GORGONAIRES
et qui es! lixé par une base assez large aux rochers ou à tout autre corps solide. On trouve cependant du véritable Corail qui est presque blanc (1) ; le Corail noir est au contraire le polypier d’un Antipathe.
Pendant sa vie, le Corail est enveloppé d’une écorce portant de distance en distance des loges par lesquelles sortent les capitules des Polypes, c’est-à-dire leur bouche entourée de ses tentacules pétaliformes et la partie du corps qui en est la plus voisine.
Les Polypes ont en effet le corps cylindrique, terminé par huit tentacules foliacés, dentelés sur leur bord et au milieu desquels se trouve la bouche. Leur extrémité épanouie ressemble parfaitement à une corolle, et l’on comprend que les premiers observateurs aient cru y voir une fleur. La bouche conduit dans une cavité assez grande, qui est séparée en compartiments par des parois membraneuses. C’est sur bipartie inférieure et interne de ces parois que se développent les organes sexuels. Les divers Polypes d’une colonie communiquent entre eux par des lacunes vasculaires anastomosées dans l’épaisseur de l’écorce charnue.
Ce Polype vit en abondance dans la Méditerranée, surtout sur la côte de la Sicile et sur celles de l’Algérie, du côté de Bone et de la Calle, où l’on en fait régulièrement la pêche (2). On le trouve aussi, mais plus rarement, sur quelques points des côtes de la Provence et de la Corse. Il habite toujours à une assez grande profondeur.
Contrairement à l’assertion de Forskal, M. Ehrenberg s’est, assuré de la non-existence du Corail dans la mer Rouge, et ce sont presque toujours des Lithophyles ordinaires, c’est-à-dire des Madrépores ou Zoanthaires pierreux que l’on a indiqués dans les autres mers sous le nom de Coraux. Cependant M. Dana cite une espèce de Corail véritable aux îles Sandwich [Corallium secundum) , otil va deux espèces fossiles de même genre, l'une du terrain miocène de Turin [Corallium pallidum), l’autre de la craie blanche de Faxoë [Corallium fieckii).
Dans la famille des ÏSÎDIDÉS, le polypier est arborescent comme
(1) Ou nomme aussi Corail blanc uu madréporairc du genre Oculine. Voyez ci-dessus, p. 379.
(2) Des détails circonslanciés ont été publiés à cet égard dans le Tableau de la situation des établissements français de l’Algérie pour 1850-52, ainsique dans le Catalogue de l’cspédiliou de l’Algérie pour 1835 ; ou y trouvera aussi l’historique et une statistique de la pèche du Corail.
CTENOCERKS.
celui du Corail; mais son axe est formé d’articulations ou de rondelles alternativement calcaires et cornées. Sous ce rapport, les Isididés sont intermédiaires aux Corallides et aux Gorgonidés.
Leur genre principal est celui des Isis (/sis), qui vivent dans la mer des Indes et en Océanie.
Leurs espèces les plus anciennement connues ont été nommées Isis monilifOrme (Isis moniliformis ou hippuris), et Isis allongée (Isis elongata).
Ces polypiers sont quelquefois cités dans les ouvrages de pharmacopée.
C’est aussi à cette famille qu'appartient le genre Mélitilée ( Melithcea ) .
Les GORGONIDÉS, ou les Gorgones, sont plus nombreux en espèces. La plupart sont en arbres ramifiés ou en raquettes anastomotiques, et leur principal caractère consiste dans la nature cornée de leur polypier. On les appelle vulgairement arbres de mer. Leur classification vient d’être étudiée de nouveau par MM. Valenciennes (I) et Milne Edwards (2). Nous en avons plusieurs sur nos côtes.
L’axe de certaines espèces de Gorgonidés est incomplet ou nul, et ces animaux forment alors une sorte de croûte subéreuse que l’on voit souvent sur la tige des Gorgones ordinaires.
Ordre des Pennatnlaires.
Les Pennatulaires, dont Lamarck faisait son groupe des Polypiers flottants, sont fort curieux à étudier.
Ces Polypes vivent agrégés; mais la colonie n’est jamais attachée au rocher par une base fixe et épatée; seulement, elle peut s'enfoncer dans le sable ou dans la vase, au moyen d'une tige basilaire, et cette tige est quelquefois soutenue par un axe solide. Leur corps est cylindrique ou penniforme.
Cet ordre renferme plusieurs genres distincts dont quelquesuns ont des représentants dans la Méditerranée et dans la mer du Nord.
On les a nommés : Funiculina, Pavonaria, YirgUlaria, Lygus , Scgtalium, Penmtula, Sarcoptilus, Pteromorpha, Pteroeides, Ko-
(1) Compt. rend, habdom. de l’Acad. des sc. de Paris, 1855, t. XLI, p. 7.
(2) Histoire naturelle des Coralliaires, 1857, t 1, p. 157.
ALCYONAIKES. 387
phobdemium, Lituariu , Sarcobelemnon , ümernularia , Veretillum, Henilla et Umbellularia (1).
On trouve aussi communément dans la Méditerranée les Pennatula phosphorea, grisea et granulosa, ainsi que le Veretillum cynomorium et le Pauonaria quadrangularis . Le Pennalula phosp/iorea vit aussi dans l’océan Atlantique, ainsi que dans la Manche et dans la mer du Nord.
On connaît des animaux du même genre, ainsi que des Virgulaires, jusque sur les côtes de la Norwége, et le genre Umbellularia n’a encore été observé qu’au Groenland.
Ordre «les llcyonaircs.
Les Alcyonaires ont le polypier charnu, toujours adhérent et sans axe, ni tige solide à son intérieur; leurs spiculés sont plus ou moins nombreux.
