‹ Zoologie médicaleChapitre 25 sur 61 · TRÉMATODES · texte numérisé non relu

TRÉMATODES

Ce Ver a été observé dans le foie de l’Homme par Biddloo, Pallas, Melilis I : et quelques autres auteurs, mais on le trouve beaucoup plus communément sur divers Mammifères, principalement sur des Ruminants, entre autres le Mouton, l’Argali, le Chevreuil, le Cerf, le Daim, le Bœuf domestique, l’Aurochs ( Bos unis) (d’après Miram), la Chèvre et le Chameau.

Le Cheval, l’Ane sont aussi attaqués par la Douve, et le Cochon l’a montrée, ainsi qu’un Kangurou géant mort en captivité (Bremser). Le Castor, l’Écureuil, le Lapin et le Lièvre en ont également été attaqués.

Le Distome trouvé, en Europe, dans le foie d’une Girafe, et qui a été décrit comme une autre espèce, n’est aussi qu’un Distoma hepaticum.

On a signalé ce parasite dans toute l’Europe, et il s’étend jusqu’au Groenland où il a été observé, mais rarement, par Fabrieius.

Ce Ver, maintenant si répandu, est peut-être une des espèces propres au Mouton. En effet, dans aucun Mammifère, il n’est aussi commun que dans ce Ruminant.

Distome lancéolé [Distoma lanceolatum) . — Ce Ver a été longtemps confondu avec le précédent avec lequel on le trouve quelquefois, bien qu’il en soit complètement distinct par sa forme. C’est Mehlis qui l’en a le premier nettement et définitivement distingué comme espèce.

Le corps de ce Distome est lancéolé, comme l’indique son nom; trois à quatre fois aussi long que large; très aplati; blanchâtre et assez transparent. La ventouse de sa bouche est proportionnellement plus large que dans l’espèce précédente et à peu près de la même largeur que l’autre. Les intestins sont droits et simples, par conséquent sans ramifications. On voit les œufs à travers la peau, et, selon le degré de maturité, ils sont bruns, noirs ou fauves.

Longueur totale : 8 à 9 millimètres, sur 2 ou 2 et demi de large.

Le Distome lancéolé diffère donc du Distome hépatique, surtout par la taille, par le volume des œufs et par son intestin qui est sans ramifications.

Ce Ver se trouve souvent avec le précédent dans les mêmes or-

(I) Ou a observé plusieurs fois de petits exemplaires du Distoma hepaticum ou de Distoma lanceolatum dans le foie de l’Homme. M. Duval, directeur de l’École de médecine de Rennes, a même trouvé le distoma hepaticum adulte dans la veine porte (Dujardin), et M. de Siebold en cite un autre qui vivait dans une tumeur du pied. Ce dernier cas a été recueilli par le docteur Krey.

ganes ot sur 1rs mêmes animaux; ce qui l’a fait considérer longtemps comme étant le jeune Age du Distome hépatique.

Bucholz, Chabert etMehlis l’ont trouvé sur l’Homme, mais on le rencontre beaucoup plus communément sur le Mouton, le Bœuf, le Daim, le Cerf, le Cochon, le Lièvre et le Lapin.

M. de Siebold a trouvé dans un jeune Chat les canaux biliaires et la vésicule du fiel obstrués par plusieurs centaines de ces Distonies (1).

On ignore encore quelles sont les Cercaires de ces deux espèces de l’Homme, oii elles vivent et comment elles s’introduisent. I! est probable que les Cercaires dont nos Distomes sont la transformation s’introduisent dans notre corps avec les boissons.

Distome Goliath ( Distoma Goliath ). — C’est peut-être le plus grand Ver de tout cet ordre, puisqu’il atteint jusqu’à 80 millimètres de longueur et 15 millimètres de largeur.

Il habite le foie de la petite Baleine ( Pterobalena rostrata).

Il y a donc ici un rapport entre le volume de l’hôte et la taille de ses parasites.

Le corps du Distonie Goliath est très large, déprimé, affectant la forme d’une Sangsue, sans être cependant effilé aux deux bouts. La ventouse abdominale est plus petite que la ventouse de la bouche; elle est située vers le milieu du corps un peu plus près de l’extrémité caudale. Les orifices sexuels sont très distincts et s’ouvrent un peu au-devant de la ventouse abdominale. Le pénis est très fort et il a sa surface lisse. La couleur générale du Ver est d’un gris noirâtre.

Distome retus [Distoma retusum). — Cotte espèce est facile à distinguer par les petites épines qui recouvrent la surface de son corps, par son bulbe œsophagien qui est large et trilobé en avant, et surtout par son canal excréteur très large et fort distinct qui se bifurque à une courte distance de la ventouse abdominale. Sa Cercaire est connue sous le nom de Cercaria armata et vit sur le Linmeus ovatus. Son Scolex ou sa larve est de couleur jaune. Nous en avons trouvé d’enkystées dans des larves de Frigane.

A l’état complet ou de Distome, ce Ver habite l’intestin des Grenouilles. Nous en avons suivi la transformation jusqu’à leur maturité sexuelle.

Distome ijématobie [Distomum hematobium , Bilharzj (2). — Ce Ver, découvert par M. Bilharz en 1851, est l’un des parasites les

(1) Wiegman's Archiv.; 1836, p. 113 (noie).

(2) Zeitschrift fur IVIss. zoologie. 1833, vol. IV, p. 59.

TIUiMATODES.

plus romnrqunhloa qui nient été trouvés dans ces dernières années.

Il a été observé sur l’Homme en Égypte. Son siège est dans la veine porte et dans sos ramifications.

L'espèce se composo do deux sortes d’individus complètement différents par la forme et par la physionomie ; M. Bilharz les regarde comme étant les uns môles et les autres femelles. Nous donnons en note leur diagnose d’après cet observateur (1) :

M. Bilharz découvrit d’abord un môle, qu’il prit pour un Nématoïde, dans le sang de la veine porte; il le distingua cependant pour un Ver nouveau, et, en le plaçant sur la platine du microscope, il le reconnut pour un Distome.

Trois mois après, il écrivit à M. de Siebold : « Ce Ver est plus remarquable encore que je ne l’avais cru, puisque c’est un Trématode a sexes séparés. En cherchant avec soin dans les veines du mésentère exposé à la lumière, j’ai trouvé des Vers logés dans une rainure longitudinale d’un autre Ver vivant, comme une épée dans son fourreau, et montrant en avant la tète et en arrière la queue libre. Celui qui forme la gaine est plus gros que l’autre : c’est le môle; la femelle est grêle et effilée comme un Nématoïde. »

(1) Distonum hæmatobiuin, seiu distincto. Maris corpus molle, nlbidum, filiforme, parte anteriore tolius longitudinis octava vel nona (trunco) deprossa, lanpeolaia, subtùs plana vel concava, suprà leviter convexa, superficie latvi, reliqua corporis parte (cauda) lerete, margine corporis ab ncetabulo ventrali rétro ulrinquo versus faciem vontralcm confiexo, coque modo caqalem gyuaîcophorum efficiente, apicc postico altcuuato, superficie externa tubcrculis filigeris conserta, superficie canalis interiore mediaqa latvi et partibus latcralibus aculeis miuutissimis scabra. Acetabulum arjs apicale subinferum, triangulare, acetabulum ventrale sub fincm « truuci » iusertum, orbicularc cadcm magnitudiuc cum acetabulo oris. Superficies utriusque acetabuli granulis crcbris minutissimis scabra. Canalis cibarius sine pharyngé musculari ante acetabulum ventrale in duas parles divisus, in postoriore (caudœ) parte denno unitus. cœcus. Porus gcnitalis inter acetabulum ventrale et canalis (gynæthophorfi origineni situs.

n t'emino! forma dissimilis, tenorrima, gracilliraa; corpus tenuiforme, lævo byalinum, anticc sensim valdc atténuation, cauda canali nul lo apice angustata. Acctabula et canalis cibarius ut in mare. Porus gcnitalis cum margine posleriore acetabuli vcnlralis coalitus.

« Longit. 3 ad 4 lin., mas fcmiuam latitudinc multo superans,

n Patria Ægyptus, in hominis vena portarum ejusque rainificationibus. In venis mescraceis reperiuntur marcs feminam in canali gvnæcophoro gerentes, in venis intestinalibus et hepaticis, in vena lienali semper vidui. «

VERS

L’intestin, qui se bifurque au-devant de la ventouse ventrale, se réunit de nouveau en arrière, et se termine tout au fond en culde-sac. L'appareil sexuel enveloppe l'intestin dans la femelle, et son oviducle s’ouvre sur le bord postérieur de la ventouse ventrale. Cet oviducte est très long; ses parois sont fort minces, et les œufs qu’d contient ont une forme ovale, mais avec un des bouts effilé.

M. Bilharz croit avoir vu, dans les individus mâles qui portent la gaine, un testicule formé d’un grand nombre de glandes.

A la fin de la môme année, cet observateur a envoyé à M. de Siébold des dessins et des Vers de cette espèce conservés dans la liqueur.

Distome filicolle (Disloma filicolle). — Nous faisons mention de cette espèce, surtout parce qu’elle nous explique jusqu’à un certain point les singularités du Distoma hematobiurn. Ce Ver vit en effet dans un sac, formé aux dépens de la peau, dans la cavité branchiale do la Castagnole ( Brama raii). Elle se réunit par couples, formés d’un individu grêle et d’un autre individu très large, rempli d’œufs.

Elle a été décrite d’abord sous le nom de Monosloma filicolle par Rudolphi, la petite ventouse abdominale ayant échappé à son attention. Comme on le pense bien, on a regardé ce Ver comme dioïque; mais il nous semble plus rationnel, à défaut d’une démonstration suffisante, et en tenant compte des travaux de M. Bilharz relatifs au Distoma hematobiurn, de le regarder comme hermaphrodite.

DanslesautrcsVersmonoïques, quand deux individus s’accouplent, ils agissent tous les deux comme mâle et comme femelle, tandis qu’ici, après la fécondation, un seul des deux devient une femelle complète et remplie d’œufs, l’autre ayant agi seulement comme mâle. M. G. Wagener a vu en effet des spermatozoïdes dans l’individu large et chargé d’œufs, et, si nous ne nous trompons, il a également vu deux individus pleins d’œufs dans un môme sac. Si nous interprétons bien ce phénomène, il en résulterait que l’accouplement se fait deux à deux, comme dans les Limaces, et non d’une manière solitaire, comme dans certains Cestoïdes. LeVer qui agit comme mâle et qui est sans œufs est allongé et arrondi comme un Nématoïde, tandis que l’autre, opérant comme femelle, est effilé seulement dans la région céphalique et fort large , aplati, enroulé sur luimême comme certaines larves d’insectes. Ni l’un ni l’autre ne présentent l’aspect général des Vers de ce genre.

Distome irÉTÉnoniYE ( Distoma hetei'ophyes , Sieh.) ( 1 ). — C’est le

(I) Corpus ovnlo ohlongum, drprosstini . subtus planum, supra Irriter ron-

TllÉMATODKS.

26 avril 1851 que M. Bilharz découvrit cc Ver dans l'intestin d’un jeune garçon, en Égypte. Il aperçut un grand nombre de points rouges, d'une demi-ligne de long et d’un quart de ligne de large, et qui sous le microscope, semblaient être de vrais Distomes entièrement développés. La couleur rouge provenait de la teinte rouge des œufs.

Le corps de ces Vers est de forme ovale un peu plus large en arrière qu’en avant; la ventouse buccale est petite, infundibuliforme et elle s’ouvre plutôt en dessous qu’en avant. À quelque distance de cette ventouse on voit un bulbe œsophagien. La ventouse ventrale est douze fois plus grande que l’autre; derrière elle on distingue la bourse du pénis qui n’est pas sans ressemblance avec une ventouse, et qui présente un cercle de soies.

