‹ Zoologie médicale (volume 2)Chapitre 77 sur 96 · INDUCTIONS THÉRAPEUTIQUES · texte numérisé non relu

INDUCTIONS THÉRAPEUTIQUES

Aclioli périodique.

Tarentule.

Mygale.

Action sudorifique.

Action sur le système nerveux et génital

Action locale. .

Syncope.

Fièvre éphémère.

Odoutalgie.

— Action locale.

Clubione nourrice. — Action locale.

Clubione médicinale

Action locale. .

Action interne.

' Fièvres intermittentes rebelles. — Affections nerveuses à longues pe'riodes. — Hystérie# — Hypochondrie. — Manie. — Délire. — Folie périodique.

Épilepsie. — Chorée. — Tarentisme nerveux. — Piqûre de tarentule.

Fièvre iulcrniillenle sudorale.

Suette.

Sueurs profuses.

Hydropisies, œdème, anasurque.

Albuminurie.

Satyriasis.

Nymphomanie.

Curdialgie.

Syncope.

Aliénions uerveuses périodiques.

Phlegmon.

Anthrax.

Phlegmon.

Furoncles.

Anthrax.

Fnronclei.

Anthrax.

Vésicant.

Narcotique.

Action irritante sur la vessie.

TégÉlNAIBE. — Meme propriété que la clubione médicinale suivant lient».

i Action anlipériodiquc. — Fièvre intermittente quotidienne, sym- Epéire DIADÈME. . . | plûmes consistant surtout en froid.

PUOLQUE ÏUALANC1DE. — Ophthalmtes.

(1) Élude sur le venin des Arachnides el son emploi thérapeutique, suivie d'une dissertation sur le tarentisme et le ligrelier. In-8". Paris, 185G. (Extrait du journal l’Art médical.)

ATI ACTINIDES.

(Syncopes, cardialgies , chorée arec semiparalysie de» membres.

l terre . l Convulsions avec tremblement, étouffement

LlTRODECTE. , , . . 1 \ à l'air renfermé, asthme.

[ Lalrodcclc de Corse, j DouW, articulairé, cWiqù«.

Après avoir résumé sa théorie par le tableau qui précède, M. Ozanam s’exprime ainsi au sujet du tarenlisme et du tigretier:

« 1° La piqfire de la Tarentule détermine réellement les phénomènes du tarentisme (1) ;

» 2° Le tarentisme nerveux a existé réellement pendant deuxs iècles en Europe comme maladie épidémique (2 ;

» 3° Il existe encore en Abyssinie, sous le nom dé tigretier;

» 4° Le venin de la Tarentule, suivant la loi de similitude, devra soulager et guérir le tarentisme s’il se reproduit en Europe;

» 5° L’action salutaire de la musique sur les malades atteints soit du tarentisme nerveux, soit de la piqûre de la Tarentule, paraît réelle et démontrée.»

L’Araignée la plus redoutée dans les parties centrales de l’Europe est I’Araignéedes caves ( Scgestriacellaria ). Elle ne donne pourtant lieu à aucun accident réellement grave; mais il paraît qu’il n’en est pas de même des Tarentules et des Malmignattes du Midi, dont nous parlerons avec plus de détails.

L’Araignée tarentule {Aranea tarentuia, Linné) appartient au genre des Lycoses, dont les nombreuses espèces sont chasseuses, courent pour attraper leur proie, portent ordinairement leurs cocons avec elles et donnent une attention toute particulière à l’éducation de leurs petits, qu’elles tiennent habituellement sur leur dos pendant un certain temps.

(1) « La question du tarentisme fut peudant deux siècles une des préoccupations du moyeu âge. Il survint alors dans le midi de l’Europe uue maladie nerveuse, épidémique, dont les phénomènes ressemblaient si fort à ceux que produit la piqûre de la Tarentule qu’ou en vint à les confondre l une avec l'autre; puis, s’apercevant de l’erreur dans laquelle on était tombé, on se prit à nier la possibilité de pareils accidents, attribuant tout à l’amour du merveilleux et à la contagion de l’exemple. » (Ozauam, p. 56.)

(2) « Il existe dans la province du Tigré, en Abyssinie, une sorte de chorée , de musicomanic endémique, qui a la plus graude ressemblance arec le tarentisme. Comme lui, elle prend sou nom du pays où on l'observe; elle attaque plus souvent les femmes que les hommes, et se caractérise par un état mélancolique dont la prolongation finit par amener l’amaigrissement et la mort. La musique et la dause ont seules le pouvoir de triompher de ses crises. » (Ozanam, p. 76.)

