‹ Zoologie médicale (volume 2)Chapitre 57 sur 96 · III. SOUS-CLASSE DES TÉLÉOSTÉENS · texte numérisé non relu

III. SOUS-CLASSE DES TÉLÉOSTÉENS

Les Téléostéens de M. Muller ou les Poissons osseux de Cuvier, moins les Rhombifères, dont nous avons déjà parlé 1, constituent la sous-classe la plus nombreuse. Non-seulement ils abondent dans les différentes mers et dans les eaux fluviales, mais ils ont aussi été nombreux pendant la période tertiaire. On constate au contraire qu’ils étaient plus rares durant les époques secondaires supérieures et l’on n’en cite qu’un très petit nombre dans les dépôts jurassiques; il paraît même qu’ils manquaient tout à fait aux faunes primaires dont les poissons appartiennent principalement aux deux sous-classes des Ganoïdes et des Plagiostomes.

Les Téléostéens ou Poissons osseux ont, sauf quelques rares exceptions, le squelette de consistance solide et leurs os constituent de véritables arêtes; leur bulbe artériel n’a que deux valvules et, sauf une seul genre (2), on ne leur trouve pas la disposition spirale de l’intestin qui caractérise les espèces des deux sous-classes précédentes.

On distingue facilement plusieurs ordres parmi ces animaux. Les Squamodermes ou Poissons écailleux répondent aux Acanthoptérygiens et aux Malacoptérygiens des auteurs, ainsi qu’aux Cténoïdes et aux Cycloïdes de M. Agassiz. Les Silures, quelquefois placés parmi les Ganoïdes, les Lépidosirènes, qui sont dans le même cas, et les Ostéodermes ou les Plectognathes et les Lophobranches doivent en être séparés.

Ordre des Squamodermes.

La grande division des Poissons ordinaires ou Poissons à écailles qu’on peut appeler Squamodermes , c’est-à-dire Poissons écailleux, comprend un nombre très considérable d’espèces, et plus particulièrement celles dont les formes nous sont les plus familières. Répandu sur tous les points du globe, aussi bien dans les eaux douces que dans les eaux salées, cet ordre ne fournit pas moins de 5500 espèces à la faune icbtbyologique de notre époque 3 . On

(1) Page 242.

(2) Le Lépidosirènc.

(3; On on trouve la description détaillée dans V Histoire naturelle des l'oissons publiée par Cuvier et Valenciennes.

SQUAMODERMES.

observe aussi des débris appartenant à des Poissons analogues dans les dépôts d'origine tertiaire, niais, ainsi que nous Pavons déjà dit, ils deviennent plus rares à mesure que Pou descend la série des formations secondaires, et l’on n’en signale qu’avec doute antérieurement à l’époque jurassique.

Ces Poissons ont le squelette de consistance osseuse ; la tète décomposable en un grand nombre de pièces; les mâchoires mobiles; des os sous-orbitaires; un appareil operculaire complet; des os branchiostégeset les branchies toujours pectiniformes. En outre, leur queue est établie sur le type homocerque; leur bulbe artériel n’a jamais que deux valvules, et leur corps est constamment recouvert d’écailles proprement dites, plus ou moins apparentes, tantôt cycloïdes, c’est-à-dire à contours arrondis, tantôt cténoïdes ou denticulées sur leur bord libre. C’est ce qui les a fait distinguer euxmèmes par M. Agassiz en deux grandes catégories sous le nom de Cycloïdes et de Cténoïdes. Antérieurement on avait eu recours, pour les partager en deux groupes, à la nature épineuse (. Acanthoptéry giens) ou molle ( Malacoptérygiens ) des rayons de leur dorsale. Cette distinction, déjà proposée au xvni' siècle par Artédi, est en général facile à vérifier, et G. Cuvier y a eu recours dans sa classification.

Chez les Poissons Acanthoptéry giens presque tous les rayons qui soutiennent la nageoire dorsale dans sa partie antérieure, ou la première dorsale, lorsqu’il y en a deux , sont rigides, d’une seule pièce (1) et non articulés; ce sont habituellement de véritables aiguillons, comme on le voit pour la partie antérieure de la dorsale, par exemple dans les Perches ou dans les Vives.

Chez les Malacoptérygiens , au contraire, tous les rayons, sauf néanmoins les deux ou trois premiers, sont multifides, et chacune de leurs divisions se compose, comme c’est aussi le cas pour les membres, la queue et l’anale de la plupart des autres Poissons, d’une multitude de "petits articles superposés les uns aux autres.

Par suite d’un changement singulier dans les rapports des membres avec le tronc, les Poissons acanthoptérygiens ont presque généralement les nageoires ventrales rejetées en avant et placées sous la gorge à la base des pectorales, ce qui a fait dire qu’ils sont jugulaires.

Certains Malacoptérygiens auxquels on donne, à cause de cela,

(1) Chaque rayon résulte neanmoins de la soudure de deux éléments, l’un droit et l’autre gauche.

poissons.

le nom, à peu près équivalent de Subbraehient, présentent la même disposition, tandis qu’au contraire la plupart des autres Poissons à écailles ont les nageoires ventrales dans la position normale, c’est-àdire en arrière de l’abdomen, et sont appelés Abdominaux.

Presque tous les Poissons abdominaux étant en même temps malacoptéïygiens, on a réservé cette dernière dénomination pour eux seuls, et les rares Acanthoptérygiens qui le sont aussi, ont été généralement mêlés aux familles de la catégorie des Jugulaires. Tels sont en particulier les Athérines, petits poissons de nos côtes, dont l’apparence extérieure rappelle à beaucoup d’égards celle des Clupes ou des Ables.

Enfin, il est une troisième sorte de Poissons à écailles dont le caractère consiste à manquer de nageoires ventrales, mais ceux-ci constituent encore moins un groupe unique et naturel. Il en est qui appartiennent par leurs autres caractères à la série des Acanthoptérygiens ou à celle des Malacoptérygicns abdominaux, tandis que d’autres sont des Malacoptérygiens subbrachiens, ou bien encore différent par la totalité de leurs caractères des autres familles admises dans les divisions que nous venons d’indiquer. Cependant on a établi un groupe des Apodes, lequel est principalement constitué par les Anguilles et genres analogues. Ce groupe dépend de la série des Malacoptérygiens, quant à la forme des nageoires dorsales, et des Cycloides, quant à la forme de ses écailles. Il parait faire suite aux Malacoptérygiens subbrachiens et plus particulièrement à ceux de la famille des Gadidés.

A ces différentes dispositions susceptibles de servir à la caractéristique et à la classification dos Poissons écailleux, il s’en joint plusieurs autres que l’on peut aussi employer dons le même but. Ainsi il y a des Poissons écailleux, comme les Labres et quelques autres, qui ont les pharyngiens inférieurs réunis P/mn/ngagnat/ies, Midi.), et d’autres (les Phijsostomes, Midi, chez lesquels la vessie natatoire a toujours un canal aérien. Cette dernière disposition peut être constatée chez les Malacoptérygiens abdominaux , ainsi que chez les Anguilles et autres Apodes proprement dits.

Malgré toutes ces remarques, à la fois intéressantes pour la zoologie proprement dite et pour l’anatomie, on n’est point encore parvenu à classer avec précision et d’une manière entièrement naturelle l’ensemble des espèces que nous réunissons sous la dénomination de Poissons squamodermes, soit que Ton ait fait prévaloir avec Cuvier la nature épineuse ou molle des rayons, ou que l’on se soit uniquement guidé avec M. Agassiz sur la forme cténoïde

SQUAMODEHMES. 251

ou cycloidc des écailles, ou enfin que l’on ait combiné, ainsi que l’a essayé plus récemment M. Muller, ces deux ordres de caractères avec ceux de la présence ou au contraire de l’absence du canal aérien de la vessie natatoire.

On éprouve toujours une ditliculté réelle à répartir d’une manière absolument naturelle les nombreuses familles de cette grande division, et la classification intérieure de chaque famille aurait ellemême besoin d’être reprise conformément à des principes un peu différents de ceux d’après lesquels on l’a établie. Afin de nous éloigner le moins possible de l’ordre adopté par Cuvier, nous parlerons d'abord des Acanlhopténjgiens , puis des Subbrachiens et des Apodes, et nous terminerons par les Abdominaux .

Nous avons retiré de la grande division des Poissons écailleux non-seulement le Lépisostée et le Polyptère, types de notre ordre des Rhombifères, mais aussi les Silures, que leur squelette aussi bien que leurs téguments en éloignent évidemment.

