‹ Zoologie médicale (volume 2)Chapitre 14 sur 96 · BI SU LOUES RUMINANTS · texte numérisé non relu

BI SU LOUES RUMINANTS

sont ceux des Rennes (Tarandus), Élans ( Alces ) et Cervules [Cer-

vulus).

Les différentes espèces des Cervidés ont, sous certains rapports, les mêmes propriétés, et ce que l'on a dit du Cerf élaphe ou cerf ordinaire (Cervus elaphus ) peut s'appliquer à toutes les autres, qu'il s’agisse des mœurs, des qualités de la chair ou de la nature des bois, etc.

Le cerf a fourni plusieurs substances à la matière médicale : sa graisse, sa moelle ou graisse des os, sa verge ( pricipus cervi ), l’os de son cœur [crux cervi ou os cor dis cervi), auquel on substituait souvent celui du cœur de bœuf, et ses bois, encore employés aujourd'hui sous le nom de corne de cerf [cornu cervi) .

La corne de cerf est utile par sa substance organique, essentiellement gélatineuse, ou par sa matière terreuse, qui est du phosphate de chaux. Par le premier principe, elle sert à composer une gelée que l’on édulcore avec du sucre, et qui est nutritive et émolliente, en même temps qu elle peut servir d’excipient pour des médicaments plus actifs. Par le second, elle est utile après calcination ou sans calcination, soit qu’on l’ait porphyrisée, soit qu’oii l’ait simplement réduite en fragments.

La corne de cerf entre dans la décoction blanche de Sydenham et dans diverses autres préparations. On la préfère à l’état de ràpure. Par la distillation sèche, elle fournit le sel ou esprit volatil de corne de cerf, souvent employé comme antispasmodique par les médecins des siècles précédents, mais presque abandonné de nos jours. La même distillation donne une huile noire et empyreumatique nommée huile animale de Dippel ou huile pyro-animale , dont on s’est également servi comme antispasmodique. En ajoutant jusqu’à parfaite saturation au sel volatil de corne de cerf de l’acide succinique dissous dans l’eau, on obtient le succinate d’ammoniaque pyroligneux ou esprit de corne de cerf succiné. Cette préparation a été employée avec succès pendant l’épidémie de choléra qui a régné à Gand pendant l’été de 1834.

La corne de cerf que l’on vend sous forme de cornichons, c'està-dire la corne obtenue par la section des andouillers, est la seule forme sous laquelle on doive accepter cette substance dans les drogueries, si l’on veut avoir réellement de la corne de cerf. Râpée, elle devient la corne yrise; la corne blanche n’est pas de la corne de cerf, mais tout simplement de la ràpure d’os de bœuf.

Le cerf élaphe vit en Europe; il est encore commun dans les grandes forêts de l’Allemagne et de la Russie; il existe aussi dans

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le nord de l’Asie avec les mêmes caractères, et l’Amérique septentrionale possède une race ou espèce peu différente, qui est remarquable par des dimensions supérieures. Celle-ci est le cerf wapiti ( Cervus canadensis). Un cerf également supérieur à ceux d’aujourd’hui a laissé ses ossements dans les terrains diluviens de l’Europe.

Le cerf de Corse [Cervus corsicanus ), celui de la province de la Calle en Algérie [Cervus barbarus ) et celui de Grèce diffèrent un peu du nôtre, et présentent pour principal caractère distinctif d’avoir l’andouiller basiliaire simple, au lieu d’être double, et la perche bifurquée au lieu d’être trifurquée.

Parmi les autres espèces de la famille des Cervidés, nous nous bornerons à citer:

Le Chevreuil [Cervus capreolùs), dont on a recommandé autrefois la présure, le foie, le fiel et même la fiente, comme ayant des propriétés médicinales;

L’Élan [Cervus ctlces, aujourd’hui Alces maclis ), animal de grande taille dont le bois acquiert un développement gigantesque, et dont

Fig. 8. — Bois de l’Élan.

les narines ne sont point entourées d’un mufle nu comme celles des autres animaux du même groupe.