AHAXÉIDES. tihl

Il y a plusieurs divisions dans le genre des Araignées Lycoses.

Celle qui comprend la vraie Tarentule et quelques autres espèces qu'on a souvent confondues avec elle appartient principalement à la région méditerranéenne et a l’Amérique septentrionale.

Toutes ces Lycoses (1) n’inspirent pas la même crainte, et l’on a constaté sur plusieurs d’entre elles que leur piqûre n’est guère plus mauvaise que celle des Araignées ordinaires.

C’est dans la Pouille (.4 pulioî) , qui fait partie du royaume de Naples, et principalement aux environs do Tarente, que l’on trouve ces Tarentules réputées si dangereuses ( Lycosa tarentulci Apuliœ , Walckenaer) et auxquelles se rapportent les faits de tarentisme dont tant d’auteurs ont parlé.

Les tarentulés ( tarentulati ), c’est-à-dire les gens qui sont mordus par la Tarentule, éprouvent les phénomènes nerveux les plus singuliers. Ils crient, rient, soupirent et font mille extravagances qui témoignent d’une grande exaltation mentale. Ce sont pourtant presque toujours des gens du peuple, surtout des paysans, et c’est pendant les travaux de la moisson ou à l’époque de la canicule que l’on voit presque toujours survenir ces accidents. Les malades ne peuvent, dit-on, supporter la vue du noir et du bleu, mais le rouge et le vert leur sont agréables. Voici à quel traitement on les soumet : leurs compagnons leur jouent, avec la guitare, le hautbois, la trompette ou le tambourin sicilien, différents airs, principalement la Pastorale et la Tarentule, que l’on trouve notés avec soin dans plusieurs ouvrages. Les malades se mettent aussitôt à danser, et lorsqu’ils sont accablés de fatigue et tout baignés de sueur, on les met au lit. Ils dorment, et à leur réveil ils sont guéris. Mais cette prétendue maladie donne parfois lieu à des rechutes, et l’on va jusqu’à dire que celles-ci peuvent se répéter pendant vingt ou trente ans ou même pendant toute la vie. C’est alors le tarentisme nerveux, qui, il est vrai, n’a pas toujours pour point de départ la piqûre des Tarentules. Cette piqûre, et plus particulièrement le traitement auquel elle donne lieu, peuvent en amener la guérison.

Beaucoup d’auteurs ont parlé du Tarentisme. On en cite un, Nicolo Peretto, qui vivait au milieu du XIIIe siècle. Parmi ceux du xvir siècle, on remarque le célèbre médecin italien Baglivi, dont le travail (T) a paru à Rome en 1096. Walckenaer adonné, dans son Tableau des Aranéides et dans le t. I de Y Histoire des

(1) Vulgairement Araignées-loups.

(2) Dissertatio de anatom., mors, et affect. Tarent.

ARACHNIDES

Aptères, Va liste des ouvrages où il est question du tarentisme. C’est presque uniquement des Tarentules de la Fouille qu’ils s’occupent, car, dans aucun autre pays on n’a réellement rien constaté d’analogue, quoique les Tarentules ou les Araignées qui leur ressemblent le plus y inspirent souvent plus de crainte que les autres.

On cite des Araignées-Tarentules en Algérie, en Égypte, en Crimée, en Grèce, dans plusieurs parties de l’Italie, dans plusieurs îles de la Méditerranée, dans le midi de la France, particulièrement auprès de Narbonne, en Espagne, etc., et nulle part elles ne donnent lieu aux accidents attribués à celles de la Pouille.

Les Tarentules sont-elles réellement plus venimeuses dans ce dernier pays que partout ailleurs, ou bien un préjugé, aussi ancien que bizarre, serait-il l’unique cause des faits singuliers auxquels elles donnent lieu, c’est ce que des observations faites avec soin permettront seules de décider.

Tout ce qu’il est permis de dire encore, c’est que l’imagination et les préjugés jouent le plus grand rôle dans cette affaire, et qu’il n’est pas certain que les tarentulés, abandonnés à eux-mêmes ou soumis aux précautions fort simples qui suffisent dans les piqûres des Scorpions et des autres insectes réputés venimeux, ne puissent également triompher de la morsure des Tarentules de la Pouille.

Celles-ci constituent cependant une espèce différente des Tarentules de l’Espagne, du midi de la France, etc., et Walekenaer leur reconnaît, en effet , des caractères particuliers.

