DÉCAPODES
vante de Sta/d et dans la confection d' Hyacinthe. On les tirait surtout d’Astracan et de la Hongrie.
Les Écrevisses sont de tous les Décapodes ceux dont on connaît le mieux l'anatomie et la physiologie, et elles fournissent un très bon type pour l’étude du sous-ordre qui nous occupe. C’est principalement sur elles que l’on a étudié les mues auxquelles ces animaux sont sujets, et la propriété, également propre à d’autres espèces de cette classe, qui leur permet de reproduire les membres qu’ils ont perdus. On a aussi examiné avec attention les matières pigmentaires auxquelles les Écrevisses doivent leurs diverses colorations. Ces animaux et beaucoup d’autres Crustacés ont deux sortes de pigments, l’un rouge, et l’autre de couleur bleuâtre, composé de cristaux prismatiques, qui est mêlé avec lui. Le pigment bleuâtre peut être facilement détruit par l’action des acides ou par la chaleur; il se dissout aussi dans l’alcool. C’est ce qui explique comment les Écrevisses que l’on fait bouillir ou que l’on lave dans une eau acidulée deviennent rouges ; elles perdent alors leur second pigment, et le premier qui subsiste seul donne à leur fieau la couleur rouge qui les distingue. La même chose a lieu pour les autres crustacés qui rougissent par la cuisson.
On trouve quelquefois des Écrevisses vivantes dont la couleur est rouge comme celle des Écrevisses cuites.
La famille des PALÉMONIDÉS fournit les diverses sortes de Crustacés que l’on sert sur nos tables sous le nom de Crevettes , Bouquets, Civades, etc. ; ils appartiennent aux genres Crangon, Alphée, Hippolyte , Palémon , Penée, etc., des zoologistes.
Le Palœmon squilla est commun sur nos côtes de la Manche.
Le Palœmon serratus, ou la Salicoque proprement dite, porte à Anvers le nom de Steurkrabbe. Il est plus estimé que le Crangon I Crangon vulgaris). Ces espèces et quelques autres sont surtout re< cherchées dans nos pays.
Tous ces animaux sont marins et principalement littoraux; leur famille comprend en outre un grand nombre d’espèces exotiques également propres aux eaux salées. La plupart sont alimentaires.
Quelques Palémons de notre littoral peuvent vivre pendant un certain temps dans l’eau douce, et l’on connaît plusieurs petites espèces de la même famille qui sont entièrement lluviatiles. Telle est entre autre Y Hippolyte lJesmarestii des environs d’Angers, de Toulouse et de Montpellier.
Les Palémons, ou Crevettes de table, sont au nombre des ani-
/|8k CRUSTACÉS.
maux marins dont, la chair peut devenir vénéneuse dans certaines occasions.
MM. Chevalier et Duchêne les citent comme tels dans leur mémoire, et l’on a constaté depuis lors d’autres accidents occasionnés par leur ingestion.
Un exemple très remarquable de l'intoxication parles Crevettes a été observé à Amiens dans le mois de septembre 1857. Plus de trois cent cinquante familles ont été prises simultanément de coliques violentes, qui ont d’abord fait croire k une foudroyante invasion du choléra. Ces coliques étaient dues k des Crevettes apportées de Boulogne, et qui paraissaient aussi fraîches que celles que l’on mange habituellement sans qu’il en résulte le moindre inconvénient.
On sait d’ailleurs que les Crevettes qui ne sont plus fraîches ont un piquant ammoniacal qui les fait aisément reconnaître, et que, tout en provoquant des nausées ou même des vomissements, elles ne simulent pas, comme dans le cas dont il s’agit ici, un véritable empoisonnement. D’ailleurs, l’influence produite k Amiens par ces crevettes s’est aussi manifestée k Nantes.
Des accidents occasionnés par les Palémons ont été observés k Copenhague.
Ils sont dus aux Palœmon serratvs, qui étaient autrefois très abondants auprès de cette ville. Dans presque toutes les familles on en mangeait régulièrement; chaque personne en prenait une douzaine. Depuis dix ans l’espèce est devenue beaucoup plus rare dans les mêmes parages. Dans certaines circonstances ces crustacés causaient une éruption cutanée, une sorte de psevdo-scarlatine. L’éruption était accompagnée d’une fièvre légère, sans douleur du bas-ventre. Une crevette suffit pour produire l’éruption. M.Eschricht estime que sur cent personnes il y en a une qui en est atteinte, ce qu’il attribue k une idiosyncrasie.
