‹ Zoologie médicale (volume 2)Chapitre 66 sur 96 · Les Orthoptères · texte numérisé non relu

Les Orthoptères

rieure. La lèvre inférieure et les mâchoires ont des palpes. C’est surtout à la forme de leurs ailes supérieures que l’on reconnaît les Coléoptères. Elles sont résistantes connue le reste du corps, en élytres ou étuis chitineux, rapprochées l’une de l’autre au-dessus de la partie postérieure du corps et disposées de manière à recouvrir, comme le ferait une cuirasse bipartie, l’abdomen, dont les arceaux supérieurs ont peu de résistance, ainsi que les ailes de la seconde paire, qui sont membraneuses et repliées transversalement pendant le repos. Leurs larves ont la tête distincte et sont le plus souvent hexapodes. Leurs nymphes sont inactives et enveloppées d’une membrane lâche qui laisse apercevoir les organes de l’animal parfait.

On doit à M. Straus Durkheim une excellente anatomie du Hanneton ordinaire pris pour type de l’ordre des Coléoptères (1).

Ces Insectes sont, les uns phytophages (1), les autres au contraire zoophages, et quelquefois même essentiellement carnassiers, comme les Carabes (2). La plupart vivent à terre, mais on en connaît aussi d’aquatiques, tels que les Dytisques, les Gyrins, les Hydrophiles, etc.

Quelques auteurs portent à une soixantaine environ le chiffre des familles qu’ils admettent dans l’ordre des Coléoptères; d’autres n’en reconnaissent qu’un moindre nombre. La plupart sont maintenant d’accord pour abandonner leur répartition en sousordres, d’après la considération du nombre des articles des tarses, ce qui avait conduit à former quatre groupes de Coléoptères, savoir : les Pentamères, ayant cinq articles à chaque tarse (3) ; les Hétéromères [U), dont les quatre tarses antérieurs ont cinq articles

(t) Considérations générales sur V anatomie des animaux articulés. Paris, 1828, in-4, avec pl.

(2) Les Hydrophiles présentent un caractère inverse de celui que nous ont montré les Grenouilles. C’est pendant leur premier état qu’ils sont carnivores, et leur larve, vulgairement appelée ver assassin, a le canal intestinal plus court que l'adulte qui se nourrit de substances végétales. Il n’est pas rare de voir les larves des Hydrophiles attaquer les Poissons, et plus particulièrement les Cyprins dorés; elles contribuent par leur voracité à dépeupler certains étangs.

(3) Cicindôles, Carabes, Dytisques, Gyrins, Staphylins, Sternoxes, Buprestes, Taupins, Cébrions, Lamyres, Mélyres, Clairons, Plines, Lyméxylons , Mastiges, Escarbots, Boucliers, Scaphidies, Nitidulcs, Dacnés, Dermcstes, Byrrhes, Dryops, Hydrophiles, Spliéridies, Scarabées, Mélolonthes ou Hannetons, Cétoines, Lucanes, Passales.

(4) Pimélies, Blaps, Ténébrions, Diapères, Cossyphes, Hélops, Cislèles, OEdé-

3 Où

INSECTES

et les deux postérieurs quatre seulement; les Té tramer es (1), qui n’ont que quatre articles partout, et les Trimères 2 , qui n’en ont que trois.

Quelques genres seulement méritent de nous occuper :

1. Les Cétoines (g. Cetonia, Fabr.), qui servent de type à la famille des Cétonidés, de la grande division des Pentamères lamellicornes, sont nombreuses en espèces. L’une d’elles, la Cétoine dorée

( Cetonia aurata ), qui est un bel Insecte vert cuivré très répandu en j Lurope, passe, dans quelques parties de la Russie pour un spécifique contre la rage (3).

D’après M. Mandileny, on se borne, dans les gouvernements de • Tchernigof et de Saratof, à étendre de la poudre de cétoine sur 1 une tartine de pain beurré que l’on mange.

Au dire de M. Rogdanow [h), certains chasseurs des gouvernements de Voronége et de Koursk ont l’habitude de donner de temps en temps à leurs chiens une moitié de Cétoine mise en poudre et mêlée à du pain ou à un peu de vin; ils considèrent cette préparation comme un préservatif de la rage.

MM. Sauvan et Alquié ont proposé d’employer la poudre des Cétoines contre l’épilepsie.

2. Lucanes ou Cerfs-volants (g. Lucanus, L.). Ce sont aussi des Pentamères lamellicornes; ils ont été autrefois utilisés en pharmacie ; on faisait entrer, dans certaines préparations, la poudre de leurs longues mandibules.

3. Vésigants. Les Insectes vésicants ou épispastiques forment une famille de la division des Hétéromères ; on les nomme aussi Cantharides (5) ou Méloïdés. Ils constituent une vingtaine de genres, dont trois méritent plus particulièrement de nous occuper ; ce sont ceux des Cantharides, des M y labres et des Méloes.

Cantharides (g. Lytta, Fabricius). Elles ont le corps assez étroit,

mènes, Mvctères, Lagriaires, Pyrochres, Mordelles, Notoxes, Hories, Méloes, Cantharides, Mylabres.

(1) Bruches, Attelabes, Brentes, Brachycères, Charançons, Lixies, Rynchènes, Calandres, Scoly tes , Paussus , Bostriches, Monntomes , Lyctes, Mycétophages , Priones, Capricornes, Lamies, Leptures, Sagres, Criocères, Hispes, Gribouris, ’ Chysoinèles, Galéruques, Erotvles.

(2) Eumorphes, Cocinellcs, Psélaphes, Clavigèrcs.

(3) Guérin, Revue et mag . de 300I ; 1831, p. 60, cl 1855, p. 342. — Id. Compt. rend, hebd., t., XL, p. 1371 ; 1855.— Mandileny, Revue et Mag.de sool. ; 1851.

(4) Compt. rend, hebd., t. XLV, p 727.

C 5) Quelques auteurs désignent par ce nom les Carabidés ou Carabes.

COLEOPTERES.

lu tète courte; les couleurs diversifiées, souvent métalliques, et les antennes droites, filiformes, au moins aussi longues que la tête et le corselet ; leurs ailes membraneuses sont entières et recouvertes, pendant le repos, par les élytres qui sont aussi longues que l’abdomen. Ces Insectes ont le vol léger.

On en connaît une trentaine d’espèces, toutes des parties chaudes ou tempérées des deux continents.

La Cantharide a vésicatoires [Lytta vesicatoria), dite aussi Cantharide ordinaire, officinale ou des boutiques, est d'un beau vert à reflets métalliques, avec les antennes noires et une ligne profondément enfoncée sur le milieu de la tète ainsi que sur le corselet, et de plus deux nervures longitudinales vers le bord interne des élytres qui sont finement guillochées. Elle est longue de 0,020 (1).

Cet insecte est recherché à cause des propriétés actives dont sont doués ses téguments. On le trouve principalement dans les régions voisines de la Méditerranée : en Italie, dans le midi de la France et en Espagne; c’est surtout sur les frênes qu’il se tient, et il en mange les feuilles. On le prend aussi sur les lilas et les troènes, mais en moindre quantité. Le chèvrefeuille et le sureau peuvent également en nourrir.il manifeste sa présence en dépouillant les arbres et aussi par la forte odeur de souris qu’il répand. Il y a également des Cantharides de cette espèce en Hongrie, en Allemagne, en Russie et même en Sibérie. En Angleterre, elles se montrent accidentellement; en 1837, elles ont été abondantes dans l’Essex et dans le Suffolk. Il en va parfois en Belgique pendant les étés chauds; leurs essaims s’abattent alors sur les arbres dont elles aiment les feuilles et ils les dépouillent en peu de temps.

Le principe actif des Cantharides a reçu de Robiquet le nom de Cnntharidine (2). C’est une substance non azotée ayant pour for-

(1) Plusieurs entomologistes ont donné des détails étendus sur cette espèce. Voir principalement : Audouin, Prodrome d’une histoire naturelle chimique, pharmaceutique et médicale des Cantharides ( Thèses de la Faculté de médecine de Paris ; 1826, n" 172, et Ann. sc. nat., 1" série, t. IX, p. 31, pl. i 2 et43). — Brandt cl Ratzeburg, Mediz. zool., t. II, p. 116, pl. 18, fig. 1-6, et pl. 19 (anatomie).

(2) Robiquet, Ann. de chimie et de physique, t. LXXVI, p. 302. — Régnault, ibid., t. LXVIII , p. 169. — Gerhardt, Traité de chimie organique , t. IV, p. 275.

Fig. 48. — Cantharide ordinaire.

INSECTES

mule C10H°OL On l’obtient en épuisant les Cantharides par l'alcool dans un appareil de déplacement, et l’on chasse ensuite l’alcool par distillation.

La poudre obtenue en concassant les élytres et les parties dure de ces Coléoptères à une action vésicante très énergique. On l’emploie le plus souvent sous forme d’emplâtres, de vésicatoires, etc.; on s’en sert aussi pour préparer des taffetas vésicants, du papier épispaslique, etc.

Il résulte des expériences dont cette substance a été l’objet, qu’elle cause une violente irritation des parties sur lesquelles on l’applique ; elle agit aussi intérieurement, soit qu’elle se soit introduite dans l’économie par absorption cutanée, soit qu’on l’ait ingérée dans l’estomac avec les aliments ou sous la forme de teinture. Orfila, Schubarth etWibmer, qui ont plus particulièrement étudié ses effets en expérimentant sur des chiens, ont reconnu qu’elle détermine une affection particulière du système nerveux. Injectée dans le système vasculaire, elle cause le tétanos ; introduite dans l’estomac, elle le rend insensible; son action se porte principalement sur la vessie et sur les organes génitaux qu’elle excite d’une manière spéciale.

C’est à cause de cette propriété que la teinture de cantharides a été employée comme aphrodisiaque. Dans un grand nombre de cas elle a déterminé les accidents les plus redoutables, souvent même la mort.

Elle agit sur beaucoup d’animaux comme sur l’homme. On cite cependant une observation de Pallas d’après laquelle les hérissons seraient insensibles à ses effets.

Le contact seul des cantharides pourrait avoir des effets dangereux ; on ne procède donc à leur récolte qu’après avoir pris certaines précautions. On ébranle les arbres le matin, alors que les Insectes sont encore engourdis, et on reçoit les Cantharides sur des linges en ayant soin de ne pas les toucher. La personne qui secoue les , arbres est elle-même gantée et masquée.

Avant de mettre ces animaux à dessécher et de les renfermer dans des vases, on les asphyxie en les exposant à la vapeur du vinaigre ou en les plongeant dans ce liquide. M. Lutrand a proposé d’y substituer des vapeurs d’éther ou de chloromorphe, qui ont en même temps une action antiseptique.

Dans les pharmacies et dans les collections d’entomologie, les Cantharides ne résistent pas plus à la destruction que les autres insectes, mais leurs fragments conservent indéfiniment les pro-

priétés vésicantes qui les font rechercher; on en a employé dont la conservation remontait à quarante ans et plus. Toutefois les Cantharides fraîches sont préférables aux autres. La plus grande partie de ces Insectes que Ton reçoit en droguerie nous viennent d’Espagne.

Leur désagrégation partielle est le résultat des attaques dont elles sont souvent l’objet de la part de plusieurs insectes différents, parmi lesquels on cite YAnthrenus museorum, YHoplia farinosa , le Tinea flavifrontella et un A renais.

Pour les conserver, on a recours au mercure, au camphre, etc.

Parmi les autres espèces du même genre, on cite les suivantes comme ayant des propriétés analoguesà celles du Lylta vesicatoria :

Lytta vittatci , citrate, marginata et cinerea, de l’Amérique septentrionale ;

Lytta atomaria, du Brésil ; L. adspersa, L cavemosa (1 et L. Cuvrbonii (2), de Montevideo ;

Lytta rufipes, de Java et de Sumatra ;

Lytta cœrulea ou gigas, de Guinée ;

Lytta violacea, de l’Inde ;

Lytta syriaca ou segetum, d’Arabie.

La Cantharide pointillée [Lytta adspersa, Klug.), qui a été observée à Montevideo par M. Courbon , a présenté à ce médecin une particularité fort curieuse, et qui devra la faire rechercher avec soin. Elle exige moins de temps que la Cantharide des boutiques pour produire la vésication, et, ce qui n’est pas moins important, elle n’occasionne aucune irritation des organes génito-urinaires.

Voici comment M. Courbon rapporte les observations qui lui ont appris cette particularité : « Durant les années 1853, 185k et 1855, j'eus à traiter, à bord du brick le Chasseur, un homme atteint d’hépatite chronique bien caractérisée qui, à des intervalles plus ou moins longs, passait à l’état aigu. Alors il y avait fièvre, revenant quelquefois par accès le soir; [gonflement de l’hypochondre droit, et douleur atroce dans cette région, douleur qui arrachait des cris au malade et le forçait à se tenir en double. Ce symptôme de douleur cédait toujours, comme par enchantement, à l’application d’un ou de deux larges vésicatoires volants, loco dolenti, tellement qu’à la fin le malade réclamait

(1) Epicauta cavemosa, Reichr.

(2) Lytta vidua, Courbon, Compl. rend. hebd. 1855, t. XL1, p. 1003; non Lytta vidua , Klug; Canlharis Courbonii, Guérin, Revue et Mag, de zool.; 1855, p. 390.

I N'SKCTKS.

l’action de ce moyen aussitôt qu’il sentait le retour de ses souffrances. Or, sur ce malade s’opéra le plus souvent la vésication au moyen de la Cantharide pointillée. A chaque fois l'action fut produite sans qu’il y eût aucune irritation du côté des organes génitaux. Mais deux fois où, à défaut de Cantharide pointillée, j’employai la Cantharide officinale, le malade eut à souffrir de l’action du médicament sur les organes urinaires.

» Depuis que j’eus reconnu l'intéressante propriété de la Cantharide pointillée de Montevideo, je l’employai toutes les fois que j’ordonnai un vésicatoire. Ainsi j’en fis usage six fois dans le cas de sciatiques rebelles siégeant soit d’un côté seulement, soit des deux côtés, et qui ne cédèrent qu’à l’emploi de vésicatoires appliqués au niveau de l’endroit où le nerf sciatique sort du bassin ; quelquefois dans le cas de pleurésie; trois fois dans le cas de bronchite chronique; deux fois à la fin de la pulmonie; et, dans tous ces cas, je ne vis jamais aucune irritation, ni de la vessie, ni du canal de l’urèthre. Je sais bien, et tous les praticiens savent aussi, que la Cantharide officinale est loin de produire toujours des accidents du côté de la vessie; mais le fait observé sur mon premier malade prouve rigoureusement, ce me semble, la curieuse immunité de la cantharide de Montevideo relativement aux organes génito-urinaires (1). »

La Cantharide pointillée est longue de 13 à 16 millimètres au plus; ses élytres, son corselet, sa tète, son abdomen sont gris cendré, uniformément criblé de petits points noirs; ses antennes sont noires et ses pattes roussâtres. Cette couleur grise qui la recouvre en entier, à l’exception des antennes et des pattes, est formée par un dépôt pulvérulent.

Cette espèce est très commune aux environs de la ville de Montevideo. Elle vit sur le Bcta vulgaris , var. cicla, herbe également très commune dans les mêmes lieux. On la trouve dans les mois de décembre, janvier, février et mars, mais c’est surtout dans les mois de janvier et de février qu elle est abondante.

La récolte en est très facile ; elle doit se faire de préférence vers le soir, parce que les Insectes sont alors moins agiles, et qu’ils s’abattent sur la plante. On pourrait aussi la faire de bon matin. On se munit d’un sac en toile de grandeur convenable, au fond duquel on dépose quelques feuilles de bette, puis, arrivé sur le lieu de la récolte, on coupe près de leur racine les tiges de cette plante

(t) Cumbon, Comptes rendus hebd., t. XLljp.1003; 1855.

Fig. 49. — Mylabre.

coléoptères. a 09

qui sont chargées de Cantharides, et ou les secoue dans le sac pour en faire tomber les Insectes. La récolte laite, on peut tuer les Cantharides en les entassant dans un grand bocal que 1 on place ensuite au soleil, ou plus simplement en exposant les sacs euxmêmes à la vapeur du vinaigre bouillant.

Les Mylabres (g. Mylabris, Fabr.) ont la tête proportionnellement plus petite que les Cantharides et le corps moins étroit ; leurs antennes se renflent vers le bout, mais elles sont régulières dans les deux sexes ; les élytres sont zonées transversalement de rougeâtre ou de fauve sur du J IlMi \. 1 noir ou du brun.

Ces Insectes sont communs dans les régions chaudes et tempérées de l’ancien continent. Ils ont des propriétés vésicantes comme les Cantharides ordinaires, et, dans plusieurs pays, on les emploie aux mêmes usages. Il paraît qu’autrefois les Romains et les Grecs se servaient uniquement de Mylabres.

Une des espèces les plus répandues a reçu le nom de Mylabre de la chicorée ( Mylabris cichorit), On la cite en Chine et dans les Indes, ainsi que dans une grande partie de l’Europe ; mais il parait qu’on a confondu sous le même nom plusieurs espèces peu différentes les unes des autres.

Latreille dit que les Chinois emploient comme vésicant le Mylabre pustule ( Mylabris pustulata, Olivier; XL Siclœ , Fabr.).

Le nombre des espèces de ce genre qui sont connues des entomologistes est déjà supérieur à trente ; on n’en trouve pas en Amérique.

En Grèce, on emploie le Mylabris bimacidata contre la rage. Les religieux de Phanéronème, près Eleusis, le pilent avec les feuilles d’une Asclépiadée, qui est le Cynan chum excelsum.

Les Méloes Ig. Meloe, L.) ont le corps lourd; les élytres plus courtes que l'abdomen, qui prend, surtout dans les femelles, un Fig. 50. Melocs. développement considérable et manquent d’ailes membraneuses. Leurs antennes sont com-

Fig. 51.

INSEGTKS.

posées d'articles courts et arrondis, dont les inlerniédiaires plus gros ont souvent, chez les mâles, une disposition coudée ou en croissant. La couleur est foncée ou même noirâtre, mais avec des retlets métalliques.

On en a dénommé une quarantaine d’espèces, la plupart européennes ou asiatiques. L’Amérique en fournit quelques-unes 1 .

Ces Insectes sont vésicants et, dans plusieurs endroits, principalement en Espagne, on s’en sert pour la médecine vétérinaire. Ils passent dans beaucoup de lieux pour nuire aux bestiaux, et ce que les anciens nous ont dit de leurs Buprestes ou enfle-bæufs paraît se rapporter aux Méloës et non à nos Buprestes actuels. Sous les Romains, la loi Cornalia infligeait la peine de mort aux gens qui mêlaient du Rupreste dans les aliments ou dans les boissons.

Vuecker et les anciens auteurs disent que les personnes qui ont pris du Bupreste doivent être traitées comme celles qui ont été empoisonnés par les Cantharides.

L’espèce la plus commune en France est le Meloe proscarabœus, qui est d’un bleu foncé ou un peu violet.

On emploie souvent le Meloe maialis dans le midi de l’Europe.

La larve des Méloës a été pour les entomologistes un sujet de vér i tables difficultés. De Geer, qui a fait de si belles observations sur les insectes, avait remarqué que les Méloës pondent leurs oeufs dans la terre, et qu’il en sort de petites larves hexapodes pourvues d’ongles en griffes, ayant le corps terminé par deux filets. 11 avait aussi constaté que ces petites larves s’attachent au corps de certaines mouches dont elles sont parasites. Mais M. Kirbv a pensé que ces parasites, dont on trouve des exemplaires sur les Hyménoptères du genre Mélitte, étaient des Aptères voisins des Pédiculidés, et il en a fait le Pou de la Mélitte. M. Léon Dufour a émis une opinion analogue et fait de ces prétendus poux un genre à part sous le nom de Triongulins ; mais de nouvelles observations, dues à Nitzsch, à M. de Serville, à M. Westwood, et plus récemment encore à Newport (2), ont montré que de Geer avait eu raison déconsidérer les Insectes dont il s’agit comme les larves des Méloës.