On conserve encore dans quelques anciens musées des pieds isolés de l’élan (pieds gauches) dont le sabot passait autrefois pour avoir des propriétés antiépileptiques ;

Le Renne [Tarandus rangifer), est. aussi un type de genre. C’est, par excellence, l’animal domestique des Lapons , des Samoyèdes et des Esquimaux. Il leur sert de bête de somme et d’animal de trait, leur donne son lait et leur fournit après sa mort sa chair, qui est une bonne viande de boucherie; sa peau, qui leur sert de fourrure; son cuir, qu'ils emploient pour courroies, etc. Ses bois ont les mêmes usages en médecine et dans l’industrie que ceux des autres espèces des cerfs, et il donne encore d’autres produits. Dans

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l'espèce du renne, les femelles ont des bois aussi bien que les mâles.

On a trouvé dans plusieurs parties de la France (dans le Loiret, dans le Puy-de-Dôme, dans le Lot), ainsi qu'en Belgique, des ossements de rennes appartenant à la même espèce que ceux du Nord. Ils sont enfouis avec des restes de l’éléphant fossile, du Rhinocéros tichorhinus et des autres mammifères diluviens.

Famille des MOSCHIDÉS. On pourrait la regarder, aussi bien que celle des girafes, comme une simple tribu de celle des cerfs; mais les espèces qu'elle renferme sont plus petites que celles indiquées parmi les Cervidés proprement dits, toujours privées de cornes et de bois, et pourvues de fortes canines à la mâchoire supérieure. Leur estomac manque de feuillet, et leur fœtus a un placenta zonaire, deux caractères qui indiquent leur infériorité par rapport aux Cervidés véritables.

On partage les Moschidés en trois genres, sous les noms de Moschus ou Chevrotain, Tragulus et Hyœmoschus.

Le genre Moschus a pour type l’animal du musc; celui des Tragulus renferme les petites espèces propres aux îles de la Sonde, que l’on nomme improprement Chevrotains, et celui des Hyœmoschus repose sur une espèce africaine dont le caractère le plus remarquable est d’avoir les métacarpiens et les métatarsiens principaux divisés dans toute leur longueur comme ceux des Porcins, tandis que ceux de tous les autres Ruminants sont réunis sous forme de canons.

Les Chevrotains porte-musc, que Linné nomme Moschus moschi-

Fig. 9. — Chevrotain porte-musc.

férus, sont considérés par plusieurs naturalistes modernes comme

formant plusieurs espèces, savoir: le Chevrotais de Sirérie (. Moschus sibiricus, T’allas), vivant en Mongolie et dans la Sibérie, depuis les monts Altaï jusqu’au bassin de la Léna supérieure; le Chevrotais porte-musc ( Moschus moschiferus véritable), du Thibet et du Népaul ; le Chevrotais a ventre blanc Moschus leucogaster, Hodgson), du Népaul, et le Chevrotais a ventre jaune 'Moschus chrysogaster, Hodgson), également du Népaul.

Les chevrotains, dont la taille est un peu inférieure à celle du chevreuil, sont des animaux timides qui fuient la présence de l’homme. Ils vivent habituellement isolés, se tenant sur les rochers escarpés, dans les vallées des montagnes couvertes de bois épineux et auprès des glaciers. En hiver, ils cherchent des localités moins froides. A l’époque du rut, les mâles se battent pour la possession des femelles, et ils se font de fortes blessures au moyen de leurs canines. Le rapprochement des sexes a lieu en novembre et en décembre. Ces animaux sont alors très gras. Les femelles mettent bas en mai ou en juin; elles ont un ou deux petits à chaque portée.

Ce sont les mâles qui sont odorants : aussi quand on tue un de

Fig. 10. — Organes génitaux et poche sécrétoire du Chevrotain porte-musc (*).

ces animaux, lui enlève-t-on avec soin sa poche musquée, de manière à tirer partie de cet organe et en môme temps à ne point

(*) a. Lu verge dans son fourreau b. c. L’urètre il d. Peau de l’abdomen, e. La glande f. Le scrotum, g. Ouverture donuant passage au cordon testiculaire, h. Orifice delà poche du musc. i. Orifice prepncinl k. k. Limites de la poche du muse r, o. Ln pince où est situe l'anus.

