I.ISCOI'IIÜRES
soides. Au bout do quelques jours, les embryons se couvrent de cils vibratiles très courts; aussi leur mouvement est-il excessivement lent; puis, de sphériques qu’ils étaient d’abord, ils s’allongent, prennent la forme d’un cylindre et replient légèrement tout le corps, tantôt à droite, tantôt à gauche. Les cils vibratiles se flétrissent ensuite, l’embryon s’attache à un corps solide, un tubercule s’élève, et la base s’étend comme un disque. En même temp qu’on voit les premiers rudiments du Polype apparaître, le tubercule disciforme produit sur ses flancs une sorte de bourgeon, et un second Polype se montre bientôt. Sa surface se durcit, le polypier chitineux apparaît à son tour, et le môme phénomène de gemmation se répétant, une colonie de Sertulaires s’élève du sommet de la saillie discoïde. Au bout d’une quinzaine de jours, la jeune colonie, qui s’est ainsi développée sous nos yeux, se composait de deux Polypes et d’un bourgeon indiquant déjà un troisième Polype.
Les colonies entières sont mâles, ou, au contraire, femelles, ce qui rappelle ce que l’on voit dans les animaux qui précèdent.
Tous ces polypes sont marins. Ils recouvrent, comme des arbustes microscopiques, la plupart des corps solides que l’on retire du fond de la mer. On les trouve en particulier sur la coquille des Huîtres, sur la carapace des Crabes, etc.
La famille des SERTULARIDÉS a pour genres principaux les Sertularia, Thoa, Menipea, Plumularia, Aglaopheina, Dynamena, Antennularia, Electra , etc.
Les espèces les plus communes sur nos côtes sont : les Sertularia cupressoides, S. abietina, Thoa halecina, Plumularia falcata, Antennularia antennina, etc.
La Seiitulaire cupressoïde ( Sertularia cupressoides) est une belle espèce très commune dans la mer du Nord, et qui rappelle en petit l’arbuste dont elle a pris le nom. Chaque colonie se compose d’une tige droite sur la longueur de laquelle s’implantent des branches courbées, à des distances à peu près égales, et qui diminuent en longueur vers le sommet et vers la base. Les branches du milieu sont ainsi les plus longues, et ce sont elles qui, au printemps, portent les loges pleines d’œufs de couleur rose. On pourrait alors appeler la Sertulaire une plante-animal en fleurs.
C’est le long de chaque branche que les loges à polypes se groupent en alternant; dans chaque loge habite un Polype, qui a de vingt à vingt-quatre tentacules pleins, hérissés de capsules fili-
llïllHMHKS.
fores. Ces Polypes s’étalent pendant le repos, et montrent une tète, de forme conique, avec une bouche au sommet, au milieu du cercle de tentacules. Vers le milieu de la loge, on voit deux muscles rétracteurs, qui, en se contractant, font rentrer entièrement le Polype dans sa gaine.
Cette colonie atteint jusqu’à la hauteur d’un demi-pied. Elle se fixe souvent sur des pierres ou sur des coquilles sous-marines.
Ordre des Hvdrnires.
Les Polypes hydraires se distinguent surtout des Polypes qui précèdent parce que leur évolution s’arrête au moment oii la forme médusaire apparaît. La Méduse est ici réduite à l’état d’ovisac ou de spermosac, suivant que sou produit consiste en œufs ou en zoospermes, tandis que le produit sexuel se développe. C’est en réalité une sorte d’embryon ou un Polype discophore dans un arrêt de développement et qui pond un œuf au début de son évolution.
Les Hydraires ont un tube digestif simple, creusé dans les tissus du corps et sans parois propres. 11 existe toutefois chez eux un orifice postérieur, sorte d’anus que l’animal peut oblitérer ou bien ouvrir. Les bras qui entourent portent des organes urticaires et ont leur cavité intérieure en communication avec l’estomac.
C’est avec le jeune âge des vraies Méduses que les Hydres ont le plus d’affinité. Elles en ont beaucoup moins avec les Campanulaires ou les Tubulaires, et moins encore avec les Sertulaires.
Les Hydres habitent l’eau douce. Les œufs de ces Polypes sont couverts de crochets qui leur permettent de s’attacher aux conferves et aux autres plantes aquatiques.
Il y a plusieurs espèces de ces animaux (1).
(I) Eeker, En. iiviclcelld. grün. arm Polypen, in-4. Freiburg iu Bresgau, 1833. — Leydig, Einige Bemcrk. ub. d. Bau d. Hydren, iu Muller' s Archiv, 183»,
la bouche sont très contractiles,
Fig. 181. — Hydre et son buurgcon grossis.
DlSGOl’UORES.