Us ne forment qu’une seule famille, celle des ALCYONIDÉS, qui se partage en quatre tribus dites des Cortmlarins, des Télestéins, des Nephthins et des Alcyonins.
Les Con.MLAKixs, qui ont pour genre principal celui des CORNUlaires ( Cornularia ), vivent isolés ou réunis en petit nombre à la surface d’une expansion commune de nature crustiforme; leurs capitules sont en général longuement pédiculés.
On en cite des espèces dans la Méditerranée : Cornularia cornucopia, C. crassa ; Rhizonexia rosea.
Deux autres ont été trouvés sur les côtes de l’Écosse : Sarcodictyon colinatum et c atenata; et une sur celles de Norwége : Rhyzonexia filiformis.
La mer Rouge en possède un plus grand nombre, et il y en a également dans l’océan Indien.
Les Télestéin's ne sont formés que par le seul genre Telesto, dont la disposition est rameuse.
Les Nephthins sont empâtés comme les Alcyons véritables; mais ils sont garnis de grands spiculés naviculaires, hérissant parfois leur surface.
Tels sont les genres Nephthya et Spoggodes, l’un et l’autre étrangers aux mers européennes.
Les Ai.cvo.xins sont plus nombreux en espèces et plus répandus.
(I; Voyez Herklots, Notices pour servir à t’ élude des Polypiers nageurs ou Pennalulides, dans les Uydrageii voor Üierkwu itv vilgegevon door huyl Koninki YjOoL Genootl. Amsterdam.
SPONGIAIRES
Leur polypier est plutôt digité qu’arborescent; les polypes sont disséminés à sa surface, qui est lisse. On les nomme aussi lobulaires, et vulgairement mains de mer. La mer en rejette sur presque toutes nos côtes, et l’on en trouve souvent aussi sur les huîtres et dans les filets des pêcheurs. Telle est en particulier l’espèce type du genre Alcyon, ou YAlcyonum lobatum; tel est aussi Y Alcyonutri digitatum.
CLASSE CINQUIÈME
SPONGIAIRES
Après avoir pris connaissance de ce que les naturalistes ont écrit au sujet des Éponges, on est forcé de répéter avec Lamarck: « L’Éponge est une production naturelle que tout le monde connaît, par l’usage assez habituel qu’on en fait chez soi ; et cependant c’est un corps sur la nature duquel les naturalistes, même les modernes, n’ont pu arriver à se former une idée juste et claire. »
A l’époque d’Aristote, on était incertain si les Éponges sont végétales ou animales; les mêmes doutes ont été reproduits par les auteurs qui ont écrit après lui ; ils partagent encore les naturalistes actuels. En outre, la grande multiplicité des espèces de cette classe que l’on a recueillies dans ces derniers temps, les formes bizarres qu’elles présentent, et les particularités, souvent singulières et en apparence contradictoires de leur structure, semblent avoir rendu plus diflicile encore la solution de ce problème.
Cependant les Éponges ont été le sujet de nombreuses observations, et leur nature animale est mise aujourd’hui hors de doute. Ce sont des animaux du type des Polypes, mais qui sont inférieurs à tous les autres groupes de ce grand embranchement par les diverses particularités de leur organisation.
Organisation et physiologie des Spongiaires. — La forme extérieure des Éponges n’a pas, à cause des variations individuelles qu’elle éprouve dans les divers échantillons d’une même espèce, une valeur égale à celle des autres animaux pour la diagnose des espèces elles-mêmes. En effet, son irrégularité même la rend très variable; on peut même dire qu’elle n’a pas une valeur caractéristique supérieure à celle du faciès, et que les Éponges d’une même espèce ont un faciès semblable, mais non une forme régulièrement identique,
SPONGIAIRES
comme les animaux des autres espèces, soit binaires, soit radiaires.
Lorsque les naturalistes du dernier siècle, et dans celui-ci Lamarck, Lamouroux et plusieurs autres, ont caractérisé les Éponges par leur apparence extérieure, c’est, donc d’après le faciès plutôt que d’après des caractères réels et positifs qu’ils se sont guidés; et comme l'irrégularité des formes dans chacune des espèces, et leur variabilité suivant les individus, ne permettaient pas des descriptions précises, on conçoit tout le vague des diagnoses données par les auteurs cités : aussi sans collections ou sans figures, et d’après les courtes descriptions qu’on a publiées, la détermination de ces singuliers corps est-elle à peu près impossible. 11 eût fallu, pour arriver à quelque chose de certain sous ce rapport, entrer plus profondément dans la structure de ces productions; et c’est ce qu’on n’a fait que dans ces derniers temps, après qu’on a eu reconnu que la composition de leur tissu est loin d’être aussi uniforme qu’on la supposait.
La matière animale des Éponges est trop destructible et trop peu connue encore pour qu’on puisse s’en servir pour la caractéristique des espèces; mais il n’en est pas de même de leur charpente fibreuse et des particules cristallines dites spiculés qui la solidifient dans la majorité des cas, et qui sont quelquefois la seule partie susceptible d’être conservée. C’est par ces productions cristallines que nous commencerons.
Si l’on prend un morceau d’Éponge fluviatile desséchée et qu’on l’examine à un grossissement même peu considérable, on reconnaît que la charpente presque entière de l’Éponge est formée d’une sorte de feutrage régulier, dont lesparticules sont de petits corps fusiformes, un peu courbés, minces, aigus aux deux bouts : ces corps ont reçu le nom de spiculés. Dans l’éponge fluviatile, leur nature est évidemment siliceuse, ainsi que l’analyse chimique le démontre.
