ANNÉLIDES
noïques, du moins dans la plupart des cas. Leurs œufs tombent dans la cavité du corps avant l’éclosion. Au commencement du développement, leurs embryons portent une ou deux rangées de cils vibratiles.
Certains Annélides ont la tète distincte du reste du corps, et il est beaucoup de ces animaux qui ont des points oculaires ou même de véritables stemmates auxquels se rendent des filets ophthalmiques. On a aussi trouvé des capsules auditives chez un certain nombre d’entre eux.
Beaucoup d’espèces d’Annélides vivent dans les eaux salées : elles y sont errantes au milieu des algues et sur le sable, ou au contraire sédentaires. Dans ce dernier cas, elles se tiennent dans des tubes faits tantôt avec le sable lui-même, tantôt avec une matière qu'elles produisent, et dont la consistance est comparable à celle des coquilles des Mollusques, ou simplement à celle du parchemin. La plupart des Annélides marins sont dioïques. Les animaux de la même classe qui vivent dans les eaux douces, comme les Nais et genres analogues, ou bien dans la terre humide, comme beaucoup de Lombrics, sont au contraire monoïques.
11 y a peu d’Annélides qui nous soient réellement utiles. On doit cependant citer comme étant dans ce cas certaines espèces marines dont on se sert comme d’appât pour la pêche, et surtout les Lombrics, dont on faisait autrefois diverses préparations.
Quelques espèces d’Annélides seulement sont parasites à la manière des Vers, dont nous parlerons ultérieurement.
Plusieurs animaux de cette classe sont phosphorescents. On connaît une espèce de Lombric qui est dans ce cas (1), et la même propriété s’observe chez beaucoup d’Annélides marins 2 .
PallasetO.F. Müller avaient déjà fait, vers la fin du siècle dernier, un grand nombre de recherches importantes pour l'histoire des Annélides. Depuis lors, cette branche de l’helminthologie a fourni des observations également curieuses à Savigny et à de Blainville, ainsi qu’à MM. Milne Edwards, OErsted, de Quatrefages, Grube , R. Leuckart, d’Udekem, etc.
L’ensemble des Vers dont nous venons de parler sous la dénomination d’Annélides comprend, ainsi que nous l’avons dit. les Vers chétopodes de Blainville.
Cuvier les partageait en Annélides tubicoles (Serpules, Sabelles,
(1) Lumbricus phosphoresccns, Dugis , assez commun à Montpellier.
(2) Les Nereis mucronata, nocliluca cl phosphorans, te Pnlpnoi' fulgtirans, le Pholocharis phospltnreus, et beaucoup d’autres, sont dans ce cas.
CHETOPODES.
Térébelles, Amphitrites, Siphystomes et Dentales) ; Annélides dorsibranches (Arénicoles, Amphinomes, Eunices, Néréides, Alciopes, Spio, Lombrinères, Ophélies, Girrhatules, Palmyres, Aphrodites, Chétoptères), et Annélides ubranches séligères (Lombrics, Naïdes, Cliniènes).
Dans la méthode des Annélides que nous allons exposer, les Sangsues et les Dragonneaux, réunis aux Vers précédents par Cuvier comme étant aussi des Annélides, sont bien des animaux du même type, mais ils doivent être éloignés de cette classe ; les Hirudinées ou les Sangsues sont des Cotyl ides, et les Dragonneaux des Nématoïdes; quant aux Dentales, ce sont des Mollusques.
La classe des véritables Annélides comprend, non-seulemenl les Cbétopodes de Blainville, qui en forment le groupe principal, mais aussi les (iéphyriens, c'est-à-dire les Échiures et les Siponcles réunis, et les Tomoptérides, dont l'unique genre est celui des Tomoptères ou Briarées,qui a été longtemps associé aux Mollusques nudibranches.
Or lire «le* Cliétopoilcs (1).
On distingue trois sortes de Vers cbétopodes susceptibles d’être caractérisés d’après la considération des branchies, qui sonl céphaliques dans le premier cas, dorsales dans le second , et nulles dans le troisième. Ces trois groupes forment autant de sous-ordres dont nous allons parler brièvement sous les noms de Céphalobranche », Dorsibranches et Abranches, qu’ils portent dans plusieurs auteurs.
Sous-ordre des Céphalobranches.