Enfin, pour ne pas trop multiplier les grandes divisions ichthyologiques, nous parlerons ensuite d’un groupe fort singulier de Poissons, les Lépidosirènes, qui ont des écailles comme ceux qui vont être décrits ici mais chez lesquels la colonne vertébrale ne s’ossifie pas. M. Muller a fait des Lépidosirènes une sous-classe à part sous le nom de Dipnoi, rappelant que leur vessie natatoire qui est dédoublée a une structure analogue à celle des poumons des vertébrés aériens, et peut sans doute servir aussi aux mêmes usages, quoique ces poissons aient en même temps des branchies.

Sous-ordre des Acanthoptérygiens.

Ils présentent pour caractère essentiel d’avoir la partie antérieure de la nageoire dorsale soutenue par des rayons épineux, ce qui leur a valu le nom d’ Acanthoptérygiens ou Acantlioptrres.

Leurs nageoires ventrales sont presque toujours placées sous les pectorales; leur vessie natatoire n’a point de canal aérien, et ils ont, en général, les os pharyngiens distincts l’un de l’autre. Quant à leurs écailles, elles sont souvent établies sur le type cténoïdien, quoiqu’il y ait des familles entières, comme les Scombéroïdes et autres poissons analogues, qui soient cycloïdiens. La famille des Labres présente même l’un ou l’autre caractère, suivant que l’on étudie tel ou tel de ses genres. Cette famille est en même temps du petit nombre de celles qui ont les os pharyngiens inférieurs soudés sur la ligne médiane ( Pkaryngngnathi , Muller).

roissoNS.

Le sous-ordre fies Poissons acanthoptérygiens ne compte pas moins de 3000 espèces. Il est surtout propre aux eaux salées, quoique certaines de ses espèces remontent dans les eaux douces ou leur sont même particulières, comme les Perches, les Chabots et les Épinoches dans nos contrées. Presque tous ces poissons sont ovipares, et leur ponte a lieu avant la fécondation. 11 y en a cependant qui sont ovovivipares, comme un grand nombre d'espèces du groupe des Blennies, et l’on a récemment découvert sur les côtes de la Californie un genre voisin des Perches, celui des Embiotoca , dont la génération a lieu suivant ce dernier mode. D’autres Acanthoptérygiens sont plus curieux encore sous le rapport de leurs organes reproducteurs; ce sont les Serrans, dont il y a des espèces sur nos côtes de la Méditerranée [Serranus scriba, cobrilla et hepatus ) ; leurs glandes génitales fonctionnent à la fois comme testicule et comme ovaire, et elles fournissent simultanément des zoospermes et des ovules. Cette particularité, fait de ces poissons de véritables hermaphrodites, elle n’existe point pour les espèces plus voisines des Serrans, les Mérous par exemple. Les anciens avaient déjà vu quelque chose de cela, mais ils croyaient que leurs Xawr„ qui sont sans doute nos Serrans, étaient tous femelles. Cavolini montra aux naturalistes du xvm" siècle que le Serranus scriba a dans la partie inférieure de l’organe qui paraît représenter uniquement l’ovaire, une portion blanchâtre qui produit de la laitance ; et, tout récemment, M. Dufossé, qui en a étudié le produit au microscope, a montré que la sécrétion de cette partie est riche en zoospermes, tandis que le reste de l’organe fournit des ovules. M. Dufossé a même réussi à opérer la fécondation artificielle en agissant par le premier de ces produits sur le second.

Si l’on s’en rapporte à l’ensemble des caractères, on reconnaît assez aisément quatre grandes divisions de Poissons acanthoptérygiens : 1° ceux qui ont plus de ressemblance avec les Scombres , Thons ou Maquereaux; 2" ceux qui ont de l’analogie avec les Perches; 3° ceux qui tiennent davantage aux Blennies; h° les Labres et quelques autres peu différents, comme les Scares,etc. Nous avons déjà dit que ces derniers étaient les Pbargngognnthes de M. Muller. Ch. Bonaparte donnait aux autres, dans plusieurs de ses tableaux de classification, le nom de Percœ, Scombri et Blennii, et il a inscrit les Pharyngognathes eux-mêmes sous le nom de Labri.

Nous nous bornerons à donner quelques indications sur les principaux groupes d’Acanthoptérygiens, indications qui seront plus directement relatives au but principal de cet ouvrage ,

SQUAMODERMES. 253

et nous suivrons à peu près complètement l’ordre adopté par G. Cuvier dans son Règne animal, quoique les travaux des ichthyologistes contemporains aient montré qu'il devait être modifié sur plusieurs points.

Nous parlerons donc successivement des différentes familles des Percidcs, des Triglidés , des Sciénidés , des Sparidés, etc.

La famille des PeRCI- DÉS, ou Percoïdes, Perches, etc. (g. Perça, L.), a été divisée en plusieurs autres dans les dernières publications ichthyologiques. G. Cuvier et M. Valenciennes , qui en ont donné la monographie dans leur grand ouvrage sur les Poissons, y rapportent les Perches, les Bars ou Loups (g. Labrax ), les Apogons, les Sandres, les Gremilles, les Cerniers, les Vives, les Uranoscopes, les Mulles et beaucoup d’autres encore, dont les espèces sont également bien connues.

Tous ces poissons servent à l’alimentation.

Les Perches proprement dites [Perça fluviatilis, etc.), qui vivent dans les eaux douces de l’Europe, ont été étudiées anatomiquement par plusieurs auteurs et en particulier par G. Cuvier. Aussi les citerons-nous souvent comme type des Poissons ordinaires. Nous en donnons le système vasculaire d’après Cuvier lui-même.

a. Oreillette du cœur. 6. Ventricule, c. Bulbe artériel, d. Sinus veineux précédant l'oreillette. e. Troncs et sinus veineux de la tête. /. f. Grands troncs veineux des organes du mouvement 0'uq est situé sous l’épine et l’autre pusse par le canal vertébral, au dessous de lu moelle épinière; il reçoit les veinules du dos et des reins, g. Tronc des veines des organes digestifs, des reins, du foie et de la vessie natatoire. II. Artère brunchiulc. i. Rameau qu'elle donne à chaque branchie. k. Veines branchiales dont lu réunion forme lu grande artère l ou l'aorte qui envoie le sang dans les différentes parties du corps, excepte à lu tète et au cœur qui le reçoivent des branches mm, émanées directement des veines branchiales.

Fig. 40. — Perche fluviale (organes circulatoires) (*).

POISSONS

Los Vives (g. 'Troc h inut), dont ou fait maintenant une famille à part, ont les écailles cycloïdcs, tandis que celles de la plupart des autres Percoïdes de Cuvier sont cténoïdes. Leur première dorsale est courte et soutenue par des rayons qui divergent lorsque l’animal les redresse, et qui, étant fort durs, occasionnent souvent des accidents; aussi dans certaines localités a-t-on soin de couper ces épines dès que le poisson vient d’être pêché.

Les accidents dus à la piqûre des Vives, sont parfois assez graves, et la douleur qu’ils occasionnent est habituellement très ardente. Les Vives paraissent d’ailleurs savoir se servir fort adroitement de cette arme, et comme dans beaucoup de cas elles se cachent sous le sable ou dans la vase , les gens qui marchent dans l’eau sont souvent piqués par elles.

C’est en particulier ce qui a lieu pour la Vive vipère Trachinus vipe.ra ) des côtes occidentales de l’Europe, qui est le Tuckel des Ostendais : les pêcheurs de Crevettes qui entrent dans l’eau et y marchent pieds nus sont surtout blessés par ces poissons.

La Vive araignée ( Trachinus aranea , que l’on désigne sur notre littoral méditerranéen sous le nom d ’Aragne, est depuis longtemps fameuse par les piqûres douloureuses qu’elle fait aux baigneurs et dont la guérison a donné lieu à des préjugés bizarres.

Fig, 41. — Vive araignée.

C’est surtout par leur action déchirante que les aiguillons des Vives sont redoutables, et lorsqu’ils ont agi sur les aponévroses, les douleurs qu’ils occasionnent sont d’abord aussi insupportables qu’inquiétantes. Comme, à tout prendre, elles ne durent jamais bien longtemps et qu’il n’en résulte pas des phénomènes bien sérieux, on comprend comment certaines pratiques insignifiantes ont passé et passent encore pour un très bon moyen de les guérir.

