‹ Zoologie médicale (volume 2)Chapitre 56 sur 96 · IL SOUS-CLASSE DES GANOIDES · texte numérisé non relu

IL SOUS-CLASSE DES GANOIDES

Ces Poissons ne constituent qu’une faible partie des Ganoïdes de M. Agassiz (1) ; nous les divisons en deux ordres : les Rhombifêres et les Sturioniens. Ils n’ont pas d’écailles proprement dites, et leur corps est protégé par des écailles osseuses recouvertes d’émail ou par des plaques également osseuses. Leur bulbe artériel est pourvu de valvules multiples, et leur intestin est spiral (2' .

C’est à propos des Rhombifêres que nous parlerons des Amies dont la classification est restée douteuse.

Ordre des Rhombifêres.

Parmi les nombreux genres de poissons qui vivent actuellement, d en est deux, ceux des Lépisostées et des Polyptères, qui méritent de fixer d’une manière toute spéciale l’attention des naturalistes. Ils sont, en effet, très différents de tous les autres par leur organisation, et ce n’est qu’à eux que l’on peut comparer un très grand nombre des animaux de la même classe qui ont fait partie des anciennes populations qui se sont succédées à la surface du globe. Le nom de Rhombifêres, sous lequel nous parlerons de ces Poissons, fait allusion à la forme toujours rhomboïdale de leurs écailles qui sont, en effet, quadrilatères et, de plus, serrées les unes contre les autres par bandes obliques comme les plaques d'une mosaïque, osseuses et recouvertes à leur surface par une couche d’émail qui les rend lisses et brillantes. Ces Poissons ont d'ailleurs

(1) Page 232.

(2) Voir à cet égard les mémoires de MM. Muller et Vogt, Ann. sc. nat., 3e série, t. IV, p. 5 et 53 ; 1843.

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des branchies pectinifornies, comme celles des Poissons ordinaires; ils sont pourvus d’opercules, et leurs nageoires paires et impaires ressemblent notablement à celles des Poissons malacoptérygiens abdominaux.

On trouve toutefois, dans certains points «le l’organisme des Rhombifères , des particularités qui justifient leur séparation d’avec les Malacoptérygiens abdominaux, auxquels G. Cuvier et de Blainville les avaient associés. Au lieu d’avoir une seule paire de valvules au bulbe aortique, ils en ont un nombre considérable placé sur plusieurs séries. 11 y en a cinquante-quatre sur six séries dans le Polyptère, et quarante sur cinq séries dans les Lépisostées. Leurs nerfs optiques ne se croisent pas pour former un chiasma. Leur intestin a, en partie, la disposition spirale. Chez ces animaux, les dernières vertèbres ne sont ni comprimées ni pourvues de fortes apophyses supérieures et inférieures comme celles qui supportent la nageoire caudale des poissons ordinaires, et elles remontent plus ou moins au-dessus de l’axe vertébral commun, de manière à donner plus d’extension au lobe inférieur de la queue qu’au supérieur. Dans les cas où cette disposition inéquilobée de la nageoire caudale est le plus apparente, on dit que la queue est hétérocerque ; sa direction rappelle alors celle des Sélaciens et des Esturgeons; on nomme au contraire homocerque, toute queue de poissons dont les deux lobes paraissent égaux entre eux, mais chez les Ithombifères, cette homocercie n’est jamais entièrement comparable à celle des Poissons cténoïdes et eycloïdes. Toutefois les Amies, qui ne sont pas des Rhombifères proprement dits, ont le squelette de la queue assez semblable à celui de la queue de ces poissons, et l’on retrouve même une apparence analogue dans Certains Malacoptérygiens, parmi lesquels nous citerons les Lottes ; chez ceux-ci , la dernière vertèbre n’a pas les grandes apophyses supérieure et inférieure qui soutiennent la caudale dans la plupart des autres Poissons osseux.

Les deux genres, actuellement vivants, de Rhombifères forment chacun une famille à part.

La famille des LEPISOSTEIDÉS , comprend les Lépisostées (g. Lepisosteus) , dont les espèces peu nombreuses vivent dans les régions chaudes ou tempérées de l’Amérique septentrionale. Ces Poissons deviennent assez grands et sont carnivores. Leur chair est bonne a manger. Un des principaux caractères de leur famille réside dans la présence des fulcres, qui sont des espèces d’écaillcs osseuses, en forme de chevrons, situées sur le rayon antérieur

POISSONS

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(le leurs nageoires impaires. Par une exception unique dans toute la classe, les vertèbres des Lépisostées, au lieu d être biconcaves, sont, au contraire, convexo-concaves, c’est-à-dire convexes sur la face antérieure de leur corps et concaves sur la postérieure.

La famille des POLYPTÉRIDÉS, ou le seul genre des Polyptères (Polypterus) , est la seconde. Il n’v en a que deux espèces, toutes deux africaines (Nil et Sénégal). Leurs nageoires sont dépourvues de fulcres et leur dorsale est décomposée.

