deux-Sèvres, Charente-Inférieure, Gironde (dans le Médoc), Loiret (au château de la Source, près d’Orléans), Rhône (auprès de Lyon, vers la fin du dernier siècle), Vaucluse, Haute-Loire, Gard, Hérault, Aude, Py rénées-Orientales, Haute-Garonne, Hautes-Pyrénées (1).

Les genettes répandent une odeur agréable, assez voisine de celle du musc, et identique avec celle des civettes ou des zibeths, telle que nous la sentons dans nos ménageries, mais moins forte. Cette odeur est due à une substance onctueuse, que l’on peut recueillir quoiqu’elle soit peu abondante, et que fournit la double poche de la région du scrotum ou du périnée dont il a été question plus haut. La Peyronie, célèbre chirurgien du dernier siècle, a publié une bonne description anatomique de cet organe sécréteur, étudié dans une espèce de genette qui paraît exotique, et qui est peut-être le Genetta indica (2). Les organes sécréteurs de la vraie civette ont été décrits par plusieurs auteurs, entre autres par M. Brandt (3). Ceux des paradoxures sont tout à fait rudimentaires et consistent dans un simple sillon cutané.

Nous terminerons ces détails sur l’ordre des Carnivores par quelques observations relatives au chien domestique.

Le Chien domestique ( Canis familiaris ) est l’un des animaux les plus utiles à l’homme ; il est en même temps son compagnon le plus habituel et le plus sûr. On trouve des chiens chez presque tous les peuples, même chez les plus sauvages, et il y a de ces animaux sous toutes les latitudes. Leurs variétés n’y sont pas moins nombreuses que celles de l’homme lui-même. On a fait descendre les chiens domestiques, tantôt du loup, tantôt du chacal; mais leurs caractères zoologiques, autant que leurs aptitudes, indiquent une espèce distincte de l’un et de l’autre, et les chiens domestiques forment dans le grand genre des Canis une section à part, qui pourrait même être considérée comme réunissant plusieurs espèces, tant les différences qui séparent les unes des autres leurs

(1) Il est probable que les genettes existent aussi dans les départements de la même région non signalés ici.

(2) Hist. de l’Acad. des sciences, année 1731, p. 443, pl. 24 h 27.

(3) Medizinische Zoologie.

MAMMIFERES.

principales races ont parfois d’importance. Cependant l’unité spécifique du chien est l’opinion actuellement prépondérante en zoologie.

Les nombreux usages auxquels le chien peut être employé par l’homme sont trop connus pour que nous ayons besoin d* les rappeler ici; disons seulement que ces animaux ont aussi quelques applications médicales. C’est ainsi que l’on a proposé de faire coucher des chiens avec les goutteux, dans l’intention de débarrasser ceux-ci de leur mal; que l’on fait quelquefois lécher par ces animaux les ulcères rebelles pour en changer la nature, ou que l’on emploie de jeunes chiens pour teter les femmes qui ont de la difficulté à faire écouler leur lait> ainsi que celles qui ont perdu leur nourrisson ou qui veulent le sevrer.

A côté de ses nombreuses et inappréciables qualités, le chien présente le triste inconvénient d’être exposé à la rage, et dans les régions tempérées de l’Europe il est souvent la cause de la transmission de cette maladie à l’homme ; le loup, le renard, le chat, peuvent comme le chien prendre la rage spontanément : l’homme, le cheval, le bœuf, le mouton, ne paraissent la tenir que de ces animaux, et seulement par le moyen de l’inoculation du virus rabique.

Chez le chien, les symptômes de la rage sont l'aversion pour les boissons et les aliments, la tristesse, le besoin de solitude, l’altération de la voix qui devient rauque, les yeux hagards, la langue pendante et couverte d’une sanie blanchâtre, le poil terne et hérissé. C’est par la salive ou par le mucus bronchique qui s'y mêle que la rage est communiquée. Les caractères du virus particulier qui la produit ne sont pas connus, et on a encore peu d’observations exactes sur les conditions dans lesquelles la rage est ou non contagieuse. On a nommé lysses des vésicules, caractéristiques de cette maladie, qui se développeraient sous la langue des individus mordus par des chiens enragés, et l’on a affirmé que la cautérisation de ces vésicules, faite en temps opportun, empêchait le développement des accidents qui accompagnent la période de terminaison; mais la plupart des médecins n’acceptent pas cette théorie. Quant aux causes premières de la rage, elles ne sont guère mieux connues, et il est difficile de considérer les fortes chaleurs comme étant la principale d’entre elles, puisque ce mal est presque inconnu dans les pays chauds. L’état d’abandon dans lequel vivent les chiens, dans certains pays où la législation et la police ne règlent pas convenablement la condition de ces animaux.

rnoBosciniENs. 51

srrait plus justement incriminé , et pourtant les chiens errants des villes de l'Orient ne deviennent point enragés. On constate cependant que les précautions prises dans ces derniers temps dans nos

départements, contre les chiens vagabonds, ont diminué le nombre des cas de rage. ,

M. de Castelnau a observé, pendant son voyage dans l’Amérique du !>ud, que la rage se montre assez fréquemment chez les chiens de la Cordillère, tandis qu’elle ne semble presque jamais atteindre ceux des régions brûlantes du Brésil.

Plusieurs auteurs ont écrit, sur la rage, des traités complets ou des articles étendus (1).

Ordre des Prohoscidiens.

Les Proboscidiens, ou mammifères à trompe, sont les plus volumineux de tous les animaux terrestres. Quoique plusieurs naturalistes les réunissent aux Jumentés et aux Porcins, sous le nom commun de Pachydermes, ils sont faciles à distinguer des premiers aussi bien que des seconds; et nous verrons, en traitant des deux ordres suivants, que ceux-ci peuvent également être séparés les uns des autres par d’excellents caractères.

