‹ Zoologie médicale (volume 2)Chapitre 87 sur 96 · IL SOUS-CLASSE DES CRUSTACÉS PODOPHTHALMES · texte numérisé non relu

IL SOUS-CLASSE DES CRUSTACÉS PODOPHTHALMES

La deuxième sous-classe ou celle des Crustacés proprement dits répond à peu près aux Malacostracés d’Aristote; elle renferme un nombre considérable d’espèces, dont la plupart, nommées Décapodes, sont sensiblement supérieures à toutes les autres par l’ensemble de leur organisation , et ont pour caractère le plus apparent de présenter des pédoncules mobiles sur lesquels leurs yeux sont portés. Tous ces Crustacés ont les parties de la bouche disposées pour broyer les aliments, et de plus un certain nombre de pattes-mâchoires concourant aussi à la même fonction.

Ces animaux se laissent aisément partager en trois groupes, dont on fait autant d’ordres distincts, sous les noms de Décapodes, Stomapodes et Phyllosomes.

Ordre des Décapodes.

Les Décapodes sont des Crustacés podophthalmes qui présentent, indépendamment des pièces buccales proprement dites et des pattes-mâchoires, cinq paires d’appendices ambulatoires ou pattes proprement dites (1). Tous ont la tête réunie au thorax, et ils ont

(I) C’est à ccs cinq paires de pattes qu’ils doivent le nom de Décapodes, rappelant qu’ils ont en tout dix de ccs organes.

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deux paires d’antennes. Leur abdomen, qui est tantôt raccourci, tantôt, au contraire, allongé, porte aussi des appendices pédit'ormes ; mais ceux-ci sont plus ou moins rudimentaires, et on les nomme fausses pattes abdominales. Les branchies des Décapodes forment des espèces de houppes situées k la base des pattes ambulatoires, et renfermées de chaque côté du céphalothorax dans une loge spéciale fournie par les rebords de celui-ci. On ne les voit pas à l’extérieur. Le canal digestif est droit; son estomac est vésiculeux, placé très près de la bouche et soutenu le plus souvent par des pièces dures. C’est au commencement de l’intestin proprement dit que débouchent les cæcums hépatiques, qui sont nombreux et occupent un espace considérable dans la cavité thoracique. L’anus est terminal. L’appareil circulatoire, quoique incomplet à cause de l’absence des vaisseaux capillaires, qui est commune k ces animaux et aux autres invertébrés , et en môme temps à cause de l’état rudimentaire des veines, est cependant plus parfait que chez les autres Crustacés, et il présente toujours un rendement pulsatile ou cœur proprement dit, qui est situé sur le trajet du sang aortique, à la partie supéro-postérieure de la cavité du thorax. Il est facile d’en voir les contractions en ouvrant ou simplement en soulevant le bouclier dans cette région du corps. Les organes mâles débouchent à la base des pattes de la cinquième paire , et les organes femelles tantôt k la base de celles de la troisième, tantôt sur le plastron sternal. Le système nerveux a ses ganglions, principalement ceux des anneaux constituant le céphalothorax, plus ou moins réunis entre eux. Ce caractère est moins évident chez les Décapodes, dont l’abdomen est plus développé, et surtout chez les jeunes sujets qui appartiennent k ce groupe. Les Crustacés Décapodes, qui ont, au contraire, l’abdomen le plus court, sont aussi ceux dont les larves diffèrent le plus des adultes, soit pour ressembler aux Décapodes k long abdomen, soit pour se rapprocher des Stomapodes qui sont encore inférieurs k ces derniers. Les Zoés, dont on avait même fait un genre de Crustacés branchiopodes, ne sont que des jeunes Crabes.

C’est k cet ordre qu’appartiennent les espèces que l’homme recherche comme aliments, telles que les Crabes de toutes sortes, les Homards, les Langoustes, lesPalémons ou Crevettes de table, etc. L’analyse chimique a montré que leur chair ne renfermait qu’une faible quantité de phosphate acide de potasse, substance qui est, au contraire , abondante dans celle des animaux vertébrés. On y trouve de l’acide oléophosphorique en proportion plus considé-

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rallie, et elle fournit aussi de la créât ine et de la créatinine.

11 y a deux sous-ordres de Crustacés Décapodes : les Brachyures et les Macroures.

Sous-ordre (tes Brachyures.

Ces animaux ont l’abdomen court, replié, dans l’âge adulte, sous le thorax, contre la face sternale, sans appendice au pénultième anneau et ne servant pas à la locomotion. Les orifices vulvaires des femelles sont situés sur le plastron sternal, qui est assez élargi.