Rondelet parle des Vives de la seconde espèce sous le nom d ’ Araignée de mer. Voici ce qu’il en dit :

« Après la tête, au commencement du dos, il ha ciqn éguillons menus, noirs, fort pointus, joints l'un avec l’autre ’ne peau

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mince é noire, desquels il picque* é fait plaie envenimée é bien plus dangereuse que des éguillons des couvercles des ouïes. Il est nommé Dragon, comme très bien dit Ælien, à cause de la teste, des ieux, des éguillons veneneux, lesquels ieux sont grands é beaux... Nature n'a point dépourvu les hommes contre le venin de ce poisson; car il est lui-mesme remède à son venin. La chair du surmulet appliquée profite autant. J'ai vue autrefois partie piquée de ce poisson devenir fort enflée é enflammée, avec grandissime douleur, que si l’on n’en tient compte, la partie se gangrène. »

Les Mulles (g. Mu/lus) sont célèbres à un autre égard. La délicatesse de leur chair les avait fait prendre en grande estime par les anciens, et comme ils ont, à un plus haut degré que beaucoup d'autres poissons, la propriété de changer de couleurs lorsqu’ils meurent, et de passer alors par des nuances fort différentes, les Romains les recherchaient avec soin, et pour en avoir de plus gros ils les faisaient venir de fort loin. On les plaçait dans les piscines, et, pendant les grands repas, on en mettait sous les yeux des convives qui observaient avec délices les différentes couleurs par lesquelles une agonie lente et douloureuse les fait passer successivement. « Rien de plus beau, dit Sénèque, qu’un Mulle expirant. »

Ces Mulles des Romains sont les Trigles, TptyXyj des Grecs, et, de nos jours, on les appelle Rougets dans la Méditerranée, tandis que les Trigles ou Rougets de l'Océan et de la Manche sont des poissons tout différents. On regardait un Mulle de trois livres comme un objet d’admiration, et Martial représente un Mulle de quatre livres comme un mets ruineux. Au delà de ce poids, le prix du Mulle devenait réellement extravagant; ainsi Juvénal en cite un de six livres qui fut vendu 6000 sesterces (1168 fr. de notre monnaie), et, s’il faut en croire Suétone, on en acheta trois 30,000 sesterces, ce qui ferait 58 A4 fr.

Les .Mulles viennent dans certains cas jusque dans la mer du Nord.

La famille des TRIGLIDÉS, ou celle des Joues cuirassées de la méthode de Cuvier, comprend non-seulement les poissons appelés Trigles (g. Triglà) par les naturalistes modernes, et les Dactyloptères ou Trigles volants g. fJaclylopterus: , mais aussi les Scorpènes (g. Scorpœna), qui paraissent se rapprocher davantage des Percidés et qui ont la tête garnie de saillies épineuses qui les rendent difficiles à manier. 11 y a quelques autres Triglidés encore, parmi lesquels nous devons citer les Chabots (g. Cottus).

POISSONS

Notre Chabot de rivière ( Cottua gobio) est de ce dernier genre. Cuvier rapportait encore aux Joues cuirassées les Épinoches (g. Gasterosteus, etc.), dont les espèces fluviatiles sont souvent citées pour leur nids et pour les soins délicats dont elles entourent leurs œufs. Les Épinoches semblent se rapprocher encore plus des Scombres que des Trigles, et l’on en fait maintenant une petite famille voisine de celle des Scombéridés.

La famille des SCIÉNIDÉS, ou Sciénoïdes de G. Cuvier, a, au contraire, plus de rapports avec celle des Perches. L’un de ses genres fournit une espèce fort usitée comme aliment, la Sciène ou Maigre, aussi connue sous le nom d’Ombrine, etc.

Le Maigre ( Sciœna timbra) } appelée aussi Aigle ou Daigne suivant les localités, atteint quelquefois près de 2 mètres de longueur. On le voit fréquemment sur nos marchés.

La famille des SPARIDÉS, S par es ou Sparoïdes g. Spams, L. , nous est aussi d’une grande utilité; nous y trouvons les Sargues, les Daurades (g. Chrysophrys ), les Pagres, les Pagels, les Dentés, etc., qui sont communs dans la Méditerranée.

On observe assez abondamment dans certains terrains d'origine marine et plus particulièrement dans les molasses miocènes, des dents qui indiquent des poissons de ce groupe. Auguste Scilla en avait déjà reconnu la nature, il y a environ deux siècles, d’après des échantillons recueillis à Malte. Les mêmes fossiles sont communs en France.

La famille des MÉN1DÉS/Y)u Ménides, a pour genre principal les Mendoles (g. Mœna ), dont la Méditerranée nourrit aussi plusieurs espèces.

La famille des CHÉTODONTIDÉS, ou des Squami pennes de G. Cuvier, est celle des nombreux et élégants Ghétodons, aujourd'hui subdivisés en beaucoup de genres. Quelques-uns présentent des particularités remarquables, entre autres, celle d’avoir un gros tubercule osseux au lieu de crête occipitale, ou d'avoir les premiers rayons de l’anale transformés en une masse osseuse qu’on a comparée à un maillet; c’est en particulier ce qui a lieu dans YEphippus giganteus. On trouve dans les Bogarts, genre de la famille des Percidés, un semblable épaississement de la crête occipitale, et nous avons signalé (1) des corps analogues recueillis à l’état fossile dans la molasse du midi de la France.

La famille des SCOMBÉRIDÉS a pour type les Maquereaux

(1) P. Gerv., Z ool. et Pal. franç., pl„ 68, fig. 34 et 35.

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[Scomber scombrus, Scomber pneumatophorus, etc.), qui sont une si grande ressource comme poissons alimentaires, et auprès desquels viennent se placer un grand nombre d’autres espèces également utiles et ayant pour la plupart la chair également colorée. Tels sont le Thon Scomber thynnus), la Tonine ( Scomber tbunina), la Bonite [Scomber pelamys), l'Espadon Xipbias c/ladius), les Caranx [Scomber trachurus, etc.), vulgairement nommés Gascons sur nos côtes de la Méditerrannée, et Poor sur celles de la Belgique, la Carangue des Antilles [Scomber carangus ), et beaucoup d’autres formant, comme ceux que nous venons de citer, autant de genres à part dans les ouvrages des ichthyologistes modernes.

Les Dorées ou Poissons Saint-Pierre (g. Z eus), les Coryphènes g. Coryphœna), et d’autres poissons non moins recherchés comme aliment, rentrent aussi dans la famille des Scoinbéridés.

Quelques Schombéridés paraissent avoir donné lieu à des accidents toxiques, mais dans certains cas seulement. Le Thon, lorsqu’il est un peu avancé , donne la diarrhée ainsi que des rougeurs.

La famille des CÉP0L1DÉS ( Poissons rubanés ou Tœnioides de G.- Cuvier), qui fait suite aux Scombéridés, a pour type les Cépoles ou Poissons-rubans (g. Cepola). Les Lépipodes, les Lophotes ou Jarretières, les Trichiures, les Gymnètres, et quelques formes non moins bizarres, en font également partie.

La famille des TEUTHIDÉS, ou Teut/uçs, rentre dans la forme ordinaire; ses espèces sont marines et assez peu nombreuses.

Les Acanthures (g. Acanthurus) sont des Teuthidés qui ont de chaque côté de la queue une forte épine mobile tranchante comme une lancette, au moyen de laquelle ils font de fortes blessures aux personnes qui les prennent sans précaution.

La famille des ANABATIDÉS, possède des espèces marines et fluviatiles. G. Cuvier lui donne le nom de Pharyngiens labyrinthiformcs, pour rappeler l’une de ses particularités distinctives. 11 existe, en effet, dans les pharyngiens supérieurs de ces poissons de petits feuillets plus ou moins nombreux, interceptant des cellules destinées à conserver de l’eau, et cette eau découle petit à petit sur leurs branchies qu’elle humecte, de manière à entretenir la respiration. Aussi les Anabatidés peuvent-ils sortir des rivières ou des lacs dans lesquels ils vivent, cherchera une certaine distance les insectes ou les vers dont ils font leur nourriture, et même monter sur les arbres. C’est .en particulier ce qui a lieu pour les Anabas. Ces singuliers poissons et les genres qui s’en rapprochent, comme

POISSONS

les Polyacanthes, les Macropodes, les Osphronèmes, etc., vivent principalement dans l'Inde.

Il y a peu de différences extérieures entre certains d’entre eux et les poissons de la famille des MUGILIUES ou Muges g. Mugit , dont les espèces sont, pour la plupart, littorales. 11 y a des Muges auxquels le grand développement de leurs nageoires pectorales permet de s’élever hors de l’eau à la manière des poissons volants. Nous en avons un dans la Méditerranée.