Les Cbétopodes du premier sous-ordre ont de longs appendices branchiaux sur la partie antérieure du corps, et les anneaux de leur corps sont, diversi formes, ce qui les avait fait appeler Hétérocriciens par de Blainville. Leurs habitudes sont en général sédentaires, et ils habitent des tubes, d’oii le nom de Tubicoles qu’ils ont reçu de Cuvier. Tous sont marins.
Ils forment trois familles principales, les Serpulidés, les Amphitritidés et les Sabellaridés.
Les SEKPULTDÉS, ou les Serpules, Spirorbes, etc. (g. Serpula, Linné), construisent des tubes calcaires. Il faut en rapprocher les Ditrupes (g. Ditrupa), souvent confondus, à cause de la forme de leur tube, avec les Mollusques de la famille des Dentales.
(1) Chetopoda, Blainv.
ANNÉI.IDES.
Il V a une espace du genre Spibobbe, le Spirorbis Nautiloidea, que l’on trouve en abondance sur les Homards, dont il garnit la carapace. Ce sont des parasites au môme titre que les Cirrhipèdes ; l’animal sur lequel on les trouve leur fournit un gîte, mais ils ne vivent pas à ses dépens. On peut aisément se procurer ces Spirorbes en vie, et en les plongeant dans un peu d’eau de mer on les voit bientôt s’épanouir. Leur tète est ornée de houppes de tentacules ou cirrhes disposés sur deux rangs, et rappelant un fer à cheval comme ceux des Alcyonelles et des Cristatelles. Toutefois il n’y a pas de mouvement ciliaire à la surface de ces organes; leur intérieur est creux; et tantôt ils se remplissent de sang et prennent une belle couleur verte, tantôt au contraire leurs parois se contractent, le sang en étant chassé, et ils deviennent incolores. Le tube calcaire que le Ver se construit est enroulé comme une petite coquille.
Ce Spirorbe dépose dans son tube des œufs d’une belle couleur rouge.
Le genre Filagrana, Berkeley (1), est une autre subdivision des Serpulidés. Le Ver est logé dans un tube calcaire assez fin et assez régulièrement contourné pour avoir mérité ce nom. Il comprend deux espèces qu’on voit assez communément dans la mer du Nord. La première est le F. implexa, décrit d’abord par Berkeley, puis par Sars dans son Fauna Norwegica[ 2). La seconde est le F. Schleidelic.i (3), qui a été décrit par O. Schmidt. Ces deux espèces sont remarquables en ce que toutes les deux elles sont digénèses
Les AMPHITBIT1DÉS, ou les Amphitrites et les genres analogues. Sont dits aussi Vers à pinceaux ; leur étui a la consistance du parchemin.
Les SABELLABIDES, ou les Sabelles (g. Sabella, Cuv.), se réunissent dans des amas de sable, percés de trous, dont l’extérieur a une apparence alvéoliforme.
Le genre Amphicora contient une espèce (A. Sabella ) assez commune sur nos côtes, et qui est remarquable par la présence d’yeux à l’extrémité céphalique et à l’extrémité caudale. C’est M. Ehrenberg qui a le premier fait cette observation f/i). Cette espèce est le Fabricia quadripunclata de Frey et de Leuekart (5).
Ce Ver porte des panaches sur la tète comme les Serpules, et,
(1) Zoolog. Journal, 1827, p. 229; et 1835, p. +26.
(2) Fauna Norwegica, p. 26.
(3) Ncuc lleilrtlge sur Nalurgesch. (1er WUnncr, 1852.
(4) Journal de Vlnstitul, -1 janv. 1837.
(5) Deitriige sur Kentniss wirbelloser Tliiere, 18+7, p. 151, tab. ii, f. 3.
CHETOPODES.
comme ces dernières, il est logé dans un tube de peu de consistance. Les Amphicores vivent à plusieurs sur des pierres, et leurs tubes sont tellement contournés les uns dans les autres, que leur ensemble présente un aspect spongieux. Us se conservent très bien dans les aquariums.
Nous en avions depuis quelque temps toute une colonie en vie, lorsqu'il arriva que tous les corps environnants furent envahis par de jeunes Amphicores sans panaches. Les parois du bocal en étaient couvertes. Nous croyons que ce sont de jeunes Vers nés par agamie et qui s’étaient choisi un gîte nouveau, grâce aux yeux qui sont situés à leur extrémité céphalique.
Sous-ordre des Dorsibranches.
Chez ces Chétopodes les anneaux du corps sont plus uniformes que chez les précédents, et la plupart sont à la fois pourvus de soies et de branchies insérées latéralement; dans certains cas, beaucoup d'anneaux ont aussi des cirrhes tentaculaires.
