TYPE DEUXIEME
Quoique Linné ait étendu la dénomination de Vermes à tous les animaux sans vertèbres qui ne rentrent pas dans sa classe des Insectes, c’est-à-dire à tous ceux qui ne sont pas des Articulés condylopodes et que nous appelons Allocotylés, on a continué à nommer Vers les espèces plus ou moins semblables aux Vers de terre ou aux Vers parasites, et dont l’un des principaux caractères est d’avoir en effet l’apparence vermiforme.
C’est ainsi que Lamarck et Cuvier les circonscrivaient dans leurs premiers ouvrages ; plustard ils les ont, au contraire, séparés en deux groupes : les Annélides et les Vers intestinaux, mais leur nouvelle classification n’a pas eu, sous ce rapport du moins, l’assentiment de tous les naturalistes ; encore moins a-t-on dû admettre, comme le voulait Cuvier, que les Annélides doivent être séparés des Intestinaux, par les différentes classes des Crustacés, des Arachnides, des Insectes véritables et des Écbinodermes. La transition des Annélides aux autres Vers s’opère en effet par degrés insensibles, et la division du groupe entier en ses catégories secondaires doit être établie sans interruption.
Les Vermes dont il va être question dans cette partie de notre ouvrage sont les Vers des naturalistes actuels ; ils ne comprennent donc qu’une partie des animaux auxquels Linné avait étendu ce nom. Ils répondent, sauf quelques modifications de détails et avec l’adjonction des Annélides, aux Vermes intestina du naturaliste suédois, ainsi qu’aux Helminthica d’O. F. Müller; ce sont aussi les Fers tels que de Blainville les définit dans la partie helminthologique du Dictionnaire des sciences naturelles (1). Ils forment une grande division des animaux allocotylés égale en importance à celle des Mollusques, et ils sont inférieurs à ces derniers par l’ensemble de leurs particularités organiques. Les Mollusques, en effet, s’élèvent plus haut dans la hiérarchie animale par les Céphalopodes, qui sont la première de leurs classes, et ils descendent moins bas par les Tuniciers et les Bryozoaires qui, tout en étant les derniers repré-
(1) TomeLVIl, p. 365 à 625 (article sur les Vers, publié en 1828).
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tants des genres de ees types, sont très loin de présenter l’extrême simplicité des Vers cestoïdes ou des Térétulariés.
Les Vers sont des animaux sans vertèbres, dont le corps est souvent segmenté en une série d'articulations distinctes, d’autres fois simplement annelé, ou parfois même dépourvu de toutes traces de division extérieure. Leur structure anatomique présente de grandes différences, suivant qu’on l’étudie dans les espèces des premières familles, ou dans celles qui forment les derniers termes de cette curieuse série. Nulle part la dégradation ne se montre plus rapidement et avec plus d’évidence : c’est à ce point qu’à part les premiers Annélides, la plupart des Vers manquent d’organes spéciaux de respiration, et que les groupes inférieurs de ce type n’ont pas de canal intestinal non plus que d’appareil circulatoire; il y a d’ailleurs parmi eux de nombreuses espèces parasites, et ce genre de vie est même exclusivement propre à la plupart des Vers qui ne rentrent pas dans la classe des Vers sétigères.
Bien qu’il soit aisé de reconnaître les animaux du type des Vers, il est ditiicile de donner de l’ensemble de leur groupe une définition caractéristique réellement précise, et qui soit applicable à toutes leurs espèces. Leur corps est toujours plus ou moins complètement vermiforme, c’est-à-dire à peu près cylindrique ou en fuseau grêle et allongé ; il est établi sur la forme symétrique binaire, et les orifices sexuels s’y ouvrent sur la ligne médiane. Ils n’ont que rarement des appendices locomoteurs, et ces appendices, lorsqu’ils existent, sont toujours inarticulés ; quant au développement, il s’opère suivant le mode dit allocotylé.
Les différences considérables que les Vers présentent sous le rapport de leur genre de vie ; les habitudes souvent singulières de ceux qui sont parasites ; les métamorphoses qui distinguent certains d’entre eux, et les migrations concordantes qu’ils exécutent dans certains cas, sont autant de faits importants à connaître et dont la notion a jeté le plus grand jour sur la physiologie de ces animaux, ainsi que sur les conditions dans lesquelles s’opère leur propagation.
Dans presque tous les grands groupes des Vers il y a des genres terrestres, d’autres qui sont tluviatiles ou marins, d’autres demiparasites, et enfin d’autres entièrement parasites. Les premiers sont les plus parfaits en organisation ; les derniers sont les plus inférieurs, et la sériation de chaque groupe est facile à établir. Chaque classe comprend aussi des Vers qui sont, les uns dioïques, les autres monoïques; et si les premiers peuvent être conn. 6
YKRte .
sidérés comme supérieurs aux seconds, on voit souvent, même dans des catégories tout ii l'ait naturelles, le commencement de chaque série être occupé par des Vers monoïques.