Hydre verte [Hydra viridis . — On l'appelle communément Polype vert d'eau douce, nom sous lequel Trembley l’a désignée. On la trouve dans toute l’Europe s’attachant surtout à la face inférieure des feuilles de la lentille d’eau. Sa puissance de repro-
duction est si grande que chaque partie que l’on détache reproduit une Hydre complète. En hiver, les Hydres disparaissent communément, mais l’espèce se conserve par le moyen des œufs.
Hydre a longs bras ou Hydre grise { Hydra fusca). — Elle est remarquable et facile à reconnaître à la longueur excessive de ses bras. Cette espèce est assez répandue. En la plaçant dans un bocal un peu grand et lorsqu’on la laisse tranquille sur un meuble non remué, elle peut allonger ses bras de plus de deux décimètres.
Les Hydres sont souvent citées dans les ouvrages de physiologie. Les belles recherches dont Trembley en a fait le sujet, la facilité avec laquelle on se les procure presque partout et la simplicité de leur structure nous engagent à en rappeler l’histoire avec quelques détails.
Remarques historiques. — Linné a employé le nom d 'Hydre, que les anciens donnaient à un animal fabuleux, pour ce genre singulier de Polypes. Ces Hydres vivent dans les eaux douces et l’on en a trouvés dans presque toutes les parties de l’Europe. Elles ont été observées par un grand nombre de naturalistes, el les faits singu-
p. 27. — Laurent, Recherches sur l'Hydre cl l'Éponge d'eau douce, in-S, avee pl. Paris (a d’abord paru dans le Voyage autour du monde de la Bonite).
Fig. 182.
Fig. 183.
Hydres, avec des bourgeons en voie de développement.
UYDHAIRES.
liers dont se compose leur histoire les ont rendues fort célèbres. C’est principalement sous le rapport physiologique que ces animaux sont intéressants, et les curieuses recherches que Trembley a publiées il leur égard ont beaucoup contribué à leur mériter ^attention du monde savant.
Les Hydres sont des Polypes de très petite taille, mais on peut très bien les apercevoir à la vue simple, et dans le cas d’allongement extrême de leurs bras, elles peuvent avoir plus d’un décimètre de longueur. Cependant elles ne sont connues que depuis le commencement du xvm' siècle.
La première indication des Hydres fut publiée en 1703, dans les Transactions philosophiques, par le célèbre micrographe Leeuwenhoek, et par un anonyme. Tous deux aperçurent une des propriétés les plus remarquables de ces animaux : celle de leur mode naturel de multiplication par bourgeonnement; mais ils ne virent qu’un très petit nombre d’exemplaires de ces curieux êtres organisés, et l’auteur anonyme n’en rencontra même qu’un seul.
Bernard de Jussieu les chercha et les retrouva aux environs de Paris, et il les fit voir à plusieurs savants, principalement à Réaumur, qui en parla, dès 1702, dans la préface du tome VI de ses Mémoires sur les Insectes.
ün petit nombre d’autres naturalistes les avaient également aperçus, lorsque A. Trembley, précepteur des fils du comte de Bentinek, en Hollande, eut aussi l’occasion de les étudier. Trembley venait de Genève, où il avait connu Ch. Bonnet. Ce fut pendant l’été de 1740, à Sorgvliet, maison de campagne du comte, située à un quart de lieu de la Haye, qu’il trouva des Hydres pour la première fois, et le succès de ses premières études l’engagea à s’occuper de l’histoire de ces singuliers êtres, sur la nature animale ou végétale desquels il resta pendant quelque temps indécis. Pour sortir de cette indécision il coupa des Polypes par morceaux, pensant, avec tous les observateurs d’alors, qu’une plante seule pouvait résister à cette sorte de taille et reproduire, comme on le fait par les marcottes ou les boutures, autant d’individus qu’on avait pu faire de fragments avec le sujet primitif. Et cependant, contre toute attente, il remarqua, peu de jours après, que chaque morceau était devenu un corps parfait, ayant exactement les mêmes caractères que celui dont chacun d’eux n’était d’abord qu’une faible portion. Toutefois, Trembley ne conclut pas de là que le Polype était une plante. Les appétits carnassiers, les mouvements et diverses habitudes assez bizarres qu’il avait remarqués dans cette singulière production ne
MSCOl’ilOHES.
lui permettaient plus d’y voir autre chose qu'un animal. Il fallut bien reconnaître que c’était la physiologie elle-même qui était en défaut, puisqu’elle supposait propre aux plantes seules une propriété que des animaux, il est vrai, voisins des plantes, possédaient aussi.
Les communications des savants entre eux étaient rares et difficiles à cette époque, mais la nouvelle de la découverte remarquable de Trembley se répandit bientôt. Elle fut communiquée à l’Académie des sciencesde Paris, à la Société royalede Londres,etc., et partout on s’empressa de la répéter, d’abord sur les Polypes qu’il envoya lui-mêine à divers personnages éminents dans l’histoire naturelle, et bientôt après sur des échantillons que des observateurs mieux avisés cherchèrent et recueillirent au lieu même de leur résidence. En France, en Angleterre, en Allemagne, on trouva de ces petits animaux, et il ne fut plus nécessaire d’en faire venir de Hollande.