Tous les Dorsibranches sont marins comme les Chétopodes du sous-ordre précédent, et ils sont de même dioïques.
On les nomme souvent Annélides errantes.
Ils peuvent être partagés en plusieurs familles, savoir :
Les ARÉNICOLIDÉS, dont le principal genre, nommé Arénicole, (Arenicola), fournit aux pêcheurs de l’Océan une espèce utilisée comme amorce.
Les NÉRËIDIDÉS, partagés eux-mêmes en :
Aphroditins, ou Aphrodites , Hermiones , Phyllodoees , Palmvres, etc. ;
Amphinomins ou Amphinomes, etc.;
Eünicins , ou Eunices ;
Et Néréiiuns, ou Néréides diverses.
Beaucoup de ces Vers sont également employés par les pêcheurs; quelques-uns sont souvent appelés des Scolopendres de mer (1).
(1) Oa trouvera l’énumération descriptive de leurs espèces, ainsi que celle des Chétopodes céphalobranches dans les auteurs suivants : Pallas, Spicilegia zoologica. — Savigny, Système des Annélides (publié dans le grand ouvrage sur l’Égypte). — De Blainville, article VEns, du Dict. des sc. nat. — Milne Edwards, Ann. des sc. nat., rs série, et Littoral de la France, t. H, 1834. — Grube, Die Familien der Anneliden. Iu-8, Berlin, 1831. — De Quatrefages, Mémoires divers insérés dans les Ann. des sc. nat., 3e série. — OErstedt, Annulatorum danicorum conspectus. Hafnia, 1842.
ANNÉLIBE8.
Lu famille des S YL LII ILS a pour caractère d’avoir le corps très allongé, très mince, souvent linéaire, formé d’un très grand nombre de segments, et portant deux cirrhes en arrière.
Le genre Si//, lis contient une espèce, S. proliféra, qui a été observée dans ces dernières années par MM. Frey et Leuekart, et qui est remarquable par les gemmes qu’elle engendre, comme l'indique son nom spécifique.
Le genre Polyophthalmc. de M. de Quat refuges, qu'il a établi sur un Ver longtemps confondu avec les Nais. Ce Ver a la tête trilobée, les pieds biramés, des yeux céphaliques à cristallins multiples, et, sur chaque segment du corps, des yeux latéraux à un seul cristallin (1) .
M. de Quatrefages en décrit quatre espèces : P. Ehrenbergii, des mers de Sicile ; P. agilis, de la baie de Biscaye; P. pictus, et P. dubius.
Le genre Myriamda, de la même famille, a été établi par M. Edward sur un Ver de la côte de Sicile, le M. fasciala. Ce Ver est également digénèse, et il se fait remarquer par le grand nombre de gemmes qui apparaissent simultanément à sa partie postérieure; la moitié de sa longueur est formée de ces gemmes.
Sous-ordre des Abranches.
Ces Vers sont encore pourvus de soies plus ou m oins apparentes, mais ils n’ont pas de branchies, ce qui leur a valu la dénomination A' Abranches. Us ont le corps allongé, formé d’anneaux nombreux et uniformes, la tête non distincte et les sexes réunis sur le même individu, toutefois ils sont insuffisants et doivent nécessairement s’accoupler pour devenir féconds.
Quelques-uns sont marins, d’autres lluviatiles, et un certain nombre terrestres. Ces derniers recherchent néanmoins les sols humides, et à mesure que la sécheresse succède à l'humidité, ils s’enfoncent davantage au-dessous de la surface.
Les Chétopodes abranches sont les Annélides terri col es de plusieurs auteurs et les Lombricins de quelques autres.
On y distingue surtout la grande famille des LOMBRICIUÉS, dont les Lombrics ou Vers de terre, ainsi que les Sais , font partie.
Les Lombrics (g. Lombricus), déjà étudiés avec soin p$>r Swammerdam, ont donné lieu, depuis ce célèbre observateur, à des
(1) Ann. des sc. val. , mars 1 R i 5.
CHÉTOPODES. 91
remarques également curieuses. Quoique courtes, les soies des Lombrics sont faciles à voir, si Pon emploie la loupe ; on peut aussi constater leur présence en passant simplement ces animaux entre les doigts, que leurs soies grattent alors comme les poils d’une brosse. Le renflement que ces Annélides présentent à peu de distance de la région céphalique est le siège de leurs organes générateurs; on l’appelle le bât. L’accouplement a lieu ventre à ventre. Les testicules sont sur deux rangs, composés chacun d’une Série de renflements communiquant ensemble ; les ovaires longent de chaque côté le système nerveux à la hauteur du douzième anneau; ils sont membraneux et pyriformes. Les Lombrics pondent leurs œufs réunis dans de petites capsules.