La partie de la science qui s’occupe de l’histoire des Vers est habituellement désignée par le nom A’kelmirühologie ■ ver ; Xôyoç, discours). Les recherches de Pallas, de Cuvier, deSavigny, de Rudolphi et de Blainville, ainsi que; celles d’un grand nombre de naturalistes encore vivants, ont fait faire les plus grands progrès à cette branche de la zoologie.
Nous partagerons les animaux du type Vers en quatre classes :
La première comprendra les Annélides véritables, c’est-à-dire les Ciiétopodes de Blainville ou les Annélides sétirjères des autres auteurs (1).
Les Néréides, les Lombrics ou Vers de terre, et beaucoup d’autres en font partie. On doit y rattacher aussi les Échiures, les Siponcles, et même les Tomoptères ou Briarées.
La seconde répond aux Nématoïdes de Budolphi, mais en y joignant les Sagitlelles, longtemps prises pour des Mollusques, et les Échinorhynques, vers parasites dont l’histoire laisse encore à désirer sur certains points. Les Nématoïdes devraient peut-être recevoir une autre dénomination, et l’un de nous les a appelés Fi larides.
La troisième classe sera celle des Cotylides, qui commencent par les Péripates et les Sangsues, et finit par les Douves et les Tænias. Elle forme une association importante dont nous essaye-
(1) Les Annélides ainsi définis répondent à une partie seulement des Ànrulides de Lamarck et de Cuvier: ce sont essentiellement les Entomozoaires chclopodes de Blainville.
Lamarck, à qui l’on doit la création du mot Annélides, en explique ainsi la formation :
« M. Cuvier nous ayant fait connaître les faits d'orgauisaliou qui coucernenl les Sangsues, les Néréides, l’animal des Serpules, etc., assigna à ces animaux le nom de Fers à sang rouge; mais reconnaissant la nécessité de les écarter considérablement des Vers et de leur assigner un rang plus élevé qu’aux Insectes, j’en formai tout de suite une dnsse particulière, que je présentai dans mes cours, à laquelle je donnai le nom d 'Annélides, que je plaçai après les Crustacés, et dont je n'eus occasion de consigner les déterminations par l'impression que dans V Extrait de mon cours, qui parut en 1812. » — « Pour les mettre en ligne dans la série, nous avons trouvé « dit encore Lamarck dans un autre passage de son Histoire des animaux sans vertèbres j> des motifs qui nous autorisent à les placer après les Crustacés, quoiqu'ils interrompent les rapports que ces derniers ont avec les Cirrhipèdes. ><
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i*onti de bien taire comprendre les rapports sériaux et l'intérêt médical.
C'est à propos de cette classe qu'il sera question des Hydatides ou Vers vésiculaires, qui ne sont pas, connue on l’a cru longtemps, des animaux d'un groupe à part ; nous montrerons, en effet, qu'ils constituent simplement l’état agame des Tænias et autres Vers rubanés.
La quatrième classe sera celle des Turbelluriés, dont les genres les plus connus sont ceux des Némertes ou Borlases, et des Planaires. Cette division a également reçu la dénomination de Té ré tulariés.
Nous résumons les caractères distinctifs de ces classes dans le tableau suivant :
Cette classe, telle que nous allons la définir, ne répond pas complètement aux Annélides de Lamarck et.de Cuvier, les Sangsues et autres Hirudinées (1) n’en faisant pas partie. Elle ne comprend que les Vers appelés C/iétopocles par de lîlainville et ceux dont Cuvier faisait ses Annélides sétigères.
Les Annélides ainsi délimités sont des Vers, en général élevés en organisation, qui sont pourvus d’appendices sétiformes pour la locomotion. Ces appendices ne sont pas des pattes proprement dites, et ils n'ont pas les articulations qui distinguent les organes ainsi nommés chez les Articulés véritables ; ce sont des soies tantôt assez longues, tantôt fort courtes, disposées sérialement et souvent par faisceaux de chaque côté du corps. Chez ces animaux, le corps est toujours annelc, et le système nerveux a la forme d’une chaîne ganglionnaire. Leurs autres organes ont en général une complication supérieure à eelle qui les distingue dans le reste des Vers, les Sangsues exceptées, et on leur reconnaît le plus souvent des organes spéciaux de respiration; ce sont alors des branchies.
j déprime et a soies. . . Jnneïtdes.
I arroudi et sans soies . Nemaloidçs.
CoiyUdes.
Turbellarics.
CLASSE PREMIÈRE
ANNELIDES.
1) Nous en parlerons à propos des Colylide...
ANNKLIDKS.