Les Proboscidiens n’ont que deux sortes de dents : des incisives en forme de défenses, et des molaires séparées des incisives par un espace vide; leurs doigts sont au nombre de cinq à chaque pied, mais cachés sous la peau, et leurs membres ont la forme de colonnes; ils n’ont que deux mamelles, qui sont pectorales ; leurs testicules ne descendent pas dans un scrotum, et le fourreau de leur pénis n’est pas extérieur; enfin leur cerveau est volumineux et il a de nombreuses circonvolutions.

A ces caractères on peut en ajouter d’autres qui, pour être tirés du squelette, ne sont pas moins importants à consulter, et prennent meme une véritable importance lorsque l’on cherche à se faire une idée exacte des curieuses espèces, aujourd’hui éteintes, qui ont autrefois représenté l’ordre des Proboscidiens sur le globe.

Les Éléphants de l’Afrique (g. Loxodon ) et ceux de l’Inde (g. Elephas) sont maintenant les seuls Proboscidiens existants

On ne distingue qu’une seule espèce d’éléphant africain [YEle-

(1) Trolliet, Saint-Martin, Bellengcr (de Senlis),BarufG, etc. Voyez aussi A. Tardieu Rapport fait au Comité consultatif d’hygiène publique sur les cas observés en France pendant les anuées 1850 à 1852. (Annales d’hygiène publique, t I

P. 217 et suiv., 1854).

phas africanus ) ; mais on a récemment admis qu’il y a deux espèces asiatiquesde cesanimaux : Y Elephas asiaticuset Y Elephastumatranus. Ce dernier se rapproche d’ailleurs beaucoup plus de l’éléphant asiatique que de l’éléphant africain.

Ces gigantesques animaux ont le régime herbivore; ils vivent par troupes, et se font remarquer par la finesse de leur intelligence. Leur physionomie extérieure diffère beaucoup de celle des autres quadrupèdes. L’homme sait tirer un parti avantageux de leur peau, qui est très épaisse, et surtout de leur ivoire, que l’on emploie souvent en médecine à cause de la gélatine qu’il fournit par l’ébullition, aussi bien que pour le phosphate de chaux qui en forme la partie solide. L’ivoire brûlé à blanc portait autrefois le nom de spode. On se sert aussi de l’ivoire dans son état naturel pour la fabrication des râteliers dentaires et pour faire quelques instruments, tels que des tetines, etc. L’ivoire des éléphants fossiles [Elephas pinmigenius), que l’on trouve abondamment dans les régions arctiques, est aussi susceptible de nombreux emplois, et il sert dans les arts comme celui des éléphants actuels.

On sait également tirer partie dans certaines circonstances de celui des Mastodontes, qui sont des Proboscidiens de l’époque tertiaire, dont les espèces ont disparu de la nature vivante. Leur ivoire, quand il est coloré en bleu verdâtre par le phosphate de fer, forme la turquoise osseuse ou odontolithe. En 1750, Réaumur a signalé les turquoises de Simorre (Gers), dans un mémoire inséré parmi ceux de l’Académie des sciences.

Les Dinothériums sont aussi, comme nous l’avons fait remarquer il y a déjà plusieurs années, un genre de Proboscidiens, et c’est à tort qu’on a quelquefois proposé de les réunir aux Sirénides.

Ordre des Toxodontes.

Nous nous bornerons à citer ici pour mémoire cet ordre de mammifères que l’on a récemment distingué, et dans lequel se placent deux genres éteints propres à l’Amérique méridionale, les g. Toxodon et Nesodon (1), qui rattachent à certains égards les Ongulés aux Édentés.

(I) Voyez Owen, Tram, philos, pour 1S53, et P. Gervais, Manrnif. de l'Amer*<iue mérid., 1855.

JUMENTÉS.

Ordre des Jumentés.

Les études auxquelles les mammifères à sabot ont donné lieu dans ces dernières années (1) ont nécessité plusieurs réformes notables dans la classification que Linné et G. Cuvier avaient donnée de ces animaux; et lorsque bon a pu examiner plus en détail les nombreux fossiles que ce groupe a laissés dans les couches du globe^, on est arrivé à une nouvelle répartition de ses espèces.

En tenant compte, ainsique deBlainville avait commencé à le faire, de la disposition et du nombre des doigts, de la forme de l’astragale et de celle du fémur, de la disposition des dents et de quelques caractères encore, on a reconnu que l’ordre des Pachydermes ne formait pas, comme on l’avait cru d’abord, un groupe naturel; et, en outre, on est arrivé à cette démonstration assez inattendue que les cochons et les autres animaux du môme sousordre différaient moins des Ruminants, dont on les éloignait, que des chevaux ou des rhinocéros auxquels on les associait. En effet, parmi les nombreuses espèces éteintes de Pachydermes qui ont été découvertes en France ou dans d’autres contrées également riches en fossiles tertiaires, il en est, comme les anoplothériums et d’autres encore, qui sont si évidemment intermédiaires aux Ruminants et aux Porcins, qu’il serait difficile de dire si leur estomac était ou non approprié à la rumination. Ces anciennes espèces avaient, comme les Ruminants et les Porcins actuels, le fémur dépourvu de troisième trochanter; leur astragale était aussi en forme d’osselet, et elles avaient également les doigts fourchus.

Nous parlerons des Ruminants et des Porcins, sous le nom commun de Bisulques, qu’ils portaient déjà dans les auteurs antérieurs au siècle actuel; disons d’abord quelques mots des Jumentés.