Réaumur fut un des premiers à répéter l’observation. Voici comment il s’exprime à cet égard : « J’ avoue pourtant , que lorsque je vis pour la première fois deux Polypes se former peu à peu de celui que j’avais coupé en deux , j'eus de la peine à en croire mes yeux, et c’est un fait que je ne m’accoutume point à voir, après l’avoir vu et revu cent et cent fois. »
Trembley reproduit, dans son ouvrage, ce passage de Réaumur, et il ajoute quelques réflexions que le temps a parfaitement justifiées. « M. Réaumur a ensuite coupé des Polypes en plusieurs parties, et chacune de ces parties est devenue • un Polype entier. 11 a aussi appris au public que cette reproduction qu’on admire dans les Polypes n’a pas plutôt été connue, que lui-même et d’autres observateurs l’ont bientôt remarquée dans diverses espèces de Vers. En deux ans elle est devenue un phénomène commun, de sorte que ces faits, qui d’abord ont paru incroyables, se trouvent à présent vérifiés à l’égard de divers animaux, qui diffèrent non-seulement dans l’espèce, mais même dans le genre; et, selon toutes les apparences, on découvrira encore cette propriété dans un grand nombre d’autres. »
Trembley avait aperçu cette grande force de rédintégration des Hydres en 1739. Ce ne fut qu’en 17 tih qu’il publia son ouvrage sur l’histoire entière de ces animaux. Le travail de Trembley a pour titre : Mémoires pour servir à l’histoire naturelle d’un genre de Polypes d’eau douce à bras en forme de cornes. Il fut publié in-4°, avec de fort jolies planches dessinées par Lyonet, naturaliste également
UYDRAIHES.
célèbre par une monographie zoologique, celle de la Chenille qui ronge le bois des Saules.
Les Mémoires de Trembley relatifs k l’Hydre sont au nombre de quatre, dont voici l’objet et le titre :
Premier Mémoire, où l’on décrit les Polypes, leur forme, leurs mouvements et une partie de ce qu’on a pu découvrir sur leur structure.
Second Mémoire. Dp la nourriture des Polypes, de la manière dont ils saisissent et avalent leur proie, de la cause de la couleur des Polypes, et de ce qu’on a pu découvrir sur leur structure, du temps et des moyens les plus propres pour trouver les Polypes.
Troisième Mémoire. De la génération des Polypes.
Quatrième Mémoire. Opérations faites sur les Polypes, et succès qu’elles ont eu.
Parmi les auteurs qui observèrent les Hydres en même temps que Trembley, nous devons citer Henri llacker, de la Société royale de Londres, qui répéta un grand nombre de ses expériences. Son travail, intitulé : Essai sur l’histoire naturelle du Polype insecte, a été traduit en français par Demours.
Rœsel, Schœffer et Pallas, en Allemagne, étudièrent bientôt les Hydres, et le premier en publia des figures qui ne manquent pas de valeur. Spallanzani s’occupa aussi de ce sujet; mais depuis lors, et jusque dans ces dernières années, on n’y ajouta aucun fait important. On ne s’en occupa guère que pour rappeler les curieuses études des observateurs du siècle dernier, ou discuter les affinités zoologiques des Hydres, et la place qu’elles doivent occuper dans la série méthodique des animaux.
La plupart des auteurs se sont accordés et s’accordent encore pour classer parmi les Polypes les espèces du genre Hydre de Linné. On les considère comme des Polypes sans polypiers, pourvus d’un petit nombre de tentacules, et n’ayant qu’un seul orifice intestinal, la bouche, placée au centre des tentacules, et remplissant k la fois les fonctions de bouche et d’anus. Trembley avait pensé néanmoins que la partie sacciforme du corps de ses Polypes k bras en forme de corne, c’est-à-dire des Hydres, est percée d’une ouverture que l’on peut regarder comme un anus; mais les auteurs qui ont écrit après lui, sauf M. Corda, ont accepté l’opinion contraire. Cet anus paraît cependant exister, mais il ne suffirait pas pour faire rapporter les Hydres aux Polypes bryozoaires, puisque leur canal intestinal serait un simple tube k orifices opposés, et qu’elles n’auraient pas, comme les animaux de ce groupe.