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souiller par la sécrétion odorante qu'il renferme la chair, qui est employée comme aliment. C’est sous le ventre, à l’extrémité du fourreau de la verge et en communication avec le prépuce, qu’est placé cet appareil sécréteur, dont M. Brandt donne une bonne description dans sa Zoologie médicinale. 11 est oviforme, un peu aplati, pèse de 20 à 32 grammes, et atteint un pouce et demi environ dans son plus grand diamètre. Le musc renfermé dans cette poche est à demi fluide, tant qu’il est frais, et de couleur rouxbrun; son odeur est très forte. Il est amer et possède à un haut degré les propriétés du musc desséché que nous employons. Celui-ci s’est durci; sa teinte est devenue encore plus foncée; il est d’apparence granuleuse et se laisse facilement réduire en poudre. On le préfère conservé dans la poche qui l’a produit; mais ce n’est pas toujours une garantie contre la sophistication, et l’on a beaucoup de peine à obtenir cette substance parfaitement pure.

Nulle odeur n’est aussi subtile que celle du musc, et il n’en est pas de plus persistante. Elle se conserve pendant de longues années dans les armoires où l’on a placé de cette substance, et les objets que l’on serre ensuite dans les mômes endroits s’imprègnent à leur tour de l’odeur musquée.

Indépendamment des chevrotains, il existe d’autres animaux qui répandent des émanations analogues. Certaines musaraignes, les desmans, l’ondatra, plusieurs Viverridés que nous avons déjà cités, le bœuf musqué [Ovibos moschatus) , sont remarquables sous ce rapport. Les excréments des chauves-souris et les chauves-souris elles-mêmes sont aussi dans ce cas. Il y a des crocodiles à odeur musquée; l’élédon ( Eledon moschatus ), qui est un mollusque céphalopode de la famille des Poulpes, jouit de la même propriété, et on la retrouve chez certains insectes.

Le musc des chevrotains est l’un des meilleurs antispasmodiques que l’on connaisse, et son emploi en médecine est très fréquent. On lui reconnaît d’ailleurs plusieurs autres propriétés (1). C’est aussi un objet de parfumerie très usité, quoique son odeur, et surtout l’abus qu’en font certaines personnes, soient parfois des plus incommodes.

On ne peut affirmer que les anciens, soit les Grecs, soit les Romains, aient réellement connu cette substance, et qu’ils l’aient employée. Aristote, Pline et Dioscoride n’en parlent pas, non plus

(1) Matthiole disait déjà du musc: « Cor frigidum ac tremulum roborat, et « omnibus ipsius affectibus opem præstat potus atque illitus. »

qu’Elien et Oppicn, qui vivaient cependant au troisième siècle de l’ère actuelle; mais il en est certainement question dans Aétius, médecin grec de la fin du cinquième siècle, et dans Sérapion, naturaliste arabe du dixième. Au commencement du quatorzième, on trouve le musc indiqué par Marco-Polo dans son histoire du Thibet. Cependant, vers la fin du dix-septième siècle, on était encore assez mal renseigné en Europe sur l’origine du musc; c’est ce dont on peut juger par ce qu’en dit Demeuve dans son Dictionnaire pharmaceutique (1).

Des analyses de ce produit de sécrétion ont été faites en 1803 par Thienemann; en 1805, par Bucholz; en 1820, par MM. Guibourt et Blondeau ; en 1824, par Westler et Buchner; en 1829, par Keinmann et Geiger; mais ces analyses ne nous donnent pas encore une notion suffisamment précise de cette précieuse substance. Ainsi elles ne nous disent pas quelle est la nature spéciale du principe auquel le musc doit surtout ses propriétés. On y indique des corps gras fixes (stéarine, oléine, cholestérine), une huile acide combinée avec de l’ammoniaque, une huile volatile, de la gélatine, de l’albumine, et même de la fibrine, ainsi que différents sels calcaires auxquels s’ajoutent -encore des substances étrangères provenant de la sophistication (sable, etc.) , des poils, également ajoutés par supercherie ou provenant de la peau qui protège l’organe secréteur.