G. Cuvier réunit aux Mugi lidés les Athérines g. Atherina ), dont les ventrales sont placées plus en arrière des pectorales que chez les autres Acanthoptérygiens; ils abondent sur certains points de nos côtes et fournissent un aliment aussi usité que les petits poissons blancs de la famille des Cyprinidés

La famille des BLENNIDÉS, qui répond en partie aux Gobioîdes de G. Cuvier, se compose d’espèces aussi curieuses par leur apparence extérieure que par leurs caractères anatomiques, mais qui sont d’une importance secondaire au point de vue de l’alimentation publique. Leurs principales divisions sont connues sous le nom d’Anarrhicas, de Blennies ou Baveuses, de Gobies, etc. Nous en avons une espèce fluviatile dans quelques cours d’eau du midi de la France, le Blennius varus; les autres sont maritimes.

On rapporte quelquefois au même groupe les Cycloptères ou Lumps (g. Cyclopterus ), qui sont de singuliers Poissons à corps orbiculaire , placés par d’autres auteurs avec les Malacoptérygiens subbrachiens ; ils sont très anormaux à plusieurs égards. Leurs deux ventrales, qui sont jugulaires, sont réunies l’une à l'autre, et forment une sorte de ventouse qui leur sert de moyen d’adhésion ; leur peau est visqueuse, sans écailles, et parsemée de petits corps durs qui rappellent les plaques de certains Sélaciens ; enfin leur squelette durcit très peu. Nos côtes occidentales fournissent principalement le Cyclopterus lumpus, vulgairement appelé Gi'cts mollet. La chair de ce poisson n’est point estimée. Son régime passe pour erotophage.

C’est aussi auprès des Blennies que l'on a proposé de classer les Echénéis ou Rémoras, dont la tête aplatie porte un disque ovalaire composé d’une double rangée de lames transversales ayant une grossière ressemblance avec les barreaux d’une persienne : ce disque leur sert pour se fixer à d’autres corps. Les Écliénéis sont en même temps curieux en ce que leur crâne s’articule avec la colonne vertébrale au moyen d’un double condyle articulaire.

La famille des LOPHIIDÉS ou Pectoralcs-pédiculcs présente

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aussi plusieurs dispositions anatomiques qui mériteraient d’être signalées. Elle a pour genres les Baudroies [Lophius) , les Chironectes , les Malthées et les Batracus, dont les espèces, au nombre de quarante environ, sont toutes des eaux salées.

On ne mange pas partout la chair des Baudroies. Celles de la Méditerranée sont estimées ; celles de la mer du Nord sont, au contraire, dédaignées, même par les gens malheureux.

La famille des FISTULARIDÉS, qui ne possède que quelques espèces, montre aussi des particularités extrêmement curieuses, surtout dans son ostéologie.

Les Fistülaires (g. Fistularia), qui vivent dans les régions chaudes, ont un condyle occipital unique comme les autres poissons, mais convexe au lieu d’être concave, et, ce qui n’est pas moins exceptionnel, leurs quatre premières vertèbres sont allongées et soudées entre elles par leurs corps, ainsi que par leurs apophyses épineuses et transverses, de manière à constituer une pièce unique dont la forme ne se retrouve dans aucun groupe.

La région cervicale des Aulostomes (g. Aulostoma ), qui sont des poissons de l’Inde, a une disposition peu différente.

Chez les Ce.ntrisques ou Bécasses de mer (g. Centriscus), cette disposition ne se réalise qu’en partie. Les quatre vertèbres correspondantes sont en clepshydres ; leurs apophyses transverses sont séparées les unes des autres, et leurs apophyses épineuses qui sont plus longues, sont confondues avec la portion sous-cutanée des premiers rayons de la dorsale.

Les Amphisiles (g. Ampkisile) sont plus bizarres encore : leur corps est plus complètement cataphracté et très comprimé. Sa dorsale est rejetée tout à fait en arrière, 'et les premières vertèbres, que nous avons signalées comme obsolètes chez les deux genres précédents, sont ici presque fdiformes, et si allongées qu’elles forment à elles seules quatre les trois quarts de la longueur du corps.

Les Amphisiles vivent dans la mer des Indes. Tl y a des Centrisques dans la Méditerranée.

La famille des LABRIDÉS ou Labroides, par laquelle nous terminerons ce qui est relatif au sous-ordre des Acanthoptérygiens, a pour genres principaux les Labres ( Labrus ), dont il y a plusieurs espèces sur notre littoral , principalement dans la Méditerranée ; les Girelles (g. Julis), les Basons (g. Xirichthys) , etc., auxquels on a également associé les Scares, ou Poissons perroquets (g. Scarus ), et les Chromis, aujourd’hui famille des Chromidés. Il y a parmi ces

POISSONS

derniers une espèce tluviatile, le Chromisniloticus, qui a été recueilli dans plusieurs parties de l’Afrique, mais plus particulièrement dans le Nil. Les Poissons de l’Afrique australe, qu’on a appelés Tilaspis, et ceux du Sahara algérien, que nous avons nommés Coplodon, paraissent être identiques avec les Chromis du Nil.

Sous-ordre des Subbrnchiem.

Les espèces de ce sous-ordre ont les membres abdominaux placés sous la gorge, comme les Acanthoptérygiens, mais les rayons de leur première dorsale sont mous, c’est-à-dire multifides et multiarticulés, ce qui les range parmi les Malacoptérygiens. G. Cuvier en fait son ordre des Malacoptérygiens subbraehiens. M. Agassiz les classe parmi les Cténoïdes ou parmi les Cycloïdes, suivant la forme dentée ou arrondie de leurs écailles; en effet, les Pleuroneetidés ont les leurs établies d'après le type eténoidien, et celles des Gadidés sont cycloïdiennes. Il paraît que la vessie natatoire des Pleuronectidés et des Gadidés manque constamment de canal aérien.

La famille des PLEURONECTTDÉS (g. Pleuronectes, L. présente, entre autres caractères, une inégalité constante des deux côtés du corps, et cette inégalité est telle qu’il en résulte un défaut complet de symétrie : l’un des côtés est plat et étiolé, tandis que l’autre a une convexité régulière, et prend une coloration comparable à celle qu’ont habituellement les parties dorsales chez les autres poissons. C’est le côté étiolé qui est tourné vers le sol pendant que les Pleuronectes nagent, et comme il y a une torsion advent i ve de la face, les deux yeux se trouvent portés du côté opposé. Cependant l’embryon a la forme régulièrement équilatérale des autres Poissons 1 .

La famille des Pleuronectes nous fournit d’excellentes espèces de Poissons, celle que l'on désigne par la dénomination de Poissons plats : le Turbot, la Barbue (2) , le Flétan (3 , le Flet, la Plie h , le Carrelet, la Limande, la Sole et beaucoup d'autres encore. La chair de ces Poissons est blanche, de bon goût et de facile digestion.

Les Pleuronectes sont en général des Poissons littoraux surtout à l'époque du frai. On les trouve à peu de distance des embouchures,

(1) Voyez Van Benedeu, Bull, de l'Acad. de Bruxelles, l. XX, n® 10.

(2) Grietje des Flamands.

(3) Helbol des Flamands.

(4) Pladys des Flamands ; Plane des Languedociens. Sur les cèles de la Hollande et de la Belgique on en prend en grande quantité et souveut pendant plusieurs jours de suite; on les sale et on les dessèche. Sous cette dernière forme ils constituent le Schol des Belges.

SQÜAMODERMES. 261

et il en est qui, dans certaines occasions, remontent même assez haut dans les lleuves.

Quelques-uns de ces Poissons n’ont, qu’une seule paire de nageoires membrales (g. Monoc/nr), et il en est qui en manquent tout à fait g. Achirus). Chez ces derniers, les nageoires impaires sont, plus étendues que chez les autres, soit en avant, soit en arrière, et elles peuvent même, se confondre avec la caudale. Tel est le cas de certaines espèces particulières à la mer des Indes, dont on a fait le gene P/ogusia.

La famille des GADIDÉS appelés aussi Gacloïdes ou Godes (g. Gadus, L.), ne présente aucune exception à la forme ordinaire. Elle fournit un bon nombre d’espèces à la faune maritime des régions froides et tempérées de notre hémisphère. Quelques-unes sont en même temps fluviatiles, telles que les Lottes (g. Lola).

Parmi les Gades, qui sont exclusivement marins, figure la Morue, nommée Cabéliau dans nos parages de l’Océan et de la Manche, l’Égrefin, le Merlan, le Merlus et d’autres encore. Ces Poissons ont la chair blanche, disposée par écailles et facile à digérer. Ils entrent pour une fraction notable dans l’alimentation poissonnière. Le plus important sous ce rapport, et. en même temps celui de toute la classe qui donne lieu aux transactions les plus nombreuses et qui occupe la plus grande part dans le régime ichthyophage, est la Morue.