On aperçoit les deux testicules en arrière, en avant le germigène et une vésicule séminale interne. L’espace situé entre ces organes est occupé par les replis de l’oviducte, et en arrière on découvre des deux côtés le vitellogène. En arrière aussi et sur la ligne médiane on voit l’organe sécréteur que nous considérons comme appareil urinaire. La surface de la peau est recouverte, en avant surtout, par des soies couchées ayant leur pointe dirigée en arrière.

M. Bilharz a vu ces Distomes une seconde fois, et il a pu apercevoir le mouvement des spermatozoïdes dans la vésicule séminale interne. Il a compté 72 soies cornées à la bourse du pénis, et ces soies portent cinq barbes d’une longueur égale, qui rappellent, dit M. de Siebold, les crochets de la bourse péniale des Polystomes et des Octobothriums.

Distome ovale ( Distoma ovatum) . — Ce Ver a été trouvé par Meyer chez les oiseaux.

Il a le corps aplati, de forme ovale, un peu moins large en avant qu’en arrière; il est blanchâtre et tacheté de noir. La ventouse buccale estorbiculaire, la ventrale est assez éloignée de la précédente et beaucoup plus large. Le pénis est long et flexueux.

vciura. Acetabulum oris sub-apicale, infundibulifbrme, parvurn. Acetabulum ventrale, paululum ante medium situm , magnum (acetabulum oris decies et ultra superans), globosum. Pharynx muscularis, globosa; canalis cibarius ante acetabulum ventrale iu duas partes cæcas divisus. Cirrus post acetabulum ventrale situs et oblique cum sinistra cjus parte coalilus, globosus, acetabul Hormis, circulo complcto setarum 72 minutissimarum ramulis quinque secundis iustructarum coroualus , lesticulus orgauoque germiuifero globosis. Lougit. 1/2, ad 3/4 lin. » Ein Deilrage sur llelininlographia Humana, Zeil. f. Rè'ss. Zool., vol. IV, 4853, p. 62.

VliHS.

Cet helminthe est long de 7 à 8 millimètres, sur 2 millimètres de large.

Il habite la poche embryonnaire qui est située au-devant du rectum des oiseaux et qu’on appelle la bourse de Fabricitu. On la trouve dans le Canard domestique, dans plusieurs Canards sauvages, ainsi que dans le Foulque, la Pie, le Freux, la Corneille mantelée, la Buse et la Brachiote.

Distome linéaire ( Distoma lineare ). — Ce Distome a été d’abord observé par Rudolphi, mais à une époque où ce célèbre helminthologiste commençait seulement ses recherches sur les Vers; aussi l’histoire de ce parasite réclamerait-t-elle de nouvelles recherches pour être définitivement établie.

Le corps est plan, linéaire, rougeâtre, terminé en avant par une sorte de cou, portant une ventouse antérieure entourée de six papilles, et ohtus en arrière. La ventouse ventrale est la plus grande. Le pénis est grand et cylindrique.

Il est long de \h à 15 millimètres et large de 1 millimètre et demi.

Habite dans le gros intestin du Poulet.

Distome élargi ( Distoma dilatation). — Le corps de ce Ver est plan, allongé, obtus postérieurement. Le cou est déprimé, étroit et dilaté vers le milieu. La tète est semi-lunaire avec le bord épineux. La bouche est petite, orbiculaire; la ventouse abdominale est grande et a son orifice circulaire.

Il a 7 à 8 millimètres de long et 2 de large.

Ce Ver a été trouvé par Miram dans le rectum et dans le cæcum des Poulets.

Distome bu canard ( Distoma echimtum). — Cet helminthe parait avoir été d’abord décrit par Bloch sous le nom de Cucullanus conoideus.

Il a le corps presque linéaire un peu déprimé, rosé ou rougeâtre; la tête réniforme entourée d’épines; la ventouse ventrale plus grande et l’orifice sexuel un peu plus rapproché de cette ventouse que de l’autre. Le pénis est lisse et court.

11 est long de 10 à 15 millimètres et large de 2.

Il habite les intestins des Canards domestiques, de plusieurs espèces sauvages du môme genre ainsi que du Podiceps minor , du Cormoran, des Hérons ( Ardea comuta et Nycticorax ), de la Grue et de la Cigogne noire.

Nous avons obtenu la transformation du Ccvcaria brunnea en Distoma cchinatum , en mêlant à la nourriture d'un Canard domestique des Vers sous le premier de ces états.

THEMATOUES.

On trouve deux espèces de Distomes dans le Cormoran, et c’est à •ort, croyons-nous, que M. Diesing réunit le Dislomum arnuitum à "echinalum. C'est une espèce distincte.

Distome oxycéphale [Distomum oxycephalum). — Celui-ci parait i voir été découvert par Frolich, qui l’a décrit sous le nom de Fasiola appcndiculata.

Son corps est linéaire, déprimé, un peu obtus en arrière; son cou =st étroit en avant. La ventouse buccale est petite et son orifice ■st orbiculaire; la ventouse ventrale est beaucoup plus grande; on ouverture est circulaire. Le pénis est très court.

Il est long de 8 à 10 millimètres ; large de 2.

On le trouve dans l’intestin du Canard domestique et do plusieurs espèces sauvages du même genre, y compris le Tadorne et YAruts rlbifrons, ainsi que le Harle ( Mergus mergamer) .

M. Diesing se demande si cette espèce n’est pas une variété sans tiquants de Distoma echinatum. Nous doutons qu’il en soit ainsi.

Genre Rhopalophore ( Hhopalophorm ). — Ce genre a été proposé par vl. Diesing pour une des plus singulières formes de Vers qui aient :té trouvées dans ces dernières années. Les Rhopalophores, en effet, ►ont tout à fait semblables aux Distomes; mais à côté de leur venouse buccale s’élèvent deux trompes rétractiles, hérissées de piquants, qui rappellent tout a fait les trompes des Tétrarhynques.

M. Diesing en signale deux espèces :

Le Rhopalophorus coronatus, trouvé au Brésil dans l’intestin de différentes Sarigues ( Didelphis cancrivora, mi/osurus, gmca et palmata) ,

Et le Hhopalophorm horridus , de l’estomac et des intestins grêles ies Didelphis myosurus et philander (1).

Le genre Gasterostome [Gasterostomum) , si remarquable par la situation de la ventouse buccale et de l’intestin au milieu du corps ainsi que par le développement du pénis à l’extrémité caudale, ren- Iferme une espèce, Gast. crucibulum, qui a été décrite tour il tour •comme Monostome par Rudolphi et M. Diesing, et comme Distome ipar M. Dujardin. Cette espèce se trouve en abondance dans l’in* destin du Congre (2),

M. G. Wagener en signale deux autres : l’une du Tripla microlepidota, l’autre du Lophius piscatorius.

Les MONOSTÛMIDÉS n’ont qu’une seule ventouse, celle de la partie antérieure.

(I) Neunselm Arien von Trematoden, iu Denksvhrtfl. A laid. IKien, t. X; 1 850. (tî) Dicsiug, Sysl. helm., t. I, p. 321.

VliHS.

Le genre Mo.vostome ( Monostoma ) comprend, connue celui des Distomes, un grand nombre d’espèces, mais plusieurs d'entre elles demandent une révision complète. Il est évident qu’il y a des Vers fort différents les uns des autres qui se trouvent réunis sous cette dénomination générique.

Les Monostomes passent aussi, comme les Distomes, par la forme de Sporocystes et de Cercaires avant d’atteindre leur état définitif.

On sait aujourd’hui que le Cercaria ephemera est le jeune âge du Monostoma flaman.

Sous beaucoup de rapports, les Vers monostomidés ressemblent! à des Distomes qui auraient perdu leur ventouse abdominale.

On en trouve une espèce allongée et comparable à un Nématoïde dans l’intestin de la Taupe.

Une autre, courte et ramassée comme une fève, habite des tumeurs situées dans l’épaisseur de la peau chez plusieurs oiseaux, et quoique l’espèce soit hermaphrodite, un individu faisant fonction de mâle et un autre faisant fonction de femelle habitent dans chaque tumeur.

' Les oiseaux en nourrissent d’autres dans leurs sinus sous-orbitaires ( Monostoma variabilis de la Poule d’eau, de l’Oie,etc.),ou dans les cæcums de leur intestin ( Monostoma verrvcosnm des Canards).; Enfin il y en a aussi dans le tube digestif de plusieurs reptiles et poissons.

M. Diesing a publié en 1856 la description, accompagnée de figures, de plusieurs espèces très remarquables qui appartiennent au groupe dont nous parlons en ce moment. Un de ces Monostomes (le M. eckinostomum du Su la fusca) a la ventouse buccale entourée d’un cercle de crochets, comme on en trouve dans plusieurs Dislomidés.

Monostome changeant ( Monostoma mutabilc). — C’est un des Vers les plus remarquables de la famille, et il mérite, sous plus d’un rapport, d’attirer l’attention des naturalistes.

Zeder, qui l’a signalé le premier, l’a trouvé dans l’abdomen d’une Poule d’eau, et, dans ces dernières années, M. de Siebold l’a retrouvé dans les sinus sous-orbitaires de divers oiseaux aquatiques. Par ses curieuses observations ce savant helminthologiste a donné une certaine célébrité aux Monostomes dont il est ici question.

Us ont le corps un peu allongé, assez semblable à celui d'une jeune Sangsue contractée, convexe en-dessus et aplati en-dessous. On voit en avant l’orifice de leur bouche qui est très petit. Les deux intestins se joignent en arrière.

TREMATODES.

Ges animaux sont vivipares, et, dans les individus adultes, on voit à travers la peau les embryons encore contenus dans leur oviducte.

Ils sont longs de 10 millimètres et larges de 2. M. Dujardin dit qu'ils atteignent jusqu’il 2â millimètres.

Ces Vers ont été observés dans un grand nombre d'Oiseaux aquatiques, on pourrait même dire dans la plupart. Us habitent les sinus sous-orbitaires, la cavité abdominale, la trachée, la cavité du sternum, les poumons, les intestins, et jusque sous la membrane nyctitante de ces animaux.

On les cite dans l'Oie domestique, la Poule d’eau, la Foulque, la Grue, le Vanneau, l’Huitrier, le Courlis, le Chevalier, le Kàle d’eau, le Falco hamatus et le F. milvoides.

Nous n’avons guère ouvert un Râle d’eau sans en découvrir dans ses l’osses nasales.

Monostome triskrial [Monostoma triseriale). — Le premier auteur qui ait observé ce Ver est Frolicli, qui le découvrit dans le cæcum et dans le rectum des Oies. Depuis lors il a été vu par un grand nombre d’helminthologistes.

Son corps est rosé ou rougeâtre, ovale-oblong, un peu plus étroit en avant qu’en arrière et fortement aplati. Le ventre porte trois rangées de papilles jaunâtres ; la bouche est circulaire, terminale ; les deux tubes digestifs, souvent de couleur rouge, sont terminés en cul-de-sac ; les orifices génitaux sont contigus et fréquemment visibles à une courte distance de la bouche.

Les œufs portent à chaque bout un très long filament.

Ce Ver a de h à 5 millimètres de long sur t millimètre de large.

On le connaît dans l’Oie domestique, dans le Canard domestique, dans plusieurs espèces de Canards sauvages, ainsi que dans le Coq, le Râle d’eau et la Poule d’eau. Il est très commun dans nos Oies et dans nos Canards.