Les mammifères que nous appelons Jumentés, et dont nous faisons un ordre à part, ont toujours un troisième trochanter au fémur; leur astragale est de forme ordinaire, et leurs doigts sont moins complètement ongulés que ceux des Bisulques, et en même temps impairs ou tout au moins non fourchus. Ces animaux ont également été nommés Pachydermes herbivores et Périssodactyles. Ils ont

(1) Voyez de Blainville, Prodrome de 1816 et Osléograpliie. — Owen, Quaterly Journal of geol. Soc., 1847. — Pomel, Comptes rendus de V Acad, des sc., 1848. — P. Gcrvais, Zoologie et Paléont. franç., t. I, p. 42 et 68. — Itl . , Hist. nat. des Mammifères,

été fort nombreux pendant l’époque tertiaire; aujourd’hui ils le sont beaucoup moins que les Ruminants. Ils composent les différentes familles des Équidés (Chevaux), des Tapir idés (Tapirs), des li/iinocéndés (Rhinocéros) et des Hyracidé» (Damans). A part les damans, qui sont zonoplacentaires et dont le cerveau a peu de circonvolutions, ces animaux ont tous un placenta diffus, c’est-à-dire a cotylédons multiples, et leurs hémisphères cérébraux ont des circonvolutions évidentes et multipliées. Parmi les Jurnentés fossiles, nous citerons, comme étant plus remarquables que les autres, les Loplnodons , qui tiennent des Tapirs à plusieurs égards, et les Paléothéndés ou la famille des Paléothériums. Les Lophiodons propro ment dits caractérisent par leur présence le terrain éocène de 1 Europe, et les Paléothériums le terrain proïcène. A la famille des Équidés ou Chevaux ont appartenu les Hipparions ou Hippothériums, dont les pieds étaient tridactyles, leurs métacarpiens et métatarsiens latéraux (les stylets des anatomistes vétérinaires) portant des doigts, ce qui n’a pas lieu dans les Équidés actuels.

La lamille des ÉQUIDÉS nous fournit le Cheval E quus cabal lus),

1 Ane [Equusasinys) et le Zèbre [Equus zébra), ainsi que quatre ou cinq autres espèces qui sont loin d’avoir l’utilité des deux premières.

1 outes ces espèces sont particulières à l’ancien continent. Ce n’est que par l’influence de l’homme que l’âne et le cheval ont été transportés en Amérique et à la Nouvelle-Hollande; cependant l’Amérique a eu des chevaux comme l’Europe lors de la période diluvienne, mais ils y ont été anéantis en même temps que les grands animaux dont l’une et l’autre de ces parties du monde étaient autrefois pourvues. Les chevaux qu’on a transportés d'Europe en Amérique y sont en partie devenus libres, et les pampas sont aujourd’hui parcourus par des troupes nombreuses de ces animaux.

Les Équidés nous sont utiles de leur vivant, et peuvent l’être aussi après leur mort. Leur peau fournit un excellent cuir; on peut également s’en servir comme tapis, surtout dans les espèces zébrées ou à teinte isabelle. Leur chair, particulièrement celle du cheval et de l’âne, est employée dans quelques cas, principalement dans certains pays, et l’on sait que dans ces dernières années plusieurs de nos naturalistes ont vanté d’une manière toute spéciale celle du premier de ces animaux.

Tout en reconnaissant que la viande de cheval, et même à l’occasion celle du cheval employé dans les grandes villes européennes, peut, comme la viande de tant d’autres animaux, servir d’aliment lorsqu’elle est saine, diverses personnes ont fait remarquer qu’elle

JÜMENTÉS. 55

Savait pas toutes les qualités qui distinguent celle du bœuf, et que d’ailleurs le commerce du cheval, envisagé sous ce rapport, ainsi que son débit, soulevaient certaines diilicultés qu’on n’a pas encore résolues.

On a longtemps employé en médecine plusieurs substances tirées du même animal: les châtaignes ( lichenes ), le sang, la présure (hippax de Dioscoride, ou coagulum equinum des auteurs de la Renaissance).

On se sert surtout maintenant des crins du cheval, de sa peau, de la corne de ses sabots, et de ses os; sa chair et ses issues sont moins utilisées, et dans la majorité des cas on ne les emploie que comme engrais ou pour la nourriture des porcs.

Le lait de jument est une denrée précieuse pour certaines peuplades de l’Asie. Il pèse l,03â6, est de consistance intermédiaire à celui de femme et à celui de vache, et pourrait à l’occasion remplacer le lait d’ànesse, qui est seul médicinal dans nos contrées. Sa crème ne peut que difficilement se convertir en beurre. Les Kalmoucks font aigrir et fermenter ce lait pour obtenir un liquide spiritueux que, d’après Pallas, ils nomment araka.

Voici dans quelles proportions le lait de jument est composé :

Beurre 0,55

Caséine 0,73

Albumine 0,40

Sucre de lait 5,50

Sels 0,40

Eau 91,37

L’Ane ( Eqaus asinus) a fourni quelques drogues à la médecine. Ainsi son sang, mêlé à l’eau de mélisse acidulée, a été prescrit dans la manie, et Dioscoride attribue quelque valeur à son foie ( livr. II, ch. h 3). Mais c’est surtout pour la peau que cet animal peut être utilisé après sa mort ; on tire aussi partie de sa chair.

De son vivant l’ânesse nous donne son lait, dont on fait si avantageusement usage contre la consomption.

Le lait (l’ânesse approche par ses qualités du lait de femme; il pèse 1,0355 et renferme aussi beaucoup de principe sucré; en même temps il est plus riche en caséine, et sa crème se convertit plus difficilement en beurre. On peut augmenter les principes sucrés du lait desânessesen agissant sur l’alimentation de ces animaux.