Quelques chimistes ont comparé le principe odorant du musc au bouquet des vins, et ils ont admis qu’il était du à un acide volatil, qu’on y trouve en effet, mais dont on n’a pas encore pu reconnaître la véritable composition. Cet acide serait lui-même uni à un alcali également volatil, et l’un et l’autre seraient susceptibles d’étre isolés séparément par la distillation avec la chaux, ce qui permettrait d’en faire l’étude comparative, si l’on opérait sur une masse un peu considérable; mais c’est ce que l'on n’a pas encore fait, et il est jusqu’ici impossible de dire à quelle série chimique appartiennent les principes immédiats qui sont propres au musc.

Quelques substances ont la propriété de faire perdre au musc son odeur ou de la dissimuler tant qu’elles lui sont associées.

En Sibérie, les chevrotains à musc mangent essentiellement des

(1) « Le musc, dit cet auteur, se fait du sang éehaufTé et bouillant de cet animal, au nombril duquel il se forme un abcès qui, étant nn\r, il prend plaisir à se frotter le ventre contre les pierres et troncs des arbres pour faire ouvrir cet abcès et en faire sortir la matière; laquelle, venant à se dessécher et digérer par le soleil, dégénère en un musc très odoriférant que les habitants de ce pays-là renferment dans des vessies, » Demeuve, loc. cil.

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plantes marécageuses, ainsi que des feuilles d’arbousiers, de rho-, dodendron et de Vaccinium vitis idea. Au Thibet, ils trouvent des herbes plus savoureuses, et le muse V est de meilleure qualité. Le Delphinium glaciale, qui croît dans les monts Hymalaya, a quatre ou cinq mille mètres d’élévation, est aussi recherché par ces animaux. C’est une plante remarquable par son odeur musquée, et les habitants de ces contrées élevées pensent que les chevrotains lui doivent leur propriété odorante. Cette opinion n est peut-être pas dépourvue de tout fondement; et il est possible que le principe particulier des chevrotains, de même que celui des castors, soient fournis à ces animaux par quelques-uns des végétaux qui forment leur nourriture habituelle. L’origine végétale de certaines substances que nous tirons des animaux est un fait aujourd’hui trop bien démontré pour qu’il soit nécessaire de faire remarquer 1 intérêt d’un travail qui serait entrepris dans cet ordre d’idées sur les principales sécrétions des animaux.

11 y a différentes sortes de muscs naturels;

M. Guibourt, dans son histoire naturelle des drogues , décrit ceux de Chine, d 'Assam, de Tonquin , du Bengale (1) et de Sibérie ou de Kabardin ; ce dernier est apporté en Europe par les négociants russes.

Dans la droguerie, on distingue aussi les muscs d’après leur mode de conservation en deux sortes principales: 1° ceux qui sont

Fig. 11. — Musc de Chine.

Fig. 12. — Musc Kabardin.

en poche ou en vessie, c’est-à-dire encore retenus dans 1 organe

(1) C’est-à-dire venu par voie du BeDgale, les véritables Chevrotains a musc manquant à cette partie de l’Inde.

sécrétoire et laissés contre une rondelle de la peau du ventre encore revêtue de ses poils : le trou qui en perce le centre est celui de Forifice préputial; il sert aussi d’issue à la poche odorante; 2* ceux qui sont hors de vessie ; ces derniers sont les plus fréquemment adultérés.

La famille des CAMÉLIDÉS n’a pas avec les cerfs et les genres qui précèdent les mêmes atlinités que celle des Moschidés, et par l’ensemble de ses caractères elle tient k la fois autant des Ongulés non ruminants, par les genres Anoplotherium et Oréodon 1 j, que des Ruminants proprement dits. Toutefois ce sont encore des animaux qui ruminent, et ils ont les métacarpiens, ainsi que les métatarsiens principaux, soudés en canon, ce qui n’avait pas lieu chez les anoplothères. Leur dentition est déjà moins anomale que celle des genres dont nous avons parlé ; ainsi on leur trouve des dents incisives supérieures (2), et leurs canines inférieures ont la forme ordinaire.