La Morce (g. Godas morrhua) est le type d’un genre particulier de Gadidés qui a pour caractères principaux d’être pourvu de trois

Fig. 42. — Morue.

nageoires dorsales et de deux anales, et d’avoir un barbillon unique sous la mâchoire inférieure. Elle abonde dans certains parages de l’océan Atlantique boréal, plus particulièrement aux environs de Terre-Neuve, où il s’en fait une pêche extrêmement productive. C’est de là que viennent la plupart des Morues sèches et salées que l’on apporte dans les régions tempérées de l’Europe et. dans les pays

POISSONS

2fi2

méridionaux. Cette industrie occupe un grand nombre de bâtiments; les ports de Granville, fie Saint-Malo, de Dunkerque et d’Ostende y prennent une part active.

Il y a des Morues jusque sur nos eûtes. On les y désigne par le nom de Cabeliau, et on les mange fraîches. La morue desséchée s’appelle Stokfîsch.

Indépendamment de son importance comme poisson alimentaire, la Morue est aussi d’une grande utilité à cause de l'huile, aujourd'hui très usitée en médecine, que l’on retire de son foie. Cette huile [oleum jecoris Morrhuœ ) était autrefois connue sous le nom d ’oleum Aselli mojoris, et la Morue elle-même était appelée Asellus Major. Pendant longtemps elle n’a été employée que pour l’éclairage ouïes usages industriels; cependant les gens du peuple, principalement ceux des régions littorales de l’Angleterre ou du Nord de l’Europe, s’en servaient en frictions contre les rhumatismes et quelques autres maladies, mais on ne la voyait guère figurer dans les ordonnances des médecins. C’est de la même manière que nous voyons employer encore aujourd’hui l’huile de foie de Humantin et certaines graisses de mammifères. Quelque tardif qu'il ait été, l’usage médical de l’huile de foie de morue n’en est pas moins très répandu maintenant, et l’on peut dire que c’est aujourd’hui l’une des substances les plus à la mode ; on ne s’en sert plus guère à l'extérieur, mais on en administre à l’intérieur dans un si grand nombre de cas, que le commerce de cette huile a pris une extension des plus considérables.

La Morue proprement dite n’est pas la seule espèce de Gades qui fournisse l’huile vendue sous ce nom, et l’on en apporte non-seulement de Terre-Neuve, mais aussi des côtes de la Norvège et de plusieurs autres régions du Nord. Il est probable que les différentes espèces de Gadidés, et même d’autres Poissons, pourraient fournir une huile de foie analogue (1). D’après M. de Jongh (2) on se sert

(1) Nous avons même vu, dans une autre partie de cet ouvrage, que l’on y avait substitué l’huile du foie du Dugong, mammifère marin de l’ordre des Sirénidés. Celle du foie des Poissons plagiostomes peut èlre surtout employée eu médecine comme succédanée de l’huile véritable de foie de morue.

(2) Disquisilio comparaliva chimico-medica de tribus olei jecoris Aselii speciebus. Leyde, 1843. D’autres monographies ont été publiées sur les Morues et sur l’huile qu’elles fournissent. Nous citerons : Miltic Edwards, Mém. sur la pèche de la morue à Terre-Neuve ( Hcchcrch. pour servir à fhist. du lilt. de la France t. I, p. 270 ; 1832). — Beunetl, Trcatise on the oleum jecoris Aselli (Londres, 1841). — Personne (cité j>arM. Gui bon rt, Iüst. n al. des drogues simples, t. IV, p. 167 ; 1851),

SQUAMOIIER.MES. 263

principalement à Bergen, en Norvège, ries foies du G ad us callo.rias, qui appartient au même genre que la vraie Morue, et n’en est même qu'une variété d’âge, et l’on emploie aussi ceux des Gadus carbonarius et pollachius, qui sont des Merlans, c’est-à-dire des Gades ayant les nageoires en même nombre que celles des Morues, mais dont le menton manque de barbillon.

Toutes les huiles de foie de morue que l’on vend en droguerie n’ont pas la même couleur. Il y en a de noires, de brunes et de blondes ; une autre variété est presque incolore : on la nomme huile blanche. Celle-ci s’obtient par une manipulation spéciale. Quant aux trois autres, elles sont telles qu’on les retire des poissons, et la différence qui les distingue dépend de l’époque de tiltration qui les a fournies. Lorsque l’on soumet au filtrage les foies extraits des morues, la première huile qui passe est blonde. Au bout de quelque temps, sa nuance se fonce, parce qu’elle entraîne avec elle du sang et de la bile; enfin elle devient presque noire, si l’on continue l’opération pendant assez de temps pour que le foie luimême entre en décomposition.

On trouve dans l’huile de foie de morue beaucoup d’acide oléique, une quantité notable d’acide margarique, de la glycérine en quantité un peu moindre, et des traces plus ou moins évidentes de certaines autres substances, parmi lesquelles on remarque l’iode. Les analyses faites par M. de Jongh dosent, en même temps que l’acide oléique, un principe gras particulier désigné par ce chimiste sous le nom de Gaduine, et deux autres matières indéterminées. Le tableau suivant donne l’analyse comparative des trois huiles noire , brune et blanche. Il est emprunté à M. de Jongh :

Huile de foie de morue.

Noire.

Acide oléique, gaduine et deux autres ma-

Brune.

Blanche.

tières indéterminées

Acide margarique

Glycérine

Acide butirique

Acide acétique

Acides fellinique etcholinique

Bilifulvinc et acide bilifellinique

Matière soluble dans l’alcool à 30 degrés. . .

Mat. insol. dans l’eau, l’alcool et l’éther. . .

Iode

Chlore avec un peu de brome

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Biune. Noir*-. blanche.

Acide phosplHjriqiic 0,054 0,079 0,091

Acide sulfurique 0,010 0,086 0,071

Phosphore 0,0075 0,0114 0,021

Chaux 0,082 0,012 0,009

Magnésie 0,004 0,012 0,009

Soude 0,018 0,068 0,055

Perte 2,569 2,603 3,009

L'huile de foie de morue est maintenant d’un usage on ne peut plus fréquent, et l'on s’en sert contre un grand nombre de maladies. Les affections tuberculeuses ou scrofuleuses sont celles dans lesquelles on en obtient les meilleurs résultats. Il est maintenant peu d’enfants qui ne prennent ou n’aient pris, pendant quelque temps, une certaine quantité de cette huile, qui sert à la fois d’agent nutritif et dépuratif, en même temps qu’elle a, malgré la saveur désagréable et nauséabonde qu’on lui connaît, des qualités apéritives; c’est aussi un excellent moyen prophylactique. Certains adultes s’en accommodent d’ailleurs aisément, et le plus souvent les jeunes enfants ne s’aperçoivent même pas du goût particulier qui rend cette huile si insupportable à la plupart des grandes personnes.

Le principe odorant de l’huije de foie de morue et surtout l’iode que cette huile renferme, contribuent puissamment à lui donner les propriétés dont elle jouit. Il faut ajouter que sa nature grasse en fait aussi un d’aliment respiratoire.

Jadis on prescrivait les dents de ce poisson réduites en poudre et porphyrisées, ainsi que les pierres de sa tête, à la dose de 10 à 30 grammes, comme absorbantes et bonnes contre l’épilepsie ou la diarrhée ; sa saumure servait comme résolutive et dessiccative appliquée à l’extérieur, comme laxative donnée en lavements, etc. Mais ces usages sont complètement abandonnés aujourd’hui. Sous le rapport , médical, c’est Y huile de foie de morue qui mérite une seule mention spéciale.

Cette huile, qu’il ne faut pas confondre avec l’huile de poisson, avec laquelle elle s’est souvent sophistiquée, s’obtient dans le nord de l’Europe, surtout à Bergen, en Norwége, à Ostende, en Belgique, puis à Dunkerque en France, de différentes manières, mais toujours du foie de diverses espèces de Gadus , particulièrement des Gadus rnorr/tua , motua et earbonarius.

Premier procédé. On expose les foies frais dans de grands ton-

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neaux percés de trous et à la chaleur du soleil; il s’en écoule une huile incolore ; bientôt les foies se putréfient, et l’huile qui en provient est citrine ; puis on soumet les foies à la presse, et l’on obtient une huile brune; enfin on les expose à une haute température, et l’on a par la presse une huile noire.

Deuxième procédé. On mêle toutes ces huiles ensemble, et l’on obtient ainsi une huile plus ou moins brune dite en effet huile brune.

Troisième procédé. On chauffe faiblement au bain-marie les foies frais, on les soumet à la presse, et l’on retire ainsi Yhuile incolore; puis si on les chauffe fortement, et qu’on les exprime de nouveau, l’huile ainsi obtenue sera Yhuile noire.