Voici sa composition en regard de celle du lait de femme. Lait de femme. Lait d messe.

Composition Maxim, moyenne.

Minim.

Beurre ....

Composition

moyenne.

Maxim.

Miiurn.

Beurre. . .

Caséine . .

Caséine. . .

Albumine

Albumine .

Sucredelait 7,00

Sucredelait

Sels

Sels

Eau

Eau

FAMILLE DES TAPIRIDÉS. — Il y a deux espèces de Tapirs ( g. Tapirus ) dans l’Amérique méridionale ( Tapiras americanus et Tapirus pinchaque), et une troisième dans les parties méridionales de l’Inde: à Malacca, à Sumatra et à Bornéo ( Tapirus indicus). Le tapir américain est au nombre des animaux dont on a conseillé l’acclimatation en Europe, mais il n’est pas encore réellement domestique, même dans son pays natal. Ce serait un animal alimentaire. L’Europe a possédé, pendant l’époque tertiaire, des espèces du genre Tapir; on trouve particulièrement leurs débris en France.

FAMILLE DES RHINOCÉRIDÉS. — Les Rhinocéros sont des animaux de l’Asie et de l’Afrique, et leur famille est représentée en Europe par plusieurs espèces fossiles. Ces grands pachydermes forment même plusieurs genres.

On 11e tire aucun parti agricole des Rhinocéros , la brutalité de leurs instincts s’y opposerait, et chaque jour la civilisation les repousse davantage dans les forêts épaisses ou marécageuses qui leur servent de repaires. Leur chair, principalement celle des jeunes, passe pour assez bonne ; leur peau épaisse sert à différents usages chez les peuples de l’Afrique centrale et de l’Inde.

De tout temps on a recherché dans les mêmes contrées, ainsi qu’en Europe, les cornes de ces animaux, qui sont formées uniquement de substance cornée et dont on fait des coupes. On leur attribue des propriétés merveilleuses, celle, par exemple, de permettie immédiatement de reconnaître les poisons qu’on y a versés.

Les Romains connaissaient déjà ces coupes, et à l’époque de la Renaissance on a exalté leurs prétendues propriétés. Clément VII en offrit une à François Ier, croyant , assure-t-on, lui faire un cadeau très précieux; aujourd’hui elles n’ont d’attrait, du moins en Europe, que pour les amateurs de curiosités : aussi en conserve-t-on dans différents musées.

Les Hollandais établis au Cap ont attribué des propriétés médi-

JUMENTÉS. 57

finales au sang des rhinocéros, et les Chinois ainsi que les Hindous emploient jusqu’à leur urine.

Famille des HYRACIDÉS. Cette famille ne renferme que le seul genre des Damans (. Hyrax ), qui sont de petits animaux à peine supérieurs aux lièvres par leurs dimensions, à corps allongé, bas sur jambes, sans queue et à oreilles raccourcies. On les trouve en Syrie, en Abyssinie, au Cap et en Guinée. Les damans forment plusieurs espèces.

Celle de Syrie ( Hyrax syriacus ) est bien certainement le Saphan de la Bible, dont le nom est traduit par Chœrogrylle dans la version des Septante, et par celui du Lapin ou ses synonymes dans les versions latine, française, allemande, anglaise, etc.; mais dans la traduction arabe on l’a remplacé par celui de Vahr, qui est précisément l’une des dénominations vulgaires du daman au mont Sinaï. En Syrie, les Arabes indiquent aussi le saphan ou vahr par le nom de G/iannem Israël, c’est-à-dire agneau des enfants d’Israël. Ce saphan était l’un des animaux dont la chair était interdite par le Lévitique. Au Cap et dans le sud de l’Afrique on mange les damans ( Hyrax capensis et arboreus ), et l’on tire de ces animaux un produit médicinal auquel on attribue des propriétés analogues à celles du castoréum.

Cette substance est Yhyracéum ( dasjespis des colons hollandais), que l’on voit aussi quelquefois dans les pharmacies européennes. On la trouve dans les lieux habités par les damans, principalement sur les pierres. On la regarde tantôt comme formée par leurs excréments, tantôt comme un dépôt de leur urine. Elle est brune, cassante, à cassure résineuse; mais, lorsqu’elle est fraîche, elle a une consistance un peu gluante, ce qui permet de la réunir en masses plus considérables. Elle a une odeur pénétrante que l’on a comparée à celle du castoréum. On l’emploie en dissolution dans le vin comme antispasmodique, principalement contre les phénomènes hystériques; sa composition, d’après Schrader ( Jahrb . fur

die Pharm ., 1818), serait :

Substance jaunâtre très odorante, soluble dans l’alcool et dans l’eau. 38

Substance brune soluble dans l’eau 25

Graisse 1

Résine verte soluble dans l’alcool absolu 2

Résidu insoluble (corps étrangers, tels que terre végétale, sable, etc.). 34

Cette analyse, d’ailleurs ancienne, est, comme on le voit, peu concluante, et elle ne décide pas la question de savoir si l’hyra-

MAMMIFERES.

céum, que Buffon et d’autres auteurs appelaient pissat de daman , est ou non l’urine de ces animaux. Des études plus récentes ont fait penser que le principe odorant et actif qu’il renferme se rapprochait de celui qui caractérise le castoréum; mais son odeur est moins intense, et elle est en même temps un peu différente. On prépare avec l’hyracéum une teinture ( tinclura hyracei ) qui se substitue au castoréum.