Ces Vers ont été autrefois employés en médecine pour la préparation d’une sorte de décoction huileuse. Dioscoride les mentionne dans ses écrits, et ils portent, dans les auteurs de la renaissance, le nom de Lombrici seu Venues terrent.
Us recèlent dans leurs divers organes, et principalement dans leurs testicules, de nombreux parasites : Anguiltules de diverses espèces, Dicelis filaria, Leucophrys, Paramécies, Amibes et Grégarines.
Une espèce de Lombric (le Lumbricus photphorescens) répand dans l’obscurité une vive lumière. Elle vit dans la terre, et vient assez près de la surface lorsque le sol est très humide. Alors on l’aperçoit le soir, et dans certains endroits elle est fort abondante. Nous l’avons vue communément dans le jardin des plantes deMontpellier en mai 1855, ainsi que pendant l’automne cl l’hiver si pluvieux de 1857-58.
On possède plusieurs ouvrages sur les Lombrics, entre autres ceux du professeur Morren et de M. d’Udekem. Savigny, Dugès Hotfmeister et quelques autres naturalistes, ont cherché à établir la diagnose de leurs espèces.
Il y a d’ailleurs plusieurs genres de Lombrics proprement dits, c’est-à-dire de Vers de terre véritables, sans comprendre les Lombrics marins ni les Tubifex, les Enchyt.rées et les Nais, ainsi que leurs autres subdivisions dont les unes sont marines et les autres tluviatiles.
MM. Henle et d’Udekem ont étudié anatomiquement les Enchytrceus , qui sont de petits Lombricidés intermédiaires aux Lombrics et aux Nais, que l’on trouve dans la terre des jardins ou des vases à fleurs. On doit aussi à M. d’Udekem d’excellentes observations sur le Lombric commun ( Lumbricus terrestris ).
M. d’Udekem a pu étudier en Belgique diverses espèces de ce
AN.NKI.IDES.
genre (1). Il y en a un grand nombre en France, et l’on en trouve de plus grandes dans les pays chauds.
Une espèce de Lombricidés a été donnée comme ayant été rendue par l’urèthre d’une jeune fille, et décrite sous le nom de Dactylius aculeatus. Cette indication est évidemment le résultat d’une erreur, et l’on ne doit pas y attacher plus de confiance qu’à l’opinion des anciens auteurs qui attribuaient à une seule et même espèce les Lombrics et les Ascarides lombricoïdes.
Les Capitelles (g. Capitella ou Lumbriconaïs) forment une division des Chétopodes abrancbes peu éloignée de celle des Lumbricidés, et qui présente un fait remarquable que nous avons déjà signalé.
Habituellement les Chétopodes ont le sang rouge, et cette couleur réside dans la partie séreuse, tandis que chez les animaux vertébrés, ce sont les globules qui sont colorés. Les Capitelles sont dans ce dernier cas; ils ont le sérum incolore et les globules rouges.
Ce sont de petits Lombricidés propres aux eaux marines ; on en trouve à Ostende ( Capitella capita et C . fimbriata).
Les Capitelles sont également remarquables en ce que ce sont des Chétopodes abranches à sexes séparés (2).
La tribu des Naïdins ou Nat s, dont les genres ont été multipliés dans ces derniers temps, et les espèces examinées de nouveau (3), n’est pas moins curieuse à étudier. Une d’entre elles, le IV aïs proboscidea, qui sert de type au genre SlyLaria, vit dans la cavité respiratoire des Lymnées, et pond ses œufs dans le parenchyme même de ces Mollusques. En outre, le Chœtor/aster Limnei a des habitudes analogues : c’est un véritable parasite de ces Gastéropodes ; et l’on trouve souvent le Naïs furcata, l’un de nos Uronaïs, dans les tubes des Alcyonelles et des Plumatelles. Le Mutzia heterodactyla de M. Vogt est aussi une espèce de ce groupe.
Nous avons observé une espèce de Nais enkystée sur les branchies de la Perche.
Les Nais sont au nombre des Vers chétopodes, chez lesquels on observe à la fois la génération agame et la génération par les sexe s.
