GORGONAIRES
comte Marsigli a fait une découverte qui sera à jamais célèbre dans la botanique, celle de la floraison du Corail (1).
P. Boccone a vu et examiné ultérieurement les parties molles du Coiail à leur sortie de 1 cnu; il les a maniées et goûtées; mais le Corail, comme les Gorgones, qu’il a également observées fraîches, ne lui a pas paru être plutôt un végétal qu’un animal. Le Corail n’est positivement pas une plante, dit Boccone; mais l’idée ne lui vient même pas fie le comparer à un animal. Au contraire, il semble croire que cette substance se forme au fond de la mer, comme Y arbre de Saturne dans nos tlacons, c’est-à-dire par le fait de quelque précipitation.
Dans une lettre à Paul Boccone, datée d’Avignon (1670), Gui- Sony dit qu’il possède tlu sel de Corail, qui se fige très rapidement et qui donne naissance à un nombre infini de branches. Le Corail, dit-il, pousse des branches en soumettant cette solution à une légère évaporation (2).
En 1723, Peyssonel, médecin de Marseille, observa à son tour le Corail vivant, et d’abord, il prit également le Polype pour la fleur de cette prétendue plante : mais deux ans plus tard, il en reconnut la véritable nature, et il chercha à en établir les affinités avec les Actinies ou Anémones de mer (3). De nouvelles recherches faites par le même auteur sur les Polypes à polypiers que l’on trouve aux Antilles, ne lui laissèrent point de doute sur la réalité de sa découverte. Cependant, l’opinion des naturalistes lui fut encore défavorable, et Réaumur (à), ainsi que Bernard de Juste Hisl. de V Acad, des sciences, 1710, p. 76.
(2) Boccoue, Recherches et observ. d'hist. nat. touchant le corail. Paris, 1660, et Amsterdam, 1671,
(3) Peyssotmel, Traité du corail, Londres, 1756, iu-12, ou Trans, philos., vol. XLVlt.
Ce traité n’a jamais paru dans son entier. Le manuscrit en est conservé dans la bibliothèque du Muséum de Paris. M. Flourcus [Journal des Savants, 1838), et M. Milne Edwards ( Histoire naturelle des Coralliaires) eu ont donné des extraits.
(4) Réaumur écrivit à Peyssonncl, à la date du 2 juin 1726 «... Je pense comme vous, que personne ue s’est avisé jusqu’ici de regarder le corail et les lithophytons comme l’ouvrage d’insectes (on appelait alors insectes la plupart des animaux inférieurs). On ne peut disputer à cette idée la nouveauté et la singularité, mais je vous avouerai naturellement qu’il ne me paraît guère permis de l’établir dans la généralité que vous voulez lui donner. Les lithophytons et les coraux ne me paraissent pas pouvoir être construits par des orties ou pourpres, de quelque façon que vous vous y preniez pour les faire travailler... Je ne crois pas que, par rapport aux coraux, il y ait un autre système à prendre que celui
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sieu (1), à qui il s'adressa, refusèrent de se rendre à ses observations.
Dans l’intérêt de la réputation de Peyssonnel, Réaumur, en faisant part de cette découverte à l’Académie des sciences, crut même convenable de ne pas citer le nom de son correspondant, et ce ne fut qu’en 17ùl que B. de Jussieu et Guettard s’étant rendus sur les côtes de la Normandie pour y étudier les Alcyons et les autres Polypes, etayantvu deleursyeux lesprétendues fleurs sortirde leurs cellules et y rentrer, la découverte de Peyssonnel fut enfin comprise et acceptée. Réaumur fit alors une rétractation publique, donnant ainsi aux savants un exemple qui n’a pas toujours été imité. 11 revendiqua pour Peyssonnel le mérite de cette découverte, aussi importante que contestée.
Le mot de Polype (2) fut alors employé pour la première fois pour désigner ces petits animaux. Les anciens l’appliquaient aux Céphalopodes, et en particulier aux Poulpes, dont la dénomination actuelle n’a pas d’autre origine.
Le Corail, dont on fait un si grand usage comme pierre d’ornement, est quelquefois employé en médecine après qu’on l’a réduit en poudre. Son principal usage est aujourd’hui de servir comme dentifrice.
D’après Watting on y trouve les substances suivantes :
Carbonate de chaux 82,25
Carbonate de magnésie 3,50
Oxyde de fer 4,25
Gélatine animale et sable 7,75
Perte 1,25
Ce joli polypier a la forme d’un petit arbrisseau, de 25 à 50 centimètres de hauteur, de couleur rouge quand il est desséché,
dont je vous ai parlé autrefois, que leur écorce seule est piaule, à proprement parler, et que cette plante dépose uue matière pierreuse qui forme la tige necessaire pour la soutenir; alors je vois toutes les difficultés disparaître sur l’organition qui manque au corail. »
(1) Le 11 mars 1726, B. de Jussieu, répondant à la communication que Peyssonnel lui avait faite de ses recherches, s’exprimait ainsi : «A l’égard de votre système des plantes pierreuses que vous rangez parmi les dépouilles animales de la mer, je ne sais si vos raisons seront assez fortes pour nous faire abandonner le préjugé où nous sommes touchant ces plantes ; il faut bien varier les preuves de la dissertation qu'on doit en demander au nom de l’Académie cl du ministre.»
(2) Mcm. de l’Acad. roÿ. des sciences, 1712, p. 290.