Pereira (1) etM. L. Soubeiran, dans une note publiée en 1856 dans le Journal de pharmacie et de chimie, se sont occupés de l’hyracéum plus longuement que nous ne pouvons le faire ici. Ils admettent, avec M. Andrew Smith et d’autres voyageurs, que cette substance est un mélange des urines et de la matière fécale des damans, telles que ces animaux les déposent dans les creux des rochers, où l’on va en effet chercher l’hyracéum ; et ils apportent en preuve que l’étude microscopique y fait découvrir des débris de tissus végétaux, mêlés à des cristaux qui ont les caractères des cristaux d’acide urique.

Ordre des Bisnlcjnes.

Ainsi qu’on le faisait autrefois, nous comprendrons sous le nom de Bisulques les mammifères ongulés qui ont les pieds fourchus. Ces animaux ont, comme nous l’avons déjà dit, l’astragale en forme d’osselet, et leur fémur manque de troisième trochanter; tous présentent un placenta polycotylédonaire, et la plupart ont le cerveau pourvu de nombreuses circonvolutions. Les uns ont la propriété de ruminer, c’est-à-dire de ramener les aliments à leur bouche après les avoir ingérés dans la partie de leur estomac que l’on désigne par le nom de panse ou d’herbier; ce sont les Ruminants ; d’autres n’ont pas cette faculté, et leur estomac est plus ou moins simple. On n’y distingue pas de panse comme à celui des Ruminants, et il ne montre ni le bonnet, ni le feuillet, ni la caillette comme l’estomac de ces derniers; ces animaux se groupent assez naturellement autour des porcs et des sangliers, si l’on ne tient compte que de leurs espèces actuelles; nous les appellerons Porcins, ainsi que le faisait Yicq d’Azyr. Toutefois nous commencerons l’étude des Bisulques par celle des Ruminants, qui nous paraissent plus élevés qu’eux en organisation.

(1) Éléments de matière médicale, tome H, paire 2276. Le daman du Cap se nourrit principalement d’une plante aromatique et sucrée, le Cyclopia genisloides, que les colons du Cap emploient eux -mômes eu infusion théiformo sous le nom de honig thee.

BISULQUES RUMINANTS.

Sous-ordre des Ruminants.

Ces animaux se partagent en cinq familles : les Bovidés , les Girafidés, les Cervidés, les Moschidés et les Camélidés.

La famille des BOVIDÉS, aussi appelés Cératophores parce qu'ils sont les seuls mammifères qui aient des cornes proprement dites, c’est-à-dire des prolongements osseux du frontal recouverts d’un étui corné, a pour système dentaire 32 dents: § incisives, \ canines et § molaires de chaque côté, les canines inférieures étant incisiformes et les molaires herbivores et à doubles croissants.

Ils se partagent en quatre tribus :

1° Les Bovins (g. Bibos, Taurus, Pœphagus ou Yack, Bison , Bubalus ou Buffle et Ovibos );

2° Les Caprins (g. Capra ou Chèvre, Ibex ou Bouquetin et Kemas)',

3° Les Ovins (g. Ovis ou Mouton et Musimon ou Mouflon) ;

U° Les ANTiLoriNS ou Antilopes, divisées elles-mêmes en un assez grand nombre de genres.

Cette famille, qui comprend les différentes espèces de bœufs, les chèvres de toutes sortes, les moutons, dont il y a tant de variétés et probablement plusieurs espèces, ainsi que tous les animaux nommés antilopes, gazelles, etc., est sans contredit l’une des plus importantes et des plus utiles de toute la classe des Mammifères.

Elle nous fournit divers animaux auxiliaires dont la force nous est d’un très grand secours pour les travaux de l’agriculture ou pour les charrois, et des espèces sont essentiellement alimentaires, aussi bien celles que nous multiplions en domesticité, et dont nous réglons l’élève pour ainsi dire à notre gré, que celles qui sont restées sauvages. Certaines régions, principalement l’Afrique, en nourrissent en très grand nombre. Nous tirons encore de ces animaux un lait abondant, dont il se fait dans tous les pays, et plus particulièrement en Europe, un usage journalier, soit comme lait frais, soit lorsqu’il a été transformé en beurre ou en fromage.

Le cuir des Ruminants, leur poil, surtout celui des chèvres et celui des moutons qui fournit les laines, sont aussi pour l’homme civilisé des objets de première nécessité, et il n’est pas une seule - de leurs parties dont on ne puisse faire un usage avantageux, soit dans l’industrie, soit en agriculture. Leurs excréments eux-mêmes sont une source de richesse et d’abondance, puisqu’ils constituent d’excellents engrais.

Le Boeuf domestique ( Bos taurus) a st l’un des Ruminants qui sont

MAMMIFERES.

à la fois des animaux de travail et des animaux de boucherie; il fournit près de la moitié des viandes dites d’animaux domestiques que Ton mange annuellement en France. En effet, ces viandes se divisent ainsi qu’il suit :

Viande d’espèce bovine 302,000,000 kilogr.

— d’espèce ovine et caprine 83,000,000

— d’espèce porcine (charcuteries diverses). 305,000,000

Total 690,000,000

Poids énorme en apparence, dont Paris consomme à lui seul plus de 72,000,000 kilogrammes , et qui cependant paraîtra insuffisante si l’on pense qu’une grande partie de la population de nos campagnes ne mange que peu ou point de viande, ou que celle à laquelle elle a recours consiste en conserves, souvent malsaines, dont le porc est la principale base. C’est ce qui a fait dire à M. Isidore Geoffroy, dans son livre sur les substances alimentaires et à l’occasion du peu de cas que l’on fait de la viande de cheval : « Il y a des millions de Français qui ne mangent pas de viande, et chaque mois des millions de kilogrammes de bonne viande sont par toute la France livrés à l’industrie pour des usages très secondaires ou même jetés à la voirie (1). » La viande de bœuf est celle qu’on a le plus souvent analysée (2). Telle qu’elle est débitée par les bouchers, elle est formée en majeure partie de fibrine, principalement de celle dite musculaire, ainsi que d’albumine. Elle renferme en outre beaucoup de membranes pour la plupart très fines provenant du tissu connectif, dit tissu cellulaire, et l’on y trouve aussi d’abondants vaisseaux, souvent remplis de sang et de lymphe, ainsi que des nerfs avec les différents éléments qui les composent.