Sous-ordre des Apodes (1).

Les Apodes sont malacoptérygiens comme les Subbrachiens et les Abdominaux, mais ils manquent constamment de membres pelviens, ce qui n’a lieu que très rarement chez les poissons des deux ordres précédents. On ne pourrait donc les confondre qu’avec certaines espèces de ces deux grandes divisions, qui sont également dépourvues de membres postérieurs, comme les Donzelles, les Fiérasfers, etc. (2), parmi les Subbrachiens et les Orestias ou les Tellies, parmi les Abdominaux, mais on trouve dans leurs caractères de familles des différences qui suffisent pour les en faire distinguer. Les Malacoptérygiens apodes ont, comme les Abdominaux, la vessie natatoire disposée suivant le mode physostome, c’est-à-dire pourvue d’un canal aérien ; ils ont aussi les écailles cycloïdes. Tous ont une certaine ressemblance avec les Anguilles par la forme allongée de leur corps, et, à cet égard, ils ont aussi quelque analogie de faciès avec les serpents. C’est ce qui a fait appeler Serpents de mer quelques-unes des espèces qu’ils fournissent aux eaux salées.

Les Apodes ont été partagés en trois familles.

Famille des MURÉNIDÉS. — Elle a pour principales espèces les Anguilles et les Murènes. Les Anguilles sont communes dans les eaux fluviatiles, surtout dans celles de notre hémisphère. Jamais on n’a constaté qu’elles puissent s’y multiplier; c’est de la mer qu’elles y arrivent. Elles sont alors très petites, presque aussi fines que des fils et tout à fait blanches. On les voit apparaître au printemps, et elles remontent en quantités innombrables le cours

(1) Malacoptérygiens apodes de G. Cuvier (en grande partie).

(2) Ce sont des Gadidés apodes.

cuissons.

dos fleuves et des rivières. Leur vésicule abdominale a déjà disparu, et l’on ignore dans quelles parties de la mer elles sont nées et si leur génération est ovipare ou ovovivipare; tout ce que l’on a dit à cet égard manque de fondement. La montée des jeunes Anguilles peut être recueillie et expédiée à des distances assez considérables, si l’on a soin de la placer sur des claies humectées d’une certaine quantité d’eau. On peut avoir recours à ce moyen pour empoissonner des étangs éloignés de la mer ou qui ne communiquent pas avec les cours d’eau où la montée s’introduit. Renfermé dans des vases, même béants, le frai d’anguille ne tarde pas .à s’asphyxier. Dans quelques pays on mange la montée.

Les Murènes (g. Murœna et autres) se composent d’espèces exclusivement marines. Quelques-unes sont pourvues de dents très acérées et font des morsures fort douloureuses.

Famille des GYMNOTIDÉS. — Les Gymnotes (g. Gymnotus sont le genre, le plus curieux de cette famille. Ce sont des poissons électriques, propres à l’Amérique méridionale et dont on a quelquefois apporté des exemplaires vivants en Europe, ce qui a permis d’étudier avec soin la singulière propriété qui les distingue.

L’appareil électrique des Gymnotes est placé de chaque côté de leur région caudale, où il forme deux paires d’organes distincts divisés en colonnes horizontales superposées les unes aux autres. Les nerfs qui s’y rendent sont au nombre de plus de deux cents de chaque côté. Ils proviennent des branches antérieures des nerfs spinaux. On rapporte à la même famille des poissons de forme analogue à celle des Gymnotes, mais sans appareil électrique.

La famille des SYNBRANCHIDÉS (g. Synbranchus appartient aussi à la division des Malacoptérygiens apodes.

Sous-ordre des Abdominaux (1).

Ce sont des Poissons malacoptérygiens à nageoires ventrales placées en arrière de l’abdomen et, par conséquent, à une distance considérable des pectorales. Ils sont physostomes, c’est-à-dire pourvus d’un canal aérien qui fait communiquer leur vessie natatoire avec la gorge; leurs écailles sont toujours cycloïdes.

On les trouve en grand nombre dans les eaux douces, principalement dans celles de l’hémisphère boréal, mais il y en a aussi

(I) Malacoptérygiens abdominaux (moins les Silures, ele.), G. Cuv. — Physostomes abdominaux (moins les Silures et quelques autres), Muller.

SQUAMODEftMES. 267

dans l'hémisphère austral, quoique en moins grande abondance, et certains autres sont exclusivement propres aux eaux salées. Ils se laissent partager assez aisément en plusieurs familles, dont les principales sont celles des Ésocidés ou Brochets, des Cyprinidès ou Cypris, des Salmonidés ou Salmones, et des Clupéidés ou Clupes.

La famille des ÉSOCIDÉS, telle que O. Cuvier et M. Valenciennes la circonscrivent , renferme avec les Brochets proprement dits (g. Esox) qui sont tluviatiles et essentiellement carnivores (1), plusieurs genres marins qui s'en rapprochent plus ou moins, mais dont on a fait depuis lors deux familles à part ; tels sont les Stomias, les Orphies g. B clones' , les Scoinbresox et les Hémiramphes, ainsi que les Exocets (g. Exocetus), l'un des genres que les voyageurs confondent sous le nom de Poissons volants.

Les Ori'uies, que Pou pèche sur nos côtes et que l'on mange sous le nom d 'Aiguilles, etc., ont les arêtes colorées en vert, ce qui inspire souvent de la crainte aux personnes qui ne connaissent pas cette particularité. Elles n’occasionnent d’ailleurs aucun accident, et leur chair est excellente.

La famille des OSTÉOGLOSSIDÉS, formée par les genres Vastrés ou Amipama f Sudis) et Ostéoglosse [Osteoçjlossum), se rattache à la fois aux Clupes, à la suite desquels G. Cuvier en a placé les espèces, et aux Amiadés, qui nous ont occupé après les Rhombifères. Ces deux genres habitent les eaux douces de l’Amérique méridionale. Ce sont des poissons de grande taille et d’une structure remarquable. Le second doit son nom à la disposition tellement rugueuse de son os lingual, que les Indiens de l’Amérique s’en servent comme de râpe.

La famille des SALMONIDÉS, ou Sc/morces, fournit à nos eaux tluviatiles et lacustres des espèces précieuses pour l’alimentation, et qui ont pour principal caractère d’avoir la deuxième dorsale de nature adipeuse, c’est-à-dire simplement cutanée et sans rayons.

Quelques Salmones ne quittent point les eaux douces, tels sont le Huch [Salmo hucho ) du Danube et de ses affluents; la Truite commune [ Salmo fario ) , fréquente dans les eaux des montagnes ; la Truite des lacs ( Salmo lemanus), du lac de Genève ; l’Ombre chevalier ( Salmo nmbla , du même lac et d’une grande partie des cours du Rhône, etc. D’autres vont chaque année à la mer, mais ils fraient dans les rivières; c’est le cas du Saumon ordinaire [Salmo salar ) et de plusieurs autres.

(I) Les œufs des Brochets occasionnent parfois des accidents.

roisso.vs.

L’Ëperlan (Salmo eperlanus), dont on fait un genre à part sous le nom d ’Osmerus, est aussi un Salmonidé; il est à la fois marin et fluviatile.

De tous les Poissons de cette famille le Saumon ordinaire est celui dont on fait la plus grande consommation. Commun dans la plupart des rivières et des fleuves de l’Europe qui versent à l’Océan, il entre pour une grande proportion dans l’alimentation publique, et la facilité actuelle des voies de communication permet de l’expédier dans les pays méditerranéens, aux eaux desquels il manque. Dans le Nord on en sale et l’on en fume une grande quantité. C’est un magnifique poisson, à chair rouge, et dont la taille atteint fréquemment 60 centimètres ou même plus. Dans nos pays il figure avantageusement sur les meilleures tables, mais il ne réussit pas à tous les estomacs.

La chair du Saumon est rouge pendant toute l’année, mais elle est sensiblement plus pâle au moment de la ponte. Cette décoloration est plus évidente encore dans les Truites. On sait en effet qu’à l’époque du frai leurs muscles deviennent complètement blancs. Comme toutes les Truites ne fraient pas au même moment, et que les femelles se saumonent plus fortement que les mâles, on comprend que dans un même cours d’eau l’oq prenne en même temps des Truites à chair blanche et des Truites à chair saumonée. C’est d’ailleurs une erreur de croire que la Truite saumonée est métis de la Truite et du Saumon.

On estime surtout la cha 1 1 Saumon pris dans les fleuves à une certaine distance de la mer et après qu’il y a séjourné quelque temps; ceux des embouchures sont bien inférieurs.