(1) Développement du Lombric terrestre dans les Mém. de l'Acad. r. de Belgique ( Mém . couronnés et Mém. des savants étrangers, t. XXVII).
(2) Van Beneden, Bull. Acad. Bruxelles, 2* série, t. III.
(3) Ehrenberg. Symbolœ physicœ. — P. Gervais, Bull, de l'Acad. de Bruxelles , t. V. — D’Udekem, ibid., l. XXII.
GÉPHÏH1ENS.
Ordre des (jiéphyriens.
Nous ne parlerons que pour mémoire de l’ordre qui comprend ; les Siponcles et les Échiures. Ces Vers, dont Cuvier faisait des i Échinodermes apodes, ont le corps cylindrique, très contractile, i dépourvu de soies proprement dites, terminé en avant par une j trompe rétractile, échinulée sur une partie de sa longueur, et porj tant en avant une sorte de collerette foliacée dans laquelle est | percée la bouche. L’anus est ouvert sous le milieu du corps, et les j organes de la génération dans deux orifices latéraux, situés vers i le même point. Le système nerveux forme une chaîne ganglionj naire sous-intestinale. La peau est lisse, quelquefois annelée et I souvent irisée. Les sexes sont séparés. Le sang est incolore. Il y a de véritables métamorphoses et le développement n’est pas uniquement direct.
Ces Vers sont tous marins. Ils vivent dans le sable, dans la vase, dans les pierres, etc. Quelques-uns d’entre eux acquièrent des dimensions assez considérables. Les poissons les recherchent pour ; s’en nourrir. Nous les partagerons en deux sous-ordres, les Echiures j et les Siponcles.
Sous-ordre des Siponcles.
Le groupe des Siponcles ne forme qu’une seule famille, celle des SJPONCULIDÉS, qui se partage en genres sous les noms de Siponcle ( Sipunculus ) Priapule, Lithoderme, etc. Ses espèces sont essentiellement marines.
Parmi elles nous devons citer de préférence le Siponcle édule (Sipunculus edulis, L.) que l’on mange sur les côtes de la Chine.
Ce Siponcle atteint environ un pied de long, et il a à peu près le diamètre d’une plume d’oie. Il vit à un pied ou un pied et demi | de profondeur dans le sable, et s’y tient dans des trous verticaux ouverts à la surface du sol et à peu de distance du rivage. A la marée basse, les Chinois, qui sont très friands de Siponcles, arrivent avec un petit faisceau de quelques baguettes de rotang. Dans chaque orifice des galeries de ces Vers, ils enfoncent une de leurs baguettes, et après cette opération ils les retirent successivement, en ayant bien soin d’écarter en entonnoir le sable entourant l’orifice. Alors ils trouvent le Siponcle attaché par la bouche au bâton qu’ils avaient enfoncé dans un trou, et ils peuvent l’en-
9U ANNÉUDKS.
lever sans qu'il se soit renflé en arrière, ce qui aurait rendu l’extraction impossible.
Il y a plusieurs manières d’apprêter le Siponcle. Tantôt on le lait, cuire- avec do l’ail de Tcrnate, tantôt avec du garo sooy.
L’une des espèces les plus remarquables parmi celles qu’on trouve sur nos côtes, est le Siponcle balanophore Sipunculus balanophorus ou S. nudus) que l’on rencontre quelquefois en abondance sur la plage de la Méditerranée, surtout après les forts coups de mer.
Le Phascolosoma Bernhardus se tient dans les coquilles vides des Littorines, des Turritelles, etc., et nous avons trouvé dans les cavités des pierres, ainsi que dans une coquille de Dentale, une espèce de Lithoderme (L. pushdosum, P. Gerv.).
Des détails ont été donnés sur les Vers du même groupe par de Blainville (. Dictionn . des sc. nat.), par M. Grube [Archives de Muller , 1837), par M. de Quatrefages (Ann. des sc. nat., 3e série, t. VIII, p. 307), et par quelques autres naturalistes.
C’est M. de Quatrefages qui a proposé de réunir les Siponcles et les Échiures dans un ordre unique sous le nom de Géphyriens ; de Blainville associait les Siponcles à ses Vers apodes.
Sous-ordre des Echiures.
Ceux-ci sont encore plus voisins des Chétopodes, et de Biainville ne les en séparait pas; ils ont en effet des soies, niais sur quelques anneaux seulement. Ce sont, comme les Siponcles, des animaux marins.