En effet, ces Coléoptères sont, pendant leur premier âge, de petits insectes aptères très agiles, ayant l’abdomen terminé par trois fdets. Après leur naissance, ces larves montent au sommet des

(1) Voyez plus particulièrement Brandt et Ratzeburg, Médis. Zoo/., t. 11, p. 110. pl. 16 et pl. 17 (anatomie).

(2) Trans. soc. Linv, London, t. XX, p. 245; 1847.

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plantes les plus voisines et, cachées sous les feuilles ou dans les tleurs, elles attendent que les Melittes, hyménoptères de la famille des Abeilles, viennent s'y reposer.

Elles grimpent alors sur eux, s’y attachent au moyen de leurs ongles et se laissent transporter dans le nid de ces Insectes, où elles se nourrissent aux dépens des provisions que ces derniers ont amassées en vue de l’éclosion de leurs œufs. A mesure que la larve des Méloës avance en âge, sa forme se modifie et son corps s’élargit ; enfin, au moment de sa métamorphose, elle devient apode et constitue la petite boule de couleur jaune orange que I on rencontre assez souvent dans les nids des Anthophores. Les larves des Mylabres et celles des Cantharides ont une forme et des habitudes analogues. Fig. 52.— Larve de Mélo

U. Charançons. Certaines espèces de la (s- Trionguiin,de L. Dugrande famille des Curculionidés ou Charan- f'our':' çons (g. Curculio, L.) attaquent nos végétaux alimentaires. Leurs larves sont principalement redoutables.

Le Charançon i*u blé [Calandra granariu ou Sitophilus granarius) occasionne des pertes considérables.

Un autre, le Sitophilus oryzœ, vit aux dépens du riz.

Les pois, les lentilles et les vesces sont envahis par des Bruches f Bruchus pisi et B. visciœ ).

La vigne nourrit le Rhynchytes Bacchus (1)..

Dans l’Amérique méridionale, la moelle des palmiers recèle la larve d'une espèce de Calandre ( Curculio palmarum, L.) ; on recherche cette larve comme aliment, et elle passe pour un mets délicieux. C’est le ver palmiste (’2).

Larinüs (g. Larinus , Germar). — Une espèce de ce genre qui est très voisine du Larinus onopordinis, est employée en Orient avec la coque dans laquelle il est renfermé (3). Concassés ensemble, on les prescrit dans les maladies des organes respiratoires, surtout

(1) Les autres Coléoptères qui vivent aux dépens de la vigne sont, outre le Hanneton vulgaire, VEumolpus vitis , les Attelabes ou Rhynchytes Bacchus, populi et betuleti, V Euchlora vitis, VOliorynchus sulcalus, l 'Altica oleracea.

(2) Larinus syriacus, Chevrotât, Collection. — Voir Ch. Bourlier, daus le Journal l’Ami des sciences ; 1856, p. 355.

(3) La larve du Priooe cervicorne, grande espèce de Longicorne des parties

IM SECTES

dans les bronchites catarrhales. En Turquie et en Syrie, on s’en sert à la dose de 15 grammes environ, sur lesquels on verse un litre d’eau bouillante; on agite pendant un quart d’heure, puis on fait bouillir, et l’on obtient ainsi un décocté que l’on fait boire au malade sans le fdtrcr.

A Constantinople, on vend les coques de ce Larinus sous le nom de Tricala ou Trehala. Voici quels sont leurs caractères :

Leur grosseur approche de celle d'un œuf de moineau, et leur forme est irrégulièrement ovoïde. La surface en est rugueuse et mamelonnée irrégulièrement. On dirait des espèces de galles blanc grisâtre, et leur apparence rappelle celle de la pâte de froment desséchée. Un sillon formé par leur point d’adhérence aux végétaux qui les portait laisse voir l’intérieur qui est creux et occupé par le Larinus adulte. Souvent cette fente est encore bouchée par un fragment du végétal ; d’autres fois un trou circulaire a été percé, à l'une des extrémités de la coque, par l’Insecte qui se disposait à en sortir.

Larinus du Tricala.

Fig. 53. Surface extérieure du Tricala. — Fig. 5i. Le même coupé en deux pour montrer l’insecte desséché dans son intérieur. — Fig. |55. insecte extrait du Tricala).

La substance des coques a une saveur sucrée; elle est d’apparence amylacée et fournit du mucilage. Mise sous la dent, elle croque. L’eau, à la température ordinaire, la tuméfie mais ne la

chaudes de l’Amérique, qui vit daus le bois d'un Bombax, est également recherchée comme aliment aux colonies.

On sait que les Romains étaient friands du Cossus, qui était aussi une larve lignivore, probablement celle du Cerambyx héros.

COLEOPTERES.

dissout qu’incomplétement. L’eau iodée en colore la partie amylacée en bleu foncé, dans quelques cas en rouge vineux. Un examen rapide y a fait reconnaître du sucre réduisant la liqueur bleue de Barreswil, de l’amidon présentant les caractères de l’amidon des céréales et une substance albuminoïde.

C’est sur les rameaux d’un onopordon de Syrie que l’on trouve ces coques de Larinus, principalement dans le désert qui sépare Alep de Bagdad, et non point à Tricala, en Thessalie, comme le nom qu’elles portent à Constantinople pourrait le faire supposer. Les Arabes de Syrie les connaissent sous le nom de Thrane, d’où l’on a fait par corruption T/irale, Trehala et Tricala.

C’est durant son état de larve et pour y séjourner pendant qu’il sera en nymphe, que le Larinus se construit cette coque. On a soin de recueillir cette dernière avant qu’il l’ait abandonnée, et il est probable qu’il a lui-même une part dans l’action médicamenteuse que l'on reconnaît au Thrane ou Tricala.

D’après Latreille, une autre espèce de Larinus, le L. odontalgicus, Dejean, est employée, dans plusieurs parties de la France, contre le mal de dents (1).

Quelques insectes Coléoptères, soit des larves, soit des nymphes ou des exemplaires adultes de ces animaux, ont été trouvés accidentellement dans le corps de l’homme, et ce fait pathologique a même reçu un nom particulier, celui de Canthariasis. Voici les indications que M. Hope a recueillies à cet égard ; elles sont toutes relatives à des insectes vivant aux dépens de l’espèce humaine.

On ignore le plus souvent comment l’introduction de ces insectes a eu lieu, et le séjour de quelques-uns d’entre eux dans les organes de l’homme est peut-être contestable, les observations n’ayant pas toujours été recueillies avec une précision suffisante.

Cahabidés. — Sphodrus leucophthalmus, L. Un exemplaire rendu par l’estomac d’une femme, en Suède; 1797 paykull, £/psa/. transact.).

Dytiscidés. — Dytiscus marginatus, L. Larve trouvée, en 1831 ou 1832, dans la poitrine d’une femme habitant le Middlesex, en Angleterre Hope, Trans. entom. Soc. Tond.).

Staphylimdés. — Pœderus elongatus, Fabr. Larve rejetée de l’estomac d’une femme en Suède, en 1796 (Paykull, Nova act. Upsal., t. VI, p. 115).

Oxyporus subierraneus , Fabr. Larve rejetée de l’estomac d’une femme, en Suède, en 1798 (Paykull, loc. cit.).

(1) On attribue aussi des propriétés odontalgiques à quelques Carabes, à des Chrjrsomèle* et à la Coccinelle à sept points.

INSECTES

Staphylinus politus, Fabr. Larve rejetée de l’estomac d’une femme en Suède; 1797 (PaykuÜI, loc. cit.).

Staphylinus fuscipes , Fabr. Nombreux exemplaires de la larve rejetées de l’estomac d’une femme en Suède; 1798 (Paykull, Loc. cit.).

Staphylinus punctulatus Fabr. Quelques exemplaires rejetés de l’estomac d’une femme en Suède; 1798 ^ Paykull, loc. cit.).

Dermestidés. — Dermestes lardarius, L. (1) Exemplaire adulte rejeté de l’estomac d’une jeune fille à Bath, en Angleterre, en 1807 (Dr Chichester).

Id. Exemplaire adulte rejeté par l’anus d’un individu, en Angleterre (Otto, cité par M. Hope).

Id. Autre exemplaire adulte rendu dans des conditions semblables.

Dermestes (espèce indéterminée). Trois larves provenant de la poitrine d’une femme, en Angleterre (Martin Lister, Phil. trans., 1665).

Scarabéidés. — Geotrupes vernalis. De l’estomac d’un enfant de six ans, en Suède, 1729 (Paykull, loc. cit., d’après Van Brommell).

Geotrupes (espèce indéterminée). Observation également faite en Suède, en 1752 (Paykull, loc. cit., d’après Rosen).

Mélolonthidés. — Melolonthci (esp. indéterminée . De l’estomac d’un enfant, en France; 1817 ou 1818 (fait cité par M. LeMaout .

Melolontha (espèce indéterminée). Plusieurs larves rejetées de l’estomac d’une femme en France fait cité par M. Le Maout, d’après M. Robineau Desvoidy).

Blaps. — B laps mortisaga. Larves provenant de l'estomac d'une femme en Irlande (Thompson, cité par M. Hope).

Id. Insecte parfait observé, dans des circonstances analogues, par les docteurs Paterson et Bateman.

Tenebrio molitor. Dans l’abdomen et le nombril d'une jeune femme morte en 1811, en Écosse (Bateman, Edinb. med. and surg. Journ t. VIT, p. è3).

Id. Dans le nez (Oswald Allen, Edinb. med. and surg. Journ., t. VII, p. è3).

Id. Deux exemplaires adultes dans l’estomac d’une petite fille, en 1568 (Forestus a Brielle, Opéra , lib. 1, cap. 51).

Id. Deux larves de la vessie d'une femme (Tulpius, Observ. med., lib. II, cap. 51).

(1) Le Dermestes lardarius, à l’état de larve, se nourrit de lard et d'autres matières animales. C’est uu des insectes les plus nuisibles aux collections d'histoire naturelle.

ORTHOPTERES.

ld. Dans le nez d'une femme (Tulpius, loe. cil., lib. IV, c. 12).

Id. Dans les intestins, en Écosse (docteur Kollie).

ld. Insectes parfaits et 50 larves dans l’estomac d’une femme, en Irlande (docteur Thompson).

ld. M. Hope cite encore deux cas de Tenebrio molitor observés sur l’homme.

Mordellidés. — Mordella (espèce indéterminée). Observation faite en Suède par llosen.

il Jeloe pr oscar abœus. Insecte parfait.

Melos majalis. ld. Rendu par les intestins.

Meloe (espèce indéterminée . Rendu par l’estomac.

Curculionidés. — B/aninus nucum. Fabr. Insecte parfait provenant de la poitrine.

ld. Provenant du canal intestinal.

ld. Larves rendues par les voies urinaires.

Ordre des Orthoptères.

Les Orthoptères sont des insectes dont les ailes, au nombre de quatre, sont de consistance inégale ; les supérieures, plus résistantes, droites, mais disjointes sur la ligne médiane, et les inférieures également droites et plissées en long, au lieu de l’être transversalement. Ils ont les pièces de la bouche séparées les unes des autres et disposées pour broyer; on y distingue un labre, des mandibules, des mâchoires et une languette ; ils n’ont que des demi-métamorphoses et sont déjà sous la forme de nymphes mobiles lorsqu'ils éclosent. Les femelles de beaucoup d’entre eux ont une tarière qui leur sert à faire les cavités dans lesquelles elles placent leurs œufs. Quelques espèces appartenant aux différentes familles de cet ordre sont intéressantes sous le rapport médical.

La plupart des Orthoptères ont des ailes. Les Ricins paraissent être un groupe aptère appartenant à la même série. Nous en ferons un sous-ordre distinct.

Sous-ordrc des Orthoptères ordinaires.

Il renferme plusieurs familles.

La famille des FORFICULJDÉS ou Forficules (g. Forficula, L.) présente encore une certaine analogie avec les Coléoptères et plus particulièrement avec les Staphylins dans la forme de ses ailes, dont les inférieures sont en éventail, et repliées en travers sous de

INSECTES

véritables élytres cruslaeées. < Jn en a fait quelquefois un ordre à part sous les noms de Dermoptères [Dermoptera, Kirby) et A’Euplècopt'eres (. Euplecoptera , Westwood:. On les nomme vulgairement perce-oreilles, parce qu’on leur suppose l’habitude de s’introduire dans les oreilles et d’y occasionner soit la surdité, soit d’autres maladies; mais cela n’est rien moins que démontré.

L’espèce commune ( Forficula auricularia) se nourrit surtout de | fruits.

On cite deux cas de Forficules qui auraient été trouvées sur l’homme, mais dans le canal intestinal ou dans la gorge.

Le premier qui a été recueilli en 1836, en Irlande, par le docteur W. Griffith ( Medic . Gaz., t. XIX, p. h 8 est celui d’un insecte de cette espèce qui paraît avoir séjourné dans le canal intestinal; il a été fourni par une femme.

Le second, publié en même temps par le même auteur, repose sur plusieurs exemplaires qui furent retirés de la gorge d’un garçon de douze ans, également en Irlande.

Les BLATTIDÉS ou les Blattes (g. Blatta , L.) sont des Insectes extrêmement incommodes, surtout dans les pays chauds où ils abondent. Ils mangent les substances alimentaires, les effets d'habillement, les livres, etc. ; saccagent des marchandises très diverses et sont souvent très abondants à bord des navires qui reviennent des colonies. Chez nous ils se tiennent de préférence auprès des fours ou dans les cheminées. On les nomme liakerlacs, Cafards, Mange- ' •pain, etc. Il y en a jusqu’en Finlande et en Laponie.

Dioscoride nomme Blatte une espèce de larve ou de ver dont on n’a point déterminé l’espèce.

Les MANTIDÉS ou Mantes (g. Mantis, L.), qu’on appelle Prie-Dieu ( Prega Diou ) dans nos départements méridionaux, sont à la fois remarquables par la bizarrerie de leurs formes et par les préjugés auxquels elles ont donné lieu.

Une famille voisine de la leur est celle des SPECTRIDÉS qu des Spectres, Phasmes , Phyllies ou Feuilles, etc. Elle conduit aux Orthoptères sauteurs qui se divisent aussi en plusieurs familles.

Les GRYLLIDÉS ou Grillons (g. Gryllus, L.) ont pour principaux genres les Courtillières (g. Gryllotalpa , si gênantes pour les ; jardiniers; et les Grillons proprement dits (g. Gryllus), auxquels appartiennent les Gryllus campestris et Gr. domcsticus.

Les LOCUSTIDÉS (g. Locusta , Geoffr.) sont vulgairement nommées Sauterelles. Elles rendent par la bouche une salive âcre et corrosive qui passe, en Suède, pour avoir la propriété de détruire

ORTHOPTERES.

les vernies. Le fjocustn oerrueiuora, qui est un Decticus, est l'espèce que l’on a surtout vantée sous ee rapport.

Les Sauterelles font souvent beaucoup de mal aux végétaux.

Une Éphippigère (. Ep/nppigera vitium ) nuit particulièrement à la vigne.

Les Criquets (g. Acrydium , Geoffr.), qui s’en rapprochent à beaucoup d'égards, sont souvent plus redoutables encore. Les bandes du Criquet voyageur ( Acrydium miyratorium , etc.) s’abattent dans certaines parties de l’ancien continent, en Asie, en Afrique ou quelquefois en Europe ; ravagent en quelques instants le sol le plus fertile et le mieux cultivé, et, périssant bientôt faute de nourriture, le jonchent de leurs cadavres, qui entrent alors en putréfaction et occasionnent des maladies pestilentielles.

Il y a en Afrique et. en Asie des peuples qui mangent les Criquets [peuples acrydiphages '). Les lois de Moïse permettaient aux Hébreux quatre espèces de ces Insectes, et beaucoup de peuplades africaines en ont conservé l’usage. Elles en font provision et basent même sur cette denrée certaines transactions commerciales. On conserve les Criquets en les plaçant dans une espèce de saumure, après leur avoir ôté les élytres et les ailes. En 1693, il vint en Allemagne de nombreuses bandes d’insectes de cette famille, et différentes personnes en mangèrent.

Sous-ordre des Ricins.

Les Ricins, dont Rédi et Linné faisaient des espèces du genre des Pediculus, en ont dû être séparés. Latreille et Leach les placent dans le même ordre, mais les observations de Nitzsch tendent à les faire classer à la fin des Orthoptères, comme les représentants aptères et parasites de cet ordre d’insectes. Dans un travail monographique qu’il leur a consacré, Nitzsch (1) donne à la division qui comprend les Ricins le nom de Mallop/tage ( Mallophaga ) ; Fabricius avait déjà la même opinion au sujet des affinités de ces Insectes, puisqu’il les rangeait avec ses Clouâtes qui répondent aux Orthoptères des autres entomologistes.

C’est de Geer qui a montré le premier que les Ricins forment un groupe différent decelui des Poux. Voici comment il s’exprime à cet égard : « On leur trouve, au lieu de trompe, comme aux Poux qui tourmentent les hommes, deux petites dents écailleuses (2) et. mobiles, placées au milieu du dessous de la tête, à la hauteur des

(1) Thierinsekten (Insecta epizoica), in-8. Halle, 1818.

(2) Les deux mandibules en crochets. Les Ricins ont aussi deux lèvres.

INSECTES

antennes. En conséquence (l’une circonstance si notable, si essentielle, j’ai cru qu’il serait mieux d’établir un genre distingué pour ces Insectes et de les séparer des véritables Poux, en leur donnant un nom générique particulier 1). »

C’est aussi de Gecr qui a proposé de les appeler Ricins.

Ces Insectes sont aptères comme les Poux ; ils sont comme eux dépourvus de métamorphoses, et leur genre de vie est analogue au leur; mais si les Poux ressemblent aux Hémiptères par la disposition de leur bouche, les Ricins orit, au contraire, sous le même rapport, une incontestable analogie avec les Orthoptères, et leur classification à la suite de ces animaux paraît très acceptable.

On ne les trouve que sur les mammifères et sur les oiseaux dont ils attaquent principalement l’épiderme, les poils ouïes plumes; ils mangent les parties épidermoïdes, tandis que les Poux, qui sont suceurs, tirent directement le sang des animaux sur lesquels ils sont parasites. On n’en connaît point sur les vertébrés à sang froid. Ils sont très nombreux en espèces, surtout ceux des oiseaux, et il en existe souvent de plusieurs espèces ou même de plusieurs genres sur chacun de ces animaux. Ils se conservent aisément par la dessiccation, et l’on peut en recueillir, pour observer leurs caractères, sur des oiseaux empaillés depuis plusieurs années. A la mort des animaux sur lesquels ils vivaient, on les voit pour la plupart se placer kla surface des téguments, et plus la mort a refroidi le cadavre, plus on en voit sortir; leur agitation est aloi’s fort grande. Dans quelques cas, ils survivent encore plusieurs jours, et c’est vers les parties molles, autour des yeux, à la base du bec, sur les lèvres ou aux oreilles, qu’on les retrouve de préférence. Dans ces conditions, ils passent souvent des animaux à l’honnne, et les chasseurs ou les préparateurs d’histoire naturelle en sont parfois inquiétés, mais ces Ricins ne tardent pas à périr, et habituellement, on s’en défait avec beaucoup de facilité et en peu de temps.