(1) Lettres sur les substances alimentaires, et particulièrement sur la viande de cheval. Paris, 1856.

(2) Consulter à cet égard les recherches et les analyses de MM. Cbevreul,

Liebig, etc.

Voici le résultat d’une de ces analyses :

Eau 77,17

Fibres charnues, vaisseaux et nerfs 15,80

Tissu tendineux réductible eu gélatine par la coction 1,90

Albumine 2,20

Substances solubles dans l’eau coagulables par l’ébullition,

créatine, créatinine, etc 1,05

Matières solubles dans l’alcool 1,80

Phosphate de chaux 0,08

Une bonne analyse de la chair musculaire elle-même n’est donc possible qu’après la séparation de toutes ces substances accessoires

BISULQITE8 RUMINANTS . 61

d’avec les fibres musculaires proprement dites, et il faut encore en distraire la graisse qui s’y trouve interposée en proportion variable. En outre, la chair montre des différences dans la nature de ses principes constitutifs suivant le sexe, Fâge, l’état de castration ou d’intégrité, le régime, etc., des animaux qui la fournissent. Dans le premier âge, la chair de bœuf et celle des autres animaux sont plus fournies en éléments gélatineux, et leurs os, dont il faut aussi tenir compte lorsqu’on traite les questions relatives à l’alimentation, en renferment dans une plus grande proportion. La chair du bœuf bien nourri est riche en osmazome ; c’est à cette substance que les bouillons qu’elle fournit doivent leur arôme particulier.

Le sang du bœuf, sagraisse, la graisse particulière de ses os, dite moelle de bœuf, sa bile, souvent analysée, et plusieurs autres de ses organes, dont nous ne ferons pas l’énumération complète (cerveau, thymusou ris de veau, etc.), ont dans l’alimentation, dansl’économie domestique et dans l’industrie des usages que tout le monde connaît.

Le lait de vache (1) est un de ceux que l’on emploie le plus ordinairement, et l’on en fait des fromages très variés ainsi que la plupart des beurres les plus usités. Voici sa composition comparativement aux autres laits dont nous donnons ailleurs l’analyse :

Compositiou moyenne. Maximum. Minimum.

Beurre 3,20 5,40 1,45

Caséine 3,00 4,30 1,90

Albumine 1,20 1,50 1,09

Sucre 4,30 5,25 3,90

Sels 0,70 0,88 0,65

Eau 87,60 » »

(1) Les caractères élémentaires du lait sont bien connus. Ce liquide réunit des principes azotés à des principes gras et sucrés tenus les uns et les autres en suspension dans une sérosité aqueuse, où ils sont mêlés à différents sels. C’est doue une réunion des principaux aliments plastiques, respiratoires et salins, et il peut par conséquent suffire à la nutrition, même chez des sujets adultes; c’est pourquoi le lait peut rgndre de si grands services en médecine. Son analyse, soit chimique, soit physiologique, a été faite avec le plus grand soin, et de nombreuses publications lui ont été consacrées. Hermbstadt, Schubler, Braconnot, Lassaigne, Péligot, Lecanu, Simon, Chevalier et Henry, Quevenne, Dumas, Playfair, Blondlot, Boussingault et Lebel, Doyère, Vernois et Becquerel, Poggiale, Joly et Filhol , etc., s’en sont successivement occupés. M. Donné a fait paraître, en 1837, un mémoire, souvent cité depuis, qui a pour titre : Du lait et en particulier de celui des nourrices , considéré sous le rapport de ses bonnes et de ses mauvaises qualités nutritives, complété par de nouvelles recherches, ce travail a été repro-

MAMMIFERES.

On sait que le suc sécrété par le quatrième estomac des Ruminants a la propriété de faire cailler le lait, et l'on utilise cette propriété dans l’économie domestique, lin effet, la présure n’est qu’un mélange de sucgastrique du veau extrait du quatrièmeostomac avec le lait ingéré par l’animal, et l’on s’en sert comme d’un ferment pour faire cailler le lait. Autrefois on lui donnait le nom de coagulum, et l’on en prescrivait l’emploi comme médicament ou comme adjuvant dans certaines circonstances. Cette substance est riche en pepsine, principe actif de la digestion des aliments plastiques, et l’on conçoit qu’elle puisse être d’une grande utilité dans les digestions difficiles et dans les maladies organiques de l’estomac. C’est sans doute à la présence du même agent que les nids des salanganes doivent en grande partie leurs propriétés réconfortantes, et c’est sur la même remarque que reposent les préparations nouvellement conseillées dans lesquelles entre la pepsine J .

Parmi les autres espèces bovines nous citerons de préférence: le Zébu ( Bos indicus), ou bœuf à bosse de l’Inde, qui est assez voisin du bœuf ordinaire pour qu’on l’ait souvent regardé comme n’en étant qu’une simple variété; le Buffle ( Bos bubalus ), employé en Asie et dans quelques parties de l’Europe, principalement en Italie, et I’Yack ( Bos grunniens ), des montagnes de l’Asie centrale.