Elles joignent à ceux qui sont propres aux Lycoses du sous-genre Tarentule, la couleur fauve rouge de leur ventre , qui est traversée par une bande noire, et elles ont des taches en chevron sur l’abdomen ainsi que sur le céphalothorax. En outre, leurs yeux de la ligne antérieure sont un peu plus gros que les latéraux de la même ligne, et ils sont noirs comme eux, tandis que les gros yeux in-

Fig. 89 — Lycose narbonnise. — 1. De grandeur naturelle. — 2. Les yeux grossis.

ARANJfilDES. /li9

termédiuires ou ceux de la seconde ligne sont noirs. Ce caractère distingue les Tarentules de la Fouille de celles dites narbonnaise (1) et hispanique.

On possède, indépendamment du travail que M. Ozanam, ancien bibliothécaire de 1 Académie de médecine de Paris, a publié sous le titre d Etudes sur le venin des Arachnides et sur son emploi thérapeutique, un mémoire de M. Lambotte, inséré dans les Bulletins de V Académie de Bruxelles pour 1838 (2), mais qui traite principalement de l'Araignée malmignatte.

L'Araignée malmignatte [Aranea tredecimguttata de Rossi, Thcridion malinifjnata ou Latrodectes malmignatus de Walckenaer) est une espèce des régions méditerranéennes, qui ressemble, sous plusieurs rapports, aux Théridions, avec lesquels divers auteurs Font même classée. Son corps est noir, avec quatre petites taches rondes, d’un rouge de sang sur l'abdomen.

En Italie, en Corse, en Sardaigne, en Espagne, etc., la Malmignatte est très redoutée, et sa piqûre passe pour mortelle. Boccone, Keysler, Rossi et d’autres encore ont soutenu cette opinion, et on la retrouve dans des auteurs plus récents. Luigi Totti, médecin de l’hôpital de la Madeleine àVoltera, en a fait le sujet d’un long mémoire imprimé dans le tome YII des Actes de /’ Académie des sciences de Sienne. M. Cauro a consacré sa thèse inaugurale (Faculté de Paris, 1833) aux moyens curatifs de la morsure duThéridion malmignatte, etM. Graëlls (de Barcelone) a communiqué à la Société entomologique de France des faits également intéressants et que cette Société a publiés dans le tome III de ses Annales première série).

Voici comment s’exprime ce dernier naturaliste :

« L’apparition d’une Araignée dont les morsures ont produit de graves accidents chez les habitants del campo de Tarragonas , et par suite desquels plusieurs personnes d’une constitution faible sont mortes, fut signalée pour la première fois en 1830 par les gens du peuple appelés el plor. Elle attira l’attention de l’Académie royale de médecine et de chirurgie de Barcelone, qui nomma une com-

(1) Les mœurs de celles-ci ont été étudiées avec sein par le naturaliste Chabrier, dont le mémoire a paru eu 1806 dans le Recueil de la Société des sciences et arts de Lille, et dans le Magasin entomologique dllliger. Dugés a donné, dans les Annales des sciences naturelles pour 183G, quelques nouveaux détails sur la même espèce.

(2) Tome IV, page 488, avec une planche.

ARACHNIDES

mission pour examiner les personnes mordues par cette Araignée et reconnaître quelle était l’espèce qui causait ces accidents. Malheureusement ce dernier point est fort difficile à vérifier. Les paysans s’étaient attachés à détruire toutes les Araignées qu’ils rencontraient et ne pouvait signaler celle malfaisante.

» En 1833, ce fléau apparut pour la deuxième fois parmi les habitants d’El Vendrell, dans le môme district, en produisant les mêmes accidents, et en telle quantité que les paysans n’osaient plus sortir pour se rendre à leurs travaux. Cependant de graves accidents furent signalés. Nommé pour faire partie de la commission chargée d’examiner cet Insecte, je reconnus que cette Araignée n’était autre que le Théridion malmignatte Aranea \ Z-guttata, Fabr.).

» J’ai vu, en effet, cette espèce en très grande abondance dans les terres incultes de Montjui, près Barcelone, jusqu’au château de Fels, principalement sur les côtes de Garaf. Elle n’a pas, dans ces localités, produit les mêmes malheurs que parmi les cultivateurs ci-dessus mentionnés, à cause du peu d’habitants dans ces terres incultes.

