VIII. SOUS-CLASSE DES LINGUATULES
Ordre des Linguatules.
Les singuliers êtres dont il nous reste à parler pour terminer l’histoire des Crustacés et des animaux qui ont le plus d’affinités avec eux sont les Linguatules dont tous les auteurs ont fait jusqu’ici des Helminthes; ils ont, en effet, le corps si semblable à celui des Vers qu’on les croyait de la même série que les Entozoaires dont ils ont d’ailleurs les habitudes parasites. Ils forment la famille des LINGUATULTDÉS.
Leur grosseur égale le plus souvent celle d’une plume ordinaire, et leur longueur, dans l’âge adulte et dans le sexe femelle, est souvent de six ou huit centimètres. Ils sont proboscidiformes ou assez semblables à une languette allongée, ce qui leur a fait donner le nom de Linguatules, qui n’est pas le seul par lequel on les ait désignés. Leur corps est souvent articulé d’une manière très évidente ; leur tète est obtuse et leur extrémité postérieure atténuée; leur canal intestinal est complet; leur orifice anal est tout à fait terminal.
Auprès de la bouche des Linguatules, qui est ouverte sous l’extrémité antérieure, sont deux paires de crochets rétractiles; la circulation s’opère au moyen d’une sorte de vaisseau dorsal; le système nerveux a une disposition assez curieuse : le collier œsophagien ne s’y renfle pas supérieurement en cerveau distinct, mais le ganglion sous-œsophagien est considérable, et il en part deux filets principaux qui se dirigent le long du corps, comme chez les
(I) Vers Apodes onchocéphalcs, de Blainville. — l’ers acanlhollicques , Dicsing, Dujardin, etc. — Genre Lingualula, LTolicli; Pcntasloma, Rudolpbi ; Telragulus, Bosc; Poroccpludus, Humboldt.
CRUSTACÉS
Nématoïdcs; la partie stomate-gastrique du système nerveux de ces animaux a été quelquefois prise pour leur véritable cerveau ; les deux sexes sontportés par des individus différents; l’ouverture génitale du mâle est placée en dessous et en avant, tandis que la femelle a son orifice vulvaire à l'extrémité postérieure, tout près de l’anus.
Ces animaux sont ovipares. Leurs jeunes ont une incontestable analogie avec ceux des Lernées et des autres Crustacés cyclopigènes, ce qui nous a conduits (1 à les retirer du groupe des Helminthes pour les placer à la fin des Crustacés dont ils semblent être la forme helminthoïde, comme les Demodex ou Simonéa sont celle de la série des Arachnides, et les Branchiostomes celle de la grande division des Vertébrés. Les embryons des Linguatules ont été revus avec les caractères que nous leur avions assignés par MM. Schubert et IL Leuckart et plus récemment encore par M. Harley.
Les Linguatules vivent sur le corps des animaux vertébrés ou dans plusieurs de leurs cavités intérieures. On les trouve dans les sinus olfactifs, dans la trachée-artère ou dans les poumons, ainsi que sur le foie et dans quelques autres parties de la cavité péritonéale. Les Mammifères, les Reptiles et divers Poissons en ont également fourni, et dans ces derniers temps on a constaté qu'ils existent aussi sur l’homme. Il résulte des expériences de M. H. Leuckart que les Linguatules sont d’abord agames, et vivent alors enkystées dans le corps de différents animaux phytophages, pour devenir au contraire complètes et sexuées dans des carnassiers faisant leur pâture de ces derniers. C’est ainsi que les Linguatules enkystées du péritoine des Lapins fournissent les Linguatules ténioïdes que l’on trouve dans les sinus olfactifs des chiens.
Linguatules parasites de l’espèce humaine ( Linguatula serrata, Frolich; Pentastomum constrictum, Siebold).
C’est en 1853 que M. de Siebold en a publié la première indication. Dans un des nos de son Journal, il rapporte aux Linguatules un Ver observé en Égypte qui ne lui était d’abord connu que par une note manuscrite de Primer, mais sur lequel M. Bilharz venait de lui donner quelques nouveaux détails dans une lettre datée du Caire. M. de Siebold proposait de donner à l’espèce de ces parasites le nom de Pentastomum constrictum.