Ordinairement les personnes qui ne supportent pas les crevettes ne supportent pas non plus les homards ni les écrevisses.
Ordre fies Sfoninpodcs.
Les Stomapodes ressemblent à certains Décapodes macroures ; mais ils leur sont inférieurs sous plusieurs rapports. Ainsi leur tête ne se soude pas au thorax, et ses anneaux restent eux-mêmes en partie distincts les uns des autres; leur bouclier n’est pas formé par l’ensemble des arceaux thoraciques supérieurs dont les posté-
ÎHYLLOSOME?. /,S5
rieurs conservent leur indépendance, et leurs branchies ne sont plus a la base des pattes ambulatoires. Ce sont des houppes qui dépendent des fausses pattes abdominales et qui flottent librement dans l’eau.
Des différences intérieures concordent avec celles-là.
Ainsi 1 agent principal de la circulation a ici la forme allongée du vaisseau dorsal des Insectes, au lieu d’être contracté comme le cœur des Décapodes, et le foie enveloppe l’intestin dans une longueur assez considérable, ce qui l’avait fait prendre par Duvernoy pour un grand sinus veineux.
Les Crustacés de cet ordre ont aussi reçu de Latreille le nom d’Unicuirassés, qui fait allusion à la forme de leur carapace.
Ils se divisent en deux familles :
1* Les Squilles (famille des SQUILLIDÉS), dont nous avons des représentants sur nos cotes, où on leur donne parfois le nom de Préga Diou, qui est celui des Mantes. Leurs longues pattes extérieures rappellent en effet à quelques égards celles de ces animaux.
2° Les Érichthes (famille des ÉRICHTHIDÉS), dont les espèces vivent dans des mers plus ou moins éloignées. Dans la partie zoologique du voyage de la Bonite , Souleyet a ajouté quelques observations intéressantes à celles que l’on avait réunies sur ces animaux et dontM. Edwards avait donné le résumé dans son Histoire des Crustacés.
Ordre des IMi vllosomes
Les Phyllosomes, ou les Stomapodes bicuirassés de Latreille, ont encore les yeux pédicules; mais leur forme est très différente de celle des Crustacés précédents, et ils n’ont d’autres branchies que des fdets ciliés insérés sur le milieu des pattes.
Leur principal genre est celui des Phyllosomes (Phgllosoma), dont le corps se compose essentiellement de deux parties scutiformes et foliacées placées l’une en avant de l’autre. La première porte les antennes, les yeux et les appendices buccaux ; la seconde, qui est moins grande, a de chaque côté six pattes larges et grêles; l’abdomen est rudimentaire.
Il y a une espèce de Phyllosoine dans la Méditerranée.
Le genre Amphion ( Amphion , Edw.), qu’on rapporte au même ordre, a plus de ressemblance, dans sa forme générale, avec les Macroures de la famille des Salicoques.
CRUSTACÉS
lll. SOUS-CLASSE DES CRUSTACÉS ÉDRIOPHTHALMES.
Ces Crustacés ont les yeux, sessiles; la léte distincte du thorax, mais toujours formée d’un seul anneau ; le thorax multiarticulé, souvent pourvu de sept paires de pattes ambulatoires, et l’abdomen garni de fausses pattes habituellement respiratoires. Ils ont un vaisseau dorsal au lieu de cœur. Les métamorphoses qu'ils subissent ne consistent guère que dans l’apparition après la naissance, d’un ou de quelques anneaux nouveaux, et même, dans certaines espèces, le corps a déjà tous ses anneaux au moment de la naissance.
Les Édriophthalmes sont généralement partagés en trois ordres, nommés Isopodes, Amphipodes et Lémodipodes , auxquels on en ajoute maintenant un quatrième pour les Pycnogonides, qui semblent être, a plusieurs égards, un arrêt de développement des Lérnodipodes cyamidés.
Ordre des Isopodes.
Les Isopodes ont généralement le corps aplati et les pattes thoraciques au nombre de sept paires. Leurs pattes abdominales servent à la respiration. Les femelles portent les petits sous leur corps, où ils sont retenus par des lamelles placées à la base des pattes thoraciques.