Les Chameaux et les Lamas sont les seuls animaux actuels de cette famille (3).

Les Chameaux (g. Camelus ) sont originaires de l’Arabie et des parties de l'Asie qui s’en rapprochent. A l’est, ils vont jusqu’en Chine ; au nord et à l’ouest, jusqu’en Crimée et dans quelques parties de la Russie d’Europe, ainsi qu’en Afrique, où les Arabes les ont répandus sur une surface très étendue, principalement ceux de l’espèce à une bosse, cette espèce est le Chameau dromadaire ( Ca melus dromedarius ) . Au contraire, le Chameau a deux bosses (Camelus bactrianus ) est resté essentiellement asiatique.

Dans la Haute-Égypte et en Arabie, la fiente des chameaux sert depuis une époque très reculée à la fabrication du sel ammoniac (chlorhydrate d’ammoniaque). Autrefois l’Europe tirait cette substance de l’Égypte : d’où le nom de sel ammoniac, rappelant

(1) L'anoplothérium et les animaux voisius sont fossiles dans les terrains tertiaires moyens et inférieurs de l’Europe : les oréodons sont un genre également ancien , dont on trouve les débris dans l’Amérique septentrionale. Les premiers rappellent par certains de leurs caractères les chameaux, propres comme eux à l’ancien continent , et les seconds se rapprochent des lamas, qu’on n’observe qu'en Amérique.

(2) Nous avons montré qu’il y en avait trois paires, mais il faut les chercher sur des individus très jeunes. M. Owen a fait également cette remarque.

(3) Les Camélidés sont, avec une ou deux espèces de cerfs exotiques, les seuls mammifères connus dont les globules sanguins soient elliptiques comme ceux des vertébrés ovipares.

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que c'était vers le temple de Jupiter Ammon qu’on en faisait le commerce. C’est le chlorhydrate d’ammoniaque, qui sert à faire l’ammoniaque liquide. Depuis uno cinquantaine d’années, on lo prépare en Europe dans de grandes cornues, par la distillation sèche de diverses substances d’origine organique, telles que les os, les chitfons de laine, la corne, etc.

Les Chameaux servent comme bêtes de somme et aussi comme animaux alimentaires. Leur lait est, pour les peuples de l’Afrique et de l’Arabie, une précieuse denrée.

Les Lamas (g. Auchenia ) appartiennent à la chaîne des Andes; ce sont des Camélidés plus petits que les chameaux, et dont l’espèce domestique ( Auchenia glama ) était d’une très grande utilité aux habitants du Pérou avant la conquête espagnole. L’Amérique était alors dépourvue de nos animaux domestiques; et par les qualités de leur chair, par leurs poils susceptibles d’être avantageusement tissés, par leur lait, les lamas remplaçaient à certains égards plusieurs de nos espèces; ils étaient aussi employés comme bêtes de somme.

Le lait des lamas est intermédiaire par ses qualités à celui de l’ànesse et à celui de la vache. En voici la composition:

Beurre 3,10

Caséine 3,00

Albumine 0,90

Sucre de lait 5,60

Sels 0,80

Eau 86,60

Sous-ordre des Porcins.

Les Porcins sont des Bisulques non ruminants, et dont l’estomac n’est jamais compliqué à la manière de celui des espèces du sousordre qui précède. Celui des cochons est même tout à fait simple, et l’on ne voit à celui des pécaris qu’une double dilatation des courbures. Ici les dents sont appropriées au régime omnivore, du moins celles des espèces actuelles, car dans certains genres fossiles elles étaient complètement herbivores. Leur formule la plus habituelle est : § incisives, \ canines et * molaires de chaque côté. Les métacarpiens et les métatarsiens principaux restent séparés l’un de l’autre à tous les âges, au lieu de se réunir en un canon unique, vers l’époque de la naissance, comme cela a lieu dans la très grande majorité des animaux qui ruminent. Toutefois les

pécaris prennent en partie la disposition propre à ces derniers.