Ils ne Comprennent qu’une famille, celle des ÉCHIUBIDËS, qui a pour genres les Thalassema , Chetodoma, Bonel lia et Stemaspis.
Ordre de» Tomoptèrides.
Cet ordre comprend le Tomopteris onisciformis d’Eschscholtz, ou Briareus de MM. Quoy et Gaimard, qui a été étudié dans ces dernières années par MM. Busch, Grube et Klilliker (1). On l’avait d’abord pris pour un mollusque de la catégorie des Nudibranches ou de celle des Hétéropodes, mais c’est avec les Annélides qu’il faut le classer.
(1) Busch, Muller’s Archiv, 1847, 181. — Grube, Liuigc Bfinerk. ubci Tomopteris {Ibid., 1848, p. 456). — Grube, Jimeliden , p. 9. — Kôlliker, Z eilschr. für Wtesenschafll. Zooi., 1. IV, p. 539 (1853).
JSM AT OÏ DJSS . 95
C'est M. Grube qui a reporté les Tomoptères parmi ces derniers animaux, quoiqu’ils n’aient pas de soies, et qu'ils manquent, nonseulement de vaisseau dorsal, mais encore d’appareil vasculaire. Leur corps porte des prolongements latéraux, ce qui leur donne un aspect tout particulier.
La famille des TOMOPTÉRIDÉS, la seule que comprenne cet ordre, se compose du genre TomopteiuS ou Briareus, qui est marin. L’espèce type de ce genre vit dans la Méditerranée.
CLASSE DEUXIÈME
NÉMATOÏDES.
Cette classe a pour division principale les Nématoïdes de Rudolphi, dont tant d’espèces vivent en parasites dans les organes de l’homme et des autres animaux vertébrés. Les Vers qui s’y rapportent ont le corps allongé, quelquefois semblable à un fil, et la cavité périgastrique distincte des viscères digestifs et génitaux. Ils manquent de vaisseaux et d’appareil circulatoire ; le plus souvent ils sont pourvus d’un canal digestif ouvert à ses deux extrémités. Leurs sexes sont généralement séparés, et ils ont la génération uniquement sexuelle. Leur développement est direct et leurs embryons sont toujours dépourvus de cils vibratiles.
Les Vers qu’on réunit dans cette catégorie vivent dans les conditions les plus diverses. Il y en a qui sont marins ; d’autres sont fluviatiles ; quelques-uns sont terrestres; mais la plupart sont parasites des autres animaux, soit pendant un certain temps seulement, soit pendant toute leur vie. Parmi les demi-parasites, on peut ranger les Gordius. Les Nématoïdes essentiellement parasites sont les Ascarides, les Strongles, les Dragonneaux, les Pilaires et beaucoup d’autres encore. Ceux qui restent libres sont moins nombreux; ils ont toujours un moins grand nombre d'œufs que ceux qui sont entozoaires : nous citerons, entre aures, les Anguillules du vinaigre.
11 y a parmi ces animaux des espèces de dimensions liés varices: quelques-unes, parmi celles qui sont parasites, ont quelquefois un mètre et plus de longueur; d’autres sont, au contraire, si petites, qu’on les a longtemps classées parmi les Infusoires ou animaux microscopiques. Telles sont, en particulier, les Anguillules que nous avons déjà signalées.
96 NÉMATOÏDES.
Nous divisons les Nématoïdes ou Filarides en quatre ordres, savoir : les Chétognathes ou Sagittclles, les Nématoïdes véritables, les Gordiacés et les Acanthocéphales.
Ordre «les f bétonnai lies.
Cet ordre ne comprend qu’un seul genre, celui des Sagitteu.es ou Flèches ( Sagitta , Quoyet Gaimard), dont les aflinités ont été très diversement interprétées par les auteurs. On en a fait successivement des Ptéropodes, des Hétéropodes, des Annélides et même des Vertébrés. Aujourd’hui que l’on connaît leur organisation et leur mode de développement, il ne reste guère de doute sur la place qu’il faut leur assigner. Le genre des Sagittclles établit évidemment la transition des Annélides tels que nous les avons définis aux Vers nématoïdes, mais il diffère des uns et des autres en ce qu’il a les sexes réunis.
C’est Slabber qui a le premier observé ces singuliers invertébrés (1) ; plus tard ils ont été revus par MM. Quoy et Gaimard ; MM. Krohn, Forbes, Darwin, d’Orbigny, Wilms, Souleyet, Busch et Gegenbaur les ont plus récemment étudiés.