» Parmi les particularités que j’ai remarquées dans ces derniers lieux, j’ai observé que cette Aranéide se nourrit principalement de la Cicindela scalaris, qui est très commune dans cette contrée. Le nid de ce Théridion était formé des débris de ce coléoptère entrelacés avec quelques parcelles de végétaux par divers fils. Cette Araignée, qui guette fort bien sa proie du fond de sa retraite, se précipitait hors de sa demeure avec une grande vélocité pour se jeter sur divers orthoptères sauteurs et quelques cigales qui mouraient ensuite entre les mandibules de leur ennemi. »

Ainsi M. Graëlls a bien constaté que les Malmignattes font périr, et cela instantanément, des insectes même assez gros, des Cigales par exemple, mais il n’a pas vu par lui-même les effets de la piqûre de ces Aranéides sur l’homme. Quant aux cas de mort, il n’en parle que par ouï-dire, et c’est aussi ce qu’avait fait M. Cauro.

En traitant de la piqûre des Malmignattes, M, Cauro s’exprime ainsi :

« Il est bien certain qu’elle est très dangereuse en Corse ; peutêtre serait-elle mortelle dans quelques circonstances, a

Walckenaer,en faisant cette citation dans le tome I" de Y Histoire naturelle des Insectes aptères, ajoute :

« M. Cauro donne les détails des effets de cette morsure, qui ressemblent, dit-il, à ceux de la vipère; mais M. Cauro, non plus

GALÉODES. /j fil

qu’aucun de ses prédécesseurs, n'a pris le soin de s’assurer que la maladie qu’il décrit était véritablement causée par le Latrodecte malmignatte. Il ne rapporte aucune observation, aucune expérience qui le démontre. »

Walckenaer fait aussi remarquer que les mandibules de la Malmignatte ne sont pas très fortes, et que cette Araignée n’est pas grande. « Mais, ajoute-t-il, M. Abbot, qui ignorait ce qui avait été écrit en Europe sur les Latrodeetes, dit, de trois espèces qu’il a figurées, qu’en Amérique leur morsure est redoutée. »

C’est là un sujet qui mériterait d’attirer l’attention des observateurs, et nous ne saurions trop le recommander aux médecins que leur position mettrait à même de faire connaître dans quelles limites on doit croire aux dangers de la piqûre des Malmignattes. On trouve quelquefois la Malmignatte dans le midi de la France. Elle n’y a pas la même réputation qu’en Italie et en Espagne.

Ordre des Galéodes.

Les Galéodes ou Solpugides sont des espèces très curieuses d’ Arachnides, auxquelles la force considérable de leurs mandibules et leurs dimensions quelquefois très grandes donnent une apparence redoutable ; aussi les craint-on beaucoup dans la plupart des pays où elles vivent. Leurs mandibules sont très velues, ainsi que la partie antérieure et supérieure de leur corps. Elles n’ont pas de céphalothorax proprement dit. Cette partie est ainsi formée : 1“ une grande pièce scutiformc qui porte deux yeux rapprochés l’un de l’autre, les fortes mandibules dont nous venons de parler, les palpes, c’est-à-dire la seconde paire de pieds-mâchoires, lesquels sont plus grands que les pattes de la première paire, et enfin cette paire de pattes elle-même; 2° trois articles thoraciques distincts sur chacun desquels naît une paire de pattes. L’abdomen est séparé du thorax, quoique sa jonction à cette portion du corps soit beaucoup plus largement établie que chez les Aranéides, et il est multiarticulé. Les orifices des organes respiratoires sont placés sur les côtés entre la deuxième et la troisième paire de pattes ambulatoires; les pattes postérieures ont leur article fémorale garni de petites caroncules. Les mâles portent sur les mandibules un 11abcllum qui manque aux femelles.

Il existe des Galéodes en Espagne, en Italie, en Grèce, dans les principales îles de la Méditerranée et en Afrique depuis l’Algérie jusqu’au Cap. Il y en a aussi dans le midi de l’Asie, depuis la

ARACHNIDES

Russie méridionale et la Turquie jusqu’au Bengale, ainsi que dans les îles Moluques, etc. D’autres animaux de ce groupe habitent l’Amérique méridionale et certaines Antilles. On en connaît déjà plus de trente espèces, dont la taille varie depuis deux centimètres environ jusqu’à sept ou huit.

M. Hutton, en parlant d’une grande Galéode du Bengale, dit qu’elle attaque, pendant la nuit, les Insectes et même les Lézards, et qu’elle se gorge alors au point de ne pouvoir plus marcher. Un Lézard, long de trois pouces, sans y comprendre la queue, fut livré à une de ces Arachnides qui le dévora bientôt. La Galéode s’élança sur lui et le saisit immédiatement derrière les épaules; malgré la résistance du Lézard, elle ne le quitta qu’après l’avoir tué. Le pauvre animal se débattait d’abord avec force en se roulant en tous sens, mais l’Arachnide tenait bon; peu à peu elle le coupa avec ses deux mandibules, de manière à pénétrer jusqu’aux entrailles. Elle ne laissa, dit M. Hutton, que les mâchoires et la peau. Un jeune moineau placé sous une cloche de verre avec cette Galéode fut également tué, mais elle ne le mangea pas.