Ses papilles ne se développent qu’avec l’âge, et elles se montrent sur la face ventrale, comme l’a démontré M. Dujardin. C’est sans doute avec raison que Creplin regarde le Monostoma lineare comme un jeune individu de cette espèce.

M. Diesing a fait de ce Ver le genre Xotocottle , à cause des papilles qu’il croyait situées sur le dos.

Monostome fève ( Monostomum fuba). — C’est sur une Mésange charbonnière, dans des tubercules globuleux, situés sous le ventre et au milieu de la cuisse, que Bremser a vu le premier ce singulier parasite.

VERS

Il a le corps déprimé et arrondi comme une fève, un peu plus large que long. Sa ventouse buccale est assez grande, ronde et située au milieu du bord supérieur; du côté opposé, on voit très distinctement l’orifice de l’appareil urinaire.

Longueur, 3 à k millimètres; largeur, un peu plus.

Les Monostomes fèves habitent dans des tubercules de la peau de la grosseur d’un pois, ouverts en dehors, et dans lesquels ils sont logés deux à la fois et appliqués l'un contre l’autre par le ventre.

On les a observés sur le Tarin Fringilla spinus), le Moineau, le Canari, la Mésange (Parus major), l’Étourneau (Stumus vulgaris], les Sylvia sibilatrix et troohilus , et le Motacilla boarula. C’est surtout sur les jeunes oiseaux qu’ils sont fréquents.

Ces Helminthes ont été signalés en Suisse, en Autriche, en Allemagne et en Italie par Rolando 11).

Dans le Brama Raii, on voit deux individus d’une espèce de Distome (Distoma filicolle) qui sont réunis de la même manière dans des kystes de la peau s’ouvrant à l’extérieur; mais l’un est ordinairement plein d’œufs et agit comme femelle, tandis que l'autre est comme un fil et agit comme mâle. Au contraire, dans le Monostome fève, on ne remarque guère de différences entre les deux individus.

Selon M. Dujardin, toutes les difficultés que soulève l’histoire des Helminthes se trouveraient réunies ici ; il pense que les œufs n'ont pu venir directement du dehors par la circulation des humeurs de l’oiseau. Cependant, si l’on tient compte des moyens que leurs métamorphoses leur donnent pour changer d’hôte, la présence de ces Vers chez les Oiseaux n’est pas plus difficile à expliquer que celle des espèces que l’on trouve ailleurs.

Monostome aminci ( Monostomum attenmtum). — On doit la découverte de cet Helminthe à Rudolphi, qui l’a trouvé dans le cæcum d’une Bécassine.

C’est un Ver à corps allongé, déprimé, rétréci en avant, arrondi en arrière, avec la bouche terminale et de forme orbiculaire. Sa couleur est d’une teinte rougeâtre. Il est long de 3 à U millimètres seulement et large de près d’un millimètre.

On l’a aussi rencontré dans le cæcum des Canards domestiques et des Canards sauvages (Anus clangula, cl y peut a, fnsea , fuhgitla, tadorna et musicus), et dans celui des Harles Mergus merganser et serrator ) .

(I) Micscher, Beschreibung and Vnlersuehung der Monostoma bijugum. In-t, Bâle, 1 838, avec uoc bounc plancbc.

TREMATODES.

M. Creplin suppose que ce n’est qu’un jeune du Monosloma triseriale, et il pourrait bien avoir raison.

Monostome du cristallin ( Monostomum lentis). — M. Nordmann a trouvé huitMonostomes d’un dixième de ligne de longueur dans les couches superficielles de la substance du cristallin de l’œil d'une vieille femme, dont la cataracte était en voie de formation (1).

Le Distoma oculi humani d’Ammon (pl. XIV, fig. 19 et 20) est un Ver analogue retiré du cristallin d’un homme; sa longueur était d’un cinquième de millimètre (2).

Monostome du Lapin ( Monostomum Leporis). — Jusqu’à présent Kuhn a seul vu ce Ver (3).

Il habite le péritoine du Lapin. Son corps est de forme ovale et déprimé; sa bouche est terminale.

Il est long de 7 millimètres et large de 2.

Ne serait-ce pas un Cysticerque pisiforme mal observé? C’est ce que nous n’osons affirmer.

Monostome caryophyllin ( Monostomum caryophrjllinum ). — Le corps de ce Ver est déprimé, obtus en avant et un peu crénelé, rétréci en arrière, et il présente en avant une grande bouche rhomboidale s’ouvrant en dessous.

Le corps est long de àO millimètres et large d’un millimètre à peu près.

Il habite les intestins du Canard domestiqueet ceux de l’Épinoche.

C’est probablement un jeune Ver, et M. Creplin suppose même que ce pourrait être un jeune Bothrioeéphale.

Le genre Ampbistome ( Amphistoma ) tient beaucoup des Distomes par le développement et l’aspect extérieur; mais le corps des Vers qui s’y rapportent est étroit en avant, plus large en arrière, et pourvu d'une large ventouse il son extrémité postérieure.

Il en existe plusieurs espèces, et à l’état adulte elles sont parasites des diverses classes de Vertébrés.

Il y a une belle espèce de ce genre, pourvue de points oculiformes, qui vit dans l’intestin et dans la vessie de la Grenouille, et que nous avons vue procéder de la forme Cercaire. M. de Filippi a fait la même observation, et tout récemment M. Pagenstecher l’a répétée.

(1) Mikrog, Beitrage, Heft II, p. 9. — Cunier, Annal, d'oculistiq, , vol. IX, p. 161. — Rud., Enloz., pl. IX, f. 5.

(2) Kliniscke Darstellungen.

(3) Voyez Kllhn, Ann. des sciences d’observation , 1. 11, 461 , pl. xi, fig. 6 et 7. — Diesing, Sysl. kclmmth., t. I, p. 330.

VERS

Ampiiistome de la Grenouille Amphistoma subcluvatum . — Il se dis- ! lingue par sa tonne ovale, ses tachesde pigment placées à l'extrémité j céphalique et sa grande ventouse à l’extrémité opposée. Ses œufs j sont assez grands, et Zeder dit en avoir vu des embryons vivants, se fl montrant dans la partie large du corps, et continuant à se mouvoir | dans l’eau froide après leur naissance, qui a eu lieu sous ses 1 yeux (1; .

On le trouve dans le rectum des Grenouilles.

Nous en avons observé les scolex et les Cercaires dans le Cyclas I cornea, et à diverses reprises nous avons vu ces Cercaires, si carac- 1 téristiques par leurs yeux et l’absence de ventouse abdominale, se 1 transformer en Anipliistonies dans l’intestin des Grenouilles.

Amphistome conique ( Amphistoma conicum ). — La découverte de ' ce Ver est due à Daubenton, qui le trouva dans le Bœuf, en 1755.

Le corps de l’Amphistome conique est ovoïde, oblong, un peu aminci en avant, obtus et recourbé en arrière; il est d’un blanc rougeâtre. Sa bouche est terminale et petite; sa ventouse posté- j rieure a son ouverture circulaire.

Sa longueur est de 1 1 à 12 millimètres et sa largeur de 2 à 3.

De l’Aurochs, du Mouton et de la Chèvre, ainsi que du Chevreuil , j du Daim, de l’Elan et de plusieurs autres espèces de Cerfs. Il n’a ; pas été observé ailleurs que dans les Ruminants.

M. Blanchard a donné un bon dessin de cette espèce; mais ici encore l’appareil coloré en rouge représenté par lui comme circulatoire est l’appareil urinaire.

Le genre Holostome ( Ilolostoma ) se distingue surtout par la partie antérieure de son corps, qui est très large et qui fait tout entière fonction de ventouse. Ce genre comprend plusieurs espèces qui sont presque toutes propres aux Oiseaux. On ignore encore si elles passent par l’état de Cercaires.

Holostome erratique ( Holostoma erratiewn). — Ver trouvé d’abord par Rudolphi dans le grand Plongeon.

La partie antérieure de son corps est comme séparée, campanu- , lée, tronquée et pourvue de trois lobes membraneux ; la partie j postérieure est recourbée et très épaisse ; la couleur est blanchâtre j avec une teinte brune produite par la présence des œufs.

Ce Ver a de (i à 8 millimètres de long.

On l’a retrouvé dans les intestins du Cygne, des Canards i.lnas \ olangula , glacial is, marila, fusca , boschas, molli ssttna et tadonia), des j

0) Zeder, Erst. NaclU, Katurgcsch., 1800, p. 1S7.

TREMATODES.

A /en pù: a fl torda, des Colymbus septentrional is, nretieus et bnltieus, ainsi que de la Bécasse et. de la Bécassine.

Le même Ver est désigné sous les noms A’holostome, isostome et erratique.

Le genre Hémistome ( Uemisloma) est très remarquable par la forme singulière de son corps, qui est divisé en deux moitiés: l'une, antérieure, fort large, faisant fonction de ventouse, et l’autre postérieure, étroite et arrondie. La tête est, séparée d’avec le tronc par un étranglement.

Il y a plusieurs espèces dans ce genre qui toutes vivent dans le tube digestif des Mammifères et des Oiseaux. On ne connaît pas encore leur développement par des observations directes.

Hémistome ailé ( Hemistoma alatum). ■ — ■ Gœze, le premier, trouva huit de ces Vers dans le rectum d’un Renard, et, depuis lors, la plupart des helminthologistes en ont aussi rencontré.

Le corps est élargi, bombé, tronqué en avant et pourvu des deux côtés d’un lobule semblable il un tentacule de Limace ; la bouche s’ouvre sur le bord antérieur, elle est petite; ses bords membraneux se replient sur le côté en arrière comme un manteau de Mollusque acéphale. Le corps est d’un blanc jaunâtre tirant un peu sur le vert.

Cet Helminthe est long de h à 5 millimètres et large de I millimètre et demi.

Il habite l’intestin grêle du Chien et du Loup, ainsi que celui du Canis Azarœ ou Renard du Brésil. Il est également commun chez les Renards, en France et en Belgique.

Tétrastome nr rein ( Tetrastoma renale ) . — Delle Chiaje a décrit sous ce nom (1) un Ver observé d’abord par le professeur Lucarelli, et dont nous ne faisons mention ici que pour mémoire. Il lui donne deux orifices au milieu du corps comme dans les Sangsues, mais dont l’antérieur représenterait, d’après lui, la bouche et l’autre l'orifice génital. 11 le considère comme intermédiaire aux Tristomes et aux Linguatules. D’après le savant naturaliste napolitain, il habiterait le rein et aurait été trouvé chez une femme.

Nématobothrie (g. Nematobothrium ) (2). — C’est un Ver filiforme, en apparence très semblable à un Nématoïde. On l'a trouvé sur le Maigre [Sciœna aquila ), et il existe probablement aussi sur le Poisson-Lune.

(1) Elu.inlogrofia umana, p. 1 3. In-8, Naples, 1833.

(2) Voyez Van Beneilen, pl. XIII.

VERS

L'espèce du Maigre est le Nématohotiirie fharin \Nematobothriurn (ilarinum). L’élude attentive que nous en avons entreprise nous porto à le rapprocher, provisoirement du moins, du sous-ordre des Distomaires, quoique, à la première vue, ce Ver ressemble plus à un Gordius qu’à un Trématode.

Nous citerons deux autres espèces de Vers monostomidés, mais qui sont l’une et l’autre fort douteuses.

Hexatiiyridie pinguicole ( Hexathyridiumpinguicola ). — Ce Ver n’a été vu que par Treutler (1), qui l’avait recueilli dans un tubercule de l’ovaire d’une femme de vingt ans, morte à la suite d’un accouchement laborieux. Il était altéré, mais encore conservé dans la collection de Treutler, quand Rudolphi a voulu l’examiner.