366 DiscomoltES.
les Plumatelles, par exemple, un œsophage, un estomac et un intestin proprement dit (1). Trembley, qui connaissait d’ailleurs le tube digestif d’une espèce de Bryozoaire d’eau douce très rapprochée des Plumatelles, et dont M. Dumortier a fait le genre Lophoput, appelle la poche digestive des Hydres leur estomac, et il en parle en ces termes :
« J’ai donné le nom d’estomac à cette ouverture qui règne d’un bout à l’autre du corps des Polypes, parce que c’est en effet là que sont portés les aliments et qu’ils y sont digérés. Il est souvent plein d’eau qui peut y entrer facilement, la bouche étant presque toujours ouverte. La peau formant ce sac ouvert par les deux bouts est la peau môme des Polypes. Tout l’animal ne consiste que dans une seule peau, disposée en forme de tuyau ou de boyau ouvert par les deux extrémités. »
Organisation. — L’orifice buccal des Hydres est renflé en manière de lèvre circulaire, et à son pourtour sont insérés les tentacules, qui sont creux intérieurement et en communication avec l’estomac. Ce caractère, qu’on ne retrouve pas dans les Polypes zoanthaires, permet d’établir que l’Hydre n’appartient pas au même groupe que ces Polypes. Le nombre des bras ou tentacules n’es» pas toujours le même ; il varie dans certains cas. M. Ehrenberg a vu dansleurépaisseur une circulation du fluide nourricier, et divers auteurs, MM. Corda et Doyère, entre autres, y ont signalé des fibres musculaires.
Aucun micrographe n’a pu reconnaître de système nerveux chez les Hydres ; on ne leur voit pas même d’organes spéciaux, soit pour la reproduction, quoiqu’elles fassent des œufs et donnent des zoospermes, soit pour les autres fonctions, à part celle de l'urtication dont nous parlerons plus bas, et on les cite avec raison comme étant des animaux d’une extrême simplicité. Ce seraient les derniers des animaux si le groupe des Infusoires, celui des Foraminifères et les Éponges ne nous montraient des espèces plus simples encore.
Les Hydres jouissent cependant d’une grande force de contractilité. Leur corps affecte des formes très diverses; leurs tentacules sont souvent on mouvement, et elles peuvent s'allonger considérablement ou au contraire se rétracter d’une manière remarquable. ; Celles de l’espèce ordinaire acquièrent fréquemment, corps et bras, 3 et à centimètres ou plus en longueur, lorsque le vase dans 1 lequel on les tient est à l’abri de toute agitation, et une autre espèce 1 de ces animaux atteint des dimensions bien supérieures, ainsi
(1) Ou trouve uu semblable anus dans quelques especes d'Actiniaires.
HYbR-UREâ. 367
que le montrent les figures qu'en a publiées Trembley sur sa plancbe S.
Elles ont aussi des mouvements de translation, soit en nageant, soit en rampant, et depuis longtemps on a remarqué que si on les tient dans un vase en partie exposé à l’obscurité, elles se déplacent pour atteindre les parties où la lumière est plus intense. L’agitation de leurs bras a surtout pour but la capture de leurs aliments, qui consistent habituellement en petits animaux qu’elles saisissent vivants. Les petites larves de Diptères, divers Entomostracés, les petits Nais, etc. , constituent leur nourriture la plus ordinaire. Leurs bras sont garnis à cet effet d’organes particuliers de nature urticante 'qu’on retrouve aussi sur diverses parties de leur corps, mais en moindre abondance.
Trembley avait déjà signalé sur les bras et sur le corps des Hydres les petits organes dont nous parlons ici; il les nommait des grains et des poils. Voici en partie ce qu’il dit des premiers : « Un bras fort contracté paraît extrêmement chagriné, et même beaucoup plus que le corps d’un Polype. 11 l’est moins à mesure qu’il s’étend, et lorsqu’il est assez étendu, il ne paraît pas chagriné partout. On remarque même alors dans le bras une différence considérable. » — « Les espèces de poils, dit-il ailleurs, dessinés dans les figures 3 et à de la planche 5, se remarquent dans un bras de Polype étendu, lorsqu’on l’expose à une forte lentille du microscope. Ils paraissent transparents. » On doit à M. Corda une étude plus complète de ces corps, et faite à l’aide de meilleurs instruments que ceux dont on disposait à l’époque de Trembley.
D’après M. Corda, chaque tentacule de l’Hydre est formé d’un long tube pellucide et membraneux contenant une substance albumineuse presque tluide, qui se renfle par places déterminées en nodules plus denses, verruciformes et disposés en ligne spirale. Ce sont comme les supports des organes tactiles et préhenseurs. Ceux-ci consistent en un sac délicat inséré dans la verrue, et qui en contient un autre, à parois plus fortes, sous lequel est une petite cavité.