Les Galéodes de la région méditerranéenne, quoique plus petites que celles des contrées les plus chaudes de l’Afrique ou de l’Inde, sont aussi des animaux très intrépides et fort agressifs.

On ne connaît à ces Arachnides aucun organe vénéneux. Leurs différentes espèces sont partagées en plusieurs genres qui rentrent tous dans la même famille, sous le nom de GALÊODLDÉS.

Le genre principal a conservé le nom de Galéode ( Galeodes ), employé par Olivier. Lichtenstein et Herbst l'appelaient de leur côté Solpuga, et plusieurs auteurs ont accepté cette dénomination. C’est pour cela que Walckenaer a donné à l’ordre des Galéodes le nom de Solpugides.

Ordre des Phalangidcs.

Il est facile de reconnaître les Phalangides, ordre auquel appartiennent les Faucheurs de nos jardins ou de nos bois. On peut les distinguer des Galéodes à leur tête et à leur thorax réunis sous un seul bouclier céphalothoracique. Leur abdomen, qui est formé de plusieurs articles séparés, ne permet pas de les confondre avec les Acarides, et comme il est largement uni au céphalothorax, ces animaux n’ont pas non plus la physionomie des Araignées. Leurs deux paires de pattes-mâchoires sont diversiformes , la première étant terminée en pinces didactyles et la seconde en palpes antenniformes ou spinifèreà: ils ont quatre paires de pattes à tous les

ÀCAJUTIES.

âges, et leur respiration est purement trachéenne. L’air s’introduit dans leur corps par une paire de stigmates placés sous l’abdomen. Les organes de la génération s’allongent en un tube de forme triangulaire, et dont la disposition est très différente pour chaque sexe; ils sont situés à la base de l’abdomen.

Il y a trois familles de Phalangides :

1° Les GONYLEPTIDËS, qui ont les palpes épineux. Leurs espèces sont étrangères à l'Europe (g. Gonyleptes, Ostracidium, Goniosoma, Stygnus, Eusarcus , Mitobates et P/mlangodits).

2° Les PHALANGIDËS, dont on connaît beaucoup d’espèces, parmi lesquelles il en est d’européennes : g. Costnelus, Discosoma, P/ialangium ou Faucheur.

3° Les TROGULIDÉS ou le Trogulus et les Cryptostemma.

Les Phalangidés ne sont dangereux que pour les petites espèces d’animaux, principalement pour les Insectes. Ils n’ont pas d’appareil vénéneux.

Ordre des Acarides.

Les naturalistes réunissent sous la dénomination d ’ Acarides, Acariens , Acares, Mites, etc., un nombre très considérable de petites espèces d’Arachnides dont le corps est en général discoïde ou globuleux et sans distinction bien précise de l’abdomen d’avec le céphalothorax. Ces animaux respirent généralement par des trachées qui s’ouvrent sous leur ventre par une paire d’orifices stigmatiformes. Ils présentent une grande diversité dans la disposition de leurs deux paires d’appendices buccaux suivant les familles ou les genres, et, lorsqu’ils naissent, ils n’ont que trois paires de pattes au lieu de quatre, ce qui a quelquefois induit les naturalistes en erreur, et leur a fait établir des genres différents pour des animaux qui appartenaient cependant à la même espèce.

Beaucoup d’auteurs, parmi lesquels nous citerons Redi, Schranck, Hermann, Dugès et plus récemment MM. Koch et Nicolet, se sont occupés des Acarides, et ils ont publié à leur sujet divers mémoires ou même des ouvrages étendus, bien qu’ils n’aient observé que les espèces européennes de ce groupe, et que chaque jour on puisse encore facilement en trouver, même dans les pays les mieux étudiés sous ce rapport, qui étaient restées inédites.