Dans certaines Éponges marines, la charpente dure est également composée de spiculés siliceux ; mais la forme et la grandeur de ces spiculés ne sont pas toujours les mêmes; ils varient souvent d’une espèce à une autre. Fréquemment aussi, dans une même Éponge, on trouve des spiculés de plusieurs formes: les uns sont aciculaires, d’autres en épingles, ou bien en étoiles de diverses apparences, et aussi jolis, dans bien des cas, sous le microscope, que le sont les petits cristaux de la neige.
On connaît des Éponges oii les spiculés sont calcaires, au lieu d’être siliceux.
SPONGIAIRES
Dans los Spongilles et dans beaucoup d’autres espèces, on ne voit, à part la matière animale et les corps reproducteurs, aucune autre partie composante de ces espaces, mais les Éponges usuelles ne sont pas dans ce cas. Leur charpente résulte essentiellement de nombreuses fibres anastomosées entre elles dans tous les sens. L’aspect et la flexibilité de cotte charpente l’ont fait appeler cartilagineuse, fibreuse, etc. On a même pensé qu’elle était la seule partie solide du corps do ces Éponges ; mais c’est là une erreur que les observations récentes de M. Bowerbank ont détruite. Les Éponges cartilagineuses, qu’il appelle Kératoses, lui ont montré, comme la plupart des autres, de très petits spiculés siliceux.
Les Éponges fluviatiles, que nous avons signalées comme un exemple commode pour l’étude des spiculés, sont également fort bonnes à prendre, si l’on veut étudier les corps reproducteurs de ces animaux.
A une faible distance de leur surface, ou à la base par laquelle les croûtes qu’elles forment sont fixées aux herbes, aux poteaux ou à d’autres corps, un peu au-dessous de la surface de l’eau, elles montrent un nombre souvent considérable de petits corps ronds, jaunâtres et fort semblables à des graines. Ces corps, après avoir subi un certain dessèchement, peuvent revenir à la Ane, et, dans tous les cas, ils sont l’un des moyens par lesquels la substance vivante de l’Éponge se conserve pendant l’hiver ou pendant la sécheresse, pour se développer dès que les circonstances deviennent favorables. Ces corpuscules, qu’on a comparés à des graines, ont une enveloppe assez solide, et, en un point, une petite tache par laquelle la matière qu’ils contiennent est versée au dehors à l'époque du développement. Nous avons décrit, en 1835 (1), plusieurs particularités de leur structure et de leurs usages.
On en trouve aussi dans certaines espèces d’Éponges marines, et plusieurs de ces dernières ont fourni, ainsi que les Éponges lluviatiles, une autre sorte de corps reproducteurs semblables à ceux des Polypes; ils ont été, aussi bien que ceux de ces derniers, décrits par M. Grant, dès l’année 1826. Ces corps sont ovoïdes, de couleur blanchâtre, et, couverts à leur surface d’une grande quantité de cils vibratiles auxquels ils doivent la propriété de translation. Müller avait observé quelques-uns de ces corps: mais, par une singulière erreur, il se trompa sur leur véritable nature, et, dans son ouvrage sur les Infusoires, il en a donné la figure et la des-
(1) P. Gervais, Comptes rendus de l’Académie, 1833, 1. 1, p, 260.
SPONGIAIRES. 391
eription sous un nom particulier, comme étant des espèces d’animaux microscopiques.
Les gemmes mobiles des Éponges paraissent surtout destinées à en opérer la multiplication, pendant la belle saison, et les corps graniformes à conserver l’espèce de cos animaux pendant les saisons difficiles. Quoique les premiers soient une des meilleures preuves en faveur de l’animalité des Spongiaires, «n peut aussi les comparer aux spores mobiles et ciliées que MM. Unger etThuret ont observées dans certaines espèces d’Ulves et d’Algues.
Parlons maintenant de la matière animale des Éponges, et d’abord des véritables individus dont se composent les espèces de ce singulier groupe d’animaux.
La grosseur des Éponges, l’homogénéité de leur structure, la simplicité de leurs actes, tout porte à penser qu’elles sont plutôt des agrégations d’individus que des individus isolés. Leur analogie extérieure avec la partie commune des polypiers agrégés (Mudrépores, Alcyons, etc.) est en faveur de cette manière de voir. Mais il faut avouer que l’individualité y est tellement confuse, qu’il est difficile de s’en rendre un compte exact sans la placer dans l’utriculc organique elle-même. Voici en peu de mots le résumé de ce que l’on a écrit sur la nature intime du parenchyme vivant des Éponges.
C’est encore dans les Éponges iluviatiles qu il a été le mieux étudié, à cause de la facilité avec laquelle on se les procure. Entre les spiculés il y a de très petits corps sphériques qui ressemblent à des granulations végétales, et au milieu d’elles des gemmes oviformes de couleur blanche, et des graines à des degrés différents de développement. De plus, la masso entière est enveloppée d une gangue mucilagineusc transparente, à laquelle on a même reconnu quelques mouvements partiels. Cela se voit très bien, comme l’avait observé Dutrochet, sur de très petits échantillons de Spongilles tels qu’on en trouve lixés, par exemple, aux branches ou aux feuillets des Ceratophyllum. Les spiculés, le parenchyme vivant et la masse d’apparence glaireuse sont disposés de telle manière, que l’eau entre et sort facilement de la totalité des Éponges; les ouvertures des canaux qu’elle traverse sont appelées oscules. La facilité avec laquelle la matière organique des Éponges d eau douce se putréfie et son odeur nauséabonde et persistante sont tout à fait caractéristiques, et si le vase dans lequel on les tient n est pas assez grand proportionnellement a la quantité de bpongillesqu on y a mises, ou si l’eau ne s’y renouvelle pas incessamment au moyeu
SPONGIAIRES
d’un courant; cos Spongiaires ont bientôt corrompu tout le liquide, au point de faire mourir les autres animaux, les Crevettes, par exemple, qu’on y aurait laissées avec eux.