Il ne faut pas confondre les Ricins qui sont des Insectes hexapodes avec les Arachnides aussi appelés du même nom ou de celui de Tiques, qui s’accrochent aux animaux et se gonflent en leur suçant le sang; ceux-ci sont des Ixodes. C’est pour avoir fait une semblable confusion qu’Aehille Richard, qui figure cependant un vrai Ricin, donne au groupe qui nous occupe ici le nom de Cyslaptères, et dit que les espèces qui s’y rapportent se gonflent et deviennent vésiculeuses (2).

(1) De Gecr, Mémoires, t. Vit, p. G9 ; 1778.

(2) Éléments d’hisl. n al. médicale, t. I, p. 300. Paris, 1849. ln-8.

ORTHOPTERES.

Il n’y a qu’une famille de Ricins, celle des Ricinidês, que M. Denny partage néanmoins en deux, les Liothéidés et les Philoptéridés.

La famille des RICTNIDÉS a plusieurs genres qu’on a nommés Thrichodectes , L ep ht ot trivium, Gyropus, Liotheum et Philopterus, et dont les trois premiers, moins riches en espèces que le quatrième et le cinquième, n’ont été encore observés que chez les Mammifères.

Genre Trichodecte ( Trichodectes , Nitzsch). Tête déprimée, scutiforme, horizontale, plus large que le prothorax, à bouche infère ; mandibules bidentées au sommet ; palpes labiaux très courts, Inarticulés ; antennes filiformes tri-articulées, plus épaisses et presque chéliformes dans les mâles de quelques espèces ; thorax bipartie ; abdomen de neuf anneaux ; tarses grimpeurs, bi-articulés, formant pince avec la partie bispiculée de jambe.

Ces Insectes s’accouplent à la manière des Poux, c’est-à-dire que le mâle est placé sous la femelle pendant la copulation. On en a décrit une vingtaines d’espèces. Nous citerons :

Le Thrichodecte large ( Thrichodectes latus), du chien domestique.

Le Thrichodecte slrrostré ( Thrichodectes subrostratus) , du chat domestique.

Le Thrichodecte scalaire ( Thrichodectes scalaris ), du bœuf.

Le Thrichodecte sfhérogéphale ( Thrichodectes spkærocephalus , appelé par Linné Pediculus ovis, et qui vit sur le mouton (fig. 56).

Le Thrichodecte climaque ( Thrichodectes climax ), de la chèvre ordinaire.

Le Thrichodecte rordé ( Thrichodectes lineatus ), trouvé sur les chèvres d’ Angora.

Le Thrichodecte de cheval ( Thrichodectes equi).

Genre Leptoputhire Leptophthirium , Ehrenb.).

Antennes filiformes, remarquables par le grand hG 56.— Tricho-

decte du mouton.

nombre (15; de leurs articles; des palpes maxillaires et labiaux; ceux-ci allongés, de cinq articles; tarses de trois articles, bi-onguiculés.

Ce genre, qui demande un nouvel examen, a pour type une espèce parasite du Daman de Syrie, le L . tonginorne, Ehrenb.

(2) M. Jacquelain Duval a parlé à la Société entomologiquc d’une sorte de Phthiriasis du Chat occasionnée par l’apparition en très grand nombre de ces Thrichodectes.

INSECTES

Genre Gyropk (Gyropus, Ni t/sel i . Tempes échancrées ; hou clic antérieure; mandibules non dentées; des mâchoires; des palpes maxillaires; point de palpes labiaux; antennes quadri-articulées; leur troisième et leur quatrième articles renflés en capitule; yeux nuis ou du moins invisibles; thorax bipartie; abdomen de deux segments; tarses petits.

Il y en a deux espèces sur le cochon d'Inde :

Le Gyrope grêle [Gyropus gracilis), à corps allongé fig. 57 , et le Gyrope ovale [Gyropus ovalis), plus large, plus court et ovalaire.

Le Gyropus longicollis se tient sur l’agouti, et le Gyropus hispidus sur le paresseux aï (Bradypus tridactylus ).

Genre Liothé ( Liotheuvn , Nitzsch). Tète déprimée, scutiforme; bouche infère, mais rapprochée du bord antérieur; mandibules bidentées; des mâchoires; des palpes maxillaires et des labiaux ; antennes quadri-articulées, capitulées ; yeux placés derrière elles, le plus souvent invisibles ; thorax bi ou tripartie ; abdomen de neuf ou dix anneaux ; tarses droits, convexes, bi-onguiculés.

On en connaît beaucoup d’espèces, toutes parasites des oiseaux

et dont on a fait sept sousgenres sous les noms de Colpocephalum , Menopon , Nitzschia , Trinoton , Eurœum , Lœmobotrion et Physostomum.

On trouve sur le coq et sur nos autres gallinacés de basse-cour le Liothé talé ( Liothevm pallidum ) du sous-genre Menopon fig. 58) .

Le dindon fournit le Liot/ieum stramineum espèce de Trinoton).

Genre Philoptère ( Philopterus , Nitzsch). Bouche infère; mandibules bidentées; des mâchoires; point de palpes maxillaires; les labiaux très courts, bi-articulés ; antennes de cinq articles; yeux le plus souvent invisibles; thorax bipartie; abdomen de neuf anneaux; tarses bi-articulés, à deux ongles formant pince avec le bas de la jambe.

Les Philoptères sont parasites des oiseaux et vivent des parcelles de leurs plumes. On les a partagés on plusieurs sous-genres nommés

Fig. 37.— Gyrope grêle, du Cochon d’Inde.

Fig. 58. — I.iothée pâle, du Coq.

NÉVRORTÈnES.

Docophorus , Minuits, Lipcurus, Goniodes , Goniocotes et Ornithouius.

Le Philoptbre variable ( Philopterus variabilis), espèce de Lipeurus; le Pii. iiktêrographe [P h. heterographus) , du même genre; le PlIlLOPTÈUE DISSEMBLABLE Ph. dissimilis), qui est un Goniode fig. 59', et le Pu. uolouastre Ph. holognster , du sous-genre Goniocotes, vivent sur le coq et la poule domestiques.

Le paon est attaqué par le Philopterus falciformis, du sous-genre Goniodes , et par le Ph. rcctangulatus, qui prend rang parmi les Goniocotes.

La pintade nourrit les Philopterus Numidœ, appartenant aux Nirmus et Ph. numidianus, qui est un Goniode.

Le dindon est tourmenté par le Ph. po- Igtrapezius, de la division des Lipeurus.

Les pigeons ont aussi plusieurs parasites du même groupe : Phil. Mirmus) clavifonnis, P/til. ( Nirmus ) baculus et Ph. ( GoniocotesJ compur.

Les canards et les oies en nourrissent d’autres encore.

Enfin on en trouve sur presque tous lesoiseaux, quel que soit leur groupe.

Certains Philoptères s’observent sur des espèces voisines les unes des autres par leurs caractères ou qui vivent dans les mêmes conditions. Le nombre des parasites de ce genre que l’on a décrits n’est pas moindre de deux cents. Un doit la plupart de leurs descriptions ùM. Dennv.

1ÙG. t>9. — Plliloptèl'C dissemblable.

Ordre des ISicvroptèrcs.

Les Névroptères forment un ordre d’insectes moins naturel que ceux des Coléoptères, des Hyménoptères ou des Diptères, mais que l’on peut cependant caractériser d’une manière suffisante par la disposition des ailes. Chez les insectes de cette catégorie, ces organes sont au nombre de quatre. La paire supérieure, qui diffère peu de l’inférieure, est membraneuse comme elle et elle a toute sa surface marquée de nervures qui constituent un réseau à petites mailles. Les Névroptères ont en outre les pièces de la bouche disposées pour broyer, et, sous ce rapport, ils ont une grande analogie avec les Orthoptères, auxquels plusieurs de leurs principales familles sont I. 21

322 insecte».

même réunies par Erichson. Certains Névroptères ont aussi quelque analogie avec les Hyménoptères, mais il est cependant plus facile de les en séparer, et leurs femelles manquent à la fois d’oviducte saillant et (l’aiguillon caché. Ces Insectes ne subissent pas tous des métamorphoses complètes; il en est qui n'ont, comme les Orthoptères et les Hémiptères, que des demi-métamorphoses.

Les Névroptères, quoique fort curieux à étudier sous plusieurs rapports, n’offrent qu'un médiocre intérêt en ce qui regarde la zoologie médicale (1) ; il est bon de rappeler néanmoins que c'est suides larves de plusieurs d’entre eux qu’on a d’abord observé avec précision la circulation du sang des Insectes, et que l’on a réussi à démontrer l’erreur dans laquelle G. Cuvier était tombé en refusant cette fonction aux animaux de la classe qui nous occupe. Les larves aquatiques des Semblides, des Éphémères, etc., se prêtent le mieux à cette démonstration, que l'on doit principalement à M. Garas. Nous en avons parlé plus haut 2 .

Latreille partageait les Névroptères en trois grands groupes :

1° Les Subulicornes, comprenant les Libellules, les Æshnes, les A y rions et. même les Ephémères, qui forment maintenant une famille à part.

2“ Les Plan [rennes ou les Panorpes , les Fourmi lions, les Hémorobes, les Semblides, les Manlispes. les Rophidies, les Termes et les Psoques.

3" Les Plicipennes, ou la famille de Friganes.

Nous y ajoutons les Lépismidés.

Les Phrijganidés ou Phrvganes, les Panorpidés ou Panorpes et les Hêmérobidés ou Hémérobes, qui forment trois familles distinctes dont la dernière se divise en Mégaloptères ou Myrméléons, sont les seuls des Névroptères, tels qu’on les définissait, autrefois, qu’Erichson propose de laisser dans cet ordre. Ainsi que nous l’avons déjà dit, il reporte les autres parmi les Orthopthères : ce sont les Perlidés ou les Perles, les Termitidés ou les Termites, les Embididés ou Embides, les Psocidts ou Psoques, les Libellulidés, vulgairement nommées Demoiselles, et les Ephéméridés ou Ephémères.

Les Termites (g. Yerme$,L.),que l’on nomme quelquefois /fyunnû

(1) Voyez pour l’étude de ecs Insectes : Rambur, Insectes névroptères (dans les suites à Bullbu éditées par Rorct).— Piolet, Histoire des Phryganides. — Id Monographie des Perlides. — De Sclvs-I.ongcliamps, Monogr. des LibeHutidcs.

(2) Page 293.

ÎIYMÉ.NOrTÈRES. 323

blanches , sont des Insectes fort curieux par leur* mœurs, et qui vivent principalement dans l’Afrique centrale. Leurs espèces ont des individus de plusieurs sortes; les uns chargés de construire les buttes dans lesquelles ils se retirent, les autres destinés à l’éducation des jeunes ou à la défense des habitations, et d’autres encore qui sont mâles ou femelles.

Les femelles des Termites deviennent très grosses. Les Hottentots les regardent comme un aliment délicieux.

Des Insectes de cette famille se sont établis en France, principe- ' lement à Rochefort, où ils font des dégâts considérables.

L’histoire des Termites, écrite, vers la (in du dernier siècle, par Smeathman (1), l’a été de nouveau dans ces dernières années. MM. .Joly, de Quatrefages, Lespès, etc., ont décrit leurs caractères zoologiques avec toute la précision désirable.

Les LÉnsjJEs, petits Insectes sans ailes, qui répondent aux Thysanoures proprement dits de Latreille, sont généralement regardés par les entomologistes actuels comme devant être associés aux Névroptères dont ils sont les représentants aptères. M. Erichson les met au nombre de ceux qu’il reporte parmi les Orthoptères.

Fabricius avait déjà rapproché les Thysanoures des Insectes névroptères. Ainsi considérés, ils doivent être envisagés comme des névroptères qui restent imparfaits, et chez lesquels la physionomie de nymphes est définitive, tandis qu’elle n'est que passagère chez la plupart de autres espèces du même ordre. Ils sont, sous ce rapport, dans le cas de beaucoup d’autres animaux normalement frappés d’un arrêt de développement,

Les Lépismes (g. Lepisma, L. forment maintenant plusieurs genres distincts. Une de leurs espèces les plus connues est le Lk- I’isme saccharin ( Lepisma saccharina), petit insecte écailleux, de couleur argentée, allongé, subaplati, qui est commun dans les maisons. Il sort principalement de nuit, et se tient de préférence dans les armoires oii l’on conserve des substances alimentaires sucrées.

Ordre de* Hyménoptères.

Ces Insectes, dont le nom signifie ailes membraneuses, sont, en effet, remarquables par leurs ailes membraneuses comme celles

(1) Mémoire pour servir à T histoire de quelques insectes connus sous les noms (le Termes, trad. par Cyrille nigaud, de Montpellier. Paris, in- 8 , 1780'.

32U INSECTE

dos Mouches, mais au nombre «le quatre, à nervures bien moins serrées que celles «les Névroptèrcs et plus rares, ce qui ne laisse apparaître à leur surface qu’un réseau à mailles lâches. Les ailes «le la paire postérieure sont plus petites que les antérieures; ces ailes sont horizontales dans le repos, et elles se croisent au-dessus «lu corps. La tête est bien séparée «lu thorax, et l’abdomen est en général pédicule. 11 y a trois yeux lisses, indépendamment des yeux composés. La bouche présente une disposition intermédiaire à celle des insectes broyeurs et des insectes suceurs; on y reconnaît : des mâchoires et une lèvre généralement étroites, allongées, attachées dans une cavité profonde de la tête par de longs muscles, en demi-tube à leur partie inférieure, souvent repliées à leur extrémité, plus propres à conduire les sucs nutritifs qu'a la mastication, et réunies en forme de trompe, dans plusieurs; une languette membraneuse soit évasée à son extrémité, soit longue et filiforme, ayant le pharynx à sa base antérieure et souvent recouvert par une sorte de sous-labre ou d’épipharynx; enfin quatre palpes, dont deux maxillaires et deux labiaux ( Latreille . Les mâchoires sont quelquefois très fortes; elles sont le plus souvent mobiles. Les tarses des Hyménoptères ont toujours cinq articles. Les femelles portent à l’extrémité de l’abdomen une tarière souvent longue et filiforme , ou bien un aiguillon qui leur sert de moyen de défense.

Il y a des métamorphoses complètes. Les larves sont le plu> souvent vermiformes et dépourvues de pattes; quelques-unes en ont six ;i crochet, et peuvent présenter en outre douze à seize fausses pattes membraneuses, ce qui les fait alors appel 1er fausses chenilles.

Les Hyménoptères sont des insectes fort curieux par leurs mœurs et la perfection de leurs instincts; aussi les a-t-on placés quelquefois en tète des insectes. Certains d’entre eux vivent en sociétés nombreuses qui fonctionnent avec la plus parfaite régularité, et n’ont le plus souvent pour chef qu’une seule femelle, entourée de mâles nombreux et servie par un peuple de neutres, qui sont des femelles arrêtées dans leur développement et quelquefois privées d’ailes.

Les femelles, dans ces colonies, peuvent pondre des œufs, avant l’accouplement, comme après qu’il a eu lieu, quand la liqueur mâle a perdu ses propriétés fécondantes, mais «le ces œufs il ne sort que des individus mâles. Les neutres, qui ne sont que des femelles incomplètes et sans vésicule copulatrice, pondent aussi

des œufs dans certaines cin .(instances, mais il n’en provient jamais que des mâles (tj.

Au contraire, la femelle fécondée pond des œufs, desquels sortent des femelles et des neutres, et elle peut, tout en étant fécondée, empêcher que la liqueur mâle ne vienne en contact des œufs, et alors elle pond à volonté des mâles. On sait que dans les cas d'hybridation d'espèces, c’est-à-dire lorsque deux espèces différentes se mêlent l'une à l’autre, les produits mâles tiennent ordinairement du parent femelle et le produit femelle du parent mâle : la même chose a encore lieu lors de l’accouplement des animaux de même espèce, même dans les classes supérieures ; on a vu dans l’arrénotokie un fait du même ordre.

Le régime des Hyménoptères est rarement carnassier; la plupart, se nourrissent de sucs végétaux qu’ils vont chercher sur les fleurs, et souvent pendant les moments les plus chauds de la journée. 11 en est qui alimentent eux-mêmes leurs larves : ce sont ceux qui vivent en sociétés; d’autres sont parasites pendant leur premier âge et vivent dans le corps des autres insectes, principalement dans celui des Chenilles; ils mettent un obstacle à leur trop grande multiplication,puisqu'ils en font mourir un grand nombre avant qu’elles aient pu se changer en papillons. Ils ont été nommés Pupivores à cause de cela : tels sont plus particulièrement les Ichneumons et les Chalcides.

On divise les Hyménoptères en deux sous-ordres : les Aiguillonnés ou porte-aiguillon ( Aculeata ) , dont les Abeilles et les Guêpes font partie, et les Térébrants ( Terebrantia ), comprenant les Tenthrèdes, les Ichneumons, les Chrysis, les Chalcides et les Cyrips.

Sous-ordre des Aiguillonnés.

Ils comprennent plusieurs familles distinctes, dont la plus intéressante, à tous égards, est sans contredit celle des Abeilles.

La famille des APIDIDÉS ou Apiaires, Apidés, etc., qui sont plus spécialement les Hyménoptères mellifères, se compose d’un assez grand nombre d’espèces , vulgairement désignées par le nom d’Abeilles. Ces insectes forment une division importante parmi les Hyménoptères; ils ont la division moyenne de la languette aussi longue au moins que le menton ou sa gaine tubulaire, ou en forme

(I) La production exclusive de mâles, soit par les femelles, soit par les ueutres, a été nommée arrénotoliie.

326 INSECTES

de filet, ou (le soie. Leur mâchoire et leur lèvre sont très allongées, et forment une sorte de trompe coudée et repliée en dessous de l'insertion. Les deux premiers articles de leurs palpes labiaux ont le plus souvent la figure d une soie écailleuse comprimée, et qui embrasse les côtés de la languette. Les deux autres sont très petits; le troisième est communément inséré près de l’extrémité extérieure du précédent, qui se termine en pointe.

Les Apididés font habituellement leurs nids avec une substance particulière, de nature grasse, qui constitue la cire; le miel qu’ils récoltent, principalement sur les nectaires des fleurs, dont il est une excrétion, est une matière sucrée qui sert plus particulièrement à la nourriture des larves. lrn troisième produit de certaines espèces d’abeilles a reçu le nom de propolis. Nous en parlerons, ainsi que des deux précédents, à propos des abeilles domestiques.

On partage les Apididés ou Apiaires en deux grandes tribus, les Apididés sociétaires et les Apididés solitaires.

I. Les Apididés sociétaires vivent réunis en sociétés nombreuses; leurs espèces sont composées de trois sortes d’individus: des mâles, des femelles, et un nombre proportionnellement très considérable de femelles infécondes, qui sont dites les neutres, et forment essentiellement la population ouvrière de ces associations. Dans toutes ces espèces, les pattes postérieures ont à la face externe des jambes, appelée ici Va palette, un enfoncement lisse, qu’on nomme corbeille. Elles y placent la pelote de pollen ou de nectar mielleux recueillie par elles au moyen du duvet soyeux ou de la brosse, dont la face interne du premier article des tarses, dit pièce carrée , est garnie aux mêmes pattes. Les palpes maxillaires sont ici très petits et formés d’un seul article. Les antennes sont coudées.

Il y a deux sous-tribus de Sociétaires. Dans les unes, que nous nommons pérennes, les sociétés durent plusieurs années; elles sont, au contraire, simplement annuelles dans les autres.