Comme l’indique leur nom, les Sagittelles ont la forme d’une flèche dont leurs nageoires caudales représentent même les barbes. Leur bouche est entourée d’un cercle plus ou moins complet de soies, mais ils n’ont point de soies sur la longueur du corps, et celui-ci n’est point annelé. Ils possèdent un ganglion nerveux central, mais ils manquent de cœur et de vaisseaux. Leur tube digestif est simple et droit. Leurs organes sexuels mâles et femelles sont réunis sur le même individu, et ils s’ouvrent a côté de l’anus par un seul orifice; le réservoir spermatique débouche dans l’ovaire.
Le développement embryonnaire des Sagittelles est direct, c’està-dire sans métamorphoses. Leur embryon ne présente pas de cils vibratiles, et il a déjà sa forme définitive au moment de l’éclosion; dans l’œuf, il est enroulé sur lui-même.
La famille unique de cet ordre est celle des SAGl'lTlDËS, qui comprend une dizaine d’espèces, toutes des eaux marines. On les trouve dans la mer du Nord, dans l’océan Atlantique et dans la Méditerranée ( Sagitta setosa,cephaloptera, bipunctata, rostrala , multidentata , serrato-dentata, hjra , draco, diptera , triptera et hexaptera).
Ces Vers nagent avec une grande facilité et ils restent libres à tous les âges.
(1) Naturkundige Verlusligingen, pl. 6, üg. 4-5. Iu-4, Harlem, 1778.
NÉMAT0Ï1IES.
Ordre des IXi'inatoïilcs vrais (I).
Le nom îles Néinatoïdes rappelle que le corps de ces Vers a le plus souvent l’apparence d’un fil (2), et en effet il est toujours plus ou moins grêle, allongé ou même filiforme. Un n’y reconnaît extérieurement aucun appendice , et s’il y a une ou deux soies, elles sont placées en arrière et destinées à remplir le rôle de pénis. Il n’y a pas non plus de ventouses, et la peau elle-même est régidule. élastique, très finement annelée dans un grand nombre de cas, et presque toujours étiolée. II n’y a ni tentacules, ni branchies, et il est fort rare que l’on observe des points oculaires.
Envisagés sous le rapport de leurs organes intérieurs , les Néinatoïdes ne sont pas moins distincts des autres Vers. Leur canal intestinal est complet et ses orifices sont terminaux. Leur système nerveux n’est pas moins évident : il consiste en un cerveau avec ganglion Sous-œsophagien et brides latérales formant collier, et en deux filets principaux longeant les côtés du corps; ces filets manquent de renflements ganglionnaires. Les sexes sont toujours séparés, et, dans beaucoup d’espèces, les individus mâles diffèrent des femelles par leurs moindres dimensions; ils sont aussi moins nombreux. Leurs organes d’accouplement consistent en un ou deux pénis cornés d’apparence sétiforme ; les testicules et les canaux déférents occupent toute la longueur du corps; ils sont tubiformes. Les spermatozoïdes ont une forme granuleuse, et semblent projeter des filaments, comme les Amibes. Les organes internes des femelles sont peu différents de ceux des mâles ; ils sont aussi très étendus, remplissent une grande partie du corps, et consistent en deux longues cornes au fond desquelles naissent des vésicules germinatives qui s’entourent ensuite de vitellus, reçoivent bientôt après l’imprégnation des spermatozoïdes et s’enveloppent ultérieurement de la coque qui devra les protéger lorsqu’ils seront pondus. Ils sortent par l’orifice vulvaire, dont la position varie suivant les genres. Cet orifice est parfois ouvert à la partie postérieure du corps; on l'aperçoit dans d’autres Néinatoïdes sous le milieu de la longueur totale, et il en est chez lesquels il est plus ou moins rapproché de la bouche, et alors tout à fait antérieur. Quelques Nématoïdes sont vivipares.
(1) ftemaloidea, Rudolphi, Enlos. Ilist. , 1808, t. 1. — Apuda oxycephcto , Ulaiuv., Dict. sc. nal., t. LVII, p. 535.
(2) Nrp.i, fil; apparence.