M. Dujardin a observé, dans une espèce marine d’Éponges sans spiculés qu’il nomme Halisarca, des particules douées de mouvement, comparables, jusqu’à un certain point, à des Protées et à des Amibes, et il a retrouvé dans le Spongia panicea , dans la Spongille et dans le Clione celata, des corpuscules analogues; dans certains cas, ces corpuscules sont doués d’un filament flagelliforme. Leur mouvement a été vu par le même observateur; nous l’avons également constaté, en 1838, dans une espèce d ’Halichondria du port de Cette (1).
Les espèces à charpente fibro-cartilagineuse sont encore moins complètement connues sous ce rapport. M. Bowerbank indique néanmoins, autour de leurs fibres anastomotiques, des filets capillaires qu’il croit être les organes d’une circulation particulière. Il a vu dans leur intérieur de nombreux globules d’une très petite dimension, qu’il regarde comme les globules charriés par le liquide de ces canaux. Les plus larges ont -nrsinj de pouce en diamètre, et les plus petits
Les naturalistes ont de tout temps parlé de la contractilité des masses spongiaires, et de tout temps on l’a révoquée en doute. Aristote pourrait servir d’autorité aux deux opinions. « On prétend, dit-il, que les Éponges ont du sentiment ; on le conclut de ce que, si elles s’aperçoivent qu’on veut les prendre, elles se retirent en elles-mêmes, et il devient difficile de les détacher. Elles font la même chose dans les grandes tempêtes, pour éviter d’être emportées par le vent et l’agitation des flots. II y a cependant des lieux où l’on conteste aux Éponges la faculté de sentir : à Torone, par exemple. Ce sont, disent ceux de cette ville, des Vers et d’autres animaux de ce genre qui habitent dans l’Éponge. Quand elle est arrachée, ils deviennent la proie des petits poissons saxatiles, qui dévorent aussi ce qui est resté de ses racines. Si l'Éponge n’est que coupée, elle renaît de ce qui reste attaché à la terre, et se remplit de nouveau. »
On a beaucoup discuté sur ce passage, et généralement on a nié que les Éponges eussent un mouvement de cette nature. MM. Audouin et Edwards s’expliquent ainsi à cet égard, d’après des observations directes: « Plusieurs naturalistes habiles ont cherché à con-
(1) IV Grevais et Van Benedcn, cités par Turpin, Compl. rend hebdom , I. III, p. f>G7.
SPONGIAIRES. ",9
stater si les Éponges sont douées ou non de la faculté de se contracter; mais les résultats de leurs observations sont contradictoires. En étudiant les Éponges proprement dites, nous n’avons rien aperçu qui puisse justifier l’opinion de ceux qui regardent ces masses à peine animées comme étant douées de contractilité; au contraire, nous avons reconnu que les observations de M. Grant étaient parfaitement exactes. Néanmoins Marsigli et Ellis ont peut-être réellement vu les mouvements qu’ils attribuent aux oscules des Éponges, mais seulement dans un genre voisin, celui des Tétines, et non dans les Éponges elles-mêmes. En effet, dans ces corps singuliers, dont le noyau est siliceux, et dont la structure se rapproche des productions semi-spongiformes, semi-siliceuses, dont nous venons de parler (espèces de Géodies), il existe aussi à la surface des ouvertures servant à l’entrée et à la sortie de l’eau. Lorsque laTéthie est placée dans un vase rempli d’eau de mer et qu’on la laisse pendant longtemps parfaitement tranquille, on voit distinctement toutes ces ouvertures qui sont béantes, et l’on aperçoit les courants qui les traversent ; mais si l’on irrite l’animal ou qu’on le retire de l’eau pendant un instant, les courants se ralentissent ou s’arrêtent, et les oscules, en se contractant d’une manière lente et insensible, finissent par se fermer complètement. » Les Spongilles offrent des mouvements non moins marqués de leurs oscules et de leurs tubes muqueux, mouvements sur lesquels Dutrochet, Laurent et d’autres observateurs ont successivement donné des détails.
Les observations dues à MM. Grant (1), Lieberkuhn (2), Bovverbank (3), etc., ont permis aux naturalistes de se faire une idée plus exacte de l’anatomie et de la physiologie des Spongiaires.
Ces animaux renferment de véritables œufs, formés d’un vitellus et d’une vésicule germinative, et l’on trouve aussi chez eux de véritables spermatozoïdes (h) . De ces œufs sortent des embryons, d’abord non ciliés, dans l’intérieur desquels surgissent des cellules contractiles, puis des spiculés ou aiguilles siliceuses, et, après cela, des cils vibratiles. C’est à l’aide de ces cils, qui recouvrent tout le corps, que les embryons nagent librement dans l’eau.
Ils se fixent ensuite, et quand ils se sont réunis plusieurs en-
(1) New Edinb. Philos. Journ., 182G.
(2; Beilrage zur Anal. :ler Spongies (Muller’ S Archiv, 1857, p. 37G, pl. 15.)
(3) Mémoires divers.
(4) D'après Lieberkuhn, ce ne sont pas des spermatozoïdes que M. Carter avait signalés sous ce nom dans les Eponges, mais M. Huxley avait vu de véritables spermatozoïdes dans des Téthies.
SPONGIAIRES
semble, ils se fondent on une colonie commune qui deviendra l’Éponge telle que nous la connaissons. Un embryon qui reste isolé peut aussi, en poussant des gemmes, produire une semblable colonie. Celle-ci est alors un produit delà génération agame.