Ces animaux sont nombreux en espèces, dont les unes sont marcheuses, d’autres nageuses, et un certain nombre parasites des Poissons ou des Crustacés supérieurs; dans ce dernier cas les Isopodes sont plus ou moins sédentaires.
Leurs principaux genres sont les Cloportes, \esAselles, les Idotées, les Sphéromes, les Cymothoës, les Bopyres et les loues, qui servent de types à autant de familles distinctes.
Les Cloportes (ou la famille des ONISCIDÉS) sont caractérisés par la petitesse de leurs antennes intermédiaires et par le peu de développement de leur segment anal.
Quelques-uns sont marins (g. Lygie et Lygidie), tandis que la plupart vivent à terre.
Parmi ces derniers, on distingue :
1° Les Porcellionins (g. Oniscus ou Cloporte. Philoscie, Déto, Porcellion, Trichonisque, Platyorthre)’,
2° Les Armadillins (g. Armadille , Armadillidie et Diploxoque ) ;
Et 3°lesTYL0Dras (g. Tylos).
ISOrODES.
Desespèces appartenantà plusieurs de cesgenres (principalement l'Oniscus murcirius, V Armadillidium officinarum , YArmadillo officinarum, etc.) ont fait autrefois partie de la matière médicale , et elles sont encore conservées dans quelques droguiers.On les employait en poudre comme apéritifs, fondants et diurétiques. Baglivi les a préconisées dans l’ictère et l’ischiurie (1).
On les apportait surtout de l’Asie Mineure. Il paraît qu’elles renferment du chlorhydrate de chaux et du nitrate de potasse.
Plusieurs auteurs, parmi lesquels nous citerons MM. Brandt, Edwards et Lereboullet, se sont appliqués «à l’étude zoologique et anatomique des Oniscidés.
Les Aselles véritables (g. Asellus, etc.) sont des animaux lluviatiles qui diffèrent peu des Oniscidés.
Les Cymothoes (g. Cymothoa , etc.) ont des habitudes analogues; mais ils sont plus gros, et leurs pattes sont disposées pour s’accrocher. Les ongles puissants qui les terminent les ont fait appeler des pattes ancreuses.
Les Bopyres (g. Bopyrus) sont parasites; leurs femelles se tiennent sur les branchies de certains Palémons. Elles forment cette espèce de tumeur que l’on voit assez souvent sur le flanc des Crevettes (Palæmon serratus ) [qu’on sert sur nos tables. Les Palémons des côtes de la Belgique n’en ont pas encore présenté.
Le Bopvre môle, de la Manche, qui est plus petit et moins déformé, est lui-méme fixé sur le corps de la femelle.
Les pêcheurs, trompés par la ressemblance grossière que cette dernière présente avec de petites Soles, la prennent pour le jeune Age de ces Poissons.
(1) Les Cloportes étaient fort employés en France pendant le siècle dernier. Dans son Cours d’hisloire naturelle , fait en 1772, mais qui n’a été publié qu’en 1845, Adanson s’exprime ainsi au sujet des propriétés de ces Crustacés : « Le Cloporte sert en médecine comme l’Écrevisse; il a les mômes vertus pour atténuer et purifier le sang. On le prend intérieurement en poudre comme diurétique pour l’asthme, la dysuric et la néphrétique. J’ai vu plusieurs étudiants en médecine en croquer quelques douzaines tout vivants dans nos herborisations à la campagne, et s’en trouver très bien. On préfère ceux qui vivent autour des murailles et des pierres nitreuse?, dont ils prennent les qualités apéritives et diurétiques. »
Fig. 95. Fig. 96.
Cloporte. Armadille.
CRUSTACÉS
Ordre des Amphipodes.
Les Amphipodes sont de petits Crustacés assez semblables aux Isopodes; ils sont pourvus comme eux de sept paires de pattes thoraciques et de plusieurs paires de fausses pattes abdominales. Leur tête est également distincte du tronc, et les anneaux qui composent celui-ci restent séparés les uns des autres. Ils se reconnaissent à leur corps comprimé, à leurs antennes plus ou moins allongées, à leurs pattes hétéromorphes, ainsi qu'aux vésicules branchiales qu’on leur voit sous le thorax. Tous sont aquatiques. Beaucoup d'entre eux jouissent de la propriété de sauter avec vivacité, ce qui leur a valu le nom de Puces de mer. On en trouve souvent sur les plages aux endroits que le flot vient d'abandonner.