Au point où ces deux sacs emboîtés se confondent, c’est-à-dire au sommet, est inséré un cil ou poil aigu et mobile. L’auteur n’a vu ce poil ni rentrer ni sortir, et il se demande si le petit sac qu’il surmonte renferme un liquide. Au milieu de chacune des verrues et entouré par ces cils, on trouve un ou rarement plusieurs organes de préhension que M. Corda nomme hasta. C’est un sac transparent, ovalaire, inséré dans la verrue, et qui présente au sommet une petite ouverture; il est enveloppé par la substance dense du tenta-
DISCOPHORES.
nés
culc, et porte dans son intérieur une petite partie patelliforme sur la face large de laquelle est fixé un corps solide, ovalaire, surmonté lui-même d’un long corpuscule calcaire sog itta de M. Corda) , qui s’élève jusqu’à l’orifice, et peut être sorti ou rentré dans le sac dont il est question : et, en effet, quand la pièce patelliforme se redresse, le corps ovalaire [hastifer de M, Corda) s’élève, et le sagitta est porté au dehors, ou, dans le cas contraire, rentré à l’intérieur.
Lorsque l’Hydre a saisi quelque animal avec son tentacule, les sagitta sortent aussitôt pour rendre plus rude la surface du tentacule et retenir la proie. Mais ces organes ne paraissent pas à M. Corda destinés à remplir uniquement les fonctions de brosse, et il suppose qu’ils empoisonnent la victime ; car il suffit que les petits animaux qui servent de nourriture aux Hydres soient retenus par les tentacules pour qu’ils aient bientôt cessé de vivre.
Dans un travail non moins remarquable, publié dans les Mémoires de l'Académie de Berlin pour l’année 1836, 51. Ehrenberg a figuré une Hydre très grossie dont presque tout le corps donne attache à de longs filaments, surtout abondants sur les bras et tous terminés par une vésicule ovoïde pourvue à sa base d’un spiculé tricuspide. Dans cette figure, dont nous avons publié ailleurs une copie, M. Ehrenberg montre que les organes qu’il nomme hameçons ( Angelhaken ) servent à l’Hydre pour saisir sa proie en la laçant pour ainsi dire. Ce serait donc, comme on peut voir, une organisation différente de celle qu’avait indiquée 51. Corda, et cependant il est fort aisé, lorsqu’on étudie une Hydre au microscope, principalement en se servant du compresseur, de revoir les hameçons de M. Ehrenberg avec tous les caractères qu’il leur assigne. Mais l’état de souffrance dans lequel on a mis l’Hydre observée n’influet-il pas sur les particularités qu’elle montre alors? C’est là ce que nous n’osons affirmer et ce qu’il faut même supposer d'après les intéressants détails publiés plus récemment par 51. Doyère.
Laurent, qui a fait, une monographie des Hydres, n’a d’abord reconnu ni les corps d’Ehrenberg ni ceux de Corda ; son opinion est ainsi formulée dans le savant rapport qui a été fait à l’Académie des sciences sur l’ensemble de ses recherches relatives aux Hydres (1) : « M. Laurent nie formellement les haslœ de M. Corda, ne pouvant expliquer l’illusion qui a pu les faire admettre. Quant aux hameçons de M. Ehrenberg, M. Laurent s’est- assuré d’une manière positive que ces filaments ne sont que des étirements d’un
(I) Dluinville, Comptes rendus, t. XV, p. 381.
HVDMlltES.
suc glutineux, renflés nécessairement à l’extrémité qui vient de se détacher du point de contact, et nullement des organes propres à l’animal. »
Quelques jours après la lecture de ce passage, M. Dovère communiquait au même corps savant les observations qu’il venait de l'aire sur les organes préhenseurs et urticants des Hydres (1). Contrairement à l’opinion de Laurent, mais à peu près comme M. Corda, il admet l’existence sur le tronc des Hydres, autour de leur bouche et sur les gros mamelons qui entourent en spirale les tentacules de ces animaux ou les terminent, trois sortes de corps qui lui paraissent être autant de moyens d’attaque et de défense mis par la nature à la disposition de ces Polypes. Ce sont :
1° Les organes sacciformes à orifice externe, appelés hastœ par M. Corda et hameçons par M. Ehrenberg.
En effet, si l’on place sous le microscope entre les deux lames du compresseur un bras d’Hydre, on le voit se contracter et chasser successsivement les parties constituant l’hameçon, moins le renflement globuleux terminal, qui n’est autre chose que le prétendu sac hastifère lui-même, dans lequel, avant la singulière évolution dont il s’agit, toutes les autres parties étaient engainées et pouvaient même être reconnues. M. Corda représente dans l’intérieur du sac hastifère le hasta ou spiculé, qui n’est autre chose que l’espèce de calice à trois pointes que M. Ehrenberg met à la base des vésicules de ses hameçons ; et le long filament grêle qui porte, dans les figures de ce dernier, les vésicules et leur calice ou spiculé tricuspide, n’est lui-même que l’espèce de coussin observé par M. Corda. C’est par erreur que M. Ehrenberg a représenté les hameçons libres et flottants par leur portion renflée et tenant aux bras par leur long filament.