Los embryons des Éponges ont une forme plus ou moins sphérique; ils sont pourvus d’un tube membraneux qui s’étend et se rétracte, et par lequel on voit pénétrer l’eau jusque dans l’intérieur du corps. C’est, aussi par ce tube que sort l’eau qui a séjourné dans la masse de ces animaux : nous le regardons comme le tube digestif ; et, pour nous, l’Éponge n’est autre chose qu’un Polype dont la partie active est réduite à ce tube membraneux, et dépourvue des tentacules qui existent autour de la bouche de ces animaux dans les classes précédentes. C’est l’animal du type Polype réduit à sa plus simple expression.
M. Bowerbank a vu, en faisant des sections de Grantia compressa, des cellules à cils vibratiles, et des cils tapissant des vacuoles irrégulières (1).
Détails historiques. — Aristote (2) a laissé, au sujet des Éponges, quelques documents curieux, auxquels tous les écrivains postée rieurs ont puisé, mais en les dénaturant le plus souvent. Il admet trois sortes d’Éponges usuelles. « Les premières sont d’une substance lâche (fjtav'oç) ; les secondes, d’un tissu serré (iruxv'oç) : les troisièmes sont dites achillécs (ayjll tiov). Celles-ci sont plus fines, plus compactes, plus fortes que les autres: on en met des morceaux sous les casques et sous les bottes des guerriers pour amortir l’effet des coups; elles sont plus rares que les autres. On distingue, parmi les Éponges de la seconde sorte, celles qui sont plus dures et plus rudes que les autres, et on leur donne le nom de tragos (rpâyo;). Toutes les Éponges naissent sur les rochers ou sur les bords de la mer; la vase est leur aliment. Les plus grosses sont celles dont la substance est lâche, ou celles do la première sorte; elles se trouvent en quantité sur les côtes de Lycie. Les secondes ont le tissu plus doux, et les Éponges d’Achille sont les plus compactes. Les canaux dont les Éponges sont percées sont vides et forment des intervalles qui interrompent la continuité de leur attache. Leur partie inférieure est recouverte d’une espèce de membrane, et l’Éponge est adhérente dans la majeure partie de sa masse. La partie supérieure est percée d’autres canaux fermés : on en voit aisément quatre ou cinq, et c’est ce qui a fait dire à quelques personnes que ces canaux sont
(1) The Tram, of the micros. Soc. of London, 1832, l. III.
(2) Histoire des animaux.
SPONGIAIRES. 395
les ouvertures par lesquelles l’Éponge se nourrit. Il est un autre genre d’Éponges qui no peuvent se nettoyer, et que, par cette raison, on nomme illavables («irWai) : les canaux dont elles sont per cées sont larges, mais le reste de leur substance est compacte. En les ouvrant, on trouve que leur tissu est plus serré et leur substance plus visqueuse que celle des autres Éponges ; au total, leur substance ressemble à cello du poumon. C’est de ce dernier genre d’Éponges qu’on s’accorde le plus universellement à dire qu’elle est douée de sentiment; on convient aussi qu’elle subsisto plus longtemps que les autres. Il est facile de la distinguer des autres Éponges, même dans la mer. Celles-ci blanchissent lorsque la vase baisse, au lieu que celle-là demeure toujours noire. »
Nous n’avons supprimé de ce que dit Aristote que quelques détails peu importants, ou même erronés ; et comme presque tous ceux qu’on peut lire dans les autres écrivains anciens qui se sont occupés de ce sujet depuis lui (Pline, Élien, Plutarque, etc.) sont le plus souvent fautifs ou empruntés à Aristote lui-même, nous ne nous y arrêterons pas du tout. On trouvera d’ailleurs l’analyse de leurs récits dans le second mémoire de Guettard sur les Éponges. Rappelons seulement l’incertitude constante dans laquelle sont, restés les naturalistes sur la véritable nature des Éponges, les uns en en faisant des animaux, les autres, au contraire, des plantes, et disons qu’il est une troisième opinion, dans laquelle on considère les Éponges comme tenant à la fois des deux règnes, dont elles seraient le point de contact le plus évident, quoiqu’elles soient néanmoins plus liées aux animaux, dont elles sont certainement l’un des termes le plus inférieurs. C’est d’ailleurs une opinion qu’on a depuis assez longtemps proposée, et que Pallas, dans son Elenchus zoopbytorum, a très bien formulée lorsqu’il a dit: « In Spongiis vitœ , fabricœ et natures animalis terminus esse videtur. »
Classification. — Comment représenter dans la classification zoologique cette nature si exceptionnelle des Éponges? C’est ce que les zoologistes modernes ont fait différemment, suivant les principes théoriques qui les ont guidés.
Après les découvertes de Trembley et de quelques autres sur les Polypes, Linnæus retira les Éponges du règne végétal, dans lequel il les plaçait antérieurement, à l’exemple de Belon, de Tournefort, de Magnol, de Vaillant et de tous les botanistes des xvr et xvn' siècles. C’est qu’en effet certains Polypes, et en particulier les Alcyons, ressemblent beaucoup aux Éponges par la nature de leur paren-
SPONGIAIRES
oliyino; et comme ils ont des Polypes évidents, on en supposa aussi aux Éponges. C’est une opinion que des auteurs modernes ont. également soutenue; mais comme ils ne virent pas les Polypes des Éponges, ils admirent qu’ils existaient à l’état latent, et M. Kaspajl le dit expressément dans son mémoire sur les Éponges d’eau douce.