1 . Sociétaires pérennes. — Indépendamment de la particularité de mœurs qui sert il les faire dénommer, ces Apiaires ont l'extrémité des jambes postérieures dépourvues d’épines : ce sont les Abeilles et les Mélipones.

Genre Abeille (Apis). — Femelles pourvues d’un aiguillon; toutes les nervures des ailes fortes et distinctes; une cellule radiale resserrée, fort allongée, ayant, son bord postérieur un peu écarté de la côte de l’aile et presque arrondi ; quatre cellules cubitales, dont : la deuxième très rétrécie vers la radiale, très élargie vers le disque, recevant la première nervure récurrente; la troisième étroite.

JlYMiNOPTKBJSS. *27

oblique, recevant la deuxième nervure récurrente; la quatrième commencée, n'atteignant pas tout à fait le bord inférieur de l'aile; trois cellules discoïdales complètes. Ocelles disposés en triangle, placés sur le front dans les femelles et sur le vertex dans les mâles; crochets des tarses bifides , une dent à la base du premier article du tarse postérieur.

Les Abeilles sont des insectes de l’ancien continent, qui nous sont très précieux, à cause de la facilité que nous avons, en les élevant dans un état de demi-domesticité, d’exploiter à notre usage la cire dont elles font leurs nids et le miel qu'elles y accumulent pour la nourriture de leurs petits. Elles donnent une autre substance encore, le propolis, qui leur est d'une grande utilité dans leurs travaux de construction.

1. Le propolis est mou et ductile quand il est frais; il devient ensuite solide, mais la chaleur peut le ramollir. Il est soluble dans l'alcool, se saponifie par les alcalis, est insipide et a une odeur légèrement aromatique. C’est une substance résineuse que les Abeilles paraissent récolter sur les bourgeons ou les jeunes pousses des arbres. Elles s’en servent pour clore les endroits qu’elles habitent, soit les creux des arbres, soit les ruches que l’homme leur prépare. Lorsqu'un essaim s’établit dans l’une ou l’autre de ces résidences, les ouvrières se mettent immédiatement à en boucher toutes les fentes, et elles ne laissent en général qu’une seule issue, toujours de petite dimension, et qu’elles ont bien soin de surveiller attentivement.

Le propolis a donné lieu à quelques applications; on l’emploie en fumigations résolutives et en pommades. Il sert aussi à prendre des empreintes de médailles.

2. La cire ( cera ) est une substance grasse, de nature complexe, ainsi que nous le verrons plus loin, dont les Abeilles se servent pour construire leurs alvéoles, c’est-à-dire les gâteaux à cellules dans lesquels les femelles déposent leurs œufs. L’abondance avec laquelle on rencontre des matières analogues à la surface des plantes sur lesquelles les Abeilles vont butiner avait porté quelques observateurs à supposer que ces insectes prennent la cire toute formée, et qu’ils se contentent de la mettre en œuvre. Cette opinion a été soutenue par Swammerdam, Maraldi et Réauinur. D’après ces auteurs, le pollen des lleurs, rassemblé en pelote dans les palettes corbiformes des Abeilles, était, pour ainsi dire, de la cire brute, et l’Abeille ouvrière n’avait plus, pour l’élaborer, qu’à le pétrir avec quelque liquide fourni par ses propres organes, de la salive par exemple. Cette opinion a dû être abandonnée.

328 I.XSJiCTES.

il résulte des recherches laites par Hunier, que le rôle joué par l'Abeille dans la production de la cire est beaucoup plus considérable que ne le comporte cette supposition. Cette matière suinte des parois d'un certain nombre de poches glandulaires situées sur les articles de son abdomen, et c'est là qu’elle s'amasse sous forme de petites larmes. L’opinion admise par Hunter a été confirmée par Hubert, naturaliste de Genève, qui, bien qu’aveugle, a réussi à faire les observations les plus curieuses sur les Abeilles proprement dites. Hubert a institué plusieurs expériences qui ont mis le fait hors de doute (t); et plus récemment M. Gundlach, ainsi que MM. Dumas et Milne-Edwards l'ont démontré de nouveau 2 .

Voici, d’après M. Beaunier, comment s’opère la sécrétion de la cire : entre les six anneaux principaux du ventre des Abeilles et sur deux rangs latéraux, sont situées de petites poches follieuleuses, au travers desquelles transsude la cire. Quand la mouche à miel se donne une certaine agitation, elle fait sortir la cire de ces organes, sous la forme de petites pièces diaphanes, qui ont la figure d’un pentagone très irrégulier. On trouve deux morceaux de cire entre le premier et le second anneau, deux entre le second et le troisième, deux entre le troisième et le quatrième, deux entre le quatrième et le cinquième, enfin un seul entre le cinquième et le sixième; de sorte qu’une Abeille peut fournir à la fois neuf morceaux qui suffisent pour commencer une cellule. Les Abeilles mettent en œuvre ces matériaux ainsi préparés ; pour cela, elles font usage de leurs mâchoires, de leur langue ou de leurs antennes.

John a le premier observé que la cire est un mélange de deux principes distincts, différant entre eux par leur degré de solubilité dans l’alcool. L’un est soluble dans l’alcool bouillant, c'est Y acide cérotique, d’abord appelé cérine; l’autre, peu soluble dans ce liquide, est connu sous le nom de myricine et représente, d'après Brodie, du palmitate de myricyle. La cire renferme, en outre, des quantités minimes de corps étrangers auxquels elle doit sa couleur, son odeur aromatique et une certaine onctuosité. Les recherches des chimistes ont montré que les proportions de l'acide cérotique et de la myricine variaient beaucoup. John, ainsi que Bucholz et Brandes, ont trouvé 9/10 d'acide cérotique, et Boudetet Boissenol 7/10 seulement; une autre cire, examinée par Hess, renfermait 9/10 de myricine, et de la cire de Geylan analysée

(1) Nouvelles observations sur les Abeilles. In-S, 1811.

(2) Ann. de chimie et de physique, 3e série, t. XIX" , p. 1 00, cl ,-Ikji. des sc. na!., 2e série, t. XX, p. K t.

Il YMKNOl’TiCIlKS.

par Brodie était entièrement exempte d'acide cérotique, tandis que de la cire du comté de Surrey, en Angleterre, a donné au même chimiste 22 pour 100 de ce principe.

La cire est naturellement jaune. Pour la blanchir, on la réduit en rubans ou en nappes minces que l'on expose au grand air sur des châssis pendant plusieurs jours et plusieurs nuits. L'oxygène pur est un moyen plus expéditif d’arriver au même résultat; on peut aussi traiter la cire, pendant qu’elle est chaude, avec un peu d'acide sulfurique étendu de deux parties d'eau et quelques fragments de nitrate de soude, ce qui développe de l’acide nitrique qui exerce son action décolorante. On a constaté que le chlore ou le chlorure de chaux avait l'inconvénient de donner naissance à des produits chlorés, qui forment de l’acide chlorhydrique pendant la combustion des bougies faites avec une pareille cire.

La cire brute ou raffinée est employée à de nombreux usages, aussi bien en médecine que dans les arts et dans l’économie domestique.

Unie aux huiles fixes, elle forme les diverses préparations que l’on désigne en pharmacie sous le nom de cérals ; elle entre aussi dans une foule d’onguents et d’emplâtres. A l’intérieur, on l’a employée sous forme d ’ émulsion cireuse et d ’électuaire de cire; Y huile de cire a été dite diurétique à la dose de 3 à 6 gouttes. On l'a employée pour les gerçures des lèvres et du sein, et en frictions, sur le ventre des enfants constipés, pour produire des selles. La cire entre aussi dans les onguents filii et pommadin, dans le cérat labial, dans le sparadrap, dans le papier ciré, dans la toile de niai et dans les bougies simples.

Les modeleurs s’en servent pour façonner des objets d’art ; elle est fréquemment employée pour la fabrication des préparations d’anatomie artificielle, enfin elle entre dans les encaustiques pour appartement, et sert à une multitude d’autres usages. Un des plus fréquents est celui de la fabrication des bougies ordinaires qui doivent leur nom à une petite ville du littoral méditerranéen de l'Afrique, oii l'on portait autrefois une grande partie de la cire recueilli!; dans les États barbaresques. Les bougies stéariques ont remplacé presque partout les bougies cériques.

C’est de la côte d’Afrique que les Romains tiraient une grande partie de leur cire. L'Algérie se prête très bien, par son sol et par sa température , à la multiplication des Abeilles.

Pour extraire la cire des rayons, on soumet ces derniers à la presse, afin d’en enlever, autant que possible, le miel ; puis on les

INSECTES

fait fondre dans l’eau bouillante; le point de fusion de la cire ainsi obtenue est 62 à 65 degrés.

3. Le miel [mel) est une matière sucrée que les Abeilles se procurent dans les Heurs. Il est principalement exsudé par les nectaires de ces dernières. On n'est pas bien certain de l’action que les Abeilles ont sur le miel. D’après certains auteurs, il est simplement recueilli et dégorgé par ces Insectes; d’autres pensent qu’il ne sort de leur estomac qu’après y avoir subi une digestion qui contribue à le rendre susceptible de conservation ; c’est l’opinion de Réaurnur. Les Abeilles dégorgent le miel dans les alvéoles de leurs gâteaux de cire, soit pour s’en servir comme d’une réserve pendant la mauvaise saison, soit pour en faire la nourriture de leurs larves.

Le miel vierge ou miel blanc est le plus pur ; c’est celui qui s’écoule naturellement lorsque l’on renverse les gâteaux. Le miel jaune ne sort que par la rupture de ceux-ci ou quand on les met en presse. Le miel commun est le résidu des alvéoles exprimés plus fortement; sa couleur est brunâtre, et il est toujours fort impur.

Ainsi que le fait remarquer üunal (1), la densité, le goût, la couleur etl’arome du miel de V Apis mellifica varient beaucoup suivant les localités qui le produisent et selon l’époque de l’année pendant laquelle il est récolté ; des différences de même nature s’observent aussi d’une année à une autre, d’après la série des phénomènes atmosphériques qui se sont succédé. Les miels transparents et fluides de Mahon, du mont Hymette, du mont Ida, de Cuba, etc., sont, au rapport de Bosc, aussi supérieurs au miel blanc et compacte de Narbonne, que ce dernier est au-dessus du plus mauvais miel des environs de Paris. La couleur blanche est regardée chez nous comme une preuve de la bonté de cette substance, et il est, dans les Baléares, des miels noirs dont le goût est, dit-on, délicieux. Tous les agronomes savent encore que la même ruche, donne chaque mois des produits différents, et que les mois correspondants de deux années consécutives n on présentent pas de semblables. Toutes ces différences ne sauraient avoir d’autre cause que la diversité des plantes sur lesquelles les Abeilles butinent à chaque époque de Tannée, et les modifications que font éprouver à l’excrétion du lépisme (ou nectaire des végétaux l'action variable de l’atmosphère.

(1) Consid. sur les org. floraux colords et glanduleux, p. 28 ( Thèses de la Fac. des sc. de Montpellier, 18251).

En Europe, le miel le meilleur et le plus parfumé est celui que les Abeilles butinent sur les labiées ; et aux îles Baléares ainsi que dans les Corbières, c’est le romarin qui lui donne sa supériorité. L'excellente qualité de celui de la haute Provence tient aussi à une plante de la même famille, la lavande, que les Abeilles fréquentent spécialement. Aussi a-t-on bien soin, dans le Midi, d’établir des ruches dans les localités où les labiées abondent. A Cuba, le miel est, au contraire, récolté sur les orangers, et sa saveur est excellente; celui de Chamouny sent la térébenthine, ce qui tient sans doute à ce que les Abeilles de cette vallée se nourrissent en grande partie aux dépens du mélèze. Au contraire les miels d’Espagne ont un goût prononcé de genêt; ceux de Sardaigne, qui sont pris sur l’absinthe, sont amers, et ceux du Limousin ainsi que de la Bretagne tirent du colza et du sarrasin le goût particulier qui les distingue.

Le miel ramassé sur certaines plantes vireuscs a, de son côté, des propriétés vénéneuses, aussi bien celui des Abeilles ordinaires, que celui des autres Hyménoptères mellifères. Cette observation avait déjà été faite par les anciens.

Aristote, Pline et Dioscoride assurent qu’en un certain temps de l’année, le miel fourni par les Abeilles de certaines contrées voisines du Caucase rend insensés ceux qui en mangent. Plus anciennement encore Xénophon a rapporté qu’aux approches de Trébizonde, les soldats de l’armée des Dix Mille mangèrent du miel qu’ils trouvèrent dans la campagne; qu’ensuite ils éprouvèrent un délire de plusieurs jours, et que les uns ressemblaient à des hommes ivres, les autres à des furieux ou à des moribonds (1) . Quelques modernes

(1) Voici ce que dit Xénophon : « Les Grecs, étant arrivés aux montagnes de ta Colchide, se trouvèrent en face d'un mamelon élevé, sur la crête duquel les Colques étaient rangés en bataille. Il fut résolu qu’on les attaquerait sur plusieurs colonnes ; et les soldats s’étant mis en marche, Chirosophe et Xénophon se portèrent avec les Pallastes sur les ailes de l’armée ennemie. Les barbares, ne voulant pas se laisser dépasser, s’empressèrent de s’opposer à cette manœuvre; mais en voulant étendre leurs lignes, ils se rompirent et il se fit un grand vide au centre. Alors Eschine d’Acarnanic, qui commandait les Arcadiens, se précipita sur ce point et gagna le sommet du Piton. Les barbares aussitôt prirent la fuite, croyant qu’on allait les massacrer, et laissèrent leur village au pouvoir des vainqueurs. Il s'y trouva beaucoup de vivres, et les Grecs y cantonnèrent. Mais il survint une chose fort extraordinaire causée par les ruches à miel, qui se trouvaient dans ce’lieu très abondamment. Tous les soldats qui mangèrent des gâteaux qu’elles contenaient eurent des transports au cerveau, vomirent, furent

JNSKCTF.S.

ont observé des faits analogues, et ils ont reconnu que c'étaient les fleurs de YAzaleapontica, et peut-être aussi celles du Jihododeudron ponticum, qui communiquent au miel de la Mingrélie des | ropriétés délétères. Labillardière soupçonne aussi le Menisperi7inm coctulus. Au rapport de Tournefort, le P. Lambert dit que le miel recueilli sur un certain arbre de la Golchide occasionne des vomissements. Tournefort lui-même assure qu’une tradition constante établie aux environs de la mer Noire fait considérer comme dangereux le miel sucé par les Abeilles sur Y Azalea pontica; enfin un voyageur du dernier siècle, Guldenstaedt 1 , le compagnon de Pallas, a vu lui-même du miel recueilli sur Y Azalea; il l’a trouvé d’un brun noir, d’un goût amer, et, dans plusieurs passages de son ouvrage, il dit que ce miel cause des vertiges et qu’il rend insensé.

Tous les miels contiennent deux matières sucrées différentes l’iine de l’autre : la première est semblable au sucre de raisin, et la seconde au sucre incristallisable de la canne. Ces deux espèces de sucres, mêlées dans diverses proportions et unies à une matière colorante, se trouvent seules dans les miels de bonne qualité. Ceux de qualité inférieure renferment, en outre, de la cire et un acide, et il en est comme les miels de Bretagne, où l'on trouve du couvain, c’est-à-dire des débris de larves, ce qui les rend très rapidement putrescibles. Des principes étrangers puisés par les Abeilles sur des végétaux malfaisants peuvent donner au miel des propriétés nuisibles, comme on en a la preuve par les faits cités plus haut et par d’autres que nous rapporterons plus loin. Dans le commerce, on fraude quelquefois les miels en y ajoutant de la farine, de l’amidon, etc.

Le miel est à la fois un aliment précieux et une substance utile en médecine. On s’en sert pour sucrer certaines tisanes à la dose de 60 grammes par litre.

C’est par excellence un corps édulcorant ; il sert de base aux inclûtes ou sirops de miel et aux oxymellites ; il entre aussi dans

purgés et aucuu d’eux ue pouvait se tenir sur ses jambes. Ceux qui en avaient mangé davaniage ressemblaient, les uns à des furieux, les autres à des mourants. On voyait ces malheureux étendus sur la terre comme après une défaite: la môme consternation régnait au milieu d eux. Persounc néanmoins n'en mourut, et le trausport cessa le lendemain, à peu près à l'heure où il avait pris la veille ; mais pendant trois ou quatre jours, ils se levèrent fatigués comme d s malades qui ont usé d’un remède violent. »

(t) licisc, p. 273, 281 et 297.

Il YMEXOn'EUBS.

la fabrication du pain d'épice, qu’il rend légèrement laxatif. Veau de miel aqun mellis andernati) a été employée comme diaphorétique. Le miel entre comme excipient dans un grand nombre de préparations : miel borate, miel à l'iodure de mercure, miel chlorhydrate , etc. Mêlé à l'infusion de roses de Provins, il est souvent employé sous la forme de miel rosat. D’autres fois on l’emploie en lavements à la dose de 50 à 100 grammes; ou préfère alors le miel commun, qui est plus laxatif.

Le miel délayé dans cinq fois son poids d’eau et mis en fermentation donne Y hydromel vineux, qui est une boisson stimulante employée dans certains pays en place de vin et de bière. 11 entre du miel dans plusieurs autres boissons Les anciens l’employaient bien plus souvent que les modernes, et ils en faisaient aussi un plus grand usage en médecine.

Les Hébreux, les Scythes, les Gaulois, les Grecs et les Romains en faisaient une consommation journalière. Que de fois les poètes n’ont-ils pas vanté celui du mont Hymette ! Les Arabes modernes s’en servent aussi fréquemment. C’est, du reste, un aliment fort agréable, rafraîchissant, d’un prix en général peu élevé et que les enfants aiment beaucoup.

Les détails qui précèdent se rapportent principalement il I’Abeille commune ( Apis mellifica), qui est l’espèce essentiellement cultivée par les Européens. C’est également d’après l’observation de ce précieux Insecte qu’on a décrit les métamorphoses et les mœurs des animaux du même genre.

Ces Abeilles sont essentiellement sociétaires. Chacune de leurs réunions ou ruches se compose d’un nombre considérable (V ouvrières ou neutres, de plusieurs centaines de mâles dits faux bourdons, et, dans la majorité des cas, d’une seule femelle appelée reine ou mère abeille, à laquelle on attribue une autorité despotique sur tout le reste de la colonie. Les ouvrières, qui sont des femelles restées stériles, sont partagées en deux sortes : les unes vont à la récolte du miel, les autres remplissent spécialement les fonctions de nourrices.

La reine est seule chargée de la ponte. Dans certaines circonstances, principalement au printemps, on la voit s’élever dans les airs à une grande hauteur, et les mâles ou faux bourdons qui raccompagnent dans cette ascension s’empressent autour d’elle. La fécondation a lieu lorsqu’elle rentre à la ruche, et, doux ou trois jours après, la ponte peut commencer. Elle se fait dans les cellules de forme ordinaire, et chaque cellule ne reçoit qu’un œuf. Cette ponte

INSKCTEï".

Mil

continue lentement pendant tout l'été pour recommencer avec plus d’activité au printemps, et trois semaines suffisent alors pour la production de douze ou quinze mille œufs. Ceux qui devront fournir des femelles ou reines sont déposés dans des cellules qui diffèrent un peu des autres, et qu’on appelle cellules royales. Après trois ou quatre jours, chaque œuf donne naissance à une larve vermiforme, à laquelle les nourrices portent une pâtée appropriée à sa future condition, et si les cellules royales sont restées vides, elles y transportent une ou plusieurs des larves qui seraient devenues des neutres, ou bien refont les cellules de ces dernières, et, en les nourrissant d'une manière abondante, leur donnent le développement des femelles fécondes.