MM. Valenciennes ctFrémy ont étudié la nature chimique de la substance qui colore en rouge la chair des Saumons.

Cette substance avait déjà attiré l’attention de sir Humpdry Davy, qui fit remarquer dans son ouvrage intitulé : Salmunia , que la chair du Saumon peut être décolorée par l’éther, mais jusqu’à présent la substance elle-même n’avait pas été isolée. MM. Valenciennes et Frémy lui ont reconnu les caractères d’un acide gras, qu’ils nomment acide salmonique.

« Pour isoler l’acide salmonique nous avons eu recours, disent ces savants, à la méthode suivante : l’huile rouge que l’on extrait avec facilité des muscles du Saumon, par l’action de la presse, est agitée à froid avec de l’alcool qui a été rendu faiblement ammoniacal ; l’huile se décolore alors complètement et abandonne à l’alcool la matière colorante que l’on extrait ensuite en décomposant, par un acide, le sel ammoniacal.

SQUAMODERMES. 269

» L’acide ainsi obtenu est visqueux, rouge, et présente tous les caractères d'un acide gras ; celui que l’on retire des Truites saumonées est identique avec l’acide qui existe dans les muscles du Saumon.

» Nous l’avons trouvé en quantité considérable et mélangé d’acide oléophosphorique dans les œufs de Saumons, ce qui rend compte, jusqu’à un certain point, de la décoloration et de la perte de saveur qu’éprouve la chair du Saumon au moment de la ponte.

» Le Saumon bécard f Sa/mo hamatus ) ne contient pas autant d’acide salmonique et oléophosphorique que le Saumon commun; les muscles des poissons peuvent donc, dans les espèces les plus voisines, offrir de notables différences quant à leur composition. »

Les Salmones ont en général les œufs assez gros. Ceux du Saumon ordinaire sont un peu plus gros que des groseilles ordinaires, et ils en ont à peu près l’apparence extérieure ; ils sont rougeâtres comme la chair elle-même des poissons qui les fournissent. Chez les Truites, les Ombres, etc., les œufs sont presque aussi gros. Cette particularité, jointe à la facilité que Ton a de les féconder artificiellement en versant dans le vase où on les a placés, quelques gouttes de la laitance du mâle, les rend très propres aux essais de pisciculture. 11 est facile, en les plaçant sur des grilles de verre ou sur tel autre appareil analogue, de les exposer au courant d’eau indispensable à leur éclosion. On suit facilement les phases de leur évolution embryonnaire, et comme en les emballant avec soin dans des mousses humides on peut les expédiera de grandes distances sans que leur développement s’arrête, ils ont été l’objet presque unique des expériences de pisciculture que Ton a entreprises dans ces dernières années, et qui ont eu tant de retentissement auprès du public. Quelques-uns de ces essais ont déjà donné des résultats encourageants, et il paraît peu douteux que Ton n’en obtienne de plus sérieux encore si Ton se rappelle que la Carpe, aujourd’hui si commune dans l’Europe occidentale, est originaire d’Orient; que le Poisson rouge Cyprinns auratus ) vient lui-même de Chine, et que le Gourami [Osphromenus olfax ), qui est un poisson labyrinthifère propre au Bengale, a été naturalisé dans les eaux de l'Ile de France, et que Ton a pu le transporter jusqu’à Cayenne. C’est un sujet dont M. Coste s’est beaucoup occupé, et sur lequel il a réussi à attirer l’attention du gouvernement.

On a fondé à Huningue, dans le Haut-Rhin, un grand établissement national pour la propagation des Poissons, et chaque année cet établissement expédie dans les autres parties de la France un

POISSONS

nombre considérable d’œufs destinés à repeupler les rivières et a introduire dans notre pays certaines espèces qui lui manquent.

Les œufs que fournit maintenant rétablissement de pisciculture d’Huninguc proviennent de dix espèces:

Dont cinq sont déjà propres à nos cours d'eau : Saumon ordinaire [Salmo salar) ; Truite commune [Salmo fario, ; Ombre chevalier [Salmo urnbla J ; Ombre commune Sulmo thymallus) ; Lavaret [Sahrio Wartmanni ) ;

Et cinq sont restées jusqu’à ce jour étrangères : Truite des lacs [Salmo lemanus) ; Saumon argenté Salmo Schirferrnulleri ; Saumon Salvellin [Salmo Salvelinus ) ; Saumon Huch Salmo Hue ho ; Fera [Coregonus fera).

Les grands lleuves de l’Amérique sont riches en poissons de la famille des Salmonidés que l’on a quelquefois séparés des Salmones proprement dits, pour en faire une famille à part sous le nom de Characins (1). Ceux de l’Amérique méridionale constituent à eux seuls différents genres parmi lesquels nous devons principalement citer :

Les Mylètes on Par os, aux dents antérieures incisiformes;

Et les Serrasalmes (g. Serrasalmus );

Ainsi que les Pygocentres (g. P y g oc entras qui ont les dents triangulaires, tranchantes et dentelées sur les bords.

Ces derniers Poissons que l’on appelle dans certaines régions de l’Amazone Candirou, Piranha (1), etc., sont carnivores, et ils poursuivent avec une ardeur incroyable les animaux qui nagent dans les mêmes eaux qu’eux. L’homme n’est pas à l’abri de leurs attaques, et plus d'un baigneur a été tué par eux. Leurs bandes s’attachent à la peau, qu’elles déchirent, et les eaux environnantes ne tardent pas à être rougies du sang de leur victime.

Le Serrasalmus rhombeus de l’Araguay est le véritable Candirou , et le Pygocentrus piraya le vrai Piranha. M. de Castelnau a observé ce dernier dans l’Uraguay, dans le Tocantin et dans l’Amazone qui reçoit les eaux de ces deux grandes rivières.

M. de Castelnau dit des Candirous, qu'aussitôt qu'un objet quelconque est jeté à l’eau, ces Poissons se précipitent dessus en grande quantité, et que leur présence empêchait ses compagnons de se baigner. Un de ceux-ci, pressé par l’excès de la chaleur, eut néanmoins l'imprudence de se mettre à l’eau ; il fut presque aus-

(1 ) Characini, J. Muller.

(2) Mot qu’on pronouce Piranga.

SQUAMODERMES.

sitôt attaqué par des légions de ces poissons, et son sang coula bientôt en abondance. « Il fut heureux pour lui , dit M. de Castelnau, qu’il se trouvait près du rivage, vers lequel il se précipita avec rapidité, échappant ainsi à une mort certaine et affreuse. »

Par compensation la chair de ces Poissons est assez bonne à manger, et leur gloutonnerie rend très facile de les prendre ; il suffit d’attacher un morceau de poisson ou de tout autre viande et de le laisser traîner dans l’eau. Les Piranhas s'y attachent pour en dévorer quelques parties, et chaque fois que l’on retire l’appât on amène avec lui un certain nombre de Poissons.

La famille des CLUPÉIDÉS ou Clupes (g. Clupea, Linn.), aussi nommée famille des Halécoïdes, n’est pas moins intéressante que celle des Salmones et des Characins, car la plupart de ses espèces nous sont aussi d’une grande utilité, en même temps que d’autres sont à craindre, non pas par leur voracité, comme les Candirous et les Piranhas, mais parce que leur chair est vénéneuse ; c’est ce qui a lieu pour certains Clupes de l’océan Pacifique. Ces derniers sont d’autant plus dangereux que leur forme extérieure est fort semblable à celle de nos Sardines.

Parmi les espèces utiles du groupe qui nous occupe, nous citerons: 1’4losë ( Alosa vulgaris, autrefois Clupea alosa), excellent poisson qui atteint jusqu’à trois pieds de longueur, et qui remonte au printemps dans nos grandes rivières. Prise en mer elle est moins estimée, et sa chair est en effet sèche et de mauvais goût.

Le Hareng ( Clupea harengus), vit en. bancs immenses qui se montrent annuellement et presque à jour fixe pour chaque parage. Ces poissons, viennent dans la mer du Nord et dans la Manche ; ils donnent lieu à un commerce fort important. Au large et sur les côtes d’Écosse, ils sont chargés d’œufs ou de laite ; arrivés sur nos côtes, ils sont le plus souvent vides et de qualité très inférieure. Us ne se montrent pas dans la Méditerranée.

Le Hareng est l’un des poissons que l’on fume en plus grande quantité ; ainsi préparé il prend alors le nom de Hareng saur. On en fait aussi des salaisons (Peleel Hareng des Hollandais). Mangé frais il constitue un excellent aliment.