Linnæus et ses contemporains furent donc ramenés par les observateurs de leur temps au sentiment d’Aristote, et ils réunirent les Éponges, comme le firent aussi Cuvier et Lamarck, aux Alcyons, aux Isis et aux Gorgones. Mais, comme nous l’avons déjà dit, ceuxci logent des Polypes évidents, ou plutôt ils sont la partie commune par laquelle se confondent les différents Polypes dans chaque colonie,etc’est dans les capitules eux-mêmes des Polypes quel’on trouve leur caractère radiaire. Les genres et les espèces sont faciles à reconnaître d’après ces Polypes, dont l’étude suffit pour ainsi dire à la zoologie systématique. La difficulté est bien plus grande au contraire pour les Éponges, surtout si l’on n’a égard qu’à leur apparence générale sans entrer dans l’analyse microscopique de leur structure; et comme celle-ci était à peine étudiée à l’époque dont nous parlons, les Éponges furent classées d’après leur forme générale, ou plutôt d’après leur habitus extérieur, car la forme irrégulière de ces animaux ne se prête pas à une définition précise. Mais on ne pensa point alors à s’enquérir si chaque Éponge était une agrégation d’individus à la manière de la plupart des Polypiers, ou si au contraire elle composait elle-même l'individu. Cependant de Blainville pensa que la forme irrégulière des Spongiaires devait les faire séparer des Zoophytes radiaires, et même de tous les autres animaux : aussi les considéra-t-il dans le Prodrome de sa classification, publié en 1816, comme formant avec ses Agastraires d’alors, c’est-à-dire avec les Infusoires, un sousrègne sous le nom d’Hétéromorphes ou Agastrozoaires.
L’un de nous a aussi proposé de considérer les Spongiaires comme des agrégations sous forme indifférente ou irrégulière d’animaux fort simples, auxquels la théorie et quelques observations l’econnues exactes conduisent à supposer la forme sphéroïdale, qui est la plus simple de celles qu’affectent les êtres organisés.
Quoi qu’il en soit, il parait entièrement démontré aujourd’hui que les Spongiaires, bien qu’ils avoisinent les Alcyons, et bien que ceux-ci aient aussi comme eux leur parenchyme soutenu par des spiculés, forment un groupe particulier d’êtres organisés, et qu’ils constituent le terme extrême inférieur de la série des Po-
SPONGIAIRES
Jypes. Un doit donner à ce groupe la valeur d’une classe proprement dite.
La classe des Éponges a reçu les divers noms de : Spongiaires, Spongidées, Spongiées, Hétéromorphes, Hétérozoaires, Amorphes , Amorphozoaires, Sphérozoaires, etc.
On s’est aussi beaucoup occupé de sa position sériale, et les travaux de .MM. Grant, Fleming et Goldfuss ont perfectionné la répartition des Éponges en genres; d’autres naturalistes sont venus après eux qui ont multiplié ces subdivisions, et dans l’état actuel on ne compte guère moins de 30 genres d’Éponges. M. Bowerbank a fait une étude spéciale de ces animaux dont il prépare la monographie. M. Valenciennes en a fait aussi l’objet de nombreuses études qu’il se propose de publier.
Guettard, que nous avons déjà cité plusieurs ibis, avait donné une méthode de classification des Spongiaires que les auteurs qui lui ont succédé ont souvent négligé de consulter, quoiqu’elle ait paru en 1786. 11 ne sera peut être pas inutile de la rappeler ici: c’est par elle que nous commencerons cet exposé. Guettard admet des Spongiaires de 7 genres différents:
1. Éro.xGE. — Composé de longs filets entrelacés les uns dans les autres sans ordre ni symétrie; rempli de cavités ou trous ronds, ou de toute autre sorte de figures régulières ou irrégulières.
2. Mané. — Composé de fibres longitudinales simples ou ramifiées, séparées les unes des autres par des fdets entrelacés les uns dans les autres sans ordre ni symétrie ; point de cavités ou de trous, ou bien ceux-ci imperceptibles.
3. Trace. — Composé de fibres qui forment un réseau dont les mailles ont plusieurs côtés, qui sont fermées par une espèce de membrane ferme.
h. Pinceau. — Composé de fibres longitudinales simples ou ramifiées-, et de fibres perpendiculaires à l’axe du corps.
5. A gare. — Composé de fibres longitudinale, simples ou ramifiées, séparées les unes des autres par une membrane très fine, poreuse ou parsemée de très petits trous ronds, visibles seulement à la loupe.
G. TougüE. — Composé de fibres longitudinales simples ou ramifiées, séparées les unes des autres par des filets irrégulièrement arrangés, et qui a une espèce d’incrustation sur sa surface.
7. Lin/.e. — Composé de fibres longitudinales qui se ramifient, et forment par leurs ramifications des mailles; qui est membraneux et parsemé de petits trous visibles seulement a la loupe.
SPONGIAIKKS.
Lamarck a séparé des Eponges, sous le noin de Spongilla, le Spotiyiu friabilis des auteurs, qui est l’Éponge d’eau douce; mais trompé par de fausses indications, il l’a rapproché à tort des Cristatelles et des Alcyonellcs, en le plaçant par conséquent bien loin des Éponges (1). Lamouroux a depuis lors changé ce nom de Spongille en celui d’Éphvdatie. Lamarck cite parmi les Éponges un bon nombre de celles qu’avaient fait connaître avant lui Turgot, Esper, Guettard et quelques autres; et par l’addition de celles qu’avaient nouvellement rapportées des mers australes Péron et Lesueur, il en porte le nombre à 138 espèces, sans comprendre les Téthies et les Géodies.
