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I. Déodactyles fîssirostres

Les Fissirostres doivent leur nom à la forme élargie et fendue de leur bec, qui est en même temps court et aplati, en sorte que l’ouverture de leur bouche est très grande, et qu'ils peuvent engloutir aisément les insectes qu’ils poursuivent au vol.

Ils se partagent en trois familles :

La famille des CAPRIMULGIDÉS comprend les Guacharos (g. Stcatornis) , les Podarges (g. Podargus, etc. et les Engoulevents (g. Caprimvd gus) , qui sont des oiseaux nocturnes;

La famille des CYPSÉLIDÉS ou des Martinets g. Cypselus , réunit des espèces à vol infatigable, dont le sternum n’a point d'échancrures;

La famille des HIRUNDINIDÉS, ou Hirondelles g. Hirundo, etc. . est formée par les différents genres d'hirondelles.

C’est à cette troisième famille qu’appartiennent les Salanganes, espèces propres à l’Asie méridionale et à quelques îles de la mer des Indes. Ces oiseaux sont célèbres par leurs nids, qui forment un aliment très recherché des Chinois, et que l'on apporte quelquefois en Europe.

Les Salanganes connues (g. Callocalia, G.-R. Gray forment cinq espèces (2), dont les quatre premières appartiennent à l’Inde et à ses îles. Ce sont :

Callocalia esculenta iY Hirundo esculenta de Linné , qui se reconnaît à la belle tache blanche que porte antérieurement vers la base chacune des pennes de sa queue;

Callocalia troglodytes, G.-R. Gray, connue à Malacca, aux Philippines et à la Nouvelle-Calédonie;

Callocalia Linchi, Horsfield, de Nicobar;

Callocalia fuciphaga ( Flirundo fuciphaga de Thunberg ), que M. G.-R. Gray appelle Callocalia nidifica; M. Mac Clelland, Hirundo brevirostris ; M. Jerdon, //. unicolor, et M. Blyth, Cypselus unicolor et C . concolor. Elle est entièrement brune, sans blanc à la queue ni ailleurs. C’est la plus répandue et celle dont on mange principalement les nids. On la trouve à Java, à Sumatra, à Bornéo, et, sur le continent asiatique, à Malacca, dans la Chine, dans l'Assam et dans le Boutan. Elle est aussi des lies Mariannes et de File

(1) Ordre des Cliclidones, Meyer.

(2) Voyez G.-R. Gray, Généra of liirds. et Ch honaparle, Comptes rendus hebd. de l'Académie des sciences, 3 décembre 1853.

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iTOualan. C’est le Jens des Japonais, 1 e Patong dos ludions, Y Ennn des Chinois, le Layonq des habitants de Sumatra, et h' Wahalœnu de ceux de Ceylan.

L ’Hirundo francica, qui vit à l’ile de France, à Rodriguez et aux Séchelles, est aussi un Callocalia.

Les nids des Salanganes ont assez bien l'apparence de l’ichthyocolle ; ils sont secs, cassants, de couleur blonde, demi-transparents, à pou près en hamacs, plus rugueux et plus épais à leur bord libre

Fie. 14. — Salangane et son nid (le nid est de grandeur naturelle).

que le long du bord par lequel ils adhèrent, et la substance qui les compose est disposée en bandelettes longitudinales qui laissent par intervalle quelques petits vides entre elles. Ces nids ont 6 a 7 centimètres dans leur plus grand diamètre, et h à peu près dans le plus petit. On en recueille beaucoup dans les parties monla-

OISEAUX

frileuses des îles de l'archipel Indien, principalement à Java, à Sumatra et à Bornéo. La récolte en est très périlleuse dans certains lieux. 11 y en a de diverses qualités, et par suite de plusieurs prix.