Cette espèce est l’objet d’une pêche considérable depuis les côtes les plus boréales de la Norwége jusqu’aux pointes avancées de l’Angleterre et à l’entrée de la Manche. En automne, elle arrive en bancs serrés jusque sur les côtes de la basse Normandie, mais ordinairement après avoir frayé en route, ce qui lui fait perdre en partie ses qualités succulentes.

POISSONS

La pêche de ce poisson et le commerce qui en est la conséquence font vivre un nombre très considérable d’individus. Cette industrie était déjà florissante à Rruges et à Nieuport, au xh* siècle.

On mange une autre espèce de Hareng, le Sprat Clupea sprat tus). Très commun k l’entrée de l’Escaut et auprès d'Ostende.

Le Clupea alba ou Clupea lasalus est fort recherché dos Anglais.

La Sardine ( Clupea sardina) est une espèce plus petite appartenant aussi au même genre que le Hareng. On la prend en grande quantité, soit sur nos côtes de l’Océan, soit dans la Méditerranée; et, quoique un peu différente’par le goût, elle n’est pas moins estimée. Elle ne va pas jusque dans la mer du Nord.

L’Anchois ( Engraulis incrasicolus, précédemment Clupea encrasicolus) se pêche aussi dans l’Océan et dans la Méditerranée. Après qu’on lui a enlevé la tête et les “viscères, on le laisse mariner dans l’huile et, pour ainsi dire, confire. C’est alors un excellent apéritif, et l’huile chargée des sucs de l’Anchois est employée dans plusieurs préparations culinaires. Ainsi que Rondelet 1 et Rabelais en ont fait la remarque, le fameux garum des anciens devait en être peu différent; on le préparait avec le même poisson.

On pêche annuellement des Anchois jusque dans la mer du Nord. Leurs bandes entrent dans l’embouchure de l’Escaut.

Des poissons de la même famille sont vénéneux, du moins dans certaines circonstances.

La Melette vénéneuse [Meletta venenosa\, qui est dans ce cas, appartient aux mers du Sud. Voici la note que M. Reymoueng, chirurgien de la marine française, a rédigée k son égard, et dont nous devons la communication k l’un de ses collègues, M. Rerchon: « C’est cette espèce qui a causé la mort de cinq hommes de la corvette k vapeur le Catinat, et qui a rendu malades cinquante hommes h bord du Prony. Elle ressemble beaucoup pour la forme k la Sardine commune, et elle n’en diffère guère que par une raie verdâtre, se confondant en passant par la couleur jaune, avec la couleur argentée du poisson; cette raie s’étend depuis le dessous de la nageoire pectorale jusque vers l’extrémité de la deuxième dorsale. L’œil est aussi entouré d’un cercle jaunâtre. Les individus

(1) « Od sale les Anchoiès, é se coQvertissent en liqueur ou saumures, é afin qu’on ne la gaste on oste la teste des Anelioies soient Encrasicholi : car cneores aujourd’hui ainsi ilz les appellent. Des Anelioies on fait une très bonne liqueur nommée en latin garum, é estant salés on les tient au soleil jusques à ce que leur chair soit toute fondue. C’est un bon remède pour faire revenir l'appétit perdu, pour atténuer é découper gros phlegme, é pour lascher le ventre. » Rondelet, Hist. des Poiss., p. 177.

SQUAMODERMES. 273

qui ont pu rendre compte du goût de ce poisson, l’ont trouvé, en général, plus fade que riotre Sardine. Ceux qui ont éprouvé des symptômes d’empoisonnement ont trouvé à quelques-uns de ces poissons une saveur tellement âcre et piquante qu’ils n’ont pu les avaler, et cependant, quelques instants après, ils ont eu des vomissements, des crampes dans tous les membres, la pupille excessivement dilatée et une céphalalgie intense.

» Le seul cas d’autopsie dont on ait recueilli l’observation h bord du Catincit, n’a offert que quelques plaques rougeâtres sur la membrane de l’estomac.

» Chez tous les malades, le pouls devenait très lent et concentré. Il y avait du délire chez plusieurs. Chez quelques hommes du Prony il y a eu paralysie partielle des membres, et' la paralysie a même persisté pendant plusieurs jours pour l’un de ces derniers. Elle n’a cédé qu’à l’emploi de la strychnine. Comme il y avait quelque analogie dans les symptômes avec ceux produits par la belladone, et que j’ignorais complètement la nature de l’agent toxique, je prescrivis les excitants, l’alcool, et surtout l’infusion du café, et, chez la plupart, ce traitement réussit à faire disparaître dans quelques heures les vomissements et les antres symptômes, et procura chez tous un prompt soulagement. Quelques naturels (de la Nouvelle- Calédonie), qui mangèrent à bord de ces poissons bouillis, furent malades, et deux d’entre eux moururent dans la journée; mais j’ignore s’ils n’en avaient point mangé de grillés, parce qu’ayant aidé à tirer le fdet (la seine), ils pouvaient en avoir emporté de crus.

» D’après les renseignements que j’ai pu nie procurer auprès des naturels sur ce poisson, il ne leur ferait généralement éprouver que des indispositions légères, parce qu’ils le mangent ordinairement préparé à leur manière, c’est-à-dire enveloppé dans des feuilles de bananier, placées elles-mêmes dans une marmite remplie d’eau qu’ils font bouillir pendant assez longtemps, et ils jettent toujours l’eau qui a servi à cuire le poisson. Il paraîtrait que le poisson ainsi préparé perd la plus grande partie de sa substance vénéneuse, celle-ci se dissolvant dans l’eau.

» Les hommes morts à bord du Catinat avaient tous mangé de ce poisson grillé seulement. Les matelots qui l’ont mangé bo*uilli n’ont éprouvé que de légers accidents. »

Nous tenons de M. Berchon, chirurgien de la marine française, qu’un chimiste de Lima, qui avait analysé l’un des poissons de l’espèce ci-dessus, disait y avoir reconnu des traces d’acide cyanhyi. 18

POISSONS

drique, mais il n’attache, et sans doute, avec raison, qu’une très médiocre importance à ce renseignement.

M. Valenciennes a donné à l’Académie des science de Paris 1) quelques détails sur les cas d'empoisonnement dont nous venons de parler, et il en est également question dans l’ouvrage de M. Fonssagrives (2), d’après des renseignements recueillis par M. Meunier.

D’autjes espèces de Sardines appartenant aux mers intertropicales ont aussi donné lieu à des accidents. C’est ce que M. Payen, médecin de la marine, a constaté pendant son séjour à Main; (Séchelles), pour la Sardine des tropiques C lu peu trop ica,. Il eut à traiter à bord de \ Isère une foule d'indigestions si violentes qu’elles ressemblaient presque à des empoisonnements. Ces accidents étaient dus à des Sardines dont l’espèce est très abondante dans ces parages. D’après les médecins de ce pays, la Sardine des tropiques devient très dangereuse à l’époque de la floraison des coraux (sans doute le frai de ces espèces de polypes) (3).

Poupée-Desportes (4) cite parmi les poissons toxiques de Saint- Domingue une espèce de petite Sardine. L’empoisonnement qu’elle détermine est caractérisé par des vomissements, de la pesanteur d’estomac, des tranchées, un froid glacial, un affaissement du pouls, de l’agitation et de la dyspnée. Dans un cas suivi de mort, l’autopsie montra une dureté très grande du foie, une accumulation de sang coagulé dans les oreillettes ainsi que des plaques gangréneuses à l’estomac, au pylore et dans diverses parties de l’intestin.

Des propriétés malfaisantes ont en effet été constatées chez le Cailleu tassart ( Clupea tkrissa) , qui vit aux Antilles ,5) et dont on signale aussi la présence dans les mers de la Chine.

(1) Comptes rendus hebd., t. XLII, p. 340.

(2) Traité d’hygiène navale. Paris, 1836, p. 693.

(3) Fonssagrives, loc. cil., p. 692.

(4) Histoire des maladies de Saint-Domingue ; 1770, t. I, p. 108.

(5) D’autres poissons des Antilles donnueut egalement lieu à des accidents; On cite entre autres la Bécune (Sphyrœna becuua) de la famille des Scombéridés. MM. Chevallier et Duchenne {Mémoire sur les empoisonnements parles Huîtres , les Moules, les Crabes et par certains Poissons de mer et de rivière) ( Annales d'hygiène publique. Paris, 1851, t. XLVI, p. 122) rappellent, d’après .Tanière, doux cas d'empoisonnement dus à l'alimentation par ce poissou, et l’on en conuait deux autres, l’un cité par le Courrier français à la date du 3 décembre 1827, l’autre

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