Les Rhombifères ont été autrefois bien plus nombreux qu’ils ne le sont dans l’époque actuelle, et leur groupe a fourni aux eaux des périodes secondaire et primaire une grande partie de leurs espèces, soit marines, soit lacustres. Beaucoup d’entre elles, particulièrement celles des anciennes époques, présentaient la particularité curieuse d’avoir la corde dorsale persistante, et de manquer, par conséquent, de corps vertébraux à tous les âges.

M. Agassiz a réuni, dans son Histoire des poissons fossiles, de nombreux documents au sujet des Rhombifères éteints qui forment avec les Lépisostées et les Polyptères la majeure partie de son ordre des Ganoïdes. Il est vrai que, pour ce savant ichthyologiste, les Siluroïdes de toutes sortes, les Lopkobranches proprement dits et les Sclérodermes sont aussi des Ganoïdes; mais l’association de ces Poissons aux Rhombifères est très contestable, et en même temps elle contredit la plupart des assertions que l’on a reproduites dans beaucoup d’ouvrages élémentaires au sujet de la répartition géographique et géologique des Ganoïdes. Ainsi Pondit souvent que les Lépisostées et les Polyptères sont les seuls représentants actuels de l’ordre des Ganoïdes, tel que le définit M. Agassiz, comme si les Esturgeons, les Siluroïdes, dont les espèces sont si nombreuses et si variées, les Pégases, les Hippocampes, les Syngnathes, les Balistes, les Diodons, les Triodons, les Coffres, les Moles ou Lunes, et même les Lépidosirènes, aussi regardés comme Ganoïdes par M. Agassiz lui-même, n’étaient point des animaux de l’époque actuelle. C’est aux Ganoïdes sauroïdes d’ Agassiz ou à nos Rhombifères que cette assertion se rapporte.

Nous citerons, parmi les Poissons fossiles que l’on doit rapporter au groupe des Rhombifères, les Lepidotus, les Pycnodus, les Palœoniscus et les Dipterus. Les Sphœrodus sont sans doute aussi du même ordre, et c’est à eux qu'ont appartenu ces amas de dents hémisphériques que les oryctographes ou les paléontologistes du siècle précédent appelaient des Bufonites.

Des Amies, genre intermédiaire aux Poissons rhornhi [ères et aux

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Poissons écailleux. — La séparation des Poissons rhombifères d avec ceux qui ont de véritables écailles, n’est pas aussi tranchée qu on le croyait à l'époque où le savant naturaliste de Neuchâtel a publié ses premiers travaux. Les Aiites (g. Arnia ) ou les poissons de la famille desAMIADÉS sont, à plusieurs égards, intermédiaires aux uns et aux autres. Ils tiennent beaucoup des Yastrés et des Erythrins, qui sont de véritables Malacoptérygiens abdominaux, par la forme de leurs écailles et .par la position de leurs nageoires, mais leur queue est presque aussi hétérocerque que celle des Rhombifères, et, comme ces derniers, ils ont le bulbe artériel pourvu de deux rangées de valvules multiples, ce qui n’a lieu dans aucun des poissons écailleux, soit malacoptérygiens, soit acanthoptérygiens dont nous parlerons sous le nom de Squamodermes. Toutefois leurs valvules sont moins nombreuses que celles des Lépisostées et des Polyptères; il y en a six seulement à la rangée antérieure et cinq seulement à la postérieure (1).

Plusieurs auteurs récents classent les Amies parmi les Ganoïdes et les rapprochent des Rhombifères. Suivant M. Heckel, les Notœus et les Cyclurus, genres de poissons fossiles dans les terrains tertiaires de l'Europe, seraient de véritables Amiadés, et l’on a même pensé qu’il fallait aussi classer avec ces animaux les Célacanthes et les Holoptychiclés de M. Agassiz, dont les espèces toutes éteintes ont principalement vécu pendant les époques dévonienne et carbonifère.

On ne connaît, dans la nature actuelle, qu'une seule espèce d’Amie : YAmia calva, des eaux fluviales de l’Amérique.

Ordre des Sturioniens.

Les Sturioniens sont des Poissons qui se rattachent aux Plagiostomes par la consistance cartilagineuse de leur squelette, par leur bouche ouverte inférieurement, par la multiplicité des valvules de leur bulbe artériel et par la disposition spirale de leur intestin, mais qui ont en même temps les branchies libres et operculées des Poissons ordinaires. Leur squelette présente plusieurs particularités, parmi lesquelles nous signalerons seulement la persistance plus ou moins prolongée de la corde dorsale. Leur queue est hétérocerque, et ils sont pourvus d’une vessie natatoire considérable, laquelle

(1) Voyez : Vogt, loco cilalo, p. 60, et II. franque, Nonnulla ad Amiam calvam coynoscendam ; Thèses de l’Université de Berlin, 184".

roissows.

communique avec l’œsophage par une ouverture assez ample. Leur peau n’a point (l’écailles, mais on remarque ordinairement à sa surface un grand nombre de plaques osseuses. Les nageoires ventrales restent en arrière de l’abdomen.