Il y a des Acarides aquatiques : telles sont les Hydrachmdés ou Hydrachnes et quelques autres espèces appartenant à d’autres groupes. Un bien plus grand nombre vit à la surface du sol dans des conditions très diverses, et il y en a beaucoup qui attaquent

ARACHNIDES

nos substances alimentaires (la farine, le fromage, les figues sèches, les confitures, etc.), ou qui sont parasites des végétaux et des animaux. On en trouve sur des animaux de toutes les classes du règne animal depuis les Mammifères jusqu’aux Polypes. Parmi les Acarides parasites, il en est qui ne vivent fixés sur les autres corps vivants que pendant leur premier âge; quelques-uns, au contraire, ont déjà subi leur métamorphose lorsqu’ils deviennent parasites, et il en est aussi qui restent pendant toute leur vie dans cette dernière condition. L’homme et les principales espèces de mammifères ou d’oiseaux sont souvent attaqués par les Acarides, et sans parler de ceux qui occasionnent des maladies de la peau telles que la gale, il est beaucoup d’autres Arachnides de cet ordre qui sont bien connus par les petits tourments qu’elles nous font endurer.

Nous diviserons les Acarides en neuf groupes ou familles sous les noms de Sciridés, Trombidiclés, Hydracknidés, Gamasidés, Ixodidés , Oribatidés , Sarcoptidés , Démodécidés et Arctisconidés. Les deux derniers ne comprennent encore qu’un petit nombre d’espèces.

Famille des SCIRIDÉS. — Ëlleestaussi appelés Bdellidés , quoique ce nom puisse la faire confondre avec les Sangsues Bdella des Grecs). Cette famille ne renferme qu’un petit nombre de genres remarquables par leurs palpes assez longs, antenniformes et coudés, mais qui ne sont pas terminés en pinces comme ceux des Scorpions et des Chélifères.

Famille des TROMBID1DÉS. — Ce sont des Acarides assez diversifiés dans leurs formes et quelquefois remarquables par le duvet rouge écarlate qui recouvre leur corps. Ils ont les palpes ravisseurs, et leur corps est assez peu résistant. Les larves de beaucoup d’entre eux sont parasites, principalement sur les Insectes et sur les Faucheurs; mais les adultes sont errants.

On en fait plusieurs genres.

Parmi leurs espèces exotiques, il en est d’assez grosses et qui servent pour la teinture ( Trombidium tinçiorium, etc.). Elles vivent dans l’Afrique intertropicale et dans l’Inde. Le Trombidium holosericcum, petite espèce rouge et veloutée de nos pays, peut en donner une assez bonne idée.

Les tilleuls ont pour parasites certains animaux de la mémo famille.

C’est le jeune d’une espèce de Tromhididés ( Trombidium autumnale ) qui a servi à l’établissement du genre Lcptus. Ce petit animal, qui est commun en automne dans certaines localités, envahit les personnes qui vont se promener à la campagne, et il occa-

AC AIUDES. 655

sionne habituellement de vives démangeaisons. On le désigne vulgairement par le nom de Rouget; il est alors hexapode.

Famille des HYDRACHNIDÉS. — Ces Àcarides sont aquatiques ; ils sont nombreux en espèces, et vivent pour la plupart dans les eaux douces. Leurs formes sont souvent très élégantes, et leurs couleurs ont toujours plus ou moins de vivacité.

Les larves de ces Arachnides ont des habitudes parasitiques. L’une d’elles, qui vit sur le Ditisque, a servi à l’établissement du genre Achlyna , qu’un examen plus complet a dû faire supprimer.

Des observations récentes tendent à faire attribuer à des Hydrachnes parasites du manteau de certains Mollusques bivalves la formation des perles que l’on observe chez les Mollusques tluviatiles, aussi bien que chez ceux qui sont marins.

Famille des GAMASIDÉS. — Ils ont pour caractères leurs palpes libres et antenniformes ; leurs mandibules constamment didactyles, et leurs pieds, toujours coureurs, terminés par des griffes, et par une caroncule en ventouse ou par une membrane lobée. Ils paraissent être tous dépourvus d’yeux.

La plupart sont parasites. Les jeunes de beaucoup d’espèces sont même fixés comme ceux de beaucoup d’Hydraclines et de Trombididés.

Leurs principaux genres sont ceux des Gamases ou Carpais, des Uropodes, des Dermanysses , des Céléripèdes ou Ptéroptes et des Argus.

Les Gaalvses (g. Gamasus et Carpais, Latreille) se rencontrent souvent à terre dans les celliers ou les caves, dans les jardins, dans les bois, etc. ; ils courent avec assez de rapidité. Leur corps est coriace et il a le bouclier de la partie dorsale divisé en deux plaques.

C’est à des animaux de ce genre que se rapportent les détails singuliers publiés par Hermann dans son Mémoire aptérologique au sujet de ses Acarus murginatus et cellaris.