Il est difficile de dire aujourd’hui si c’est un Polystome ou bien une Linguatule, et Treutler aura fort bien pu prendre, comme tant d'autres l’ont, fait à l’époque où il observait, la tête du Ver pour sa partie postérieure.

Cette espèce ne peut donc être admise comme définitive.

Du reste, on ne connaît pas de Polystome enkysté, et comme ce Ver l'était réellement, il est plus probable que c’est une Linguatule, et peut-être une Linguatule de la même espèce que celle que l’on a observée depuis lors dans le foie de l’Homme en Égypte, en Saxe et en Autriche (2).

C’est donc une espèce qui ne figure ici que pour mémoire. 11 en est de même de la suivante.

Hexathyridie des veines ( Hexathyridium venarum). — Treutler (3) en a vu deux individus qui lui ont été remis comme provenant d’une veine rompue à la jambe chez un jeune homme qui se baignait.

Ils avaient le corps aplati, lancéolé, obtus, et. ajoute-t-on, six pores ou ventouses à l’un des bouts.

Ils étaient longs de h millimètres environ.

Quoique Delle Chiaje prétende avoir observé dans le sang craché par des jeunes gens atteints d’hémoptysie des Vers semblables à ceux-là, nous n’en croyons pas moins que les Hexathyridies des veines reposent sur une erreur d’observation.

Les six points décrits comme des pores sont disposés en avant et près du bord, comme dans les Planaires, dont ils ne sont peut-être

(1) Observationes pnthnlogico-analomicœ auchtariiwi ad helminthologiam humani corporis continentes, auctore Frcd. Aug. Treutler. Lipsiæ, 1793. — Cette espèce est aussi appelée Distoma pinguicola par plusieurs auteurs.

(2) Voyez le tome I" de cet ouvrage.

(3) Loc. ci — Aussi appelé Distoma venarum par divers auteurs.

que les taches oculaires, et nous n'avons aucun Trématode polystome t|ui se rapproche de celui-ci, ni pour le milieu dans lequel il vit, ni pour la forme du corps.

Peut-être s'agit-il tout bonnement ici de quelque espèce de Planaire qui s’était fixée sur la jambe du baigneur signalé par Treutler. C'était l'opinion de Zeder, de Rudolphi et de Bremser, et c’est aussi la nôtre.

Ordre dos* Ccsloüdea.

Les Cestoïdes, ou Vers rubanés (1) , dont le Ténia est un des types les plus connus, forment un groupe singulier de Vers caractérisés par leur corps multiarticulé, qui est précédé d’une tète ou partie en suçoir, le plus souvent armée de crochets et de ventouses.

Ainsi envisagés, ils semblent comparables à des animaux articulés proprement dits, et cette apparence semble d’autant plus réelle que si leur tête a souvent la disposition rayonnée, leur corps est bien évidemment binaire, les articles s’y ajoutant les uns aux autres en nombre quelquefois très considérable. Le Ver forme alors une espèce de long ruban aplati, ce qui a fait donner à l’ordre luimême les noms de Cestoïdes, Rubanés, Rubunoïdes (2), etc.

Mais là se borne, pour ainsi dire, l’analogie des Cestoïdes avec les véritables Entomozoaires ou même avec les Annélides, et ces singuliers parasites sont tellement ^dégradés dans leur organisation, que leur classification’avéc les derniers Zoophytes semblerait préférable, si les Trématodesj ne les rattachaient aux Hirudinées, et crlles-ci au reste des Vers.

D’ailleurs, les Cestoïdes ne [sont pas des animaux simples dans le sens ordinaire du mot, et les curieuses {recherches dont ils ont été l’objet dans ces derniers temps doivent les faire considérer comme étant bien plutôt des agrégations d’individus qui, réunis ainsi en société sous l’apparence'dun Verjunique, sont plus spécialement' chargés, l’un d’assurer la demeure de la colonie tout entière, et les autres de remplir la’fonction de reproduction. Pour compléter cette analogie avec les espèces sociétaires de la classe des Insectes, on peut ajouter qu’il existe aussi dans ces Vers des individus neutres qui se développent séparément et ne donnent point lieu, du moins tant -qu’ils sont retenus dans ces conditions

K (1) Cestoidea Rudolphi, Ento:. Hist. nat., 1808. — Bolliriocephala, Blainv., Dict. sc. nat., t LVII, p 388.

I (2, Bandwürmcr «1rs Allemands.

■VERS

exceptionnelles, à des anneaux ou individus générateurs. Tels sont les Hydatideson Vers cystiques, donton avait fait un groupe différent de celui des Ccstoïdes, et qui ne sont autre chose que ces derniers dans leur état agame. Quelques auteurs avaient pensé que c'étaient de jeunes Ténias malades et devenus, pour ainsi dire, hydropiques (1). Ces Cestoïdes neutres, placés dans d’autres conditions, perdent leur poche vésiculaire, et ils engendrent, par voie agame, de nouveaux individus qui se placent à la partie postérieure do leur corps, comme le font, par rapport aux Annélides, les individus que celles-ci produisent souvent, et dont il a été déjà question dans cet ouvrage (2) . Ces nouveaux individus, qui ne sont autres que les articles des Ténias, des Bothriocéphales , etc., vulgairement connus sous le nom de cucurbitains , diffèrent de ceux qui les produisent, non-seulement par leur forme, mais aussi par leur structure anatomique. Ils sont toujours sexués. Ce phénomène se produit lorsque l’Hydatide est introduit, avec ou sans l'animal dans lequel il était enkysté, dans le canal intestinal de quelque espèce omnivore ou carnivore, poursuit son évolution, et arrivp, comme nous le dirons bientôt, de l’état de scolex à celui de strobile.

Ainsi s’expliquent les apparences si diverses que nous présente une même espèce de Vers cestoïdes, lorsque nous l'étudions dans ses diverses conditions d’existence.

Depuis longtemps des helminthologistes avaient observé quelques phases isolées du changement de forme qu’éprouvent ces parasites, lors de leur passage d’un animal dans un autre, ou des changements que présentent des Vers analogues vivant librement dans l’eau; mais le résultat de ces observations, souvent incomplètes, n’avait jamais été accepté autrement que comme une circonstance accidentelle dans la vie de ces êtres.

Etats divers et transformations des Vers cestoïdes. — La transformation des Vers hydatiques ou Ténias agames en Ténias véritables ou sexués a une trop grande importance médicale pour que nous n’en décrivions pas les diverses phases avec détail. C'est ce que nous allons essayer de faire, en passant successivement en revue les diverses phases de développement de res singuliers Vers.

Nous parlerons d’abord des embryons ou prolo-scolex, puis des Hydatides ou deuto-scolex , et nous traiterons ensuite des Ténias

(1) Celte thdoric a été soutenue par M, de Siebold.

(2) Voyez pages Si et 92.

rubanés, qui sonl des strobiles, et enfin des eueurbitains, c’est-àdire des Ténias désagrégés en proglottis.

1° Embryons des Cestoïdes. — Les Ténias et les autres espèces de Vers cestoïdes sont tous pourvus d’œufs très nombreux, petits et protégés par une coque cornée : toutes qualités qui permettent à ces œufs de conserver facilement leur vitalité dans les diverses circonstances au milieu desquelles le hasard les expose. L’embryon, unique pour chaque œuf, est court, sans articulations et généralement pourvu de trois paires de crochets au moment de l’éclosion : c'est l’embryon hexacanthe, ou le Ver cestoïde à son état de protoscolex.

Lorsque le hasard ou des circonstances presque toujours admirablement prévues par la nature ont porté l’œuf du Cestoïde dans

Fig. 158. — -Partie scolécoïde du Ténia sous son état hydatique ( Cysticercns celluloses ) (*).

le corps de quelque animal, le jeune nouvellement éclos pénètre dans la profondeur des tissus en les perforant à l’aide de ses crochets. C’est une espèce de larve, et par suite un être agame, qui cherche à assurer son premier développement en choisissant un endroit favorable, et qui, suivant l’occasion, va devenir bientôt un Cestoïde complet, ou bien rester pendant un temps plus ou moins long, quelquefois même indéfiniment, un être agame, c’est-à-dire dépourvu d’organes sexuels et incapable de reproduction sexipare (1).

2° Etat hydatique des Cestoïdes. — Dès qu’il a trouvé son refuge dans le corps de quelque animal, soit dans ses muscles, soit dans sa cavité péritonéale, ou dans un des parenchymes hépatique, splénique, cérébral, etc..

(•) a, portion de lu membrnne hydulique ; le point pur lequel lu tête du ver sortiru ; c. portion de lu membrane dans laquelle il <*.sl cnvugiuu ; tl, le commencement de sou cou ou de lu partie dite ftlrobiluiic ; e, su lèle nvec les ventouses et les crochets; f% le poiut de jonction du «ou avec la membrane enveloppante.

(1) Un travail sur le premier âge îles Cystirerques vient d'être publié par

VERS

l’embryon né de l’œuf du Cestoïde devient , ou plutôt il entendre par voie agame un nouvel individu engaîné dans sa propre mère, et qui demeure enkysté dans les tissus du sujet

infesté, comme une larve l’est dans la capsule ou dans le rocou sous lequel elle va passer son état de chrysalide. Cette larve ou chrysalide du Cestoïde reste également agame tant qu’elle sera dans ces conditions; mais son volume peut s'accroître : la partie

M. Leuckart sous le titre: Die Blasenbandwürmer und ihrc Enhvicketung. In-4. Giessen, I85G. — Voyez aussi, sur le développement du Cysticerquc cellulaire. Raincy, Philos. Trans 1857, part. I.

(*) A, lu vésicule hydatique, qui est moins grande que celle des Cysticerquc* du Cochon cl de 1 Homme •, J, la partie annele'e de sou cou. — B, le même, montrant le» details du cou et de la tête; 1 est le poiut pur lequel celte dernière s'invagine.

postérieure île son corps se développe de plus en plus, et elle prend n la fin la forme d'une vésicule remplie de sérosité dans laquelle le nouveau Ver se trouve enfermé par invagination : c'est alors l’état hydatique ou l'hydatide (fig. 157, 158, etc).

Sous cet état purement contingent, le scolex de. Ténia ou le Cestoïde hydatiforme peut produire de nouveaux individus, mais par gemmation seulement, et l’on trouve en effet, indépendamment des Hvdatides à une seule tète, d'autres Hydatides ayant plusieurs tètes pour une même vésicule.

Ceux qui n'ont qu'une seule tête, du moins dans les conditions ordinaires, ont formé jusqu’à ce jour, dans les classifications helminthologiques , un genre à part sous le nom de Gysticerques (g. Cysticercus, Rudolphi).

Ceux qui sont polycéphaies, c’est-à-dire à plusieurs têtes, ont été partagés en deux genres: les uns, à tête plus volumineuse, sont les Cœnures (g. Cœnurus, Rud.); les autres, ou Échinocoques (g. Echinococcus, Rud.) à tête plus petite. Ceux-ci se détachent plus facilement, ce qui avait fait croire qu’ils nageaient dans le liquide même de la vésicule, sans jamais adhérer à ses parois.

On admettait encore un autre genre d’Hydatides, souvent enkystés comme les Hydatides céphalés, formés également d’une poche membraneuse remplie de sérosité, mais dépourvus de têtes : c’étaient les Acéphalocystes (g. AcephalocystU, Laënnec), avec lesquels il est facile de confondre les Échinocoques lorsque les têtes de ceux-ci font saillie en dehors ou en dedans de la vésicule et qu’on les examine superficiellement, et c’est là sans doute ce qui a donné lieu à la distinction des Acéphalocystes exogènes et des Acéphalocystes endogènes établie par Kühn (1).