2“ Les corpuscules ovoïdes plus petits que les précédents et surtout beaucoup plus étroits, à parois épaisses, contenant dans leur intérieur un fil roulé en spirale qui sort comme le filament des hameçons, en s’engainant au-dedans de lui-même. Ce fil est plus sétiforme et plus court que celui des hameçons. Les corps ovoïdes se détachent de l’Hydre comme ces derniers.
3° Un grand nombre de corps sacciformes, différant seulement des premiers parce qu’ils ne se transforment pas en hameçons.
(1) Comptes rendus de l'Académie, t. XV, p. 429, 1842. — Nous en avons aussi fait l’observation vers In même époque, cl cela dans le laboratoire môme de Blainville; en effet, ce savant ualuraliste ne tarda pus à recouualtre l’inexactitude des assertions de Laurent dont il avait parle dans son rapport.
JUSCOPHOBES.
Ce sont, suivant toute probabilité, les premiers encore incomplément développés. Lorsque l'Hydre est comprimée, elle les abandonne comme les précédents et on les voit llotter autour des bras.
Outre ces trois sortes d’organes, les mamelons des bras sont hérissés d’acicules rigides qui se détachent avec une grande facilité, ce qui fait qu’on n’en observe plus après quelque temps sur un bras soumis au compresseur. M. Doyère les croit siliceux et implantés dans l’orifice des organes qui viennent d’étre décrits, surtout dans ceux de la troisième sorte. Ils sont bien distincts du filament enroulé en spirale dans l’intérieur des corps vésiculeux. Ce sont des organes d’urtication comme ceux que divers auteurs ont constatés dans d’autres Polypes et en particulier dans les Médusaires. M. Doyère cite à l’appui de l’opinion qui attribue cet usage aux organes dont il vient d’être question le fait suivant :
Une grande Hydre s’était emparée d'une larve d'insecte assez grande elle-même relativement à la taille de l’Hydre. Lors de l’observation la larve était morte, bien qu’entière encore, mais elle portait un grand nombre des prétendus hameçons dont le filament était enfoncé dans son corps jusqu’au spiculé étoilé de leur vésicule. La blessure, dit le naturaliste cité, est sans nul doute faite par le spiculé lui-même sortant du sac hastifère, et le filament se développe ensuite dans les tissus, ce que rend facile son extrême finesse et son mode d’évolution par invagination en dedans de luimême. « Une larve toute semblable à la précédente, et déjà contenue dans l’estomac de l’Hydre qui a fait le sujet de cette observation, ne laisse, dit M. Doyère, aucun doute sur la nature et le but de l’attaque dont la larve saisie a été victime. »
Avant de parler des moyens de multiplication dont les Hydres disposent, nous devons rappeler une expérience très curieuse et très célèbre de Trembley sur le retournement de ces Polypes. Cette expérience, qui consiste à changer en estomac la peau externe de ces animaux, et vice verset leur estomac en peau externe, sans altérer le moins du monde leurs propriétés digestives, est souvent citée à l’appui de l’opinion, également bien connue, que le tube digestif n’est que la continuation dans l’intérieur du corps des animaux de leur organe tégumentairc externe, et qu'il contribue par conséquent aussi bien que celui-ei à limiter extérieurement le corps lui-même. Deux auteurs à notre connaissance, Bory de Saint-Vincent et Laurent, ont annoncé avoir répété à la manière de Trembley le retournement des Hydres ; mais, malheureusement, ils ne nous ont pas appris plus que ce dernier
JlïItRAUUiS.
quelle modification ce retournement amenait dans la fonction de la partie creuse des bras, ni par quel procédé l’Hydre supplée, lorsqu’elle se fixe, au pore terminal dont elle se servait précédemment. Trembley décrit très longuement, dans son quatrième mémoire, le retournement des Polypes et toutes les précautions dont il faut user pour y parvenir. « J’ai vu, dit cet excellent observateur, un Polype retourné qui a mangé un petit Ver, deux jours après l’opération. Les autres n’ont pas mangé sitôt. Ils ont été quatre ou cinq jours, plus ou moins, sans vouloir manger. Ensuite ils ont tout autant mangé que les Polypes qui n’ont pas été retournés. J’ai nourri un Polype retourné pendant plus de deux années. Il a beaucoup multiplié. J’ai aussi retourné des Polypes de la troisième espèce. Dès que j’eus retourné des Polypes avec succès, je m’empressai de faire cette expérience en présence de bons juges, afin de pouvoir citer d’autres témoignages que le mien, pour prouver la vérité d’un fait aussi étrange. Je témoignai aussi souhaiter que d’autres entreprissent de retourner des Polypes. M. Allemand, que j’en priai, mit d’abord la main à l’œuvre et avec le même succès que moi. 11 a retourné plusieurs Polypes, il a fait en sorte qu’ils restassent retournés et ils ont continué à vivre. Il a fait plus : il a retourné des Polypes qu’il avait déjà retournés quelque temps auparavant.