L’Acarus marglxatus d’Hermann a été décrit par cet auteur d’après un Gamase qui a été trouvé dans les circonstances suivantes : «Le 18 thermidor de l’an II, le chirurgien Brasdor faisait à l’hôpital militaire de Strasbourg l’autopsie d’un individu mort d’une fracture du crâne. Lorsqu’on eut ouvert la dure-mère, écarté les deux hémisphères cérébraux et ôté la pie-mère, on vit courir sur le corps calleux l’ Acarus type de cette espèce, qui fut aussitôt porté à Hermann. » Après avoir dit que son Acarus marginatus vit sur les cadavres, Hermann cherche à prouver qu’il habitait en réalité dans le cerveau sur lequel il a été trouvé. Mais cette opinion n’est pas admissible, quoique l’auteur ajoute : «D’ailleurs

45fi AttACIIXIDES.

d’autres observations prouvent que des mites et des insectes pareils ont été trouvés dans des endroits extraordinaires. »

Un second cas cité par Hermann n'est pas plus concluant. Nous croyons pourtant utile de le rapporter aussi :

«En Tan 1787, dit Hermann, le 28 mars, mon collègue Lauth, professeur d’anatomie, me fit voir un petit insecte sur la glande pituitaire d’un maniaque décédé à l’hôpital. Tout le monde le prit pour un Morpion ; mais je le reconnus pour une nouvelle espèce de Mite qui ressemblait assez, par la taille et la couleur, à une espèce [Acarus 'Herm.) que je retrouve très souvent parmi la

terre humide dans les coins de ma cave. »

Dugès croyait avoir retrouvé l’espèce de Y Acarus marginatus dans un petit Gamase parasite d’une Mouche dont il suçait le cou. Serait-ce l’explication de l’erreur publiée par Hermann, et l’Acarus observé à Strasbourg aurait-il été déposé par une Mouche sur le cerveau dans lequel on prétend l’avoir trouvé? En tout cas on ne saurait admettre qu’il a pu y séjourner pendant la vie ni môme s’introduire sous les méninges avant l’autopsie.

Certains Gamases se répandent quelquefois en abondance plus ou moins grande sur le corps des hommes, principalement sur celui des individus qui se livrent aux travaux des champs. Cette invasion a surtout lieu lorsque ces gens placent leurs vêtements ou les sacs dans lesquels ils tiennent leurs repas et quelques ustensiles de première nécessité sur des ceps et dans des lieux où les Acarides pullulent. Ces Gamases ne se fixent pas; ils courent sur la peau et dans les vêtements, et sous ce rapport ils sont entièrement comparables aux Ricins qui abandonnent le corps des oiseaux pour se répandre sur celui des chasseurs. On voit assez fréquemment des exemples de cette espèce de parasitisme dans le midi de l’Europe.

Les Dermanysses (g. Dermanyssus, Dugès) ont le corps mou. On les trouve sur les Chauves-Souris et sur quelques autres mammimifères. Il y en a aussi sur les Oiseaux et sur les Reptiles, etc. Ceux des Oiseaux ( Dermanyssus avilira, gallinæ, gallopavonis , etc.) se multiplient parfois en telle quantité sur les animaux de cette classe qu’ils les épuisent. Dans quelques circonstances on en trouve sur l’homme, mais on n’en a pas fait alors une étude suffisante, et Ton ne saurait dire si, dans tous les cas, ils y viennent des Oiseaux comme plusieurs auteurs l’affirment.

Parmi les observations de Dermahysses de l’homme qui ont été publiées, celle que l’on doit à Rory Saint-Vincent est une des plus curieuses» Ne pouvant dire si l’espèce qui l’a fourni est pu non

ACARIDES.

distincte de celles qu’on a rencontrées sur les animaux, nous continuerons à la désigner sous le nom de Dermanysse deBory comme nous l’avons fait ailleurs.

Voici ce que Bory dit au sujet de cet Acaride dans le tome XVIII des Annales des sciences naturelles (lre série).