Cet ordre comprend deux familles : les Aci penser idés et les Polyodontidés.

Famille des AGIPENSÉRIDÉS. — Les espèces, connues sous la dénomination générale d’EsTüRGEO.N's (g. Acipenser, L. ) , sont de grands et bons poissons que l’on recherche partout pour leur chair, qui est excellente; pour leur vessie natatoire, qui sert à faire Yichtkyocolle, et pour leurs œufs, dont on prépare une substance nutritive connue sous le nom de caviar. Elles habitent la mer pendant une partie de l’année et remontent régulièrement dans les fleuves; nulle part elles ne sont plus abondantes que dans les régions de la mer Noire et de la mer Caspienne. On en pêche beaucoup dans le Danube, dans le Dniester, dans le Volga et dans l’Oural : et c’est principalement sur les bords de ces fleuves que, de temps immémorial, on prépare l’ichthyocolle et le caviar. Pallas, et plus récemment M. Brandt, ont établi avec soin les caractères distinctifs de ces Esturgeons dont on connaît maintenant huit espèces 1).

Cinq d’entre elles sont plus souvent citées que les autres , ce sont :

Y Acipenser huso ou Hauser, connu dans le pays sous le nom de Béluga ou Bielaga ; Y A. Guldenstadii, vulgairement nommé Osseter; I

Y A. ruthenas, dit Sterlet ; IM. stellatus ou scherg , sewraga, etc., et F A. sturio ou Esturgeon ordinaire. Ce dernier se montre aussi en

Fig. 39.

Italie, dans le midi de la France et dans nos grands cours d’eau versant a l’Océan ou dans la Manche.

Il y a aussi des Esturgeons dans les grands fleuves de 1 Amérique septentrionale.

(l) Voir pour la description monographique des animaux de ce genre: Brandi, Mcdisinischo Zoologie , t. II, p. 1, pl. 1 à 4. — Vojoz aussi /4rm. der lVein.

Muséum.

STUHQNIENS. 2/l7

Le caviar est un aliment fort usité dans la liussie et dans certaines parties de r Autriche, niais qui n’a rien de délicat s’il est. mal préparé. 11 entre pour une proportion considérable dans l’alimentation azotée des classes pauvres. On le porte en abondance sur certains marchés. Le caviar de première qualité et en particulier celui d'Astracan est fort recherché comme entremets, et en Allemagne aussi bien qu'en Russie, on le sert sur les meilleures tables.

Quant à F ichthyocolle, c’est une gélatine de bonne qualité et très employée pour l’alimentation ainsi que dans l’industrie ; elle est fournie par la vessie natatoire des Esturgeons. Cette substance, à laquelle les droguistes substituent souvent de la gélatine de corne de cerf, d’os ou de cartilages, est expédiée sous des états un peu différents les uns des autres, ce qui la fait dire en lyre , en cœur ou en livre. On s’on sert pour la préparation des gelées alimentaires, ainsi que pour la clarification des vins blancs, de la bière, etc.

La vessie natatoire des autres Poissons a les mêmes caractères chimiques et peut servir aux mêmes usages ; et, dans plusieurs pays, on prépare une ichthyocolle avec la vessie aérienne des Gades. Celle de certains Silures de l’Amérique méridionale, tels que le Machoiran de Cayenne, est recherchée dans le même but, et l’on en fait de même pour celle de quelques Silures indiens; enfin, Pereira décrit, sous le nom d 3 ichthyocolle du Para (1), une fausse iehthyocolle qui paraît être tirée des ovaires du Vastré.

Le Scaphirhyn que (g. Scaphyrhynchus ) est un poisson de l’Amérique septentrionale qui rentre dans la même famille que les Esturgeons, mais qui doit toutefois y former une tribu à part.

Famille des POLYODONTIDÉS. — Les Polyodons ou Spatulaires (g. Spatularia ont beaucoup d’analogie avec les Esturgeons par l’ensemble de leur structure anatomique, mais ils ont la corde dorsale persistante ; leur opercule supporte une longue membrane qui flotte de chaque cêté de leur corps, et ils ont le rostre prolongé sous la forme d’une large feuille spatuliforme, ce qui les a fait appeler feuilles ou spatules, et leur a valu le nom générique de Spatularia, par lequel les naturalistes les désignent. Ces poissons, dont M. Albert Wagner a donné, il y a quelques années, une description anatomique (2), sont particuliers au Mississipi et à ses affluents.

(1) Para isinglass, Pereira, Elem of mat. medic., t. II, p. 2230 de la 3e êdit. On trouve dans le même auteur des détails intéressants relativement aux dillérentes sortes d’ichthyocolle qui se vendent dans le commerce de la droguerie.

(2) Thèses de l’Université de Berlin, année 1848.

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