La durée de l’état vermiforme varie suivant chaque catégorie : elle est de cinq jours seulement pour les ouvrières ; les mâles mettent huit ou neuf jours de plus. Au moment où l'état de nymphe doit commencer, les nourrices bouchent avec de la cire l’ouverture de la cellule, et la larve, qui va devenir immobile, s’enveloppe d’un petit cocon de soie. La sortie des ouvrières arrivées à l’état adulte et celle des faux bourdons ne troublent pas l'ordre qui règne habituellement dans une ruche. 11 n'en est pas de même lors de l’apparition de nouvelles femelles. La vieille reine cherche à les détruire ; une lutte s’engage entre les ouvrières, dont les unes prennent parti pour elle et les autres pour les nouveaux prétendants; et ordinairement l’ancienne reine est obligée de fuir, emmenant avec elle une partie de la société, et elle va, dans un lieu plus ou moins éloigné, fonder une colonie nouvelle. C'est là ce que l’on nomme un essaim.

Les mâles ou faux bourdons ne prennent point part aux travaux de la ruche, et lorsque la fécondation a eu lieu les ouvrières s’en défont comme de consommateurs inutiles, en les chassant ou en les tuant (1).

Les mâchoires des Abeilles seraient des armes insuffisantes pour leur défense. La nature les a pourvues d’un aiguillon qui les fait redouter, mais dont elles ne se servent elles-mêmes qu'à leur

(1) Ou trouvera des détails plus étendus sur les mœurs et sur l'organisation des Abeilles daus les ouvrages de Swammerdam ( Biblia natures), de Réaumur (Mémoires pour servir à l’histoire des Insectes), de Schiracb (Histoire naturelle de la reine des Abeilles , la Haye, 1771), d'Hubert (Nouvelles observations sur les Abeilles), ainsi que de MM. Brandt et Ratzeburg (Medizin. /.ool , I. II, p. 177, pl. 24 et 25), et dans un grand nombre de petits traités où l’on s’est appliqué à résumer les travaux des savants que nous venons de nommer.

propre détriment^ puisqu’elles le laissent, en général, clans la partie qu’elles ont piquée.

L’aiguillon des Abeilles ou le dard de ces insectes est la portion terminale d’un petit appareil qui se trouve situé à l’extrémité postérieure de leur corps et qui a été décrit par plusieurs auteurs : llooke (1), Swammerdam, Réaumur, et plus récemment Kunzmann (2), ainsi que Brandt et Ratzeburg. On le trouve chez les reines aussi bien que chez les neutres, et il existe avec une forme peu différente chez plusieurs autres genres d’Hyménoptères. Toutefois les Mélipones, qui sont des Apididés sociétaires propres à l'Amérique, n’ont pas la possibilité de piquer comme les nôtres.

Il y a dans Y appareil pongitif de l’Abeille plusieurs parties distinctes : l’organe sécréteur et son réservoir; le dard ou aiguillon chargé d’inoculer la sécrétion caustique, et les muscles qui mettent le dard en mouvement.

Le tube sécréteur est double à son extrémité libre, et ses deux branches se rendent, par un canal commun, au réservoir renflé qui aboutit lui-même au dard par un canal rétréci (3).

11 y a deux tiges cornées accolées l’une à l’autre pour former l’aiguillon; ces tiges sont mobiles dans une sorte de fourreau et laissent entre elles une tubulure qui fait suite au canal excréteur. L’extrémité libre de l’aiguillon est fine et acérée ; elle est hérissée de petites pointes rabattues comme celles d’une flèche, et dont le nombre varie de six à dix ou douze ; elles retiennent l’aiguillon dans la plaie.

De l’extrémité supérieure de la gaine partent quatre muscles, deux en haut et deux en bas. Ces derniers s’attachent à l’extrémité du dernier anneau du corps de l’Abeille ; ils servent sans doute à tirer la gaine hors du corps de l'Insecte pour l’enfoncer dans l’objet que celui-ci doit percer. Les deux autres muscles, ou les supérieurs, prennent leur attache le long de l’arc de la gouttière tracée à la face interne de chaque demi-aiguillon; ils servent probablement à faire sortir l’aiguillon de sa gaine.

Le venin consiste en un fluide clair et limpide qui s’évapore promptement à l’air, et qui, déposé sur une glace, y forme une pellicule facile à enlever. 11 est irritant au plus haut degré, et lors-

(1) Micrographie,

(2) J ournal complémentaire des sc. médicales., t. IX, p. 79. Paris, 1821.

(3) Chacune des deux branches est simple dans les genres Vespa, Scolia, Crabro et Halitus, comme dans le genre Apis ; elle est au contraire ramifiée chez les Bourdons (g. Bombas) et chez quelques autres.

INSECTES

3 3 fi

qu'il a été introduit sous la peau par la piqûre de I Abeille, il déterminé prcs(]uc aussitôt une douleur aiguë ; Tendrait [tiqué se tuméfie, un léger frisson parcourt le corps, et il y a quelquefois des accidents plus sérieux. Un petit mouvement fébrile peut être la conséquence de cette lésion, principalement chez les enfants. La piqûre simultanée de plusieurs Abeilles détermine des accidents plus graves encore, et la mort peut en être la conséquence si elles sont très nombreuses. On a vu des chevaux périr pour avoir été piqués par des Abeilles.

Swammerdam pensait à tort que le venin des Hyménoptères n’était autre chose que de la bile.

» Ordinairement la piqûre des Abeilles n’exige pas de véritable traitement : de l’eau fraîche, quelques compresses acidulées de vinaigre suffisent dans la plupart des cas, et beaucoup de personnes, moins susceptibles que d’autres, ne font même rien du tout, ce qui ne les empêche pas d’être débarrassées au bout de quelques heures. D’autres fois il faut avoir recours à des lotions ammoniacales ou saturnées, et si la douleur persiste ou si elle menace d’occasionner des accidents nerveux, employer des narcotiques ou des anesthésiques locaux.

Une précaution utile, quel que soit l'état du sujet, consiste à s’assurer si l’aiguillon et son appareil sécréteur ne sont pas restés dans les chairs, et, si on l’y découvre, à l’extraire avec précaution, les denticules de l’aiguillon pouvant occasionner une plus grande irritation ou même un petit abcès, et la compression étant une nouvelle cause de douleur, puisque le liquide que la vésicule renferme peut encore s’introduire dans la plaie. Pour débarrasser le patient, on doit arracher la vésicule sans la comprimer, et c'est ensuite qu’on procède à l’ablation du dard.

On s’est autrefois servi des mouches à miel. A cet effet, on les brûlait pour les réduire en cendres, ou on les séchait pour lesmettre en poudre. « Ainsi préparées, dit de Meuve, on les mêle avec des pommades, dont la graisse d’ours et l’huile de noisette sont bien souvent la base, et Ton s’en sert pour oindre les endroits on Ton veut faire croître les poils ou les cheveux. »

On connaît une douzaine d’espèces rentrant dans le genre des Abeilles proprement dites.

Les unes ont l’écusson de la couleur du corselet :

Apismellifica, L., ou Abeille domestique ordinaire de l'Europe; c'est l’espèce que nous avons déjà citée, et la plus importante à connaître. Elle a été transportée dans l'Afrique septentrionale

llYMMOl’TÈRKri. 337

cl munie dans l'Amérique du Nord; c'est celle que l’homme cultive plus particulièrement et dont il retire la plus grande quantité de

Fig. GO. — Abeille ordinaire cl portion de gâteau (*).

cire et tle miel. — Apis euffra, Lcpelletier de Saint-Fargeau (de Cidrerie . — Apis ligustica, Spinola (du Piémont). — Apis mticulur, Latr. (de Madagascar, oit elle est domestique) ; son miel, qu elle récolte sur le Mimosa hcterophijlla et sur le Weiinannia glubva , est constamment vert; elle a été acclimatée à Bourbon. — Apis aiediu,

Fabr. de l’Inde , particulièrement de Pondichéry . — Apisniyripcnnis,

Latr. (du Bengale).

Les autres ont l’écusson d'une autre couleur que le corselet :

Apis scutellata, Lepell. de Sainl-

l'arg. de Cafrerie) . Apis socialis, Fic.6i AiguillonderAbeille(»*). Latr. (du Bengale . — Apis dorsata,

l'abr. (du Bengale). — Apis Peronii , Latr. (de Timor). — Apis

P) A. Neutre ou ouviiùre. — B. Mâle ou fuilx bourdon. - C. Femelle ou ici ne. — V. Portion de gâteau avec des alvéoles ordinaires cl une alvéole plus grande destinée à mi (eut femelle.

(••) A. Partie postérieure de radmomcli renfermant l'aiguillon. — H du venin, r. Réservoirs, g. Gaîue de l'aiguillon, dd, Racines de? dards, tpicls elles s'implantent.

. an • Tubes sécréteurs mm. Muscles sur les-

338 1NSKÛTKS.

fagpiata, LaLr. ( d’Egypte, où elle reçoit des habitants des soins analogues à ceux que nous donnons à VA. mellifîca; c’est elle (}ui est, représentée parmi les figures hiéroglyphiques), — A/jis nigritarum , Lepell. de Saint-Farg. (du Congo,.

Genre Mélipone (Héliporté . Femelles dépourvues d’aiguillon ; nervures de la partie inférieure des ailes peu distinctes ou milles; une cellule radiale fort large, s’allongeant en pointe pour rejoindre ' la côte de l’aile ou nervure extérieure, près du bout de cette aile ; trois cellules cubitales mal tracées; les nervures qui les séparent peu distinctes; la deuxième recevant la première nervure récurrente; la troisième n’atteignant pas le bout de l’aile; deux cellules discoïdales complètes; les cellules du limbe confondues avecla troisième discoïdale qui est incomplète ; ocelles disposés sur une ligne transversale presque droite ; crochets des tarses simples.

Les Mélipones, au groupe desquelles on donne quelquefois le nom de Aleliponins ou Meliponites, ont les mœurs des Abeilles véritables, et même, sauf les particularités mentionnées ci-dessus, toute l’organisation de ces précieux Insectes; elles en ont aussi les principales qualités, et sont appelées à rendre à l’industrie agricole de véritables services. C’est principalement en Amérique qu’on les trouve, et elles y représentent nos Abeilles proprement dites.

Privées d’aiguillon , les femelles et les neutres des Mélipones n’ont pour se défendre, lorsqu’on attaque leurs sociétés, ou que l’on met obstacle à leur récolte, d’autre arme que leurs mandibules. Aug. de Saint-Hilaire en cite néanmoins une espèce que laisse échapper par l’anus, quand on l’inquiète, une liqueur brûlante.

Certaines espèces de Mélipones font leur nid dans la terre; d’autres, en plus grand nombre, le construisent dans les arbres. Leur miel est recherché, et, au dire des personnes qui en ont mangé, il est fort bon. On peut s’en servir aussi, comme de celui des Abeilles, pour faire une liqueur spiritueuse. Leur cire s’emploie à différents usages, particulièrement pour la fabrication de bougies; celles-ci brûlent fort bien.

Les Mélipones américaines que l’on connaît forment déjà plus de trente espèces. On en a fait trois sous-genres :

* Les Melipona véritables ont l’abdomen convexe en dessus et le ventre à peine caréné.

Tels sont le Melipona fuvosa, et une espèce de Cuba ( Melipona fulvipes , Guérin), qui donne un miel liquide fort recherché.

, li ï .ViJÎ.N Ol'TKllËS . 339

** Los Trigonu, Latr., ont l’abdomen triangulaire, court et caréné en dessous.

Un en cite plusieurs : Melipona amaltea, ainsi que le Melipona pallida, de Cayenne; le Melipona fasciata, du Brésil, et le Melipona vidaa, de Timor (1 .

*** Les Tetrngona ont l’abdomen allongé et presque triangulaire, et dont l’angle dorsal est un peu arrondi.

Le Melipona letragona, du Brésil, et deux autresespèces du même pays sont rapportés à ce sous-genre.

La cire dite des Andaquies est une cire de Mélipones qui ressemble à la cire des Abeilles. On la recueille abondamment à lest des Cordillères de la Nouvelle-Grenade, dans la vaste région boisée traversée par les affluents de l’Orénoque et de l’Amazone. Elle est particulièrement récoltée par les Indiens de la tribu des Tamos, qui vivent sur les bords du Rio Coqucto. L’espèce qui la fournit construit souvent sur un même arbre un grand nombre de petites ruches qui ne donnent guère que 1 OU à 120 grammes de cire chacune. Cette cire est jaune; lorsqu’on la traite à l’alcool bouillant, on la décompose, suivant M. Lewy, en trois substances particulières, savoir pour 100 parties :

Cire de palmier fusible à 72“ environ 50

Cire de canne à sucre fusible à 82“ -15

Matière bulleuse 5

2. Sociétaires annuels. — Ceux-ci, ne forment de sociétés que pour un an, au bout duquel la plupart meurent, laissant des œufs chargés de fournir ultérieurement de nouveaux individus ; ils diffèrent en outre des sociétaires pérennes en ce que leurs jambes postérieures sont terminées par deux épines, tandis que celles des pérennes en sont dépourvues.

Ils constituent les deux genres des Bourdons a t des Euglosses.

Genre Bocjrdox (Bombas). Les Bourdons ont le labre transversal; la fausse trompe notablement plus courte que le corps; le second article des palpes labiaux terminé en pointe et portant les deux autres sur le côté extérieur.

Ces Insectes, qui sont plus gros que les Abeilles, et ont le corps velu, font leur nid dans la terre; ils se réunissent au nombre de trente à deux cents individus. Ils périssent l’hiver, et il ne survit

(I) Latreille cite une autre Méliponede l’archipel Indien ; elle serait de Sumatra.

1XSKCTKS.

< 1 ue qùelques femelles pour recommencer de nouvelles colonies au printemps.

Il y en aune trentaine d’espèces, pour la plupart européennes. Plusieurs vivent en France : Bomüus muscorum , H. terrestris , B. Iiortorum, etc.

Leur miel est peu abondant; il est doux et on le recherche dans certaines localités, quoiqu’il soit peu abondant. S’il a été butiné sur des plantes vénéneuses, il en prend, comme celui des Abeilles, les mauvaises qualités.

Voici, d’après M. Seringc (1) un cas d’empoisonnement occasionné par le miel de ces Hyménoptères.

«En septembre 1817, trois jeunes vachers vigoureux et d’une vingtaine d’années étaient occupés, près d’Aldtorf, à faner le foin dans des prairies impraticables aux vaches. Ils trouvèrent un gâteau de miel du Bourdon commun [Apis terrestris ), qu’ils connaissent bien dans les montagnes et qu’ils mangent toujours. Joyeux de cette découverte, ils s’asseyent, partagent leur proie et deux d’entre eux sucent avec avidité le miel, l'ne demi-heure après en avoir avalé chacun trois cuillerées, ils ('-prouvèrent un picotement sur la langue et des douleurs dans le carpe de la main gauche. Ces douleurs augmentèrent successivement et se firent bientôt sentir à la main droite, puis dans les pieds, dans les articulations et enfin dans le ventre et dans la poitrine. Ils devinrent alors comme des furieux, et leurs extrémités commencèrent à se mouvoir convulsivement. Le délire s’empara d’eux; leurs yeux étaient étincelants ; ils avaient des nausées et des convulsions continuelles. L’ainé parvint à vomir une matière verte et fut atteint d'une forte diarrhée. Le vacher qui n’avait pas sucé de miel eut beaucoup de peine à conduire son malheureux compagnon dans un endroit moins dangereux, après avoir fixé l’autre avec des cordes; mai-;, lorsqu’il revint, il h- trouva atteint des plus horribles convulsions: il n’avait pu vomir et se roulait par terre. Il rendit par la bouche une écume sanglante et mourut. L’ainé, qui eut de fortes évacuations pendant toute la soirée, dormit tranquille et se trouva bien le lendemain. M. le docteur Lusscr, qui avait été consulté, demanda à ces paysans quelle espèce de Bourdon faisait ces gâteaux : ils la lui montrèrent, et le médecin la reconnut pour être peutêtre Y Apis terrestris. Il leur demanda quelles étaient les plantes qui croissaient dans le voisinage; ils lui nommèrent les aconits 2 ,

(1) Musée helvétique, t. I, |>. 128 (g. Aconit).

(2) Aconit um napellus et lycocl muni.

HYMÉNOPTÈRES. 3.'|t

dans la (leur desquels ils avaient remarqué que ces Bourdons entraient souvent. »

C’est un fait analogue que signale Haller lorsqu'il parle de deux bergers des Alpes qui furent également empoisonnés par du miel recueilli sur des fleurs d’aconit.

Genre Euglosse [Euglossà). Les Euglosses ont le labre carré, la fausse trompe de la longueur du corps, et les palpes labiaux, terminés en une pointe formée par les deux derniers articles. Ces insectes ont en outre les mandibules striées sur le dos, le corps court et l'abdomen conique.

Les Euglosses sont d’Amérique; leurs femelles manquent d’aiguillon comme celles des Mélipones. On ne leur connaît pas de neutres. Plusieurs n’ont ni palettes, ni corbeilles, ni pinces pour retirer la cire des loges de leur abdomen, et sont déjà fort semblables, à plusieurs égards, aux Apididés solitaires.

II. Les Apididés solitaires n’offrent que les deux sortes d’individus ordinaires, et il n’v a par conséquent pas de neutres dans les différentes espèces qu’ils constituent ; chaque femelle pourvoit seule et isolément à la conservation de sa postérité. Les pieds postérieurs des Solitaires femelles n’ont ni le duvet soyeux (la brosse) qu’on remarque à la face interne du premier article des tarses postérieurs chez les Mellifères sociaux, ni l’enfoncement particulier existant au côté interne de la jambe des mêmes pattes, et que l'on appelle la corbeille. Ce côté, ainsi que la partie répondant à la corbeille, sont simples et garnis de poils soyeux et serrés.

Il y a quatre sous-tribus parmi les Apididés solitaires.

1 . Les Solitaires scopulipèdes ont le premier article de leurs tarses postérieurs dilaté inférieurement au côté externe de manière à simuler encore une sorte de brosse rappelant celle des Sociétaires, et l’article qui suit s’y trouve ainsi inséré plus près de l'angle interne que de l’angle externe; le côté extérieur de ce premier article, ainsi que celui des jambes, est chargé de poils épais et 1 serrés, formant, surtout dans plusieurs espèces exotiques, une sorte de brosse ou de houppe qui opère la récolte du pollen ; de là l’origine du nom de Scopulipèdes que Latreille donne à cette division dans ses Familles naturelles du Bègne animal.

Les genres qui s’y rapportent ont été nommés Acanthopus, Epicharis , Centris, Ancyloscelis , Suropoda , Ant/iop/iora, Meliturga , Melisodes, Monceca, Macrocera et Eucera.

2. Les Solitaires cuculinés ( Cuculinœ , Latr.; Nomades, Fahr.; Parasites, Lepelleticr (h- Saint-Fargeau et Serville) ont h*s palpes

.Vi2

IVSECTES.

do forme écailleuse; leurs paraglosses sont souvent longues, étroites et en forme de soie; l'écusson est parfois échancré ou bidenté; d’autres fois il est tuberculeux; il n’y a de brosses ni au ventre ni aux pattes.

Plusieurs de ces Insectes paraissent de très bonne heure, voltigent à ras de terre ou près fies murs exposés au soleil afin de déposer leurs œufs dans les nids des autres Apiaires, habitude qui rappelle la manière d’agir des Coucous, et qui leur a valu le nom de Cucviinés, sous lequel nous les enregistrons, ainsi que celui de Parasites, qu’ils partagent d’ailleurs avec plusieurs autres genres, les uns Dasygastres et les autres Scopidipèdes.