11 n’en existe pas moins des Acéphalocystes véritables, c’est-àdire des vésicules hydatiques encore sans têtes, sans crochets et sans suçoirs, et nous en avons nous-même trouvé, associées avec des Échinocoques proprement dits, dans la cavité péritonéale des Singes. Nous ne pensons pas qu’on doive les considérer autrement que comme un état particulier et acéphale des Échinocoques. Ce sont des Échinocoques ou d’autres Hydatides dans un état particulier de leur développement, et observés avant l’apparition des têtes multiples et à crochets en couronne qui caractérisent les deux prétendus genres qui précèdent.

Ces différentes sortes de Vers hydatiques méritaient, quelles que

(I) Mém. de la Soc. d'hist. nat. de Strasbourg , t. I.

VERS

soient leur provenance et leurs transformations ultérieures, d’être 11 étudiées séparément, et plusieurs mémoires leur ont été consa- Il crés (1); mais les divisions établies pour elles dans la classifica- Il lion (2) ont dû disparaître des cadres zoologiques, puisque les Hy- Il datides ne sont eux-mêmes qu'un état particulier des Vers cestoïdes.

On le démontre par l’observation directe aussi bien que par l’expérience.

De même qu’une Cercaire enkystée dans un Insecte, dans un Mollusque ou dans quelque autre animal sans vertèbres, devient une Douve ou tout autre Trématode d u même sous-ordre, lorsqu’elle est passée avec son hôte dans le corps d’un Vertébré, de même aussi les Hydatides, soit Cysticerques, soit Cœnures ou Échinocoques, se transforment en Vers rubanés lorsqu’ils passent, avec tout ou partie de l’animal dont ils étaient parasites, dans l’intestin du Vertébré supérieur qui se nourrit de cet hôte. Cette métamorphose peut également avoir lieu quand on introduit directement des Hydatides dans le canal intestinal des animaux chez lesquels ils doivent devenir rubanaires.

Cette transformation des Hydatides, animaux agames, en Ténias qui sont pourvus d’un appareil reproducteur et font des œufs nombreux, est un fait important pour la science, car elle détruit un des derniers arguments sur lesquels s’étayait la théorie de la génération spontanée; ainsi que nous l’avons déjà fait remarquer, elle a été démontrée par des observations directes 'et par des expériences diverses sur lesquelles nous reviendrons plus loin, à propos des espèces dont ces expériences ont élucidé l’histoire.

3° Etat strobi taire des Vers cestoïdes. — On vient de voir que la première larve des Vers cestoïdes, au moment où elle naît de l’œuf, est une sorte d’embryon agame ; et qu’elle a été nommée proto-sco/ex, ainsi que tous les embryons des animaux inférieurs qui sont dans le. même état.

L’Hydatide est une sorte de seconde larve ou d’embryon modifié, également agame, comparable sous certains rapports à la nourrice

(1) Tschudi, Die Blasenwiirmer, cine monographischer Versuch. In-4, Fribourg, 1847. — Livois, Recherches sur les Kchinocoques chez l’homme et chez les animaux, thèse inaugurale (Faculté de méd. de Paris, année 1843, n” 2). —

P- Gcrvais, Des llydalides ou Vers cystoïdes en général ( ilém . de l'Acad. des sc. \ <le Montpell., 1817, t. I, p. 92.'. — Ch. Robin, Dictionnaire de médecine de Nvsten. i Paris, 1858.

(2) lers vésiculaires, I.nmarek. Cystica, Rudolphi (ce sont les Blasenwiirmer des Allemands).

ou sporocyste îles Trématodes. Son développement devra se continuer plus tard sous la forme strobilaire; tel qu'il est alors, c’est notre deutoscolex.

Nous nommons au contraire strobile l'étal ultérieur ou d’individualisation génératrice, dont il va être question ici, et pendant lequel le Ver cestoïde acquiert des articulations successives, qui sont comme autant d'individus dont chacun est chargé de la seule fonction de reproduction. C’est le Ténia ou le Bothriocéphale avec sa tète et ses nombreux anneaux attachés les uns aux autres, et dont l'ensemble a été regardé tantôt comme un seul animal multiarticulé, tantôt comme une réunion d’animaux agrégés les uns aux autres.

6° Le quatrième état, ou état essentiellement propagateur, nous le nommons proglottis, ou état proglottien. Le Ver se désagrégé alors en ses différents éléments, savoir: 1° les articles générateurs ou Cucurbitaius, que les anciens médecins considéraient connue autant de Vers à part nés de la division des Ténias, ou bien donnant lieu aux Ténias par leur réunion (Vallisnieri) (1); ils sont rejetés au dehors pour la dissémination des œufs; 2" la tête du Ténia, du Bothriocéphale, etc., ou la partie antérieure du strobile total, qui reste au contraire dans le canal intestinal pour donner naissance à de nouvelles chaînes de proglottis qui auront encore, comme l’avait la précédente, la propriété de se séparer en cucurbitains ovifères lorsqu’elles se seront reformées.

Voici l’origine de ces trois mots, scolex, strobile et proglottis, si souvent employés par les helminthologistes contemporains dans le sens que l’un de nous (2) leur a donné il y a plusieurs années, et que nous venons de rappeler dans les alinéas qui précèdent.

Les Scolex (g. Scolex d’O. F. Millier), longtemps rangés parmi les Cestoïdes comme un genre particulier, ne sont que des individus agames d’autres Vers appartenant à la même classe. En passant avec les Poissons dont ils sont parasites dans le corps des Oiseaux, ces Scolex y deviennent des Strobiles de la même espèce de Vers. On en avait fait toutefois des Vers d’un autre genre, comme cela a eu également lieu pour beaucoup d’animaux ayant des métamorphoses analogues.

Tout Cestoïde ou tout animal inférieur susceptible de passer par

(1) Voyez Van Beueden. les Vers cesloidcs ou Acotyles. In-4, Bruxelles, 1850.

(2) Blumeubacha regardé, comme Vallisnieri l’avait fait, les Cucurtii tains comme autant d’animaux, mais il pensait qu’ils se collaient les uns aux autres pour former un Ténia ( Gotting . Anzeig , 1774, 151, p. 1313). — Le Ténia est entier dès sa naissance, dit au contraire Bremser (loe. cif., p. 195).

VERS

l’état agame est pour nous un Scolex, et il peut y avoir des proto et des dcuto-scolex , comme nous l’avons dit plus haut pour les embryons hexanthes des Cestoïdes et pour les Hydatides provenant de ces embryons.

Les Strobiles (g. Strobila, Sars) (1) sont des espèces de Polypes observés d’abord par M. Sars sur les côtes de Nonvége, et que, par suite de nouvelles observations, ce naturaliste a reconnus provenir du petit animal polypiforme, sorte de Scolex polvpiforme, qu’il avait d’abord nommé Scyphistoma, et engendrant alors des articles qui deviendront autant de Méduses. Nous avons donc appliqué à l’état agrégé ou ovifère des Vers rubanaires le nom de Strobiles état strobilaire). C’est sous cette forme qu’ils sont rubanés, et qu’on les a appelés plus particulièrement des Ténias ou Vers solitaires. Les Strobiles se désagrègent pour former des Proglottis, vulgairement cucurbitains, comme le Strobile de M. Sars se désagrégé pour donner l’état proglottique flottant et de certains Polypes c’est-àdire les Méduses des naturalistes.

Quant au mot Proglottis, il est emprunté à M. Dujardin, qui l’a employé, comme générique, dans un mémoire publié dans le tome XX de la seconde série des Annales des sciences naturelles, pour désigner des Vers qui ont été reconnus depuis lors pour des cucurbitains, ou articles séparés d’une espèce de Cestoïdes. M. Dujardin disait déjà, dans son Histoire naturelle des Helminthes, que ces Proglottis ne lui paraissent être que « des articles isolés de Ténia ou de Bothriocéphale ayant continué à vivre et à s’accroître isolément, beaucoup plus qu’ils ne l’auraient fait en restant enchaînés dans leur situation primitive», et « qu’ils ont desorganesgénitauxetdesœufs en tout semblables à ceux dont on peut les croire dérivés ».

Il nous a paru utile de généraliser ces dénominations de scolex, de strobile et de proglottis ou cucurbitain, pour indiquer comparativement les trois états de larve agame, d’animal parfait, mais composé d’organismes multiples, et d’animal fractionnaire ou reproducteur, qui se remarquent chez beaucoup d'espèces inférieures, et dont les Cestoïdes nous offrent la succession d une manière si évidente.

Ilernarques historiques. — Un des premiers faits de transmigration bien constatés a été observé par Abildgaard. Ce savant a reconnu, il y a plus d’un demi-siècle, que les Schistocéphales des Gastérostées

(1) Sars, Beskrivelser og Iagttagelser, p. 16. In-8, Bergen, 1835.

Nous avons donné un extrait de ce travail dans les Ann. franç. et etr. d'anal. i il de physiol., t. II, p. 81 (1838).

ou Épiuoehes continuent leur développement dans les Canards, et il a même institué des expériences pour le démontrer.

Deux Canards ont été nourris avec des Épiuoehes : dans l'un, Abildgaard a trouvé soixante-trois Vers arrivés au terme de leur développement, tandis que dans l’intestin de l’autre il n’y en avait qu’un seul (1).

De son côté, Bloch soupçonna un instant que les Ligules des Poissons pouvaient peut-être continuer à vivre dans l’intestin des Oiseaux, et il a fait aussi des expériences pour le prouver. Elles n ont eu, il est vrai, aucun résultat positif. Bloch a nourri des Brochets, des Oies, des Canards avec des Ligules de Poissons, mais au bout de quelque temps il ne trouva rien dans les intestins de ces Oiseaux.

Bloch avait, du reste, posé en théorie que les Vers des Poissons ne peuvent pas vivre dans les Oiseaux, et il dut éprouver quelque satisfaction en voyant cette expérience s’accorder avec sa manière de voir.

De son côté, Gœze, pasteur k Quidlembourg, fit aussi, vers la même époque, des expériences sur la transmigration des Vers, mais il s’y prit également assez mal. Il nourrit un jeune Coq avec des Cestoïdes du Chat; au bout de quatre mois, il ne trouva plus, comme on le pense bien, aucune trace de ces Vers.

Bloch se persuada de plus en plus que cette transmigration n’existait pas, et pendant un demi-siècle la question en resta là.

Ce temps toutefois ne fut pas perdu pour l’helminthologie. Rudolphi continua l’inventaire des Helminthes, auquel Bloch et Ga:ze avaient déjà consacré plusieurs années de recherches, et ces travaux, préliminaires indispensables d’une bonne classification, étant une fois achevés, l’attention se porta de nouveau sur l’organisation des Vers et sur les phénomènes de leur développement. Après Rudolphi, on s’est mis sérieusement k l’étude de leur anatomie, et plus tard à pelle de leur embryogénie. C’est surtout k M. de Siebold que revient l’honneur d’avoir fait les premières observations suivies sur le développement des Helminthes.

En 1829, Crcplin (2), étudiant les Vers d’un Lurus , reconnut tous les degrés intermédiaires entre les Schistocéphales des Poissons et ceux des Oiseaux, et ce fut lui qui proposa le premier le nom générique de Schistocéphale.

(1) Dansk, Sels skrivt., 1781, t. I, p. 53.

(2) Kov. observai., p. 90.

vers.

Cette observation vint donc confirmer le résultat obtenu et annoncé par Abildgaard.

lin même temps l’observation fut dirigée d’un autre côté. Quelques Vers parasites furent successivement découverts à l’état libre dans l’eau de mer. O. -Fr. Müller a pêché le Cercaria inquiéta, et, dans ces derniers temps, M. .1. Millier a pris des Cercaires et des Distomes dans la Méditerranée et dans l’Adriatique en cherchant de jeunes Ëchinodermes (1 . M. Dujardin a également vu de jeunes Distomes au milieu des touffes des Corallines 2 .