VERS
Ces Helminthes ne subissent point de véritables métamorphoses, et, leur génération est dite directe. Ce sont presque tous des animaux parasites, et habituellement ils ne se développent pas chez les individus mêmes dans le corpsdesquels ils ontété pondus. Quelques-uns s’enkystent et restent pendant un certain temps agames : c’est en particulier ce qui a lieu pour les Trichines, dont les muscles de l’homme présentent dans certains cas de nombreux individus. On trouve beaucoup de Nématoïdes dans le canal intestinal des animaux vertébrés, et les Mammifères en possèdent une grande quantité d’espèces et de genres; mais il y en a aussi dans les animaux de presque toutes les autres classes, et les plus simples n’en sont pas exempts, puisque nous en avons observé dans les Alcvonelles, les Sagittelles et les Cydippes. Quelques-uns percent les parenchymes, et on les voit alors dans la substance du foie, dans celle du corps, etc. Il y en a jusque dans le sang et qui circulent avec lui, comme cela s’observe dans le sang du chien. Ceux-là ont été dits hématozoaii'es : ce sont généralement des Nématoïdes nouvellement éclos, et leurs dimensions sont en etîet très petites.
Il y a des Nématoïdes qui ne sont entozoaires que pendant une partie de leur existence, comme les Gordius, peut-être aussi les Dragonneaux véritables ou Vers de Médine.
D’autres sont complètement extérieurs, comme les Anguillules ou Vibrions du vinaigre, de la colle, etc., dont on faisait autrefois des Infusoires à cause de leur genre de vie et de leur petitesse.
Certains Nématoïdes extérieurs sont même marins, et il en est d’autres qui vivent dans la terre humide et pour ainsi dire dans les mêmes conditions que les Lombrics.
On trouve des Nématoïdes parasites dans tous les organes indistinctement, et ils y sont dans des conditions très diverses.
Agames, ils habitent un hôte provisoire et s’enkystent le plus communément dans le péritoine : c’est ainsi que les petits rongeurs, les oiseaux à régime végétal, les reptiles, les batraciens et surtout les poissons osseux, en nourrissent souvent plusieurs dans leur cavité abdominale. On les trouve aussi, comme, par exemple, les Trichina, dans les muscles, dans le sang, les corps caverneux, le cerveau, et même dans les yeux. Les Trichines, un des genres de Nématoïdes que Ton observe dans l’homme, y sonl quelquefois très abondants.
Pour devenir complets et sexués, les Nématoïdes envahissent ordinairement des organes ouverts, particulièrement l’estomac et les intestins grêles; on en trouve aussi dans le poumon, dans les
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reins, dans la vessie urinaire, dans la matrice, dans les sinus maxillaires, etc. Il y en a même quelques-uns qui vivent indifféremment à l'état sexué, soit dans des organes clos qu’ils creusent, soit dans des organes ouverts. Exemple : les Proshecosacter ainsi que les Proleptes gordioides.
Il est probable que par la suite on trouvera quelques rapports entre les familles naturelles de ces Vers et les animaux ou les organes qu’ils habitent.
Ils sont généralement endoparasites ; mais plusieurs, comme certains Spiroptères, vivant sur la membrane nictitante ou sur la conjonctive palpébrale, font le passage aux ectoparasites.
Ces animaux se rattachent évidemment aux derniers des Vers chétopodes par leur forme et par plusieurs traits de leur organisation, mais la disposition de leur système nerveux ne permet pas de les réunir aux Annélides. Ils sont, pour ainsi dire, la dégradation extrême de la série des Annélides pourvus de soies, comme les Trématodes et les Cestoïdes sont la dégradation finale des Hirudinées ou Annélides apodes, et l’on peut très bien faire de ces deux séries de Vers deux divisions parallèles dont chacune aurait ses espèces supérieures, moyennes et inférieures. De Blainville plaçait les Nématoïdes (Apodes oxycéphalés de sa classification) avant les Hirudinées (Apodes myzocéphalés, Blainv.), en se fondant sur ce que la génération, dioïque chez les premiers, est au contraire monoïque chez les autres.
D’ailleurs les Nématoïdes ne forment pas un groupe entièrement isolé. D’une part, ils se rattachent plus ou moins aux Rotateurs ou Systolides par plusieurs de leurs caractères, et d’autre part, les Flèches ou Sagittelles (g. Sagiltd) ont avec eux des analogies incontestables.
L’ordre si important et si nombreux en espèces des Vers nématoïdes peut être partagé en deux catégories, eu égard il la manière de vivre des animaux qui s’y rapportent, et même à quelques-uns de leurs caractères anatomiques. Ceux de la première catégorie sont libres et vivent à l'extérieur ; ceux de, la seconde habitent en parasites dans le corps des autres animaux.