Les Annélides subissent des métamorphoses véritables, et le nombre de leurs articles varie avec l’âge. On voit déjà chez beaucoup d’entre eux des preuves de digénèse, la multiplication s’opérant par des oi’gancs sexuels dont toutes les espèces sont pourvues, et, dans certaines circonstances, par agamie, c’est-à-dire avant qu’il y ait de sexes. Dans ce dernier cas, de nouveaux individus se développent en arrière du corps de ces animaux, particularité singulière dont les auteurs du dernier siècle, O. F. Müller et Koësel en particulier, avaient déjà fait la remarque pour les Nais, et qui est, sous certains rapports, comparable à la génération également agame des Pucerons.
Les autres Annélides chétopodes étant divisés en céphalobranches, dorsibranches, on y trouve quelques espèces de l’une et l’autre section, qui sont aussi à double reproduction, et, ce qui mérite surtout d’être remarqué, c’est que ce sont des espèces isolées dans différents genres qui offrent ce singulier phénomène.
On connaît deux genres : les Filcigrana et les Amphicora dans la première section, et deux dans la seconde : les Sytlis et les Myrianida.
Quant à la répartition des sexes, les Vers de cette classe sont tantôt monoïques (Lombrics), tantôt dioïques (Serpules et Néréides). Dans ce dernier cas, les organes sexuels sont à peine différents dans le mâle et dans la femelle, et il faut souvent avoir recours au microscope pour en reconnaître la véritable nature.
11 y a cependant quelques Chétopodes dioïques dont les mâles diffèrent des femelles par les caractères extérieurs.
Ces particularités se trouvent dans leurs organes locomoteurs et dans leurs organes de sens.
Un a observé aussi quelques différences de forme entre la progéniture engendrée par gemme et celle provenant des œufs, et O. F. Müller paraît même s’y être trompé, au point d’avoir pris un mâle de Y Antolytus proliféra (1) pour une espèce différente qu’il a décrite et figurée comme telle (2). Grube a également donné le nom de Diplocerœu à ce sexe.
Les larves possèdent un ou plusieurs cercles ciliaires. S’il n'v en a qu’un, il se place à la tête; si un second survient, c’est à l’extrémité caudale; dans d'autres cas, il en surgit au milieu du corps. Le développement a lieu surtout par le segment préanal.
(1) Nereis proliféra, Mail., Zoo/, dan., vol. Il, tab. lu, fig. S, 6. 7.
(2) Nereis proliféra, id., tig. 1-4.
ANNELIDES.
Lorsque la génération a lieu par agamie les nouveaux individus se développent surtout entre le dernier et l'avant-dernier segment.
Les Annélides ont un système circulatoire, lequel est parfois assez compliqué ; leur sang n’est pas toujours rouge, mais il l’est dans le plus grand nombre des cas, et c’est la partie séreuse ellemême qui possède cette couleur (1). Dans quelques Annélides, le sang est incolore, vert ou même bleuâtre, l’allas avait déjà fait cette observation. Le canal digestif des mêmes animaux est toujours complet, c’est-à-dire pourvu de ses deux orifices ; il montre dans certains genres des appendices latéraux assez nombreux, et quelquefois très développés, comme, par exemple, dans les Aphrodites : de semblables prolongements existent dans les Sangsues, mais ils y sont moins considérables.
Un caractère important des Annélides est d’avoir, en général, le système nerveux sous la forme d’une chaîne ganglionnaire, qui commence par un cerveau sus-œsophagien, et, après avoir embrassé l’œsophage connue par un collier, se continue dans la région sous-intestinale en une série de ganglions dont le nombre est égal à celui des articulations extérieures. De même que celui des Myriapodes, ce système nerveux a ses ganglions plus ou moins volumineux, suivant que les Annélides qu’on étudie occupent dans la série générale de cette classe ou dans leur ordre respectif un rang plus ou moins élevé. Quelquefois les deux portions droite et gauche, au lieu de coalescer sur la ligne médiane, restent distinctes l’une de l’autre, et il existe alors une double chaîne : c’est ce dont les Sabelles nous montrent l’exemple. Une semblable disposition se retrouve chez les Péripates et les Malacobdelles, qui sont des Vers cotylides.
Dans les espèces supérieures de la classe des Annélides ou Vers sétigères, le système nerveux a plus de développement que dans celles des dernières familles de la même classe, mais il reste toujours sous la forme d’une chaîne ganglionnaire, et les anneaux du corps sont moins semblables entre eux chez certaines espèces que de Blainviile a placées à cause de cela en tête de tout le groupe (Amphitrites, Serpules, etc.). Chez ces Chétopodes, les appendices soit locomoteurs, soit respiratoires ou sensoriaux, sont en effet plus diversifiés que chez les autres Vers. Ces Vers sont mo-
(1) Cependant le sang d’une petite espèce d' Annélides propre à nos côtes (le Capitella ou Lumbriconais) , doit sa couleur rouge à la teinte même de ses globules, et sous ce rapport il est plus comparable encore à celui des animaux vertébrés.