Voilà tout ce que l’on savait sur ce sujet quand l'un de nous a publié son travail sur les Cestoïdes; et en effet, nous ne faisons pas mention de l’observation faite en 1 8A2 par M. de Siebold sur le Cysticerque de la Souris, par la raison que la présence de ce Ver dans le Rongeur dont il s’agit était regardée par le savant professeur de Munich comme un fait accidentel et même anormal.

M. de Siebold, il est vrai, avait parfaitement reconnu que la couronne de crochets de ce Cysticerque est la même que celle du Tœnia crassicollis du Chat, et que ces Vers sont identiques sous le rapport de l’espèce; mais, à ses yeux, le Ténia appartenant au Chat s’était pour ainsi dire égaré, et, au lieu d’arriver dans l'intestin de ce Carnivore, il avait pénétré dans le foie de la Souris et y était devenu souffrant et hydropique. Ce Cysticerque était donc pourM. de Siebold un Ténia égaré, infiltré et malade.

Cette interprétation donnée par M. de Siebold était d'ailleurs fort semblable à celle qu’avait autrefois émise Pallas pour faire comprendre comment les vésiculaires ne sont qu’un état anormal du développement des Ténias, dont ils ont les crochets et les suçoirs, et dont ils ne diffèrent, suivant lui, que parce qu'une ampoule y prend la place des anneaux atrophiés (3 , .

C’était toutefois un fait important que d’avoir reconnu l'identité de ces deux Vers dans la Souris et dans le Chat, mais la signification du fait lui-même avait ainsi complètement échappé au savant helminthologiste qui en avait fait l’observation.

Tel était l’état de nos connaissances sur ce sujet, quand nous avons commencé nos recherches sur les Cestoides [U).

(1) Acad, des sciences ile Berlin, séance de juillet 1851; — Journal de l' Institut t 1832, P- «2.

(2) Helminthes.

(3) Pallas, De fnsectis viuenlibus inlra viuenlia. In-i, Leydc. 1760.

(t) Van Beneden, Recherches sur le s Vers cestoïdes. lu-1, Bruxelles, 1850 (extrait de l’/iead. roy. de Belgique).

CEST01HES.

Nous sommes donc en droit de revendiquer pour l’un de nous l'honneur d'avoir signalé le premier que le phénomène de la transmigration des Vers coïncide avec leurs métamorphoses, puisque personne antérieurement n'avait songé à établir en règle et d'une manière précise que ces animaux changent régulièrement de forme en même temps qu’ils changent de sujet.

Dans un travail sur les Vers cestoïdes, nous avons en particulier démontré que les Tétrarhynques des auteurs sont les scolex de Vers qui vivent sous cette première forme dans les Poissons osseux, et que ces Poissons osseux, mangés par les Poissons carnassiers, c’est-à-dire par les Plagiostomes, cèdent à ces derniers leurs Vers vivants. Ces Vers se complètent ainsi dans le canal intestinal des Poissons carnassiers. De même qu’on avait enregistré dans le catalogue des Vers lesCysticerques et les Ténias comme des animaux différents les uns des autres, de même aussi on y avait enregistré comme distincts les Anthocéphales et les Rhynchobothries, qui ne sont pourtant que dos formes d'une seule et même espèce.

Nous pouvons dire que dès ce moment un changement complet a eu lieu dans la manière de voir des auteurs. Tout à coup cet arcane si obscur et si inintelligible de la vie et de la métamorphose des Helminthes a été éclairé, et c’est alors que l’on a institué dos expériences qui toutes sont venues confirmer ce que nous avions prévu par nos travaux sur les Tétrarhynques.

Le Cysticerque de la Souris, qui n’était regardé que comme le Ténia des Chats malade et hydropique, devenait un phénomène intelligible, et la voie des expériences à faire était ainsi toute tracée.

M. le docteur Küchen mois ter est bientôt entré dans cette voie : il a fait prendre, en 1851,1e Cysticercus pisiformis du Lièvre etduLapin à des Chiens, et il a vu ce Cysticerque se transformer en Ténia (1).

M. de Siebold a répété la même expérience, et il a obtenu le même résultat (2).

Au mois d’aoùt 1852, G. Le Wahl a publié une thèse sur la transformation des Cysticerques en Ténias. 1! a fait avaler également des Cysticerques pisiformes du Lapin à des Chiens et il a vu ces Vers se transformer en Ténias dans l’intestin de ces Carnivores. Au bout de soixante-cinq jours il trouvait des Ténias de 30 à 39 pouces de long (3).

I) G unshurg Zeitschrift, Heft 3. l’rager Vierleljahrssclirift, Baud XXIII.

(2) De Siebold, Transformation des Vers vésiculaires on Cysticerques en Ténias, el Société siléaieunc de Breslau, 7 juillet 1893. (Institut, 1er sept. 1832, nu 280.)

(8) iJissert. inaugural.

VERS

Nous avons de notre côté institué des expériences qui ont pleinement confirmé les résultats obtenus par ces savants. Les Cysticerques sont à peine introduits dans l’estomac du Chien, que leur kyste se dissoutet que la vésicule tombe tlétrie comme par sphacèle. Aussitôt qu’ils sont dans l’intestin, tous ces Vers se dégainent, et leur tête se montre avec sa couronne et ses ventouses pour adhérer aux ; parois intestinales. C’est le même phénomène que nous avions ] observé déjà sur les Cestoïdes des Plagiostomes, et la rapidité avec I laquelle l’accroissement des jeunes Ténias s’opère dans l’intestin ; du nouveau sujet qu’il a envahi, nous explique pourquoi on trouve ; si rarement des Ténias au début de la segmentation.

Beaucoup d’autres expériences ont été successivement entre- i prises, et partout où elles ont été conduites avec soin, elles ont donné des résultats analogues. Ces expériences, sur lesquelles ! nous aurons l’occasion de revenir, sont dues à MM. Haulmer, Leuckart, etc.

Organisation des Cestoïdes. — L’organisation des Cestoïdes a été, comme leurs transformations, étudiée avec un soin tout particulier par les helminthologistes contemporains.

À leur état rubané, ces Vers, sont des animaux mollasses, toujours étiolés, dont l’organisation est très simple. Ils n’ont pas de bouche , et manquent même entièrement d’organes de digestion ; on ne leur trouve pas non plus d’appareil spécial pour la respiration, et ils n’ont point d’appendices locomoteurs. Leur parenchyme est incrusté presque partout de granulations calcaires visibles au microscope seulement, et qui ont été retrouvées jusque dans les Hydatides ou Cestoïdes étudiés à l’état agame et vésiculaire. Ces concrétions ont été indiquées par quelques auteurs comme étant les œufs de ces animaux, alors que l’on croyait que ces derniers sont d’une autre famille que les Ténias. On démontrera leur véritable nature en les touchant avec un peu d’acide acétique, qui en dégage l’acide carbonique. Ils sont logés dans l’intérieur du corps, au bout des ramifications des canaux excréteurs, et correspondent à ces produits si variés qui se trouvent dans les grands canaux urinaires des Trématodes (Claparède) (l).Dans certains cas, ils paraissent être également formés de phosphate de chaux.

La partie antérieure du corps des Cestoïdes, la seule dont ces Vers soient constitués lorsqu’ils sortent de l’état de scolex, présente des crochets qui, chez la plupart des espèces, sont persistants et sont plus ou moins nombreux, suivant celle de ces espèces que

(1) Zeits. f. VV'ïss. ’/.ool., 1857, el Archiv.de la liiblioth.univ.de Genève; 18i»8.

l'on étudie. Un y voit aussi des ventouses au nombre de quatre, disposées ordinairement d'une manière régulière : ce sont les suçoirs ou bothries des Vers rubanés. Elles n’existent pas dans tous, et lorsqu’elles existent, leur forme peut présenter des différences susceptibles d’être employées comme caractères.

Les crochets constituent l’armature des Cestoïdes, et ils leur servent particulièrement à se retenir aux parois de la muqueuse digestive, ces animaux vivant toujours dans le canal intestinal pendant leur état strobilaire. La tête étant invaginée dans les Hydatides, leur couronne de crochets est alors sans usage. Ceux-ci sont des aiguillons cornés ; ils sont placés à la base renflée d’une espèce de petite trompe ou rostellum qui fait une saillie plus ou moins considérable dans le prolongement antérieur de l’axe du corps, et qui, chez quelques espèces, est elle-même échinulée; c'est en particuculier ce qui a lieu chez les espèces de Ténias dont Zeder a fait son genre Halysis (1).

Quant aux crochets, ils sont de nature chitineuse, et l’on peut leur reconnaître trois parties : 1° la griffe ou lame, portion aiguë qui est relevée verticalement dans le repos, et s’abat en dehors lorsque l’animal veut s’accrocher ; 2” le manche qui lui est opposé, et sert de point d’attache au crochet lui-même dans la masse du rostellum; il donne insertion à des muscles et représente un bras de levier; 3” la garde, espèce de saillie placée inférieurement sous le milieu du crochet, et qui sert de point d’appui dans les mouvements de bascule exécutés par l’ensemble du crochet. Cette garde est communément enveloppée d’une gaine.

Les crochets manquent chez quelques genres de Cestoïdes (2), et ils peuvent exister, ou, au contraire, faire défaut dans des espèces du même genre, comme cela se voit chez les Ténias.

Les proto-scolex desTénias doiventà la présence des six crochets différents de ceux-là et dont leur partie antérieure est armée le nom de larves hexacanthes, sous lequel nous les désignons.

Les Hydatides (Cysticerques, Cénures et Echinocoques) ont des crochets aussi nombreux que les Ténias véritables dans lesquels ils se transforment, et également en couronne. C’est cette similitude qui a mis sur la voie de l’identité d’espèce du Cysticerque de la Souris et du Ténia du Chat.

Les ventouses des Vers de cet ordre sont au nombre de quatre, du

(t) Il y o une espèce d'Halysis dans la Geuette : Haltjsis Genellœ, P. Gcrv., Mém. Acad. sc. Momp., t. I, p. 88, pl. 7, flg. 1.

(2; Exemple, les Bolhriocéphales.

VBRS.

moins dans le plus grand nombre des genres; quelquefois elles sont pédiculées et bottantes, bans leur forme la plus ordinaire, elles sont

entièrement sessiles. Les contractions qu’elles exécutent sont dues a la nature musculaire de leurs parois et aux faisceaux des muscles qu’elles reçoivent.

Après la partie en forme de tête qui supporte les crochets et les ventouses, le corps se rétrécit un peu et représente une sorte de col plus ou moins allongé et incomplètement articulé, en arrière duquel viennent des articles parfois très nombreux qui se détacheront à l’époque de la maturité des œufs, pour former les cucurbitains ou proglottis libres.

Chacun de ces articles est hermaphrodite ; il est pourvu d'un appareil génital mâle et d’un appareil génital femelle, et l’on n’y voit pour ainsi dire point d’autres organes, leur fonction étant essentiellement reproductrice. C’est à la reproduction par œufs qu’ils

sont affectés, et chacun d’eux peut être considéré comme un individu distinct, né en arrière du scolex par voie agame ou gemmipare. Tout anneau proglottique a son appareil mâle et son appareil femelle.