La Chèvre ( Capra hircus ) nous fournit ses poils, sa peau, ses cornes, sa chair, surtout estimée dans le jeune âge, son sang, principalement celui du bouc, longtemps vanté en médecine presque à l egal de celui de bouquetin, et son lait, qui est plus léger et, assure-t-on, plus excitant que celui de la vache ou de l’ànesse. Voici sa composition :

Composition moyenne. Maximum. Minimum.

Beurre 4,40 5,10 3,15

Caséine 3,50 4,00 2,00

Sucre de lait 1,10 3,35 0,50

Sels 0,35 3,90 2,70

Eau 87,30 0,40 0,30

duit par M. Donné dans son Cours de mieroscopie complémentaire des éludes mé~ dicales, anatomie microscopique et physiologie des fluides de l'économie, 1844, p. 347 et suiv.

(1) Les anciens ne recommandaient pas seulement la présure ou le coagulum de veau ; ils se servaient aussi de celle du chevreau ( coagulum hœdi), du poulain ( coagulum hinnuli), du lièvre ( coagulum leporinum ) et du phoque ( coagulum viluli marini). Voyez à cet égard Vuecker, Antidolarium spéciale, p. 308 (1577). Pour les préparations de pepsine, voyez le travail de M. Corvisart, publié récemment.

BISULQUES RUMINANTS. 63

On cite plusieurs exemples rie houes dont les mamelles étaient développées et sécrétaient du lait comme celles des chèvres.

Les Bouquetins vivent dans les grandes chaînes des Alpes, des Pyr énées, du midi de l’Espagne, etc. Leur sang desséché a occupé pendant les derniers siècles une place importante dans l’officine des pharmaciens. Voici comment on le préparait : après en avoir séparé la sérosité, on le desséchait au soleil ou à une chaleur modérée, de manière à le rendre cassant et susceptible de se réduire facilement en poudre. On lui attribuait, ainsi qu’au sang du bouc qu’on préparait de même, des propriétés sudorifiques et apéritives. Le sang de bouc le plus estimé était celui des individus nourris pendant un mois de pimprenelle, d’ache, de persil, de mauve et de saxifrage.

Il y a plusieurs espèces de bouquetins; celles des Alpes, des Pyrénées, deviennent de plus en plus rares. C’est à tort qu’on a quelquefois regardé ces animaux comme la souebe des chèvres domestiques: ils sont d’un genre différent (g. lbex). La même erreur a été commise pour les mouflons, que l’on a donnés comme le type sauvage de nos moutons, et pour les aurochs, qu’on a regardés comme l’origine des bœufs domestiques.

Le Mouton ( Ovis ciries ) nous est surtout précieux par sa laine, qui fournit des tissus dont les qualités médicales ou hygiéniques sont connues de tout le monde, et par sa chair, si habituellement employée dans l’alimentation. Dans certaines parties de la France on la substitue pour la confection du bouillon à celle du bœuf. Enfin, le lait de brebis est usité, soit à l’état liquide, soit transformé en beurre ou en fromage. Voici sa composition :

Beurre 7,50

Caséine 4,00

Albumine 1,70

Sucre de lait 4,30

Sels 0,90

Eau 81,60

donnant ensemble 18,40 pour 100 de matières solides.

Le fromage de Roquefort est fait avec le lait des brebis de la région des Cévennes. Dans le même pays on fait aussi un usage habituel du beurre de brebis.

La laine est imprégnée d’une sueur odorante, le suint (oiVuirov des Grecs, d’où l’on a fait œsypus). Dioscoride l’inscrit parmi les sub-

MAMMIFERES.

stances médicinales, et on la trouve souvent citée dans les pharmacopées des deux derniers siècles. M. Chevreul en a extrait deux espèces de corps gras, qu'il a décrits sous les noms d ’élaiérine et de stêarérine.

La graisse du mouton fournit une grande partie du suif employé dans les arts. Elle rentre avec la graisse de bœuf, aussi très usitée, celle du veau, du bouc, de la chèvre, du chevreau, du cerf, du daim, du chevreuil et des autres animaux ruminants, dans la catégorie des substances grasses d’origine animale, que l’on désignait autrefois par le nom de sevurn, répondant k notre mot suif, et qui se trouvaient ainsi distinguées des graisses moins consistantes à la température ordinaire, qui recevaient le nom d ’adeps, en langage vulgaire, graisse proprement dite. C’est dans cette seconde catégorie que l’on rangeait les graisses des carnivores dont nous avons parlé k propos des animaux de cet ordre, la graisse humaine, la graisse de porc ou l’axonge et la graisse de certains oiseaux , parmi lesquels l’oie, le canard et le chapon étaient alors les plus employés.

Les recherches des chimistes modernes, et en particulier celles de Fourcroy, de M. Chevreul, de M. Heintz, etc., ont déjà notablement élucidé l’histoire des substances grasses, en montrant quelle était la nature des principes immédiats qui les composent, et quelle analogie il y a entre les matières grasses d’origine animale et celles que l’on retire du règne végétal.

Les Antilopes, ou ruminants de la tribu des Antilopins, comprennent une centaine d’espèces, réparties dans les genres Aleéphale, Tragélaphe, Oryx, Gazelle, Saïga, Céphalophe, etc. Il y a des antilopes grandes comme des bœufs, tandis que d’autres restent aussi petites que les chevrotains, dont elles ont toute l’élégance. C’est surtout en Afrique que vivent ces animaux; cependant il y en a aussi un certain nombre en Asie. L’Amérique n’en a que très peu, et il n’y en a que deux en Europe : 1° Le Chamois ( Ru picapra europœa ) , appelé Isard dans les Pyrénées : il vit dans ces montagnes, dans les Alpes et en Grèce; 2° le Saïga [Saïga tartarica), animal plus commun dans les parties septentrionales de l’Asie, principalement dans les monts Altaï, et que l’on rencontre sur quelques pointsde l’Europe orientale. Il existait encore dans l’Ukraine pendant le dernier siècle, mais il y était devenu rare; aujourd’hui on ne l’y rencontre plus. Cette espèce est le Colus de Strabon. C’est une de celles appartenant à la tribu des Antilopes dont on recherchait jadis les bézoards.