11 a attendu, pour faire sur eux cette expérience pour la seconde fois, qu’ils eussent mangé après la première. M. Allemand les a aussi vus manger après la seconde opération. Enfin , il en a môme retourné un pour la troisième fois, qui a vécu quelques jours, et a ensuite péri, sans avoir mangé ; mais peut-être sa mort n’estclle point la suite de cette opération. »
Traitons maintenant de la reproduction des Hydres.
Ce phénomène s’opère de trois manières: 1" par la division du corps en plusieurs parties; T par le bourgeonnement agame ou par gemmiparité (fig. 182,
Fig. 184.
DISüOPHORES.
183 et 18â), et 3 ' par des corps auxquels on donne le nom d’œufs (fig. 185).
Le second et le troisième modes de reproduction doivent seuls nous occuper. Le premier a été exposé précédemment; c’est celui que Laurent appelle production par boutures.
Le second mode, ou la reproduction par voie agame, était déjà connu de Leemvonhoek. Il consiste dans l’apparition de bourgeons sur un des points du corps de l’Hydre, bourgeons qui se développent peu à peu, présentent d’abord une cavité intérieure en communication avec l’estomac de la mère, poussent bientôt des tentacules, et peuvent se séparer de celle-ci ou rester en continuité de substance avec elle, quoique les estomacs ne communiquent plus (fig. 18â). Dans le cas le plus ordinaire, la séparation des individus n’a pas lieu et l’on voit ainsi plusieurs Hydres réunies ensemble. Leur groupement se fait d’une manière régulière, comme dans les Polypes à polypiers. De Blainville a fait remarquer que c’est près de la base du corps que les bourgeons se développent de préférence.
Les œufs avaient été vus par B. de Jussieu (17û3), par Trembley (17ââ), par Roesel (1755), par Pallas (1766) et par Wagler (1777). Plus récemment ils ont été étudiés avec soin par M. Ehrenberg, et MM. Dujardin, Laurent, etc., les ont également vus. Voici ce que M. Ehrenberg dit de ces corps qu’il a étudiés sur la variété orangée de l’Hydre vulgaire; nous le citons d’après la traduction publiée par Laurent : « Les aiguillons couvrent toute la surface de ces œufs et se bifurquent aux sommets. Les œufs hérissés se développent à la base du pied, là où cesse la cavité stomacale, dans le parenchyme du corps, dans un endroit blanchâtre, glandulaire, l’ovaire périodique; ils sont portés six à huit jours dans une enveloppe membraneuse de la peau et de l’utérus; la mince enveloppe se rompt, les globules tombent et le Polype meurt, à ce qu’il paraît, bientôt après la chute du dernier œuf, quoiqu’il soit bien vivant pendant tout le temps de la gestation. Or, ces œufs de l’Hydre, dont j’ai vu quatre se produire distinctement d’un seul individu, et dont j’en conserve deux vivants, et les deux autres desséchés d’après ma méthode communiquée en 1835, ont une bien plus grande ressemblance encore avec quelques formes fossiles des Xanthidics qu’avec les œufs des Cristatelles. Ils sont aussi sphériques et garnis d’aiguillons fourchus, et ils ont même l’aspect corné jaunâtre des fossiles. »
Laurent a nié les épines de ces œufs; voici, d’après le rapport
JIYDHAIRES. 373
de Blainville, l’opinion de ce savant sur les corps oviformes de ces ordres : «Le résultat fort intéressant auquel il est parvenu et qui ne laisse aucun doute dans son esprit, c’est que l’œuf de
Fig. 186.
Alcyonel le (l).
l’Hydre grise [H y dre vulgaire) est composé d’une substance liquide et globuleuse semblable à celle qui remplit la vésicule de Purkinje, dans l’œuf des organismes supérieurs, enveloppée dans une véritable coque mucoso-cornée, produit de l’endurcissement des parties les plus externes de la matière ovarienne , d’abord entièrement molle : aussi cet œuf est-il lisse et non épineux, comme Roesel et M. Ehrenberg l’ont supposé (2). » C’est un œuf, parce
(1) Nous avons mis en regard de l'Hydre chargée de ses œufs, la 6gure de deux polypes de VAlcyonelte. On y voit les tentacules en partie rétractés dans le tube, le canal digestif replié, les ceuTs et les organes mâles. Les Alcyonelles sont comme les Hydres des animaux fluviatilcs, mais leur organisation est très différente et leur structure est bien plus compliquée. On les désigne h tort sous le nom de Polypes composés; ce sont des mollusque bryozoaires (voir t. Il, p. 78).
(2) De nouvelles observations de Laurent l’ont conduit à penser qu'une même Hydre peut fournir des œufs épineux et d’autres qui ne le sont pas.