Chaque appareil mâle se compose : 1° d’un testicule en général, formé de plusieurs vésicules dans lesquellessedéveloppentlesspermatozoïdes, et qui se montre déjà dans le proglottis avant l’apparition d’aucun autre organe ; 2°d’un canal commun qui sert de réservoir pour le passage des zoospermes. Ce canal est long, entortillé, d’un blanc opaque et placé vers le milieu de l’article. Son extrémité s’ouvre dans une cavité, qui Fig. 160. — Anatomie du Tœnia solium (*). reçoit aussi le produit femelle de

la génération, ou bien elle s’ouvre séparément, a côté de l’orifice par lequel sortira ce dernier, et. dans

1‘) a, testicule j b, spermlducte; c, unfiru du punis | rf, martre remplir il'ttnlaic vnein ; /, cluuquc sexuel.

ce cas, elle se termine par une sorte de prolongement ou pénis qui assure la fécondation au moyen d’une véritable intromission.

L’appareil femelle n'est pas moins curieux. Il est formé : 1° d’un organe double, symétrique, placé en arrière et multilobé, qui est le véritable ovaire ou le germigèné; il produit les vésicules germinatives ; 2» d’un autre organe souvent en forme de grappe, placé à droite et à gauche sur le trajet d’un canal souvent imperceptible : celui-ci est l’organe qui produit le vitellus ou le vitellogène (Van Ben.). Ses deux canaux aboutissent en un même point avec le canal spermatique, et les vésicules germinatives s’enveloppent une à une de la quantité de vitellus qui leur est nécessaire, pour passer ensuite dans une poche que l’on peut regarder comme une sorte de matrice; c’est alors que chaque masse vitelline se revêt de sa coque. Par suite de sa distension, la matrice finit par envahir la presque totalité du proglottis, qui se détache bientôt, et, quittant avec les selles de l’animal infesté le canal digestif aumilieu duquel il vivait, le Ver strobiliforme passe à l’extérieur, et devient ainsi un moyen de propagation d’autant plus certain , que la coque résistante des œufs leur permet d’échapper aux causes ordinaires de destruction.

On a constaté chez les Vers cestoïdes un système de canaux parcourant la totalité de leur corps, et qui ont été pris pour des vaisseaux sanguins; nos observations tendent à les faire regarder comme urinaires.

Quant au système nerveux des Cestoïdes, les auteurs qui, d’après M. J. Millier, en admettent l’existence, en placent les ganglions dans la partie céphalique, entre les ventouses. D’autres nient qu’il y ait réellement un système nerveux dans les animaux de ce groupe.

Comme on le voit, les recherches dont ces Vers ont été l’objet dans ces derniers temps ont permis d’apprécier leur organisation et leurs métamorphoses beaucoup mieux qu’on ne l’avait fait autrefois; en même temps elles ont montré quels étaient les véritables caractères de leurs principaux genres et en particulier de ceux qu’il importe surtout aux médecins de connaître.

Classification des Cestoïdes. — Nous partagerons les Cestoïdes en six familles que nous appellerons Caryophyllidés, P/iyllobothridés, Tétrarhynchidès, Ligulidés, Bothriocêphalidês et Tèniadés.

Les CARYOPHILLIDÉS sont des Vers qui jusqu’à présent n’ont jpas été compi’is comme ils paraissent devoir l’être. Dans un des •travaux récents auxquels ils ont donné lieu, un auteur avoue même ine pas pouvoir en distinguer la queue d’avec la tête. Nous avions

VKHS.

déjà fait connaître toutes les particularités de leur organisation et de leur développement.

On peut considérer les Caryophyllidés comme simples ou comme composés et les placer dans les mono- ou dans les digénèses, suivant la manière dont on envisage les principales particularités qui les distinguent. En les considérant comme digénèses, on les assimile à des scolex donnant naissance à un proglottis unique qui ne se sépare pas de sa mère.

Ce groupe ne comprend qu’un seul genre et une seule espèce bien connue :

La Caryophillée changeante [Cary ophy Iléus mutabilis , qui habite le canal digestif de plusieurs espèces de Cyprins. Elle a la forme d’un clou de girofle, ce qui lui a valu son nom, et porte en avant, en place de suçoirs, quelques expansions foliacées très mobiles et très changeantes comme tout le corps du Ver, et, pendant l’état adulte, des orifices sexuels se montrent en arrière sur la ligne médiane du corps. On y reconnaît une longue matrice occupant toute la partie postérieure ; les testicules se voient alors des deux côtés , un peu plus avant, et entre eux il existe un vaste canal replié sur lui-même qui sert de réservoir spermatique. L’appareil urinaire est complet cl il porte en arrière une vésicule pulsatile, surtout reconnaissable chez les jeunes individus avant la formation des organes sexuels.

On possède au Muséum de Paris une Caryophillée provenant de 1a Sciène axillaire du Cap; c’est peut-être une seconde espèce.

Nous avons trouvé dans le Butor [Ardca stelloris ) un Ver qui formera sans doute un nouveau genre dans le groupe des Caryophillidés, et peut-être est-ce aussi à cette même division qu’appartient le genre

Eustemme (. Eustemma ) (1) dont l’espèce unique [E. caryophillurn) a été trouvée par Natterer dans les intestins du Falco pileatus, du Brésil.

Les PHYLLOBOTHRIDËS ou Tétraphylles ont la tète garnie de quatre bothridies ou suçoirs, extraordinairement mobiles, très extensibles, généralement séparés, mais quelquefois réunis entre eux et portant en général des ventouses : celles-ci sont pédiculées ou sessilcs, et armées de crochets ou au contraire inermes.

Ces Vers vivent tous à l’état de larve enkystée, avant de prendre leur forme cestoïde. On les trouve dans les Poissons ; leur groupe

(1) Dicsing , Sechzehn Gattungcn von Binnemviirmern un d iliro Arien. ( Dtnthchriflen , vol. IX, p. 172; Vira, 1835.)

est très nombreux en espèces. Il y a quelques années seulement, toutes ces espèces étaient encore classés parmi les Botriocéphales.

Nous avons désigné sous le nom générique de Phyllobothrie (g. Phyllobothrium ) celles qui ont les botliridies complètement dépourvues de crochets ou d’épines.

Le genre Échéxéibothrie ( Echeneibothrium ) est remarquable par la forme comme fenestrée de ses suçoirs.

Il comprend une espèce très commune dans les Raies et dans les Pastenagues : E. minimum.

D’autres genres de la même famille ont les suçoirs armés de crochets au nombre de deux ou de quatre, ces crochets étant tantôt simples, tantôt fourchus.

Le genre Acanthobothrie ( Acantiwbothrium ) porte sur chaque suçoir deux crochets unis à la base et bifurqués au sommet.

L’ Acanthobothrium coronatum , qui est long de 50a 150 millimètres, est une espèce commune dans divers Squales. On l’y a observé depuis longtemps.

Les TÉTRARHYNCHIDÉS constituent une troisième famille plus remarquable encore. Us se distinguent par des suçoirs auxquels correspondent quatre trompes hérissées de crochets. Il y a peu de temps, on ne connaissait peut-être rien d’aussi mystérieux dans la zoologie des animaux inférieurs que ces Tétrarhynques , helminthes enkystés qui passaient tantôt pour des parasites d’entozoaires ou parasites de parasites, et tantôt pour des transformations de Vers intestinaux nématoïdes. Une étude attentive des Tétrarhynques a fait disparaître ces incertitudes et contribué à éclairer l’histoire des autres Helminthes. Dès lors une demi-douzaine de noms de genres ont disparu de la science, parce qu’ils ne reposaient que sur la considération des formes transitoires de ces Tétrarhynques ou sur des déterminations erronées.

On trouve ces Vers enkystés, quelquefois en grande abondance, dans tous les Poissons osseux; ils y sont placés tantôt au milieu des chairs, tantôt dans des replis du'; péritoine. Ce sont alors des larves agames ou des scolex. Au contraire, à l’état complet ou vraiment cestoïde, on ne les rencontre plus que chez les Sélaciens (Raies et Squales), dans le tube digestif desquels ils ont passé avec la proie dont ces Poissons se nourrissent. Quelquefois ils perforent les parois du tube digestif et parviennent ainsi dans la cavité péritonéale, mais dans ce cas ils ne peuvent pas arriver jusqu’à l’état proglottifère et fournir des Curcubitains; ils restent alors stériles.

VERS

Le genre Tétrariiynqüe ( Telrarhynchut ) qui est le principal, pour ne pas dire l’unique genre de cette famille, a pour type Le Tétrahiiynqüe hérissé ( Talrarhynchm erinaceus), espèce très commune, a l’état complet, dans la Raia rubm fia Haie ronce .

LesLIGULIDÉS ou Pseudophyllidés n’ont point de suçoirs proprement dits, et leur tête a perdu par là toute sa mobilité. Les uns conservent. encore des crochets, les autres en sont privés; souvent leurs proglottis ne se détachent pas ou sont même peu distincts à l’extérieur, et, en se bornant à leur étude, on ne pourrait guère admettre la nature polyzoïque des Vers cestoïdes, car ils restent, pour ainsi dire, unitaires à tous les âges. Les embryons ou proto-scolex de plusieurs d’entre eux ont montré les six crochets des jeunes des Ténias ordinaires, avant même leur sortie de l’œuf.

Contrairement à ce que nous avons vu pour les Tétrarhynques, tous ces Vers sont étrangers aux Poissons sélaciens; ils vivent aux dépens des Reptiles batraciens et des Poissons osseux.

Le genre Ligule ( Ligula ) est un des plus remarquables de ce groupe. On sait que les Vers qu’il comprend vivent d’abord dans la cavité abdominale de plusieurs de nos Poissons fluviatiles, et surtout dans celle des Cyprinidés. Ils y acquièrent souvent une longueur qui dépasse celle des Poissons eux-mêmes, et leur corps, qui est enlacé avec l’intestin, est souvent plus gros que ce dernier. On a trouvé les mêmes Vers dans le tube digestif de divers Oiseaux, surtout dans les Harles, dont la nourriture consiste principalement en Poissons; mais, contrairement à ce qui a lieu chez les autres Vers qui changent d’hôte, c’est-à-dire de sujet, les Ligules ne sont pas plus développés dans les Oiseaux que dans les Poissons eux-mêmes. Nous devons même rappeler que M. Brullé a observé récemment que les Ligules de l’Ablette sont vivipares. Il a vu sortir de jeunes Ligules vivantes du corps de la mère. Cette observation nous montre que les Ligules ne sont pas des Vers agames comme le pensaient les auteurs.

Le corps des Ligules arrivées a l’état de strobile ne présente pas de segments distincts, les proglottis ne s’en détachant pas. comme dans les autres Cestoïdes, mais, néanmoins, la multiplicité de l’appareil sexuel permet de reconnaître la limite de chacun des individus composants.

La Ligule tués smri.É [/Jguta sirtiplfcissima forme l'espèce principale de ce genre. C’est, elle qui a donné lieu aux observations dont il vient, d’être question. On la trouve abondamment dans plusieurs localités de l’Ëürùpe, vivant au milieu des viscères dans l’ab-

r-ESTOïDEs. 233

domcn des Poissons fluvial iles. Cette Ligule est un Ver hlane, très consistant, aplati, mais cependant assez épais, ollilé aux deux boula et montrant des rides tranversnles, surtout vers le milieu du corps. Nous l’avons souvent observée dans les Harles que l’on tue en Belgique pendant les hivers rigoureux. M. Brui lé l’a étudiée sur les Ablettes du canal de Dijon.