Les genres de cette division sont ceux des Aglae , Oxea, Mesocheira, Melecta , Pasites , Nomada, Epeolus , Philiremus et Anmobates.

3. Les Solitaires dasygastres, Latr., sont remarquables en ce que le ventre des femelles est garni de poils nombreux, serrés, courts, formant une brosse soyeuse, sauf toutefois dans les genres Ceretina, Stelis et Cælioxys. Le labre est aussi long ou plus long que large et de forme carrée ; les mandibules des femelles sont fortes, incisives, triangulaires et dentelées; les paraglosses sont toujours plus courts et en forme d’écailles pointues au bout. Dans ce groupe, qui contient plusieurs genres récoltants, le premier article des tarses postérieurs manque, comme chez les autres Solitaires, de la disposition qui caractérise les Abeilles solitaires; ces fonctions sont passées au ventre, qui est chargé de recueillir le pollen.

Aux trois genres de Dasygastres que nous venons de citer, on en ajoute sept autres, nommés: Chelostoma, Heriades, Megachile 1), Lithurgus, Osmia, Anthridium et Dioxys.

h. Solitaires andrénoïdes. — Us rappellent les Andrènes par leurs palpes labiaux composés d’articles grêles, linéaires, placés bout à bout, presque semblables en tout à ceux des palpes maxillaires ; leur labre est toujours court. Les femelles n’ont point de brosse au ventre, mais leurs pieds postérieurs sont velus et garnis de houppes de poils qui leur servent à recueillir le pollen des fleurs. Les mandibules des Andrénoïdes sont tantôt étroites, tantôt rétrécies vers le bout, et terminées en pointe unie ainsi que le labre; elles servent à fouir la terre et. à la rendre meuble, afin que les pattes puissent la rejeter hors du trou où doit être placé le nid. Chez d’autres les mandibules sont en forme de euilleron ou de cuiller de sabotier, également très obtuses, carénées ou sillonnées et bidentées au bout; elles servent à creuser le nid dans le bois,

( 1 ) Ou Abeilles-Maçonnes.

HYMÉNOPTÈRES. îFl*

on enlevant do petits copeaux à chaque effort qu’elles font. La preuve en est dans la trace que laissent sur les parois du nid les canines dorsales de ces mandibules.

Genres Lestis, Xglocopa, Panurgus, /lopin tes et Sgstropha.

La famille des VESPIDÉS ou Guêpes (g. Vespa, L.) réunit un certain nombre d’espèces, composées comme celles de la division des Abeilles par trois sortes d’individus: des mâles, des femelles fécondes et des femelles neutres ou ouvrières. Les femelles et les neutres sont également années d’un aiguillon, et leur piqûre est même plus douloureuse que celle des Abeilles. Elle occasionne souvent des enflures considérables, d’un aspect livide et qui peuvent être de mauvaise nature; on leur a même attribué quelques cas de mort. Leur nourriture ordinaire consiste en fruits.

Le trait distinctif des Guêpes réside dans leurs ailes, qui sont pliées longitudinalement pendant le repos.

Nous avons en France, outre la Guêpe commune ( Vespa vulgaris), plusieurs autres espèces, dont quelques-unes ont servi à l’établissement de genres à part.

La Guêpe frelon ( Vespa. crabro) , dont la piqûre est fort redoutée, construit un nid volumineux.

Celui de la Guêpe des arbustes [Vespa gallicà), actuellement classée dans le genre Polistes, est beaucoup plus petit et sans enveloppes foliacées.

Certaines espèces étrangères entourent le leur d'une sorte d’enveloppe analogue à du carton, et elles lui donnent quelquefois des dimensions considérables: ce sont les Guêpes cartonnières, dont on a fait le genre Chartegus. On les trouve principalement dans l’Amérique méridionale.

On a rapporté tantôt à ce genre Chartegus , tantôt à celui des Polistes, une espèce du Brésil dont le miel occasionne quelquefois des accidents très graves: c’est la Guêpe lecheguana (1).

Pendant son voyage au Brésil, Auguste de Saint-Hilaire et deux hommes de sa suite en ressentirent les redoutables effets. Voici le récit que le savant voyageur français nous en a laissé.

Après avoir parcouru les bords du Rio de la Plata, il avait côtoyé l’Uruguay et se trouvait campé auprès du ruisseau de Santa- Anna. Un jour, accompagné de deux de ses gens, il parcourut le pays. Aii bout de quelques heures, ramenés tous trois par la faim

(1) Polistes Lecheguana, Aug. de Saint-Hilaire, Plantes remarquables du Paraguay, t. I ; 1823. — ld., Dunal, Consid. sur les org. floraux, p. 30 ; 1820. — Chartegus brasiliensis. Blanchard. Hist. des Ins., t. I, p. fit); 1843. j

Vlk IXSKCTKÜ.

au lieu de halle, ils se rassasièrent avec leurs aliments ordinaires, mais les deux domestiques, qui avaient aperçu la veille un guêpier suspendu à un pied de terre à très peu de distance, allèrent après le déjeuner détruire ce guêpier et en sucer le miel. « Nous en goûtâmes tous les trois, dit Aug. de Saint-Hilaire. Je fu^ celui qui eu mangeai le plus, et je ne puis guère évaluer ce que j en ai pris qu'a deux cuillerées Je trouvai ce miel d’une douceur agréable et absolument exempt de ce goût pharmaceutique qu’a si souvent celui de nos abeilles.

» Cependant, après en avoir mangé, j’éprouvai une forte douleur d’estomac, plus incommode que vive; je me couchai sur ma charrette et je m’endormis. Pendant mon sommeil, les objets qui me sont les plus chers se présentèrent à mon imagination , et je m’éveillai profondément attendri. Je me levai, mais me sentis d’une telle faiblesse, qu’il me fut impossible de faire plus de cinquante pas; je retournai sous ma charrette ; je m’étendis sur le gazon, et me sentis presque aussitôt le visage baigné de larmes, que j’attribuai à un attendrissement causé par le songe que je venais d’avoir. Hougissant de ma faiblesse, je me mis à sourire ; mais, malgré moi. ce rire se prolongea et devint convulsif ; cependant j'eus encore la force de donner quelques ordres, et, dans l’intervalle, arriva mon chasseur, l’un des deux Brésiliens qui avaient partagé avec moi le miel dont je commençais à sentir les funestes effets.

» Jozé Mariano, c’est ainsi qu’il s’appelait, s'approcha de moi et me dit d’un air gai, mais pourtant un peu égaré, que depuis une heure il errait dans la campagne sans savoir où il allait. Il s’assit sous ma charrette, et. il m’engagea à prendre place à côté de lui. J’eus beaucoup de peine à me traîner jusque-là, et, me sentant d’une faiblesse extrême, j’appuyai ma tête sur son épaule.

» Ce fut alors que commença pour moi l’agonie la plus cruelle.

I n nuage épais obscurcit mes yeux, et je ne distinguai plus que les traits île mes gens et l'azur du ciel traversé par quelques vapeurs légères. Je ne ressentis point de grandes douleurs, mais j’étais tombé dans le dernier affaiblissement. Le vinaigre concentré que mes gens me faisaient respirer, et dont ils me frottaient le visage et les tempes, me saisissait à peine, et j’éprouvais toutes les angoisses delà mort. Cependant j'ai parfaitement conservé la mémoire de tout ce que j'ai dit et entendu dans ces moments douloureux, et le récit que m'en a fait depuis un jeune Français qui m'accompagnait alors s’est trouve parfaitement d’accord avec mes souvenirs.

HYMÉNOPTÈRES. 3ù5

» J’éprouvais un désir ardent de parler dans ma langue au Français qui nie prodiguait ses soins, mais il m'était impossible de retrouver dans mon souvenir un seul mot qui ne fût pas portugais, et je ne saurai rendre l’espèce de honte et de contrariété que me causait ce défaut de mémoire.

» Lorsque je commençai à tomber dans cet état singulier, j’essayai de prendre de l’eau et du vinaigre; mais, n’en ayant obtenu aucun soulagement, je demandai de l’eau tiède. Je m’aperçus que toutes les fois que j’en avalais le nuage qui me couvrait les jeux s’élevait pour quelques instants, et je me mis à boire de l’eau tiède à longs traits et presque sans interruption. Sans cesse je demandais un vomitif à mon jeune Français; mais comme il était troublé par tout ce qui se passait autour de lui, il lui fut impossible d’en trouver un. Il cherchait dans la charrette; j’étais assis dessous, et par conséquent je ne pouvais l’apercevoir : cependant il me semblait qu’il était sous mes yeux, et je lui reprochais sa lenteur. C’est la seule erreur où je sois tombé pendant cette cruelle agonie.

» Sur ces entrefaites le chasseur se leva sans que je m’en aperçusse; mais bientôt mes oreilles furent frappées des cris affreux qu’il poussait. Dans cet instant je me trouvais un peu mieux, et aucun des mouvements de cet homme ne m’échappa. Il déchira ses vêtements avec fureur, les jeta loin de lui, prit un fusil et le fit partir. On lui arracha son arme des mains, et alors il se mit à courir dans la campagne appelant la Vierge à son secours, et criant avec force que tout était en feu autour de lui, qu’on nous abandonnait tous les deux, et qu'on allait laisser brûler nos malles et la charrette. Un pion guarani, qui faisait partie de ma suite, ayant essayé inutilement de retenir cet homme, fut saisi de frayeur et prit la fuite.

» Jusqu’alors je n’avais cessé de recevoir les soins du soldat qui avait partagé avec moi et mon chasseur le miel qui nous avait été si funeste; mais lui-même avait commencé par être fort malade ; cependant, comme il avait vomi très promptement et qu’il était d’un tempérament robuste, il avait bientôt repris des forces; il s’en fallait pourtant qu'il fût entièrement rétabli. J'ai su depuis que, pendant qu’il me soignait, sa figure était effrayante et d’une pâleur extrême. «Je vais, dit-il tout à coup, donner avis de ce qui se passe ii la garde du Guaray. » Il monte à cheval et se met à galoper dans la campagne; mais bientôt le jeune Français le vit tomber; il se releva, galopa une seconde fois, tomba encore, et, quelques heures après, mes gens le trouvèrent profondément endormi dans l’endroit où il s’était laissé tomber.

INSECTES

» Cependant, l’eau chaude , dont j’avais hu une quantité prodigieuse, finit par produire l’effet que j’en "avais espéré, et je vomis, avec beaucoup de liquide, une partie des aliments et du miel que I j’avais pris le matin. Je commençai alors à me sentir soulagé; un engourdissement assez pénible que j’éprouvai dans les doigts fut de courte durée. Je distinguai ma charrette, les pâturages et les | arbres voisins; le nuage qui avait auparavant caché ces objets à mes yeux ne m’en dérobait plus que la partie supérieure; et si quelquefois il s’abaissait encore , ce n’était que pour quelques I instants. Quoi qu’il en soit, l’état de José Mariano continuait à me donner de vives inquiétudes, et j’étais également tourmenté par la crainte de ne jamais recouvrer moi-même l’entier usage de mes | forces et de mes facultés intellectuelles : un second vomissement commença à dissiper mes craintes et me procura un nouveau soulagement; j’eus moins de peine encore à distinguer les objets dont j’étais entouré ; je commençai à parler à mon gré le portugais et ma langue maternelle ; mes idées devinrent plus suivies, et j’indiquai clairement au jeune Français où il pourrait trouver un vomitif. Quand il me l’eut apporté, je le divisai en trois portions, et je ~ vomis, avec des torrents d’eau, le reste des aliments que j’avais pris le matin. Jusqu’au moment où je rendis la troisième portion de vomitif, j’avais trouvé une sorte de plaisir à avaler de l’eau chaude à longs traits; alors elle commença à me causer de la répugnance, et je cessai d’en boire : le nuage disparut entièrement ; je pris quelques tasses de thé; je fis une courte promenade, et, aux forces près, je me trouvai dans mon état naturel.

» A peu près dans le même moment, la raison revint tout à coup à Jozé Mariano, sans qu’il eût éprouvé aucun vomissement.

» Il pouvait être dix heures du matin lorsque nous goûtâmes tous trois le miel qui nous avait fait tant de mal, et le soleil se couchait lorsque nous nous trouvâmes parfaitement rétablis. Le soldat en avait présenté au pion guarani; mais celui-ci, qui en connaissait la qualité délétère, avait refusé d’en prendre: le brésilien avait ri de sa crainte, il n’avait pas même cru devoir m'en faire part. »

Le lendemain un Indien botocude, qui accompagnait Auguste de Saint-Hilaire, et deux hommes de sa suite, mangèrent du miel d'un autre guêpier deLecheguana sans en éprouver la moindre incommodité. Les Portugais, les Guaranis et les Espagnols que notre voyageur interrogea quelques jours après dans la province des Missions lui dirent que l'on distinguait dans le pays deux espèces

hyménoptères

(le Lecheguana : l'une qui donne du miel blanc, et l’autre qui produit du miel rougeâtre. Ils ajoutèrent que le miel de la première ne faisait jamais de mal; que celui de la seconde n’en faisait pas toujours, mais que quand il en faisait il occasionnait une sorte d’ivresse ou de délire, dont on ne se délivrait que par des vomissements, et qui allait quelquefois jusqu’à donner la mort. Ou lui dit aussi que l'on connaissait parfaitement la plante sur laquelle la guêpe Lecheguana va sucer son miel empoisonné.

De nouvelles recherches ont conduit Aug. de Saint-Hilaire à penser que cette plante est le Paullinia australis.

Plusieurs autres familles, telles que les EUMÉNIDÉS (g. E amenés , Ceramia, etc. , les CRABRONÏDÉS (g. Crabro, Cerceris, Bembex, etc.) rentrent, avec les Abeilles et les Guêpes, dans le sous-ordre des Porte-Aiguillon. Les femelles de ces insectes font aussi des piqûres qui sont souvent très douloureuses.

C'est encore parmi les Porte-Aiguillons qu’on a classé les Fourmis, dont les différents genres forment une famille distincte, désignée par le nom de FORMICIDÉS.

Les Fourmis (g. Formica, L.) sont nombreuses en espèces, et répandues dans les différentes parties du monde. Les unes ont un

aiguillon anal et piquent comme les Abeillesou les Guêpes, quoique moins fortement; les autres manquent de cet aiguillon, mais elles ont souvent les mâchoires puissantes, et elles incommodent par leurs morsures, ou bien encore au moyen de la liqueur acide que sécrètent certaines glandes situées sous leur abdomen et auprès de leur anus.

Cette liqueur est l’acide formique (C2H2( )4 ou, dans la notation ordinaire, C2H02-f-H0), que l’on tirait autrefois des Insectes de cette famille.

Lorsqu’on fait marcher des Fourmis rouges (. Myrmica rufa ) sur du papier de tournesol, elles y laissent une trace rouge provenant de la réaction acide de cette substance; leur sécrétion est plus

3 II S IVSKC.TES.

active quand on les irrite. Cette espèce est du nombre de celles qui ont un aiguillon.

La Fourmi fauve ( Formica fulva ou rufn , qui est au>si une Myrmécie contient, outre de l’acide formique, une huile âcre et odorante, qu’on obtient avec l’acide au moyen de l’alcool : il en résulte une teinture dite eau de magnanimité de Hoffmann , qui est aphrodisiaque.

Les mœurs des Fourmis de l’Europe centrale ont été étudiées avec un soin tout particulier par Hubcr fils ’1 .

Il y a dans l’Amérique méridionale une Fourmi dite Fourmi de visite ( Æcodoma cephalote ), qui, lorsqu’elles s’introduisent dans les maisons, en font fuir les Rats, les Blattes et les autres animaux incommodes qui s’y étaient établis.

Sous- ordre des T ère brunis.

On en distingue plusieurs familles : les Te.xthrédlxidês ou Tenthrèdes (g. Tenthredo, L.), les Ichneumoxidés (g. Ichneumon, L , les Cynipidés (g. Cynips) et d’autres encore, toutes extrêmement nombreuses en espèces.

La familles des CYNIPIDÉS renferme les Hyménoptères térébrants que l’on nomme indifféremment Cynips et Gallicoles; ce dernier nom leur vient de ce qu’ils passent leur état de larve et même celui de nymphe dans ces excroissances des végétaux auxquelles on donne le nom de galles, et qu’ils sont la cause de l'apparition de ces galles.

La plupart des Cynipidés paraissent comme bossus, ce qui tient au renflement que présente en dessus leur thorax. Les femelles ont une tarière très déliée, roulée en spirale à sa base et dont la portion terminale se loge sous l’anus, entre deux valves allongées qui lui forment chacune un demi-fourreau. L’extrémité de cette tarière est creusée en gouttière et présente des dents latérales imitant celles d’un fer de flèche, et avec lequel l’insecte élargit les entailles qu’il fait aux différentes parties des végétaux pour y placer ses œufs. Les sucs s’épanchent à l’endroit quia été piqué et y forment une excroissance dont la forme est différente suivant les différents insectes auxquels elle est dite et les différents arbres qui la produisent. Il y a de ces galles ou excroissances qui ont la forme des fruits, d’autres sont chevelues ou semblables à de la mousse. Ces

(1) Recherches sur les mœurs des Fourmis indigènes, in-S. Paris et Genève; 1810.

HYMÉNOPTÈRES. oUO

dernières reçoivent plus particulièrement le nom de Bédéguars (1 ; il en vient sur les églantiers et les rosiers à la suite tjcs piqûres du Cynips rosie, dont on trouve une description détaillée dans la Zoologie médicale de MM. Brandt et Ratzeburg. Par suite du développement de ces galles, les œufs des Cynips sont bientôt ainsi entourés d'un parenchyme végétal au sein duquel se développent les jeunes qui sortent de ces œufs; tantôt il n’y a qu’un seul individu dans chaque cellule, tantôt il y en a plusieurs, ce qui tient à l'espèce des Cynips. Le petit trou dont les galles sont le plus souvent percées est le passage par lequel l'insecte en est sorti, soit à l’état de nymphe, soit à l’état d’insecte parfait.

Les galles véritables sont ligneuses (chênes, pins, etc.) ; demiligneuses (saules), ou molles (ormes, pistachiers, érables, etc.);

Fig. 64.

leur surface est aussi très diversement accidentée: tantôt lisse, tantôt verruqueusc ou partiellement lisse et mamelonnée.

Réaumur a donné de nombreux détails sur les Galles et sur les insectes qui les produisent (2).

Plusieurs galles sont susceptibles d’être utilisées.

Les galles qui ont le plus d’importance commerciale sont celles du Levant, dites noix de galle, qui poussent dans l’Asie Mineure et dans les pays adjacents sur le Quercius infeetnria, et que l’on attribue a des espèces du genre Diplolepis, plus particulièrement au

(1) Vulgairement Éponge d'églantier. Pomme' mousseuse, etc.— Voy. Guibourl, Histoire des drogues simples, Paris, 1850, t. II, p. 277; t. III, p. 273.

(2) Mém., t. III, p. 413.

INSECTES

Dipi.olei'Iü de la Galle a tbintühe {Diplolepis G alla: linctonœ). L’Insecte est d’un vert pâle, couvert d’un duvet soyeux et blanchâtre, avec une tache luisante , de couleur brun noir sur l’abdomen. La Galle est sphéroïdale, à peu près grosse comme une cerise ; on la tire d’Orient par la voie de Marseille. Il yen a plusieurs variétés, peut-être plusieurs espèces, dites Galle d'Alep, Galle verte, Galle blanche , Galle de Marée , Galle des Marrnorènes et Galle d’Istrie.