MseornonEs.
qu’il est rejeté de l’intérieur du corps de la mère sous forme bien déterminée, et qu’après un temps plus ou moins long, le jeune animal en sort tout formé et laissant une enveloppe qu’il a rompue ; mais il paraît univésiculaire et fécond sans avoir eu besoin de subir préalablement aucune imprégnation spermatique. Les Hydres sont donc sous ce rapport comparables aux animaux parthénogènes dont nous avons parlé en traitant des Insectes, puisqu’ils ont comme eux des œufs qui se développent sans le concours des spermatozoïdes, et d’autres, au contraire, pour lesquels ce concours est nécessaire. Leur génération par fécondation est peu connue, cependant on constate (1) qu’elles présentent dans certains cas une capsule à spermatozoïdes placée au-devant de la capsule ovifère.
Ainsi, l’œuf de l’Hydre est composé, d’après Laurent, d’une seule vésicule, et cette vésicule semble être la vésicule germinative, dite aussi vésicule de Purkinje.
Trembley a parlé des trois espèces d’Hydres, toutes trois propres aux eaux douces, que l’on connaît; il les non me Polype à longs bras, Polype vert et Polype brun ; on leur donné depuis lors des noms latins; ce sont les Hydra fusca, viridis et vulgaris ou grisea. Quelques auteurs citent comme une quatrième espèce Y Hydra pollens, figurée dans Roesel, et M. Johnston en a indiqué une cinquième qu’il appelle Hydra verrucosa (2). Mais l’existence de ces deux dernières n’est pas certaine.
Les Hydres, dont les trois espèces observées par Trembley sont surtout faciles à reconnaître, vivent dans les eaux marécageuses, dans les lacs et les étangs, dans les canaux, et jusque dans les tonneaux ou les baquets d’arrosagcde nos jardins. Le moyen de se les procurer, qui nous a toujours le mieux réussi, est do prendre au hasard, dans les endroits où l’on suppose qu’il y a des Hydres, des plantes aquatiques, des feuilles tombées des arbres ou d’autres corps à la surface desquels elles se tiennent habituellement fixées. De retour chez soi, on laisse déposer dans des vases pleins d’eau et en verre transparent les substances dont nous venons de parler; les Hydres se fixent sur les parois et s’étendent; il est alors facile de les apercevoir à la vue simple. Dans les baquets d’arrosage ou dans ceux qui servent il la conservation des plantes aquatiques, il y a presque toujours beaucoup d’Hydres, et lorsque
(1) Van Benedcn, Bull. Acad, ro y. de Belgique.
(2) Britisli soophytes, p. 97.
zoanthaib.es. 375
le soleil donne sur ces baquets les Polypes s’y voient facilement (1).
Tous les auteurs qui se sont occupés des Hydres depuis Trembley jusqu’il Laurent ont donné des détails sur quelques maladies dont ces animaux sont parfois atteints. Ce qu'on a nommé la maladie pédiculaire des Hydres consiste dans la présence à la surface de leur corps d'un grand nombre d'infusoires , qui y vivent en parasites.
Bien qu’un assez grand nombre d’animaux marins aient aussi reçu, de la part des nomenclateurs du dernier siècle, la dénomination générique d’IIydra, il n’y a réellement d’espèces bien connues de ce genre que dans les eaux douces, et Bosc lui-mème a décrit trop incomplètement celles qu’il a mentionnées pour que l’on puisse les accepter définitivement. Plus récemment, M. Johnston a indiqué, sous le nom d ’Hydra littoralis, un Polype de la côte de Belfast, mais il ne le donne encore qu’avec doute comme appartenant véritablement à ce genre.
CLASSE TROISIÈME
ZOANTH AIRES (2).
Ces animaux se distinguent de tous les autres par leur tube digestif incomplet et à parois distinctes, ainsi que par leur cavité périgastrique divisée par des cloisons verticales. Leurs organes sexuels sont en communication avec la cavité des tentacules qui sont tubulaires, creux, jamais pinnés, et disposés sur une ou plusieurs rangées autour de la bouche. Ces rangées sont primitivement au nombre de six ou douze, et se multiplient très rapidement.
(1) L’Hydre grise est la seule que nous ayons même observée dans le midi de la France; elle est commune au jardin botanique de Montpellier. C’est en vain que nous avons cherché des Hydres dans les baquets et les bassins du jurdin d’essai qui avoisine Alger.
(2) De Blainville, Aclinologie. — Dana, Structure of Zoophytes, Philadelphia, 1846. — Milne Edwards et Hairnc, Archives du Muséum, t. V et Ann. sc. nul., 3” série. — Milne Edwards, Histoire naturelle des Coralliaires, in-8, 1857 (dans les suites à tSuU'on de M. Rorct).