Rudolphi avait fait, au sujet dos Ligules, des observations très curieuses qui l’avaient mis sur la voie de ln théorie véritable de la reproduction telle qu’on l’a depuis lors définie chez les Vers cestoïdes et chez beaucoup d’autres ; mais de Blainville, qui n’en avait pas saisi toute l’importance, en rend compte en ces termes dans son grand article VEns du Dictionnaire des sciences naturelles :

« Nous devons, dit-il, au sujet des migrations des Ligules, rappeler ici la singulière opinion de M. Uudolphi, qui pense que les Ligules commencent leur vie dans les Poissons et la terminent dans les Oiseaux qui se nourrissent de ceux-ci , s’appuyant sur I observation que, péritonéaux dans les premiers, ils sont constamment intestinaux dans les seconds *, qu’il n’a jamais trouvé de Ligules de Poissons avec des indices du développement des ovaires, au contraire de ce qu’il a vu dans celle des Oiseaux, et que, là où ne se trouve pas le Gastérostée épinoche, en Autriche, les Oiseaux aquatiques n’offrent jamais de Ligules. »

Il parait que dans quelques parties de l’Italie on mange les Ligules après les avoir fait frire, et qu’on les regarde comme un excellent mets.

La famille des BOTHRIOCÉPHALIDËS, qui est surtout caractérisée parce que les organes reproducteurs sont ouverts sous le milieu inférieur des anneaux, mérite une mention toute particulière.

Le genre BoTHTUÔCËPHALÊ [Bothriocephalus) , qui lui sert de type, est très riche en espèces, habitant presque toutes les Poissons. L’espèce de l’Homme y fait donc exception ; car, dans les Mammifères et les Oiseaux, on ne trouve ordinairement que des Ténias pourvus de ero-

Fio. 161 , — Tèlc grossie du Bolhriocephalus punctatus (des Turbots). (*),

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, , , la ji , , . .

médiane; r/, ride latérale; e, e.xpansiou latérale;/, gji, iruis des segments du scolcx.

VERS

ehets ou sarcophages, et des Ténias sans crochets ou phytophages, mais point de Botriocéphales.

Le Bothriocéphale qui passe dans le canal intestinal de l’homme pour s’y développer sous son état strobilaire, sans que nous sachions sous quelle forme et dans quelles conditions il vit pendant son premier âge, est le

Botriocéphale large [Bothriocephalus Latus, autrefois appelé Ténia large). — L’étude anatomo-zoologique la plus complète que l’on en possède est due à M. Eschricht (1).

La tête de cette espèce est oblongue, pourvue de deux fossettes latérales qui s’étendent dans toute sa longueur. Le cou est presque nul. Les premiers articles sont indiqués seulement par des rides; puis viennent des articles courts et très larges qui semblent presque carrés; ils sont cependant un peu plus larges que longs, et les derniers prennent souvent une forme suballongée. Les deux orifices sexuels s’ouvrent sur la ligne médiane inférieure de ces anneaux, l’un en arrière de l’autre, tandis que chez les Ténias ils sont latéraux. Ce caractère et celui de l’absence de crochets, ainsi que de véritables ventouses, rendent le Bothriocéphale très facile à distinguer du Ténia. Les pénis du Bothriocéphale sont courts et lisses.

Ce Ver atteint jusqu’à 20 mètres de long, et, d’après Rudolphi, ses derniers articles peuvent avoir jusqu'à 27 millimètres de large.

Il habite l’intestin de l’homme. M. de Siebold dit l’avoir trouvé aussi dans un Chien, à Braunsberg; mais, selon M. Diesing, ce Bothriocéphale du Chien domestique serait d’une espèce différente : ce serait le Bothriocéphale denté, qui a été découvert par Natterer au Brésil, dans le Canis Azarce (2) .

Le Bothriocéphale de l’homme existe surtout en Suisse, en Pologne et en Russie; on l’obsei've quelquefois aussi dans le midi de la France. La Faculté des sciences de Montpellier en possède deux exemplaires qui ont été rendus, à quelque temps d’intervalle, par la môme personne : cette personne était un commis voyageur de Lyon qui a été traité à Montpellier par M. le docteur Jeanjean (3).

M. de Siebold dit qu’à Dantzig on trouve seulement le Tœnia solium, et qu’il n’a vu que le Bothriocéphale à Kônigsberg; fait curieux qui

(1) Anatomisch physiologische Unlersucliungen iiber die Bolhriocephalen. ( Acla nacurœ curiosorum; 1840.)

(2) Wicgmamt's Jrchiv; 1838, p. 305.

(3) Nous ignorons si ce commis voyageur avait séjourné on Suisse.

'explique peut-être par la position géographique de ces deux ..illes, séparées l’une de l’autre par le bassin de la Vistule.

M. Kuchenmeister dit que le Bothriocépliale se trouve à Hambourg, mais seulement chez les juifs; on assure aussi que les «domestiques allemands au service des Russes habitant Berlin prenaient souvent des Bothriocéphales, dont leurs maîtres sont d’ailleurs fréquemment infestés, et qu’en Suisse les domestiques ou d’autres causes en communiquent, au contraire, aux étrangers.

M. Eschricht a compté dans un seul strobile de Bothriocéphale dix mille articles (eucurbitains ou proglottis). Si l’on admet que chacun de ces articles produise seulement mille œufs, ce qui est bien au-dessous de la réalité, on aura un total de dix millions d’œufs fournis par un seul Cestoïde de ce genre.

Description du Bothriocéphale de l'homme. — La tête ou le scolex de ce Ver avait déjà été vue au milieu du siècle dernier par Bonnet; mais ni Goeze, ni Linné, ni Rudolphi ne l’ont observée, et l’on doit à Bremser de l’avoir reconnue de nouveau. Elle est longue d’un peu plus de 2 millimètres et large comme le tiers environ de sa longueur. Elle diffère complètement de celle des Ténias nonseulement par sa forme et par sa grandeur, mais, comme nous l’avons déjà dit, par l’absence des quatre ventouses que l’on trouve toujours dans ces derniers, ainsi que par celle des crochets, qui sont si caractéristiques du Ténia ordinaii'c. Elle est d’ailleurs oblongue au lieu d’être sphérique; est légèrement rétrécie en avant, et porte, de chaque côté, une fente ou une excavation longitudinale qui s’étend à peu près dans toute sa longueur. En dessus et en dessous elle est plane, ou même un peu déprimée vers son milieu.

Ce Ver est d’une couleur jaunâtre, avec le milieu des derniers segments plus ou moins brun, selon le degré de développement des œufs contenus dans la matrice; ce sont ces œufs qui leur donnent cette dernière couleur.

La portion du strobile appelée cou est assez courte; puis viennent successivement des articles de plus en plus nettement séparés jusqu’aux derniers, qui sont eux-mêmes, dans beaucoup de cas, plus larges que longs, d’où le nom de Tœnia lata qui a été donné au Ver avant qu’on en eût fait un genre sous le nom de Bothriocéphale. Ce caractère de la largeur ne suffirait pas du reste pour le faire distinguer, attendu que, dans le Tœnia solium, on trouve des individus qui méritent également ce nom par la largeur de leurs articles. Mais tout doute deviendra impossible si l’on examine la

vrais.

ti'ti1, ou simplement si l’on tient compte de lu position des orifices générateurs.

JJans le» segments aplatis du Botiiriooéphâle, on voit les orifices

sexuels sur la ligne mé* diane (fig.162) et .non plus sur le bord, comme dans le Ténia, et les principaux organes de l’appareil sexuel se distinguent assez aisément à travers l’épaisseur de la peau.

Comment le Bothriocépliale, dont les œufs sont rejetés au dehors avec les cucurbitains détachés , parvient-il à loger dans l’intérieur du corps de l’homme, où il est quelquefois si fréquent’ On ne saurait encore répondre avec précision à cette question, et tout ce que l’on peut dire, c’est que le mode de propagation et les conditions de l’éclosion de cette espèce de Cestoïdes sont différents de ce qu’ils sont chez les Ténias (1).

Les Mammifères herbivores ont en général des Cestoïdes sans crochets, tandis que les Carnivores ont des Ténias à crochets. Puisque les premiers de ces quadrupèdes mangent des substances végétales, ces Vers ne peuvent donc s’introduire dans leur corps avec la chair des autres animaux, comme cela a lieu pour les Carnivores; ce n’est que par 1 herbe ou par l’eau qu’ils peuvent être fournis. Ne pourrait-on pas en conclure que les Cestoïdes bothriocéphalés ne s’enkystent pas?

H Trois dos amicaux strobilaircs non encore détachés en cucurbitains ; l'orifice mile // y est visible au-dessus de l'orifice femelle. Le pétlîs n% qui est rentré dans cet anneau, est au contraire sorti dans celui qui suit.

(1) Toutefois dans un magnifique atlas sur les Vers intestinaux, fait parM. Schubart (d’Utrecht) , et qui est aujourd'hui eu possession du docteur Yerloren, on voit un œuf du Botbriocéphale de l’homme contenant un embryon cilié el dans celuici un appareil hexacanthe.

OiSToïniis. 037

Nous 11e serions donc pas surpris si l’on venait à constater que les scolex des Bothriocéphales s’introduisent sous une forme semblable à celle de quelque Infusoire, et qu’ils sont transportés dans ■l'économie par les boissons. Parmi les quelques faits déjà observés 11 cet égard, on pourrait d’ailleurs citer une observation due à un missionnaire, et ce fait curieux pourrait être mis en regard de l’opinion émise par quelques naturalistes que les Hothriocéphales sont donnés aux Suisses par l’eau des nombreux lacs de leur pays (1).

L’observation dont nous voulons parler, a été faite par le P. Lacerlachère (2); la voici textuellement.

« Ce dernier lac (Abbitibbi), qui peut tenir le premier rang

;mtre les plus grands du globe, puisqu’il a deux cents lieues de circonférence, est à peine connu des géographes, et n’a été jusqu’ici exploré que par quelques marchands de pelleteries ; son eau est vaseuse, désagréable au goût et donne le Ver solitaire à tous ceux qui en boivent pendant un certain temps. Il n’est pas un seul des Indiens qui habitent ses bords qui ne soit atteint de cet hôte incommode; «ussi sont-il d’une maigreur extrême et d’un appétit dévorant. »

Le Bothriocep/iahis latvs, que M. Eschricht a pu se procurer à Copenhague pour faire son beau travail, provenait d’une dame, Lgée de vingt-trois ans, née à Saint-Pétersbourg de parents russes, jiais qui avait passé toute son enfance et sa jeunesse à Copenhague; outefois elle retournait à peu près tous les deux ans pour trois à juatre mois à Saint-Pétersbourg ou dans la Finlande méridionale.

S. T. Sœmmerring, le célèbre anatomiste de Francfort, a eu le Bohriocéphale; ce qui s’explique par ce fait qu’il passait assez régulièrenerit le temps de ses vacances en Suisse.

Nous devons toutefois citer aussi le fait rapporté par M, Eschricht, ui-méme, d’un Bothriocéphale qu’il a reçu en 1837 d’un de ses mis, le docteur Trier (de Copenhague), et qui avait été rendu par «ne femme du pays (Danemark), sans qu’elle eût eu des rapports vec des Russes, des Suisses ou des Polonais (3) .

Le docteur Haselberg (de Stralsund) rapporte le fait suivant :

En 1836, il débarrassa une dame d’un Bothriocéphale entier, la ÿte comprise. Ce fait le frappa, parce que ce Ver n’est pas connu n Poméranie (Neupominern). Cette dame était née à Stralsund, et

(t) Au dire d’Odier, un septième au moins de la population de la Suisse souflVi- «tit de la présence du Botriocéphale. — Voyez 11. Lebcrt, traité d’anatomie paétologique générale et spéciale. Paris, 1857, t. I, p. 408.

(2) Annales de la propagation de la foi, janvier 1832, n" 140, p. 73.

(3) Eschricht, loc. cil., p. 110, note.

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