BISULQUJSS RUMINANTS. 65

Les bézoards, dont nous avons déjà prononcé le nom à propos du bouc et du porc-épic, sont des espèces de calculs que Ton trouve accidentellement dans l’estomac de certains animaux, particulièrement dans celui des antilopes ou de certains autres mammifères, les uns ruminants, les autres étrangers à ce groupe. L’éléphant, le cheval, le rhinocéros, le castor, le cochon, le chien et même le morse sont cités pour leurs bézoards, tout aussi bien que les animaux dont nous nous occupons en ce moment; mais c’est de ces derniers que l’on retire les qualités de bézoards qui ont eu autrefois le plus de réputation. Ces corps, que l’on faisait venir de l’Asie ou de l’Afrique, se voient encore dans beaucoup de collections où l’on a conservé d’anciens droguiers; toutefois on ne s’en sert plus aujourd’hui, du moins en Europe.

Les bézoards sont de consistance pierreuse, formés de couches concrétiques, émoussés à leur surface, amygdaloïdes, piriformes ou assez analogues aux bâtons les plus épais des échinides du genre Cidaris. On remarque habituellement au centre de leurs couches quelques brins de substance végétale, d’origine évidemment alimentaire, qui ont servi de centre aux couches superposées dont ils sont formés.

On a longtemps attribué à ces corps des propriétés tout à fait merveilleuses, telles que celle de détruire les poisons et surtout les virus, et on les regardait comme essentiellement sudorifiques. Un préjugé établissait même qu’il suffisait de les porter en amulettes pour se préserver complètement. Leur nom est tiré de l’arabe, et c’est par les médecins de cette nation, pendant tout le moyen âge à la tête de la science, qu’ils ont été introduits dans la médecine européenne. En effet, il n’en est pas encore question dans les auteurs grecs et romains, mais les Maures d’Espagne les mentionnent fréquemment. Matthiole, qui en parle sous le nom de lapides bezahar, donne d’ailleurs l’origine de ce nom (1), et il rappelle l’opinion des auteurs contemporains, que ces corps se formaient dans le larmier de certains cerfs (2). Pallas a imposé le nom d’ Antilope bezoartica au pazan de Buffon , qui vit dans l’Afrique centrale; mais les bézoards de cette espèce n’ont été employés que postérieurement à la Renaissance. Ceux dont on s’est, servi dans les siècles derniers ont été distingués en deux catégories : les bézoards orientaux, ou bézoards d’Asie et d’Afrique, et les

(1) « Lapis quem Arabes suo idiomale bezahar vocant. »

(2) « In cervorum oculorum angulis. »

bézoards occidentaux, parmi lesquels ou rangeait ceux que fournissent les lamas des Andes et même ceux du chamois, de la chèvre et du bœuf. Ces derniers avaient une valeur bien inférieure à celle des autres.

M. Woehler, qui a analysé les bézoards orientaux, y a trouvé un acide organique, qu’il a d’abord nommé acide bézoardique, mais auquel il a reconnu depuis lors les caractères de l'acide ellagique, découvert par Braconnot dans l’infusion de noix de galle longtemps exposée à l’air. M. Robin attribue la présence de cet acide dans les bézoards à l’altération de l’acide tannique que contiennent certains aliments usités par les animaux dont on tire les bézoards. Il est possible d’ailleurs que ces concrétions présentent des différences dans leur composition, suivant les espèces dont elles proviennent ; mais c’est ce qui n’a pas encore été constaté.

M. Guibourt a analysé unbézoard intestinal qui contenait-^pd oxa-

late de chaux. Il suppose qu’il avait été formé dans le corps d’un chameau. Le même auteur a donné, sur ces bézoai’ds, de nombreux renseignements auxquels nous renvoyons (1).

On confond quelquefois avec les bézoards, mais à tort, des pelotes pileuses à substance finement feutrée, et dont la surface est revêtue d’une concrétion lisse qui ressemble à du carton très résistant. Ces pelotes, dont la forme est circulaire, se rencontrent aussi dans le corps des ruminants, principalement dans leur panse; on les nomme égagropiles. Leur volume est habituellement celui d'une orange. Parmi les espèces qui nous en ont fourni, nous citerons la girafe, qui n’avait point encore été indiquée sous ce rapport. Les égagropiles résultent de la réunion, sous forme sphérique, des poils que les Ruminants avalent en se léchant,

La famille des GIRAFIDÉS, qui est la deuxième du sous-ordre des Ruminants, ne se compose que du seul genre Girafe ( Camelo pa?'dalis ), qui n’existe qu’en Afrique.

La famille des CERVIDÉS, sans être aussi riche en espèces que celle des Bovidés, l’est beaucoup plus que celle qui précède, et l’on y distingue même trois genres, dont l’un , celui des Cerfs (Cervus), se partage à son tour en dix ou douze sous-genres [Daims, Recurves, Elaphes, Panolies , Axis, Cariacous, Blastoceres ,C hcvreuils , Guemuls, Daguets, etc.). Les trois autres genres de cette famille

(I) Revue scientifique, t. XIV, et Hist. nat. des drogues, 4e édition. Paris, 1851, t. IV, p. 94. Voyez aussi Bull, de l'Acad. de med. Paris, 1853, t. XVIII, p. 323.

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