Peu de temps après, le prosecteur de l'hôpital civil de Dresde, en
(1) Voy. Van Beneden, Recherches sur l'organisation et le développement des Linguatules (Mémoires de l’Acad. roy. de Bruxelles , année 1849).
LINGUATULES.
Saxo, M. Zenkcr, observa sur des cadavres humains des kystes qui se trouvèrent remplis par de véritables Linguatules. Des dix cadavres qui lui en avaient fourni, huit étaient d’hommes (trois manœuvres, un commerçant, un charpentier, deux garçons ouvriers et un prisonnier', deux étaient de femmes (une mendiante et la femme d’un ouvrier). Leur âge variait de vingt et un à soixante-quatorze ans. Trois de ces cadavres provenaient d’habitants de Dresde ; quatre étaient ceux d’individus qui avaient vécu dans d’autres parties de la Saxe ; deux étaient des gens de passage à Dresde et qui ne s’étaient guère arrêtés dans cette ville.
M. le docteur Heschl a fait, à Vienne, des observations analogues à celles de M. Zenker, et il a confirmé de nouveau la présence de ces singuliers parasites dans l’espèce humaine.
Ces Linguatules appartenaient à l’espèce de la Lixgcatule en scie [Linguatula serrala,
Frolich) que l’on avait observée antérieurement sur la Chèvre, le Cochon d’Inde, le Lièvre, le Lapin, etc., et plus rarement sur le Cheval, le Mulet, le Chien et le Loup, soit dans les sinus olfactifs, soit dans le larynx (1).
Quand on l’a trouvée sur les Mammifères on l’a nommée Linguatula tœnioïdes ( Pentastoma tœnioïdes de Rudolphi).
La Linguatule de Diesing ( Linguatula Diesingii, Van Beneden), a été découverte dans des kystes du mésentère d’un Mandrille d’Afrique mort au jardin zoologique d’Anvers.
La Linguatule subcyundrique ( Linguatula subcylindrica), Diesing, a été observée au Brésil sur un Ouistiti [Mydas chrysopus), sur une
(I) Les Linguatula serrata, t’rolich; Tænia caprina , Abilgaard; Tetragulus cavité, Bosc; Penlasloma serratum, Rudolphi; Penlasloma denticulatum, id. ; Pentasloma fera, Créplin, sont des espèces nominales auxquelles il faudra réunir le Pentaslomum tenioides ; les premiers ne sont que le jeune âge du dernier. M. R. Leuckart (Bull. acad. roy. de Bruxelles, 2e série, t. II, n" 5 et t. III, n“* 8, 9, 10 et 13. — Zed. f. rat. medec., vol. II, livr. 3.), vient de démontrer par des expériences que ces parasites sont d’abord agames et enkystés dans le Lapin ou dans d’autres mammifères ( Pentasloma denticulatum, etc.) et qu’ils deviennent ensuite libres et sexués et passent habituellement dans les sinus frontaux du Chien ( Pentasloma tænioides).
CRUSTACÉS
Chauve-Souris Phyllostomc ( Pfii/llostoma ditcolor ;, sur un Raton crûbier, sur quelques Rongeurs d’espèces également sud-américaines ainsi que sur deux espèces de Sarigues.
D’autres Linguatules sont parasites des Reptiles Boas, etc. ainsi que des Poissons. On les a principalement recueillies sur des animaux propres au Brésil. M. Diesing en donne la description dans sa Monographie de ce genre qui a paru dans les Annales du Musée de Vienne, pour 1835.
Les différences de forme qui existent entre les Linguatula ser rata Diesingii , et prn/josciclea, principalement dans la disposition très évidente, ou presque nulle de l’annelure du corps, pourraient justifier l’établissement de plusieurs genres parmi ces animaux.
A en juger par les figures qu’on a données de leur système nerveux, les Linguatules présenteraient aussi quelque diversité sous ce rapport, principalement en ce qui regarde la partie stomatogastrique (1).