Les genres actuels du sous-ordre des Porcins sont assez peu nombreux. On n'en compte que cinq.

Hippopotames (g. Hippopotamus). Les hippopotames sont d'énormes animaux à corps allongé, à gueule très fendue, à contours arrondis, ayant sous la peau, qui est épaisse, une forte couche de graisse. Ils vivent dans les grands fleuves de l’Afrique, et perdent chaque jour du terrain devant les progrès de la culture et de la civilisation. On emploie l’ivoire de leurs incisives, et surtout celui de leurs canines, qui sont considérables. Il sert à la fabrication des dents artificielles et des faux râteliers, mais on lui préfère l’ivoire d’éléphant, qui jaunit moins rapidement. La chair des hippopotames est estimée. Leur peau, très épaisse, sert à fabriquer des boucliers et d’autres objets. Leurs testicules, préparés en infusion, ont été anciennement recommandés contre la morsure des serpents (Dioscoride, II, 25).

Phacochères (g. Phacochœrus). Singuliers animaux africains, à canines très grosses et très allongées; à dents incisives, en partie caduques, et dont la dernière molaire inférieure est complexe. Les phacochères ont des mœurs tout à fait sauvages.

Babiroussas (g. Babirussa). L’unique espèce de ce genre habite Célèbes et les Moluques oii elle est estimée comme animal alimentaire. On la retient quelquefois daps un état voisin de la domesticité.

Sangliers et Porcs ou Cochons (g. 5ms). Ces animaux sont particuliers à l’ancien continent; et il en existe naturellement en Europe, en Afrique, en Asie, dans les îles de l’Inde et jusque dans la Nouvelle-Guinée. Ils constituent plusieurs espèces. Les porcs, ou cochons domestiques, sont très utiles comme animaux alimentaires, et leur graisse, connue sous le nom d ’axonge (axungia , a de nombreux usages dans les préparations pharmaceutiques. L'axonge est formée de ^ de stéarine et de d’élaïne.

Suivant les pays et les saisons, on mange la viande des porcs fraîche, cuite ou crue, ou bien encore salée ou fumée. Cuite, elle est sans inconvénient; mais il n’en est pas de même lorsqu’elle l'a été incomplètement ou lorsqu’elle est simplement fumée ou salée. Elle renferme des œufs de taenias, des cysticerques et des échinocoques, qui peuvent se transformer en taenias dans le corps des individus qui se nourrissent ainsi. L’infection vermineuse est plus certaine encore si la chair de porc est mangée crue, comme on le fait en Abyssinie. Les cochons, dont les tissus mous sont envahis

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par les hydatides du genre Cysticerque, sont dits cochons ladres, et cette maladie porte elle-même le nom de ladrerie ; c’est sans doute pour en prévenir les suites que la loi de Moïse et celle de Mahomet ont défendu l’usage du porc.

Les cochons de lait ont été recommandés en médecine, à cause de l’abondance de leurs principes gélatineux, et c’est pour la même raison qu'on a employé, ou que l’on emploie encore, les jeunes chiens, les agneaux de naissance, les oiseaux nouvellement éclos, les grenouilles et certains poissons. Le poumon de cochon, son astragale («srpayaXo;, Dioscoride, II, 62) et quelques autres de ses parties ont été autrefois préconisés comme ayant des vertus médicinales. Tout cela est également tombé en désuétude.

Pécari (g. Dicotyles ). Ce genre comprend des suidés plus petits que les précédents et propres aux régions chaudes de l’Amérique; leur chair est bonne à manger, et ils se reproduisent assez facilement en Europe; mais ils sont sensibles au froid et sujets aux tubercules. On en admet deux espèces, qui sont très peu différentes l’une de l’autre ; ce sont les Dicotyles torquatus et Dicotyles labiatus.

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