Les nids de première qualité sont toujours de couleur claire, parfaitement nets et sans mélange d'aucune plume : ce sont ceux de la première nichée, presque aussitôt enlevés que construits, et où l’oiseau n’a pas eu le temps de déposer ses œufs; ils se vendent jusqu’à 200 francs le kilogramme. La Salangane, pressée de pondre, se hâte d’en construire un second dans lequel la matière se ressent déjà des efforts qu’elle a faits pour la faire produire à son estomac. Les points d’attache de ces nids sont sanguinolents, et il se môle à leur substance quelques plumes. Ces sortes de nids constituent la qualité moyenne, qui vaut communément de 120 à 150 francs le kilogramme. Lorsqu’on lui a enlevé jusqu’à deux et trois fois son nid, l’Hirondelle en construit rapidement un quatrième; mais épuisée par la dépense de matière occasionnée par les nids précédents, elle cherche à y suppléer en y ajoutant des plumes qu’elle s’arrache et quelques brins d’herbe. Ces nids, qui forment la dernière qualité, ne valent plus que de 12 à 20 francs le kilogramme. Les Chinois les nettoient avec soin et parviennent à les rendre mangeables (1).

Quelques auteurs ont pensé que ces nids étaient du nombre des substances nommées alcyons par les anciens, et dont Dioseoride énumère cinq sortes différentes (2); mais cette opinion a été abandonnée, et l’on ne cite aucune mention des nids de Salanganes antérieure à celle qu’en a donnée Bontius, célèbre naturaliste hollandais qui mourut à Batavia en 1631. Depuis lors tous les voyageurs qui ont visité l’Inde ou la Chine ont parlé de ces nids et vanté les bons effets que les Chinois ou d’autres peuples de l’Asie méridionale en obtiennent. La substance qui forme les nids des Salanganes est insoluble dans l’eau froide; mais elle se ramollit dans l’eau bouillante, ce qui permet d’en faire des soupes ayant l’apparence et presque le goût de la soupe au vermicelle, et que l’on trempe habituellement avec du bouillon de poulet. Mudler, qui en a fait l’analyse, y signale 90,25/100 de matière animale, le reste étant, d’après ce chimiste, composé de matières salines.

On a attribué à la substance dont les Salanganes composent ces nids des origines très diverses. Ainsi on a cru qu’elle était la même

(1) Détails empruntés à M. Itier : Journal d'un voyage en Chine, t. I, p. 221.

(2) H toi «axucvîou, Diosc., lib. V, c. 136.

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que le suc d’un arbre appelé calambouc, ou que c’était du frai de certains poissons, de la chair de polypes ou d’holothuries-trépangs ou bien encore certains fucus dont' on peut d’ailleurs faire des gelées susceptibles d’être employées dans l’alimentation de l’homme. Mais les Salanganes ne s’en servent pas. Lamouroux, Kuhl et Meyer citent parmi ces Fucus le Gelidium corneum. Cependant si l’on étudie la substance des nids au microscope , comme l’ont fait MM. Montagne (1) et Trécul (2), on n'y trouve aucune trace de structure cellulaire, et dès lors il n’est plus possible d’admettre cette opinion, quoique beaucoup d’ouvrages la reproduisent. D’ailleurs on sait, par les observations de Hooymann (3), que les Salanganes ne se nourrissent que d’insectes qu’elles trouvent en abondance sur les lacs ou dans les plaines de l’intérieur de Java. Les Salanganes font leur nid avec une humeur muqueuse qu’elles rendent par le bec, principalement à l 'époque des amours, et qui doit être analogue à celle que nos Hirondelles emploient pour pétrir la terre qui fait la base de leurs nids. Chez les Salanganes, cette substance reste sans mélange de matériaux étrangers. Everard Home a fait voir qu’elle était sécrétée par les cryptes du jabot, ce qui est confirmé par des recherches plus récentes faites au Bengale par MM. Blyth et Laidley. On peut donc comparer la substance employée par les Salanganes à l’hypersécrétion du jabot des Pigeons qui nourrissent. Aussi est-ce avec beaucoup de justesse que M. Itier, dans son Journal d'un voyage en Chine [h) explique, d’après un médecin chinois, les propriétés spéciales du bouillon au nid de Salanganes en disant de ce nid : « C’est du suc gastrique pur et concret. »

Les Hiroxdelles de nos pays, Hirundo rustica, du genre Cecropis, Boie, et Hirundo urbica, du genre Chelidon , B., ont été employées en médecine par les anciens; on les mangeait pour fortifier la vue, et leur cendre mêlée d’huile formait un topique auquel on supposait des propriétés analogues. On les employait aussi contre l’angine.

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