On s’en sert pour la préparation du tannin (CI8H80‘- qui se transforme en acide gallique (C7H:i05 , en absorbant l’oxygène de l’air, ou en acide ellagique (Cl4H207H0-j-2aq.). Unie au sulfate de fer et à un peu de gomme, la Galle donne l’encre à écrire. On l’emploie aussi dans la teinture eten médecine; elle sert, soit comme fébrifuges unie aux amers, soit comme astringent.

Quelques Galles sont principalement employées pour le tannage. Telles sont la Galle du Piémont et une Galle de Chine qui croît sur YUlmus chinensis.

Il y a des espèces de Galles assez différentes de celles-là par la forme, mais qui ont des propriétés analogues; d’autres peuvent avoir un emploi différent. Tournefort dit qu’à Scio on recueille la Galle du Salvia pomifera, pour en faire une espèce de confiture; et Lesson pense que l’on pourrait tirer le même parti des Galles du Gléchome de France ou lierre terrestre [Glechoma hederacea ).

On nomme fausses Galles les excroissances végétales qui ne forment pas une masse fermée de toutes parts comme celles dont il vient d’être question et beaucoup d’autres analogues; elles sont simplement constituées par un point hypertrophié de la surface du végétal et communiquent toujours au dehors par une ouverture plus ou moins large qui n’est pas un passage ayant servi à la sortie de l’Insecte. Les pucerons occasionnent souvent de ces fausses Galles. Elles fournissent aussi de l’acide gallique.

En Grèce, on se sert du Cyneps des figuiers sauvages pour activer la fécondation des arbres de ce genre qui sont plus tardifs. Comme cet Insecte vit dans les fleurs des sujets précoces, on cnfdc les réceptacles de ces derniers et on les suspend aux arbres qui sont moins avancés. Des Cynips sortent des figues suspendues, et, en s’introduisant dans celles qui sont en train de se développer, ils en fécondent les ovaires au moyen du pollen dont leur corps est chargé; ce qui avance la maturation du fruit. On donne à ce procédé le nom de caprification.

LEPIDOrTKIUià.

Ordre des Lépidoptères.

Les Lépidoptères ont quatre ailes membraneuses, mais qui sont en général entièrement recouvertes par des écailles presque toujours microscopiques, souvent brillantes et qui s’enlèvent au toucher comme de la poussière. En outre leur bouche est pourvue d'une trompe composée de deux filets tubulaires roulés en spirale et qui représentent les mâchoires. Cette trompe porte à sa base externe une paire de petits palpes; il y a une paire de palpes qui répondent aux palpes labiaux; les mâchoires sont tout à fait rudimentaires, et il en est de même de la lèvre supérieure.

Les Lépidoptères subissent des métamorphoses complètes. Sous leur premier état, ils sont nommés Chenilles ( Erucæ ) et subissent plusieurs mues; il y en a de formes assez différentes les unes des autres. Leur nymphe, qui est immobile, s’appelle chrysalide. Sous le premier état, ils sont le plus souvent phytophages; quelquesuns se nourrissent cependant de substances animales. La plupart sont aériens; cependant les larves des Hydrocampes vivent dans l’eau. A l’état d’insectes parfaits ou de papillons, ils puisent le nectar des fleurs.

On a constaté le phénomène de la Parthénagénésie chez plusieurs Lépidoptères, surtout chez quelques espèces de Pyche; mais les œufs non fécondés, au lieu de produire ici des mâles comme dans les Hyménoptères, semblent ne produire que des femelles. On sait aussi que dans plusieurs espèces de ce genre, la femelle reste pendant toute sa vie à l’état de chenille.

Il y a quatre grandes familles de Lépidoptères :

1° Les Diurnes, qui ont les antennes en massue et les ailes relevées pendant le repos.

Leurs nombreuses espèces, aujourd’hui partagées en beaucoup de genres, reçoivent plus particulièrement le nom de Papillons et forment la famille des PAPILIONIDÉS. Elles sont remarquables par la beauté de leurs formes et par l’éclat de leurs couleurs.

2" Les Crépusculaires ont les antennes fusiformes et les ailes tantôt horizontales, tantôt inclinées. Us constituent la famille des SPHINGIDÉS, (pii se partage en tribus sous les noms de Sphjngins ou Sphinx (g. Sphinx , L.'j , de Sésiins (g. Sesia, Fabr.), de Zygénixs

g. Zygœna, Hubner) et de Chéloniins (g. Chelonia, Latr.).

3° Les Nocturnes ou PHALÉN1DÉS (g. Phalœna , L.) dont nous signalerons quelques espèces.

INSECTES

5° Les Teignes ou les TINÉIDKS, dont plusieurs méritent (-gaiement une mention spéciale.

Nous parlerons que de quelques Lépidoptères nocturnes et de quelques teignes.

La famille des PHALÉNIDÉS, dont les Bombvces g. Bombyx , Schrank), les Noctuelles, les Pyraleset les Phalènes font partie, e-t fort nombreuse en espèces. Celles de la tribu des Bombyuxs Bombycina) ont la trompe courte ou rudimentaire; les antennes pectinées ou en seie, surtout dans les mâles, et les ailes horizontales ou en toit.

Le genre Saturnie [Saturnin) est remarquable par la grandeur et la beauté de ses espèces dont le Grand Paon de nuit Sutuniia pyri) est une des plus connues. Les cocons de plusieurs espèces de ce genre ou de celui des Bombyx ordinaires peuvent être employés pour la fabrication des tissus de soie, mais aucune n’a l’utilité du Bombyx mori (1).

Le nom de Bombyge ( Bombyx ) est resté au genre qui renferme

tic G5. — Le Ver à soie au momeut où il est prêt à filer son cocon.

le ver à soie proprement dit, ou Bombyx du mit.ieü Bombyx mori .

Fig. 66. — Le Papillon du Ver .à soie, mœurs et la culture des Vers à

dont l’éducation a une si grande importance en Chine, dans l'Asie Mineure et dans une grande partie de l'Europe méridionale. On a écrit de nombreux traités sur cette précieuse espèce, et elle vient encore d’être, dans ces derniers temps, le sujet de publications très importantes (2).

Plusieurs auteurs , non contents d'étudier l’organisai ion , les soie , se sont aussi occupés de

(1) Telles sont les espèces nommées Cynlhia(ou ver du ricin), }fyUtla (ou ver du chêne), Pernyi, Cecropia, Potyphemus, Ratlama, Diego, elc.

(2) Voyez pl us particulièrement pour ce qui concerne l’organisation du Bombyee de la soie: Emile Cornalia, Monographia dcl liomlicc dcl Gclso ( Uomhyx mori), in-4. Milan, tSSG (Kvtr. du t. XV des Mcm. de l Institut lombard ).

leurs maladies. Suivant les symptômes morbides qu’ils présentent, les Vers sont dits clairets , arpians, jaunes ou gras , petits , rnuscardins, etc. La muscardine est la mieux connue de toutes ces maladies et celle que l’on prévient le plus aisément; elle dépend d’une infection cryptogamique des Vers à soie par le Botrijtis bassiana.

Parmi les causes très diverses auxquelles on attribue les insuccès de ces dernières années, on doit placer en première ligne la mauvaise qualité des graines ou œufs de Vers à soie. Cela provient peut-être de ce que beaucoup de graines étrangères ont été mêlées aux graines indigènes et de ce que dans beaucoup d’endroits on a même renoncé à la fabrication de cesdernières; ce qui reproduit pour chaque éducation les inconvénients d’une acclimatation nouvelle. Les vers nés de mauvaises graines ne tardent pas à dépérir; leurs mues ne se font pas avec régularité ; à chaque changement de peau il en meurt des quantités considérables, et ceux qui vivent jusqu’au moment où ils devraient fder, sont incapables de le faire. Les éducations en plein air qu’on a proposées sont un moyen trop incertain pour qu’on y ait recours dans la fabrication de la graine, et trop peu pratique pour qu’on puisse lui accorder quelque confiance lorsqu’il s’agit de faire de la soie. Ces essais, qui sont d’ailleurs curieux, ont été tentés dès le siècle précédent par l’abbé Talsy (1).

Pendant l’année 1855, la production de la soie a été, pour la France seulement, de 2,5^5,000 kil., et l’on a, en outre, importé l,ù55,000 kil. de la même matière. Ces chiffres suffiront pour donner une idée du développement qu’a acquis l’industrie séricicole.

Les espèces du sous-genre Gastrophage ( Gastrophaga ) présentent, entre autres caractères, celui d’avoir, pendant leur état de larve, le corps couvert de poils urticants; elles sont nommées Chenilles processionnaires , à cause de leur manière de vivre.

Tel est, en particulier, le Bombyx pytiocampe ( Bombyx pytiocampa ), ou la Processionnaire du pin, dont les poils s’introduisent dans la peau des gens qui les touchent ou qui font l’échenillage et occasionnent des éruptions vésiculeuses, ainsi qu’une urtication très douloureuse. Cette espèce est commune dans le midi de la France ; elle vit sur les pins, mais elle se métamorphose sous terre.

Un autre Bombyx, le Bombyx dit de la processionnaire ( Bombyx processionea) se réunit en grand nombre sous une toile commune pour y opérer sa métamorphose ; ses poils sont également irritants.

Beaucoup de Chenilles à corps velu sont tout aussi dangereuses;

(1) Bibltolh. physico-économique, t . I , p. 131; 1788.

INSECTES

d’autres, au contraire, sont inoftènsives; telles sont les Chei.omes (g. Chelonia), dont, les poils sont, il est vrai, très longs.

Les Romains ont plus particulièrement donné aux Chenilles urticantesle nom d ’Erucœ, et ils ont parlé, dans plusieurs circonstances, des accidents qu’elles occasionnent. Il en est également question dans Dioscoride, il les appelle Eurwua fl).

Réaumur s’est occupé de ces animaux dans un de ses .Mémoires (2).

Voici quelques détails empruntés à ce célèbre entomologiste :

« J’avais été attaqué de démangeaisons après avoir manié quelques-uns de ces tas d’œufs (de Processionnaires qui sont couverts de poils; la cause qui les avait produites était bien claire; j’en fus quitte alors pour des démangeaisons légères et de peu de durée. Il n’en fut pas de même cette dernière fois : la dose des poils que j’avais donnée à mes mains était considérablement plus forte; avec mes mains trop chargées de poils, je me frottai un œil et divers endroits du visage, des démangeaisons m’y portaient; j'ignorais que les frottements auxquels j’avais recours pour les adoucir étaient semblables à ceux qui les avaient produites et qu’ils n’étaient propres qu’à les augmenter. Les irritations avaient été trop multipliées; je ne fus quitte de mon espèce de fluxion sur l’œil qu’au bout de quatre ou cinq jours. J’eus des doigts où je ressentis des douleurs cuisantes pendant un aussi long temps ; je les lavai pourtant avec tout ce que je pus imaginer : avec de l’eau froide , avec de l’eaude-vie, avec de l’huile, rien de tout cela ne me parut amortir les cuissons. Quand ces poils sont piqués dans la peau, ce sont autant de petites épines qu’il est difiicile d’en tirer.

» Plusieurs personnes qui étaient à la promenade avec moi manièrent de ces mêmes nids, mais moins que je n'avais fait; elles eurent aussi des démangeaisons dont elles furent plutôt quittes; elles leur durèrent pourtant deux jours.

» Quatre dames qui étaient de la même promenade, et qui ne manièrent ni coques ni nids, se trouvèrent le col plein d’élevures. Quelque disposition que j’eusse à penser que leur imagination avait quelque part aux boutons dont elles se plaignaient et à croire qu’elles s’étaient peut-être grattées trop fort après qu'elles nous eurent entendus nous plaindre de démangeaisons douloureuses, j’ai eu des occasions de reste d’éprouver que ces nids sont capables

(1) Livre II, chap. lx.

(2) Mémoires, t. II, p. 179; 17S6.

de produire quelque efi'ot sur ceux mêmes qui ne les manient point. Depuis que j'ai été instruit du mal qu’ils peuvent causer, il m’est, arrivé plusieurs fois de les défaire seulement avec ma canne, et il est arrivé ensuite plusieurs fois que certains endroits de mes mains m’ont démangé rudement pendant plus de deux jours.

» Les poils qui produisent cet effet sont sans doute des poils extrêmement fins et légers; la plus petite agitation de l’air suffit pour les transporter. Ce ne sont pas de ceux qui s’élèvent si haut au-dessus du corps des chenilles de cette espèce', c’en sont de beaucoup plus petits ou ce sont des fragments des grands. Ce qu’il y a de certain, c’est qu’ils sont si petits qu’on ne peut les distinguer sûrement sur les endroits de la peau oii ils ont causé des élévations. Pendant que je défaisais avec ma canne de ces nids qui étaient posés seulement à quelques pieds de hauteur, il est arrivé quelquefois que les environs étaient très éclairés du soleil ; dans les endroits éclairés, je voyais voltiger des milliers de petits corps qui étaient pourtant beaucoup plus gros et en plus grand nombre que ceux qu’on voyait au milieu des rayons de lumière qui entrent dans une chambre obscure ; c’étaient sans doute les poils courts ou les fragments de poils dont l’attouchement est capable d’exciter sur la peau des élévations accompagnées de démangeaisons cuisantes.

» Au reste, les nids ne sont pas également à craindre en tout temps; quand les chenilles les habitent sous la forme de chenille, ils ne produisent des cuissons que quand on les manie beaucoup; ils deviennent plus à craindre quand ils sont remplis de chrysalides ; ils le sont encore plus quand les papillons sont sortis, et d’autant plus qu’il y a plus longtemps que les papillons les ont abandonnés. Ceux qui m’ont causé des douleurs assez piquantes, quoique je les eusse défaits avec ma canne, étaient de ces vieux nids; les poils y sont plus détachés les uns des autres et plus détachés de la peau; d’ailleurs, les vieux poils se dessèchent et se brisent ensuite en petits fragments. Car ces poils, au moins les plus grands, ne sont pas toujours en état de nous incommoder; j’ai même lieu de croire que les grands poils ne sont jamais en état de nous causer de la douleur; j’en ai arraché des plus grands de dessus les dépouilles de ces chenilles, et même de dessus les dépouilles quittées depuis un an, je m’en suis bien frotté les doigts et le poignet, sans m’être donné aucune démangeaison ; mais quand je me suis ensuite frotté avec une petite portion de la dépouille même, l’expérience m’a mieux réussi que je ne voulais : je me suis donné de vives cuis-

INSECTES

sons dont je n’ai pas été quitte aussitôt que je l’eusse souhaité, li ne serait venu ni tant ni de si grosses boursouflures sur nia peau quand je me la serais frottée avec les plus piquantes orties. Aussi, ayant observé les dépouilles de ces chenilles avec une forte loupe, j’y ai distingué des poils que les yeux, aidés du secours d’une loupe qui aurait eu plusieurs pouces de foyer, n’auraient pas aperçus. Avec la même loupe forte, j’ai observé de petits points noirs dans les endroits douloureux et élevés de ma peau , c’étaient apparemment les bouts des poils, à qui il est plus naturel d’attribuer cet effet qu’à la peau même de la chenille.

» Non-seulement la douleur causée par ces piqûres dure plusieurs jours, mais ce qui doit paraître plus singulier, c’est qu’elle parcourt successivement différents endroits du corps. Ceux qui le matin étaient élevés et cuisants, sont quelquefois aplanis le soir et ne sont plus douloureux; mais de nouvelles élévations paraissent sur la peau et accompagnées d’une semblable douleur, quelquefois sur des endroits éloignés des premiers ; quelquefois celles d'un endroit du poignet passent et il en paraît à d’autres endroits du poignet; quelquefois celles du poignet disparaissent entièrement et il en vient entre les doigts; et il y en a qui viennent au visage ou à d’autres parties du corps, même cachées, mais apparemment où on a porté les mains. Les poils ont causé sur-le-champ de la douleur aux endroits qu’ils ont piqués; mais le nombre des poils qui sont restés simplement couchés sur la peau peut être très grand et considérablement plus grand que celui des autres. Les mouvements qu’on se donne par la suite les portent sur les différentes parties, ou les redressent sur celles où ils étaient et les mettent en état de piquer. Il peut même se faire que les poils sortis d’une piqûre ne tombent pas à terre et qu’ils aillent blesser la peau dans un autre endroit.

» Après avoir été assez maltraité par ces nids, plus d’une fois je ne les touchais qu’avec précaution et le moins que je pouvais; je chargeai quelqu’un à qui ils avaient fait du mal dans ma compagnie, mais moins qu’à moi, de me détacher des coques d’un gâteau, soit pour les faire dessiner, soit pour les examiner. Je lui lis bien enduire les mains d’huile pour voir si alors il ne les pourrait pas manier avec moins de risque. Il eut plus de confiance au préservatif que je lui avais donné à éprouver que je n’en avais moi-même : il n’est quelquefois pas mal que les malades aient dans les remèdes qui leur ont été présentés une confiance que les médecins euxmêmes n’y ont pas; mais il n’en fut pas de même du préservatif

que j'avais voulu faire essayer. Mon lioniiue, qui était physicien, crut qu’ayant les mains enduites d’une épaisse couche d’huile, les poils des chenilles ne pourraient s’engager dans sa peau; il mania et remania le gâteau, il le dépiéça beaucoup plus que je ne le lui demandais; l’huile défendit mal ses mains, elles furent, en moins d’un quart d’heure, couvertes de boutons, de rougeurs et d’élcvures douloureuses, qui ne passèrent qu’après trois ou quatre jours.

» Le dernier remède que j’ai éprouvé pour me délivrer des démangeaisons cuisantes que ces nids m’avaient causées, m’a bien réussi. Pendant quelques minutes, je frottai rudement de percil les endroits douloureux; les cuissons furent adoucies sur-le-champ, et j’en fus entièrement quitte au bout de deux ou trois heures, sans avoir eu recours à de nouvelles frictions. »

M. le docteur Jeanjean, de Montpellier, nous a dit avoir eu recours à ce moyen pour combattre des urtications dues à la même cause, et en avoir également obtenu de bons effets; mais quelques bains donnent aussi un résultat analogue.

Parmi les chenilles propres à l’Europe qui donnent lieu aux mêmes accidents que celles des Processionnaires, on peut citer celle du Liparis auriflua, qui vit dans les bois; celle du Lithosia caniola, qui mange les lichens des murailles ou des toitures, et quelques autres encore. Nous avons été nous-même piqué à l'index par les poils de celle du Bombyx qucrcas, et il en est résulté une enflure et une irritation très persistante, dont les symptômes simulaient à certains égards ceux du rhumatisme goutteux.

En 1 820 , les chenilles du Liparis auriflua avaient envahi les petits bois des environs de Montpellier, et elles leur avaient ôté presque toutes leurs feuilles, laissant dans le branchage des toiles remplies des débris de leurs diverses mues. Les gens qui coupaient ces bois pour l’usage des boulangers ou qui en transportaient des fagots, furent tous atteints d’une éruption urticante dont on ne comprit pas tout d’abord la cause : elle était due aux poils laissés par les chenilles, et se développait surtout aux mains ou sur la nuque, ce qui tenait au maniement du bois infesté ainsi qu’à l’habitude fréquente, chez ces travailleurs, de porter les fagots sur leur cou et sans avoir la précaution de le protéger au moyen d’un sac. Dès que la cause du mal fut reconnue, on ne tarda pas, à l’aide de quelques précautions, à empêcher presque complètement le mal de se reproduire.