«Une dame d’une quarantaine d’années vint demander à un opticien une loupe pour examiner de petits animaux qui sortaient, disait-elle, du corps de l’une de ses amies. Frappé de cette singularité et entrant en explication, il pria la personne qui s’adressait à lui de lui fournir de ces animaux , et il se hâta de me les apporter. Il résulta des questions faites à la dame qu’elle était elle-même la malade, qui, par un sentiment de mauvaise honte, n’avait pas voulu d’abord dire ce qui en était. Cette personne a été durant quinze ans fort souffrante, et traitée pour diverses maladies, sans éprouver le moindre soulagement par l’effet des remèdes qui lui furent administrés; elle était enfin menacée d’hydropisie, et se mit, en désespoir do cause, dans les mains d’un docteur qu’elle ne m’a pas nommé, et qu’elle assure lui avoir rendu la santé. Sans approfondir ce qui en est, elle en avait du moins l’apparence lorsque nous eûmes occasion de la voir ; mais elle mourut quinze jours après, assez replète. Son teint avait de l’éclat; mais à mesure qu’elle paraissait se rétablir elle éprouvait de légères démangeaisons sur toutes les parties du corps; ces démangeaisons, devenues de plus en plus fortes, ont fini par être insupportables, et la malade avait-elle frotté ou gratté la partie souffrante pour y porter quelque soulagement, qu’il en sortait bientôt après de très petits animaux brunâtres qui couraient par milliers et avec rapidité dans tous les sens. On a remarqué que ces animaux semblaient, après leur évasion, se plaire dans du linge de coton. La malade s’enveloppait conséquemment de toile : et, selon qu’il faisait chaud, il lui fallait en changer de trois à six fois par jour, tant le nombre des petites bêtes qui sortaient d’elle devenait considérable.

» Ces êtres singuliers ne recherchaient pas les autres personnes, et le mari de la malade, qui n’avait jamais abandonné le lit conjugal, prétendait que ceux qui parfois s’étaient égarés sur son corps y mouraient promptement. Quoi qu’il en soit, ceux qu’on a renfermés dans une petite boite qui contenait un morceau de percale sur lequel on les voyait courir, ont vécu quarante-huit ou cinquante heures; la plupart étaient à peine perceptibles à l’œil nu; les plus gros équivalaient à peine à la moitié du volume d'un grain de tabac.»

ARACHNIDES

M. Simon cite un fait analogue au précédent, mais dont l'étiologie a pu être découverte.

Une femme de Berlin était littéralement couverte de petits insectes qu’on avait d'abord comparés à des Poux. Malgré les soins que cette femme recevait d'un médecin, le nombre de ces parasites ne diminuait pas. Le médecin en envoya quelques-uns à M. Erichson, savant entomologiste du Musée de Berlin, qui les reconnut pour appartenir au Dermanyssus avïum.

Alors on s’en expliqua l’origine. Cette femme passait chaque jour au-dessous d’un poulailler pour se rendre à la cave où se trouvaient ses provisions, et c’étaient les oiseaux, effrayés chaque fois qu'ils la voyaient passer au-dessous d’eux, qui, en cherchant a s'enfuir faisaient tomber sur elle les parasites qu’ils nourrissaient eux-mêmes.

On a constaté dans plusieurs occasions une semblable invasion de Dermanysscs, et quelques auteurs lui ont même donné un nom particulier : c’est ce qu’ils ont appellé YAcariasis.

Dermanysse de Buse. — Nous rappellerons aussi , à propos des Dermanysses, le cas décrit par M. Georges Bush, mais sans pouvoir assurer que le parasite qui lui a donné lieu appartient réellement à ce genre plutôt qu’à celui des Hydraclmesou à tout autre; les renseignements qu’on a pu recueillir à son égard étant restés incomplets.

Le malade observé par M. Bush était un nègre qui fut admis pendant l’automne de 1841 au Seamari s Hôpital shiy, pour de larges ulcères d’un caractère tout particulier, affectant la plante du pied. On trouva dans cette plaie un Acaride dont M. Bush donne la figure.

Cet Acarus semble voisin des Dermanysses, mais il a aussi quelque chose des Glyciphages, qui en sont d’ailleurs peu éloignés. On ne saurait le confondre avec celui de la gale.

Le malade paraissait devoir cette affection à des souliers qu'il avait eus d’un autre nègre, dont les pieds étaient également affectés et qui avait porté ces souliers pendant un jour ou deux seulement.

Le nègre soigné en Angleterre par M. Busk était né en Amérique, et il en venait directement. Dans la localité qu'il avait habitée, la même maladie était inconnue; mais celui qui lui avait remis les souliers était de Sierra-Leonc, fait qu'il importe de signaler, selon M. Busk, car dans de l’eau rapportée de la rivière de Sinoë, également située sur la côte occidentale d'Afrique, on a, dit-il, trouvé un Acarus qui a paru en tout semblable à celui que le nègre américain portait dans sa plaie. M. Busk pense donc que c'cst dans ce pays que l’affection a été contractée.

A ces détails, malheureusement fort incomplets, eu égard à l'in-

Page 1