Les Brachyures forment plusieurs familles, dont les nombreuses espèces sont essentiellement littorales; il y en a quelques-uns qui vivent dans les fleuves; d’autres quittent les eaux, et exécutent des voyages, souvent fort longs, à la surface du sol. Beaucoup d’animaux de cette famille sont recherchés comme aliment; leur chair est blanche et en général aphrodisiaque.

Nous parlerons surtout de ceux qu’on voit le plus souvent en Europe.

Le Ma IA squinado ( Maia squinado, Latr., ou Cancer squinado de Rondelet), est une grosse espèce de la famille des Oxyrhynques, qui vit sur les côtes de la Manche et de l’Océan, ainsi que sur celles de la Méditerranée, où on l’appelle Araiynée de mer. Les anciens Grecs l’ont figurée sur quelques-unes de leurs médailles.

Le Platycarcix pagure ( Platycarcinus pagurus , ou le Cancer poyurus de Linné), est connu dans différents parages sous les noms de Tourteau , Poupart , Bouvet, etc. C’est aussi l’une de nos plus grosses espèces.

Le Carcïn menace ( C arc inus marnas, répondant au Cancer mœnas de Linné) est beaucoup moins grand, mais il est beaucoup plus commun, et on le trouve en abondance sur quelques plages, dans les étangs salés, aux embouchures des rivières, etc. ; on le rencontre depuis la mer Noire jusqu’à la côte de Norwége. Sur les côtes de la Normandie on l’appelle Crabe enrayé. C’est le Cranque des Provençaux et des Languedociens. 11 peut rester longtemps exposé à l’air sans mourir; aussi le transporte-t-on quelquefois jusque dans Paris et dans quelques autres villes éloignées de la mer; on le mange quoiqu’il soit bien inférieur en qualité à l’espèce qui précède.

11 en est de même des Portunes (g. Portunus) et de plusieurs autres.

On mange aussi les Telphuses ou Crabes fluviatiles, dont il y a

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des espèces en Algérie, en Égypte, dans l’Asie Mineure, en Grèce, en Italie et même dans l’Inde, ainsi que dans l’Afrique méridionale. C’est à ces Crabes (luviatiles qu’il faut rapporter les Cancers dont il est question dans la Batrachomyomachie ou combat des Rats avec les Grenouilles, joli petit poème qu’on a attribué à Homère. Hippocrate parle des mêmes Crustacés dans son traité De morbis mulicrum , lib. I, pour en recommander l’usage, comme facilitant l’accouchement dans les cas où le fœtus est déjà mort.

Les Boscies ou Potamophiles et les Trichodactïles réprésentent les Telpliuses dans l’Amérique méridionale.

Les Gécarcins en sont également assez voisins. Ceux-ci sont connus aux Antilles sous les noms de Tourlourovs , Crabes voyageurs, etc. Ils exécutent de longs voyages à travers les terres, et reviennent à la mer à l’époque de la ponte. L’espèce principale est le Gecarcinus ruricola, dont la chair, habituellement succulente, peut devenir vénéneuse dans quelques circonstances, ce que l’on attribue à ce que ces Crabes mangent parfois le fruit du mancenillier. Le Cardisoma carnifex représente dans l’Inde la tribu des Gécarciens ; on le trouve à Pondichéry.

Les Pinnothères (g. P innolheres) , au contraire, sont essentiellement marins : ce sont ces petits Crustacés que l’on trouve souvent dans les Moules ou autres bivalves, et auxquels le vulgaire attribue les propriétés malfaisantes que possèdent parfois ces Mollusques. Rien ne justifie cette accusation. Il y a des Pinnothères dans la Manche, dans l’Océan et dans la Méditerranée. Aux États-Unis on les recherche comme aliment (Say).

Famille des DÉCAPODES MACROURES. — Abdomen plus ou moins grand, souvent terminé en éventail, et servant à la locomotion; vulves ouvertes sur la base des pattes de la troisième paire.

M. Edwards en distingue comme section particulière, intermédiaire aux Brachyures et au véritables Macroures, les Anomoures qui comprennent les Dromies , les Uomolcs , les Baniues, les Hippes, les Porcellanes et les Pagures. Sauf les Pagures, ces Crustacés ont l’abdomen presque aussi court que celui des Brachyures.

Les vrais Macroures sont partagés en Galatbécs, Eryons, Scyl lares, Langoustes, Callianasses , Callianides , Ecrevisses, Homards, Galicoques , Mysis, et Lcucifères.