Ces Crustacés se divisent en deux familles: les Gammaridés et les Hyper idés.
C’est aux GAMMARIDÉS, dont la plupart vivent dans les eaux douces, qu’appartient le genre Crevette [Gammarus) , dont nous avons au moins trois espèces en France.
Deux d’entre elles vivent dans les cours d’eau et dans les étangs [Gammarus pulex et Rœselii)’, ce sont ces Crevettes que l’on trouve souvent dans le cresson. La troisième n’a encore été observée que dans l’eau de puits. Elle est plus petite que les précédentes et étiolée. Nous l’avons appellée G. lacteus.
On a fait mention (1) d’accidents occasionnés par l’ingurgitation de Gammarus, et l’on a affirmé que quelquefois ces Crustacés, après avoir donné lieu à des phénomènes morbides assez alarmants, auraient été rendus en vie et en assez grand nombre avec les matières vomies. Il reste toutefois à savoir s’ils n’existaient pas déjà dans l’eau qui a reçu les matières évacuées, et s’il n’y aurait pas là une de ces méprises dont l’histoire du parasitisme nous fournit tant d’exemples.
M. Zenker a publié des observations anatomiques sur le Gammarus pulex.
Les Phronimes (g. Phrordma ) rentrent dans la famille des HYPE- RIDÉS. Leur espèce la mieux connue [P. sedentaria) est de la Méditerranée. Tous les individus qu’on en a recueillis se tenaient isolément dans l’intérieur d’une sorte de cylindre membraneux d’apparence cristalline, qui parait être un Acalèphe voisin des Beroës.
(l) Verhandelungcn des Naturh. Vereines, année 1855. p. H 7.
rVC.NOGONIDES.
/uc9
Ordre des Léniodipodcs.
Les Lémodipodes ressemblent, sous plusieurs rapports, aux Crustacés des deux ordres précédents; mais ils ont moins de vésicules branchiales que les Amphipodes, et leur abdomen est tout à fait rudimentaire, quelle que soit d’ailleurs la forme de leur corps. Il y en a de deux familles :
1* Les CAPRELLIDÉS, qui ont le corps très grêle et de forme singulière; leurs pattes sont inégales et fort distantes les unes des autres.
Plusieurs espèces du genre Chevrolle f Caprella) vivent sur nos côtes.
2° Les CYAMIDÉS,qui sont, au contraire, raccourcis, notablement élargis, à pattes rapprochées; celles de la seconde paire sont plus fortes que celles de la première et en forme de crochets; les troisième et quatrième sont bifurquées et servent d’organes respiratoires.
L’ancien genre Cyame ( Cyatmts ), qui constitue à lui seul cette famille, comprend plusieurs espèces que l’on trouve sur le corps des grands Cétacés. On les nomme Poux de Baleines.
Le Cyame du Dauphin [Cyamus delphini, Guérin) doit former un autre genre que nous nommons Isocyamus.
Ordre des Pycnogonides.
Cesanimaux ont, dans leur forme extérieure, une certaine ressemblance avec les Cyames ; mais leurs pattes proprement dites sont au nombre de quatre paires seulement, tandis que les Cyames en possèdent sept. Leur estomac fournit de longs appendices cæcaux qui se prolongent dans ces quatre paires de pattes, et même dans la première des deux paires d’appendices que l’on voit à la tête et qui est en forme de pinces comme chez beaucoup d’ Arachnides. La bouche est disposée pour sucer. Il n’y a qu’un rudiment de l’abdomen. Les ovaires sont logés dans les pattes, qui sont percées d’un orifice particulier. Il y a souvent une paire de pattes supplémentaires, placées entre les appendices céphaliques et les quatre paires de pattes proprement dites.
Les Pycnogonides, dont on connaît des espèces dans plusieurs mers, et dont les espèces européennes se partagent elles-mêmes en plusieurs genres, sont plus petits que les Gammaridés. Leur
â90 CRUSTACÉS.
étude, qui a pourtant fourni des observations fort curieuses, n’a encore été faite que d’une manière incomplète.
Quelques auteurs classent ces animaux parmi les Arachnides; mais il paraît préférable, à cause de leur manque d’organes respiratoires, de les regarder comme des Crustacés édriophthalmes inférieurs à ceux des groupes précédents.
Les Pycnogonides vivent dans les algues, sur les écailles des huîtres et sur le corps des poissons.