A l’époque où de Blainville a fait paraître son Manuel d'actino logie, la série des genres de Spongiaires était plus considérable encore. Voici ceux qu’il admet:
1° Alcyongelle, donné comme le même que celui que MM. Quoy et Gaimard ont appelé ainsi d’après une singulière production pêchée aux îles Moluques, mais cependant très différent de ce Zoophyte, d’après la figure et la caractéristique que de Blainville on établit lui-même. C’est ce que nous avons eu l’occasion de faire remarquer ailleurs. La véritable Alcyoncelle (.4. speciosum, Quoy et Gaim.) est analogue au Neoisia corbicula de M. Valenciennes, pêché à l’ile Bourbon par quatre-vingts brasses, et rapporté au Muséum par Leschenault. C’est sans doute le même genre de corps que V Euplcclella deM. Owen.
2° SroNGiA, pour les nombreuses espèces fibreuses, et plus particulièrement pour les Éponges usuelles. Nous avons vu plus haut, d’après M. Bovverbank, qu’on leur refusait à tort des spiculés siliceux. Schweigger a donné à ce genre le nom A’Achilleum.
3“ Calcispongia, ou les Spongiaires à spiculés calcaires. Ce sont les Grantia de M. Fleming, et les Lucheliû, etc., de M. Grant.
k° Halispoxgia, Spongiaires friables sans réseau cornéô-fibreux, et différant surtout des Calcispongia, parce que leurs spiculés sont siliceux. Comme les trois genres ci-dessus, ils sont marins: ce sont les Alichondria ou Halichondria de M. Fleming, et les Halina de M. Grant.
5° Spongilla, qui ne diffèrent guère des Hulispongia que parce
(1) Eu 1801, il avait admis l’opinion (juc la Spongillc était le polypier des Cristatelles. Voici comment il s’exprimait à cct égard : « Le Spongia fluviatilis, Linu., est le polypier ou les débris permanents de la Cristatelic, selon l’observation de Lichtenstein, dont le professeur Vabl m'a fait part.» C’est une erreur complète.
SPONGIAIRES
qu'ils sont iluviatiles. Nous avons dit qu’on les avait aussi nommés Ephydatia. Ce sont également les l'up/ia de M. Oken, et les fladiaga de Buxbaum.
6° Geodia. Genre proposé par Lamarck, et dont le trait essentiel est d’être enveloppé d’une croûte calcaire, et de présenter des oscilles réunis on grand nombre sur un point de la surface.
7° Cceloptychium, Goldfuss.
8° Siphonia, Parkinson. Pour plusieurs espèces, dont une seule vivante.
9° Myrmecium, Goldf. Pour une espèce fossile.
10° Scyfhia, Oken. Pour un plus grand nombre d’espèces, les unes vivantes, les autres fossiles.
11“ Eüdea, Lamouroux. Pour une espèce fossile du calcaire jurassique de Caen.
12° Hallirhoa, Lam. Pour un fossile du même lieu.
13° Hippalimus, Lam. Pour un autre corps fossile du même lieu.
lit0 Cnemidium, Goldf. Pour des espèces fossiles,
15° Lymnorea, Lam. Pour un fossile de Caen.
16° Chenendopora, Lam.
17° ïragos, Scliw. Pour des fossiles.
18” Manon. Pour des fossiles.
19° Ierea, Lam. Pour un fossile de l’argile de Caen.
20° Tethiüji, Lam. Pour les Spongiaires connus vulgairement sous les noms A’ Orange de mer, Pomme de mer, etc.
Outre ces 20 genres, auxquels il faut joindre celui des Clione ( Vioa, etc.), établi à peu près en même temps qu’eux par M. Grant, les zoologistes qui ont écrit plus récemment sur les Spongiaires soit vivants, soit fossiles, en ont proposé quelques autres.
L’un des plus remarquables est celui des Iphition, dont M. Valenciennes publiera une description détaillée. Le corps sur lequel il repose provient de la mer des Antilles; c’est une sorte de grand vase, de couleur blanchâtre, dont la charpente est entièrement siliceuse (1).
Celui que M. Gray nomme Haxinema n’est pas moins curieux; Un article spécial ; mais sa nature spongiaire est moins certaine : il vient des mers du Japon.
Les côtes d’Europe ont fourni quelques Spongiaires Voisins des
(1) La croûte de Polypes analogues aux Zoanthes, dont le fuisceau siliceux des Halinèmcs est souveut recouvert eu partie, tend à faire croire que ce curieux Polype est peut-être un genre de Zoanthaires ayant un axe siliceux.
SPONGIAIRES
im
Géodies, et entre autres le genre Pachymatisma de M. Doverbank. Les Dusedeia du même auteur, ou Dysidea, sont plus voisins des Haléponges; et les Ilalisarca de M. Dujardin sont indiqués connue tout à fait dépourvus de spiculés. Le genre Fistularia, Dow., repose sur le Spongia fistularis de Lamarck.
Les paléontologistes ont aussi ajouté quelques genres à ceux que Laniouroux et M. Goldfuss avaient établis d’après des Spongiaires fossiles. Tels sont ceux des Chaonites, Ventriculites, etc., proposés par des auteurs anglais; fur onia, par-M. Michelin, etc.
A une époque antérieure à celle des travaux de MM. Grant et Fleming sur les Éponges, en 1812, Savigny avait fait graver pour l’ouvrage d’Égypte trois magnifiques planches d’Éponges, dont les détails sont exécutés avec toute la finesse qui a rendu son Atlas célèbre. Quoique le texte explicatif de ces figures n’ait pas paru, on voit par la légende placée au bas de ces planches que l’auteur admettait trois catégories d’Éponges : les Éponges charnues, celles à piquants, et celles à réseau. Les premières nous paraissent moins certaines; mais il est évident que les secondes sont celles à spiculés ou les Halic/iondria, et les troisièmes des Éponges pourvues de kératose.