Les Dromies (g. Dromia), que nous avons rapportés aux Anomoures d’après l’indication de M. Edwards, sont ceux qui ressemblent le plus aux Brachyures par leur forme extérieure. On en trouve une espèce sur nos cotes où elle porte le nom de chèvre.

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La chair do ces Crustacés passe pour vénéneuse ; leur corps est le plus souvent couvert de fucus et d'éponges, ou de quelques lobulaires qui vivent fixés sur leur carapace.

Les Homo les. (g. Homola), qui habitent la Méditerranée, sont remarquables par leurs grandes dimensions. Leur faciès n'est pas non plus très différent de celui des Brachyures.

Le genre Pagure ( Pagurua ) , type de la famille des Paguridés, comprend des espèces dont l’abdomen est long, mou et contourné sur lui-même ; ces animaux suppléent au peu de résistance de cette partie de leur corps en se logeant dans les coquilles de certains gastéropodes turbinés qu'ils choisissent proportionnées à leurs dimensions respectives et où ils trouvent un abri tout à fait sur. On les connaît sous les noms de Bernard' i Ermite ou de Soldat , et sous quelques autres dénominations encore. Leurs espèces sont assez nombreuses sur nos côtes et sur presque tous les points du globe: les plus grandes sont recherchées comme aliments; elles peuvent vivre assez longtemps hors de l’eau.

Les Céxobites (g. Cenobit a), qui en sont voisins, vivent aux Antilles et dans les Indes. Ils supportent plus facilement encore l'exposition dans les lieux secs, et on les rencontre quelquefois à plus d’une lieue de la mer.

Les Birgues (g. Biryus ) ne comprennent qu’une espèce, le Birgue larron ( Birgus latro ), auquel une tradition populaire dans l'Inde attribue l'habitude de se nourrir des fruits du cocotier et de quitter la mer pendant la nuit pour aller les chercher jusque sur les arbres.

Notre littoral est riche en Macroures véritables; tels sont :

Les Galathées (g. Galathea) et les Scyllares (g. Scyllarus) qui fournissent plusieurs espèces estimées pour leur chair. On les appelle sur nos côtes des Cigales de mer. Ces Crustacés n'ont pas la même importance que les Langoustes ou les Homards.

Les Langoustes fg. Palinurus ), dont on fait spécialement la pèche dans les endroits qui abondent en rochers sous-marins, ont la carapace épineuse; leurs antennes sont longues et ils diffèrent en outre des Homards par l’absence de pinces aux pieds antérieurs.

Notre espèce, ou la Langouste vulgaire ( Palinurus vulgaris), est commune dans la Méditerranée etdans certaines parties de l'Océan. Ses œufs sont d’un rouge vif; on leur donne le nom de corail.

La limite nord de la distribution géographique de cette Langouste est la Manche.

Les Homards (g. Homo.rus), de la familledes ASTACIDÉS, s’éten-

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dent davantage vers le nord. Ils atteignent aussi de grandes dimensions, et il y en a des espèces exotiques encore plus grandes que la nôtre. Sur les côtes de l’Océan et de la Manche leur chair est plus estimée que celle des Langoustes ; c’est le contraire dans la Méditerranée.

La poudre faite avec leurs pinces a été employée comme lithontriptique.

Les Écrevisses (g. Astacus), dont il nous reste à parler pour compléter ce que nous avions à dire au sujet des Astacidés, sont exclusivement fluviatiles. Ce sont des animaux voisins des Homards, ayant

Fig. 94. — Écrevisse d’Europe.

comme eux des pinces didactyles, et que l’on doit placer dans la même famille. Leur taille est plus petite que celle des Homards proprement dits. Il existe des Écrevisses dans toute l'Europe, ( Astacus fluviatilis) , dans l’Amérique septentrionale, à la Nouvelle- Hollande et à Madagascar.

Ces animaux fournissent un aliment agréable dont l'art culinaire sait varier la préparation de mille manières.

On prescrit dans certains cas des bouillons d’écrevisses, qui passent pour adoucissants, et l’on a employé autrefois la poudre faite avec leurs serres [poudre de serres d’L'crevisses) ainsi que les concrétions calcaires que l'on retire de leur estomac vers l'époque de la mue.

Ces concrétions, dites yeux d'L'crevisses (Lapides scu oculi cancri astaci ), font encore partie de notre matière médicale; ce sont des petits corps à peu près hémisphériques, blanchâtres, ressemblant à des moules de boutons convexes, un peu excavés au contraire sur leur face plate, et dont on s’est principalement servi comme, absorbants. On les remplace avantageusement par le carbonate de magnésie. Gcs yeux d’Écrevisses entraient dans la poudre tempe-

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