Réaumur pensait qu’on pourrait utiliser dans quelques circonstances les propriétés urticantes des Processionnaires. « Si on rnan-

INSECTE»

quait de vésicatoires, si c’était un (le ces remèdes qui paraissent mériter do nouvelles recherches, je ne sais si on ne pourrait pas employer nos dépouilles de chenilles bien pulvérisées au lieu de mouches cantharides; je crois qu’elles seraient capables de produire autant d’effet qu’en produisent ces mouches, peut-être en produiraient-elles davantage et plus promptement 1 . » Iiéaumur aurait pu faire valoir, à l’appui de son opinion, que cette excitation est purement extérieure et qu’elle ne s’étend pas aux organes internes, comme le fait celle de la cantharide. Il paraît d’ailleurs que les anciens ont eu recours à ce moyen. On lit en effet, dans Dioscoride, que de son temps on employait en Espagne ces chenilles pour faire des sinapismes (2). On leur reconnaissait aussi une action diurétique.

On a constaté, dans les poils urticants de certaines Chenilles, la présence de l’acide formique, que nous avons déjà signalé comme une sécrétion propre aux Fourmis, et qui se retrouve aussi dans les poils urticants des orties ( Urtica urens et dioicar

C’est à un genre de Bombyces portant le nom de Cossus Cossus, Fabr.) qu’appartient la Chenille du saule et de l’orme, qui a fourni à Lyonnet le sujet de son magnifique travail anatomique 3 .

Les Cossus lépidoptères n’ont rien de commun avec les larves d’insectes auxquelles les Romains donnaient le même nom et dont ils étaient si friands. Les Cossus des Romains vivaient aussi dans le bois, mais on suppose que c’étaient les larves de Coléoptères.

D’autres Phalénidés ont la trompe rudimentaire ou peu allongée; les ailes amples, en toit et presque horizontales; le corps grêle et les antennes souvent pectinées dans le sexe mâle. Ces Papillons ont parfois des couleurs agréables; leurs chenilles, qui n’ont que dix ou douze pattes, ont une manière particulière de marcher qui es a fait nommer arpenteuses ou géomètres ( Geometrœ ). Ils forment la tribu des Phalénins.

Les Pyhalins ont la trompe distincte, mais quelquefois rudimentaire; leurs ailes sont en toit écrasé, les supérieures étant, en outre, arquées à leur base.

Ces espèces nous nuisent en attaquant nos végétaux alimentaires; on les redoute beaucoup pour la vigne, dont elles détruisent parfois les produits dans des provinces entières. La Pyhale de la vigne

(1) Loco cil., p. 19i.

(2) « Nascitur et Sylvestris Eruca, maximè in Iberià quæ occidcntein spectat ac ipsius semine loci illius incolæ pro sinapi utunlur. » (Dioscorides, l'rad. de Saracenius, p. 146).

(3) Traité anatomique de la Chenille du saule. La Haye, 1782, in-4.

i.ia'iiioi’TJituis.

est le Pyrulis vituna. L'histoire en a été faite par Audouiu. U autres pyrales attaquent le seigle, les pommes, etc.

C’est à la même tribu qu’appartient le genre Aglosse [Aylossa, Latr.) ainsi caractérisé : palpes inférieurs un peu plus longs que la tête; leur deuxième article presque aussi large que long, en forme de losange; le troisième tubuliforme; trompe nulle ou seulement rudimentaire ; antennes ciliées chez le mâle; oviducte de la femelle térébri forme; chrysalide contenue dans un tissu de soie blanche et recouvert de débris provenant des substances environnantes; chenilles à peau luisante et coriace, ressemblant à des larves de Coléoptères carnassiers.

Ces chenilles se nourrissent de substances animales; aussi le trouve-t-on dans les cuisines ou chez les marchands de comestibles. Telle est en particulier LAglosse de la graisse [Ag/ossa pinguinalis) , qui vit dans le beurre, le lard, la graisse, etc. Elle s’introduit quelquefois dans l’estomac et dans les intestins de l’homme avec les aliments; c’est ce que Linné a eu FlG. 67-Aglossa piuguinaliS) l’occasion d’observer dans le nord de l’Europe (1).

Nous représentons le papillon qui naît de cette chenille.

Une seconde espèce du même genre [Aglossa farinalis ) vit dans la farine; une troisième ( Aglossa cuprealis) se tient dans les cuirs apprêtés pour le commerce.

Les GALLÉRiEs(g. Gulleria, Fabr.) sont voisines des Aglosses; deux

(1) L’observation de Linné a trait à un jeune garçon dans l’estomac duquel deux larves de cette espèce s’étaient introduites. On cite d’autres chenilles de Lépidoptères qui furent rejetées des narines, par un jeune garçon , à Ravenne (observ. de Fulvius Angalinus, reproduite pai MM. Kirby et Spence), et de l’estomac d’un Anglais (obs. du docteur Church, publiée dans Good’s Study of Medec. t. I, p. 103),

Martin Lister a aussi constaté l’introduction dans l’estomac de larves de Noctuelles. Son observation a été consignée dans les Transactions philosophiques pour 1663.

Un cas analogue a été observé en France par M. Duméril et enregistré dans les Annales de la Société enlomologique pour 1830.

Enfin le docteur Robert Caldcrwood fait mention, dans les Medical Com/nentaries (t. IX, p. 223), de larves du Ponlia Brassicæ, qui avaient séjourné dans le canal intestinal d’un jeune homme. Cette observation a été faite en Écosse.

3fiO

INSECTES

de leurs espaces (G. cerearia et alvearia ) sont avides de cire et nuisent aux ruches.

Les Noctueluns ( Noctuellina ) sont d'autres Lépidoptères nocturnes, à corps écailleux, à prothorax souvent huppé, à vol rapide, que Ton rencontre de nuit butinant sur les fleurs; ils ont la trompe roulée en spirale, les antennes ordinairement simples et les ailes en toit.

Les TINÉIDÉS ou les Teignes forment la dernière famille des Lépidoptères; il y en a deux tribus.

LesTiNÉiNS ou Teignes proprement dites (g. Tinea, L. n’ont pas, comme les Ptérophorins (g. Pteropkorus, Geoff., ou Fissipennes de Latreille), qui sont la deuxième tribu de cette famille, les ailes décomposées en éléments penniformes; elles les ont en triangle ou roulées autour du corps. La plupart de leurs espèces nous sont nuisibles; elles attaquent nos substances alimentaires ou nos étoffes, et l’une d’entre elles, I’Alucite des céréales ( Alueita cerealella occasionne des démangeaisons cutanées insupportables, et des ardeurs de la gorge qu’on a attribuées à ce qu’elle serait douée d’un principe analogue à celui des Cantharides. Mais les effets qu’elle produit ne sont pas absolument les mêmes, et l’explication qu’en donne M. Doyère (1} paraît préférable. Ces Alucites vivent principalement dans le blé, et elles y sont souvent très abondantes, ce qui oblige à des rebattages et à des nettoyages, à la suite desquels se manifestent habituellement les accidents. Ceux-ci consistent en démangeaisons cuisantes et en une inflammation générale de toutes les parties exposées à l’air. Quelquefois il se déclare une fièvre assez violente pour aliter pendant plusieurs jours les gens adonnés à ces travaux; c’est surtout le lancer ou nettoyage à la pelle qui occasionne des accidents, parce qu’on lance le grain, ce qui en fait sortir beaucoup de débris d’ Alucites qui se répandent dans l’atmosphère.

M. Doyère voit là une simple action mécanique exercée par les écailles piliformes qui garnissent le bord des ailes des Alucites. Ces petites aiguilles, à la fois légères, aiguës et déliées, et qui existent par milliers à la surface d’un seul papillon, se détachent et tombent ensuite comme une poussière sur la peau des hommes, qu’elles irritent, comme le font les poils de certains cactus ou ceux des Chenilles processionnaires.

On a proposé plusieurs moyens chimiques pour faire périr plus

(1) Ann, de l’Institut agronomique de Versailles.

sûrement ces insectes, si nuisibles aux grains, sans exposer aux inconvénients qui viennent d’être rappelés les gens préposés à leur conservation ; le sulfure de carbone a donné de bons résultats, parce qu’il dispense du lancer.

Les Teignes nuisibles à nos vêtements, aux étoffes de nos meubles, etc., sont surtout les Tinea sarcitella , T. tapezella et T. pellionella. C’est par leurs chenilles qu’elles sont redoutables, et les tissus de laine sont ceux qu’elles attaquent de préférence.

Réaumur a décrit avec soin les mœurs des Tinéides des laines et des pelleteries (1).

Dans ces derniers temps, leurs caractères spécifiques ont été étudiés par plusieurs entomologistes, principalement par M. Bruand.

Les chenilles de ces Insectes ont quatorze pattes ; les unes vivent de fruits; elles plient ou roulent des feuilles pour s’y fixer, ou bien elles entrent dans les fruits et dans les graines; d’autres se construisent des fourreaux, tantôt fixes, tantôt mobiles, qui leur servent d’habitation ; celles des laines et des fourrures sont plus particulièrement dans ce cas. On a remarqué que ces dernières n’attaquaient jamais les produits épidermoïdes tant que ceux-ci sont sur le corps des animaux; les laines en magasin, les cuirs, les peaux que Ton conserve comme fourrures, ont, au contraire, beaucoup à souffrir de leur présence.

Ordre des Hémiptères (2).

Les Insectes de l’ordre des Hémiptères se laissent plus aisément caractériser par leurs appendices buccaux disposés en forme de bec allongé ou de suçoir et par leurs métamorphoses incomplètes, que par la disposition en demi-élytres de leurs ailes supérieures. Chez un grand nombre d’entre eux, en effet, et plus particulièrement chez les nombreuses espèces qui rentrent dans la même famille que les Punaises, ou que les Nèpes, etc., les ailes de la première paire sont bien en partie coriaces et élytriformes, et en partie membraneuses; mais chez les autres, principalement chez les Fulgores, chez les Cigales et chez les Pucerons, les mêmes ailes sont ordinairement solides ou transparentes dans toute leur étendue. Les Cochenilles, dont les mâles seuls acquièrent des ailes, et seule-

(1) Mémoires, t. III, p. 41 et 67 ; 1727. 2) Les Rhynchotes de Fabricius.

INSECTES

nient au nombre de deux, ont aussi ees organes transparents; on a proposé d’en faire un ordre ;t part (1), mais le plus souvent on les associe aux autres Hémiptères à ailes transparentes, sous le nom commun d’Uomoptères (Latrcille), et l’on fait de cette seconde division des Hémiptères un ordre distinct de celui des autres Hémiptères ou Hémiptères à demi-élytres, qui sont alors appelés Hétéroptères (Latr.).

Le trait distinctif des Hémiptères réside donc dans la disposition spéciale des parties de leur bouche qui forme un suçoir droit et replié sous le corselet pendant le repos, et dont l’apparence est fort différente de celui des Lépidoptères ou des Diptères. La lèvre inférieure est en forme de game ; les mâchoires et les mandibules constituent les parties sétiformes et perforantes. C’est à cause de cette disposition en rostre des appendices buccaux que Fabricius donnait aux Hémiptères le nom de Rhynchotes ( Rhynchota ).

Ces Insectes sont essentiellement suceurs, et, pour la plupart, ils se nourrissent du suc des végétaux qu’ils hument au moyen de leur bec. Quelques-unes attaquent aussi les animaux ; de ce nombre sont les Punaises du genre Acanthie, ou Punaises des lits, les Réduves, les Notonectes et quelques autres.

C’est sans doute à la même série qu’appartiennent les Poux , dont il sera question comme troisième sous-ordre après les Hétéroptères et les Homoptères. Un quatrième sous -ordre d'Hémiptères nous sera fourni par les Podurelles, qui sont aptères aussi bien que les Poux.

Sous-ordre des ffétér opter es.

Les Hémiptères hétéroptères ou les Hémiptères à demi-élvtres ont le bec inséré sous le front, et leur prothorax est plus grand que leurs deux autres segments thoraciques. Ils constituent une réunion assez nombreuse dont les espèces sont généralement désignées sous le nom de Punaises. On les partage en Géocorises ou Punaises terrestres, telles que les Pentatomes, les Corées, les Lyyées, les Capses, les Tingis, les Arades, les Réduves , les Phygmates et les Acanthies, et en Hydrocorises ou Punaises d’eau, telles que les Nèpes, les Galgules, les Plotèrcs, et les Notonectes.

Les Punaises des bois (g. Pentatoma , etc.) répandent une odeur repoussante duc à un tluide sécrété par une glande unique, pyri-

(1) Ordre des Coccides, Dujardiu ( Compt . rend, hebd., t. XXXIV, p. 510 ; 1852).

HEMIPTERES.

l'omit', jaune ou rouge, qui occupe le centre du métathorax et aboutit entre les pattes postérieures. Chez les Syromastes, qui sont aussi des Punaises du groupe de Peutatomins, cette sécrétion a, au contraire, une odeur agréable et qui rappelle celle des pommes de remette.

Plusieurs espèces de Pentatomes sont nuisibles aux agriculteurs; d’autres attaquent les Insectes destructeurs et doivent, au contraire, être épargnées. On cite, sous ce second rapport, le Pentaiome bleu qui tue les Altises de la vigne.

Les Këduyes (g. Reduvius ) comprennent, entre autres espèces, le Réduve a masque [Reduvius personatus) qui s’introduit dans les appartements, s’y recouvre de poussière et fait la chasse aux Punaises des lits, mais se fait en même temps redouter par les piqûres qu’il nous fait. Il est de couleur noirâtre, et a près d’un centimètre de long.

M. Kirby et Spence citent, d’après le major anglais Davis, le Reduvius serratus de l’Inde comme ayant la propriété de donner de petites commotions électriques.

Les Punaises (g. Cimex) , dont on fait maintenant le genre Acanthie ( Acanthia , Fabr.), ont le corps très aplati et des antennes sétiformes; elles n’ont que des rudiments d’élytres et point d’ailes membraneuses et sont incapables de voler. Il paraît cependant que les ailes se développent chez quelques individus, mais seulement d’une manière accidentelle.

C’est à ce genre qu’appartient la Punaise des lits [Cimex lectularius, Linn.; Acanthia lectularia , Fabr.) décrite avec plus de détails par M. Curtis (1) que par les auteurs que nous venons de citer.

Elle est de couleur brun roussàtre, a les yeux noirs, le prothorax relevé et comme aliforme sur les côtés, l’abdomen subarrondi, marqué d’une tache noire en arrière, le corps finement ponctué et pubescent, et le bout des tarses noir; ses antennes sont presque filiformes à leur extrémité; ses élytres sont fort courtes.

Quelques auteurs, parmi lesquels on cite des entomologistes, pensent que la véritable patrie des punaises est l’Inde ; ils assurent qu’elles y prennent un développement plus complet et qu’elles y acquièrent même parfois des demi-élytres semblables à celles des autres Hémiptères, et des ailes membraneuses; ce qui, dit-on, arrive aussi quelquefois aux Punaises d’Europe : maisM. Rurmeister ne croit pas qu’il en soit ainsi.

(1) British Enlomology, t. VIII, n° 569.

INSKCTKS.

3 6 fl

Cet Insecte, l'un des plus dégoûtants parmi ceux qui attaquent l’homme, répand une odeur désagréable. Il abonde dans les habitations malpropres, principalement dans les villes, et plus particulièrement dans celles du Midi. C’est dans les lits ou dans les boiseries et les papiers de tenture qui en sont peu éloignés qu’il se tient de préférence, et sa forme aplatie lui permet de se loger dans | les moindres fentes. II est essentiellement nocturne. Les piqûres qu’il fait à la peau sont douloureuses et suivies le plus souvent d’une petite ampoule. Alors il se gonfle, et l’on reconnaît en l’écrasant qu’il a sucé une assez grande quantité de sang. Les ampoules produites par ses piqûres sont quelquefois assez confluentes pour simuler une véritable éruption.

Les Punaises peuvent rester longtemps sans prendre de nourriture; elles sont alors plus aplaties et presque transparentes. Les jeunes sont de couleur pâle, mais elles acquièrent une couleur sanguine dès qu’elles ont pu piquer quelqu’un. Les œufs sont blancs et un peu allongés. Vus à la loupe, ils paraissent couverts de petites aspérités filiformes qui contribuent à les faire adhérer aux corps étrangers.

On a souvent beaucoup de peine à débarrasser de ces Insectes les logements ou les meubles qui en sont infestés. La fumée du tabac, l’essence de térébenthine, le soufre en combustion, l’onguent mercuriel, la pâte au sublimé corrosif sont les meilleurs procédés pour les détruire, et une extrême propreté peut seule les empêcher de s’établir de nouveau aux mêmes lieux. La passe-rage ( Lepidium ruderalc) paraît avoir la propriété de les faire mourir.

Il y a des Punaises dans une grande partie de l’Europe, dans le nord de l’Afrique, en Asie, dans l’Amérique et dans beaucoup d’autres lieux fréquentés par les Européens. On a dit qu'elles nous avaient été apportées d’Amérique. Cette assertion est inexacte, puisqu’il est question de ces Insectes dans plusieurs auteurs anciens. Aristote parle d’une Kopiç, qui vit comme les Poux et les Puces aux dépens de nos humeurs. Pline et Dioscoride en font aussi mention.

Matthiole (1), médecin et savant naturaliste du xvic siècle, qui vivait à Sienne, parle assez longuement des Punaises des lits; il en donne la figure et rappelle les propriétés bizarres qu’on leur avait attribuées chez les anciens pour la guérison de certaines maladies; il les regarde avec raison comme les Kopiç de Dioscoride (2).

(t) P. A. Matthioli senensis, Commentant in libros Dioscoridis, p. 227. Lugduni, 1363.

(2) « Cimices qui iu cubilibus enascuntur, numéro septeui cum fabis in cibos

Moufet dit que les Punaises n’existaient pas en Angleterre avant le commencement du xvie siècle, etSouthall assure même qu’il u’y en avait point à Londres avant l’année 1671) ; cependant il est constaté qu’elles y avaient déjà fait leur apparition avant le grand incendie de 1666.

Fig. 68. — La Punaise des lits. Fig. 69. — La Punaise arrondie.

Dans le nord de l’Europe, les Punaises sont encore rares ou même tout à fait inconnues.

Azara, qui a fait au Paraguay de nombreuses observations d’histoire naturelle, a remarqué que les Punaises n’attaquaient point l’homme lorsqu’il est à l’état sauvage, mais seulement quand il est réuni dans des habitations à la manière européenne, et il est ainsi conduit à émettre l’opinion bizarre que cette espèce d’insectes n’a été créée que quelque temps après la nôtre, et alors que les hommes s’étaient déjà constitués en république et en états urbains.

Suivant Fabricius, la Punaise de l’Amérique méridionale serait d’une autre espèce que YAcanthia lectularia , et il lui assigne pour caractères d’avoir les élytres courtes et tronquées, le corps noir et les antennes de cette couleur, mais avec les deux derniers articles pâles. La taille est d’ailleurs la même.

On connaît deux autres espèces de Punaises appartenant au genre des Acanthies ou Punaises proprement dites, et qui attaquent également l’homme; ce sont les suivantes :

Acantiiie arrondie ( Acanthia rotundata , Signoret). Elle est un

additi, et ante accessiones devorati, quartàna laborantibus auxilio sunt. Quin et citra fabas devorati, de morsis ab Aspide prosunt. Vulvæ strangulatione effcctas olfactu revocant. Ceterùm sanguisugas cum vino aut aceto poti pellunt. Triti verô et urinariæ fistulæ impositi, urinæ difficultati niedentur. » (Dioscorides, De meclica materia, lib. II, cap, xxxvi, édition de Saracenius, p. 97.)

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