M. J. Hogg (1) a publié, il y a quelques années, une nouvelle classification des Spongiaires, dont le principe est peu différent et qui mérite aussi d’être mentionnée. En voici le tableau :
1° Eponges subcornées, à fibres cornées et sans spiculés. Ex. : Spongia pulchella.
2" Ep. subcornéo-siliceuses, à fibres composées d’une substance cornée et de nombreux spiculés siliceux.
3” Ep. subcar tilaginéo-calcair es, à fibres cartilagineuses, avec des spiculés calcaires ou consistant en carbonate de chaux: Sp. compressa, botryoides, etc.
k" Ep. subcar tilaginéo-siliceuses, à fibres composées d'une substance cartilagineuse, avec des spiculés siliceux : Sp. tomenlosa, palmala, fluviatilis.
5° Ep. subéro siliceuses, à fibres de substance subéreuse, avec de longs spiculés siliceux : Sp. verrucosa et pilosa.
Ordre «les Éponges.
11 n’v a réellement qu’un seul ordre dans la classe des Spongiaires, et cet ordre peut recevoir la dénomination commune
( 1 ) Ann. and Mag. of nat. Hist., VIII.
Él’ONGES. /t 01
(i bpongu s. Les nombreuses espèces qui s'y rapportent formenl toutefois plusieurs familles bien distinctes. Nous parlerons de quatre des plus intéressantes, sous les noms de Spongidés, Téthidés. Clionidés et Spongillidés.
Les SPONGIDÉS ont un polypier mou, gélatineux, 1res poreux et élastique, dont la forme est extrêmement variable.
Lest a cette famille qu appartiennent les Éponges proprement dites, qui sont singulièrement variées soit dans leur forme, soit dans leur aspect extérieur. On en trouve dans toutes les mers.
Le genre Halkuionmue Hahchondria ) comprend une espèce très commune dans la Manche et qui est ramifiée: c’est I’Hajlichon- DlllE OCULÉK [H. oculotd).
Parmi les Eponges véritables (g. Spongia des auteurs actuels), on trouve plusieurs espèces qui servent en médecine et à la toilette.
Usages médicinaux des Eponges. — Les éponges sont employées en chirurgie comme moyens dilatants pour nettoyer les plaies, et en médecine comme résolutif. Hippocrate les recommandait déjà pour leurs propriétés détersives, et c’est Arnaud de Villeneuve qui paraît les avoir utilisées le premier comme antiscrofuleuses.
Quand on veut les employer comme moyen dilatant, on les prépare à la cire ou à la ficelle; quand on les emploie comme résolutives, on les torréfie jusqu’au brun noirâtre et on les réduit en poudre.
Voici comment. On les prépare à la cire. On prend une Éponge fine, que l’on bat fortement pour en faire sortir le gravier; on la fait tremper dans de l’eau tiède pendant vingt-quatre heures, on la lave avec soin et l’on répète ce lavage deux ou trois lois; puis on la fait sécher, après quoi on la coupe par tranches que l’on plonge dans de la cire fondue et ces tranches sont ensuite retirées, puis pressées entre deux plaques de fer chaudes pour en exprimer la plus grande quantité de la cire, mais il en reste assez qui s’y est fixée pour empêcher l’Éponge de reprendre sa forme primitive.
Quand on place une partie de cette Éponge dans une plaie, la chaleur ramollit la cire ; l’Éponge obéit à son élasticité, elle se dilate; l’humidité la pénètre, la gonfle, et la fait servir comme moyen mécanique à l’écartement des parois mêmes de la plaie.
Quand on veut la préparer à la ficelle, on la monde comme il a été dit ci-dessus, et, tandis qu’elle est encore humide, on la serre lortementavec une ficelle câblée dont les tours ne laissent pas le moindre intervalle entre eux, de manière qu’elle en soit recouverte dans n. 26
Sl’O.NOIAIRKS.
toutes les parties, à peu près comme une carotte de tabac. On arrête la ficelle par un nœud, puis on expose l’Éponge à la chaleur de l’étuve et on la conserve ensuite dans un lieu bien sec.
Lorsqu’on veut s’en servir, on défait un tour ou deux de la ficelle, on l’arrête de nouveau, et l’on tranche avec un couteau la quantité dont on a besoin.
L 'Éponge torréfiée est employée depuis longtemps contre le goitre; à cet effet, on la lave bien et ensuite on la torréfie dans un brûloir, comme le café, jusqu’au brun noirâtre et ensuite on pulvérise. Une carbonisation trop complète aurait pour inconvénient de volatiliser l’iode, auquel elle doit les propriétés antistrumeuses.
Comme l’Éponge contient de l’iode et comme on avait reconnu son utilité dans le goitre, on a cru que c’était à ce principe qu elle devait cette propriété ; on a donc fait avec les différentes préparations d’iode des essais contre les diverses affections strui lieuses, et elles ont parfaitement réussi.
Aujourd’hui l’Éponge n’est plus guère usitée en médecine; on lui préfère l’iode ou ses préparations; quand on l’emploie c’est k la dose d’un k deux gros par jour. La plupart des praticiens préfèrent la forme d’électuaire ou de pastilles qu’on laisse fondre lentement dans la bouche; on l’associe aussi k divers agents salins, soit purgatifs, soit aromatiques, tels que la cannelle, le sulfate de soude, le carbonate de soude, etc.
Plusieurs auteurs ont étudié la composition chimique des Éponges. Gerhardt (1) résume ainsi ce que l’on sait k cet égard:
La substance organique des Éponges présente les mêmes caractères que la fibroïne de la soie. Après avoir été épuisée par l'acide chlorhydrique dilué, l’alcool et l’étlier, elle renferme k 100°:
Crookewit. Posselt (2).
Carbone 46,51 48,50
Hydrogène 6,31 6,29
Azote 16,15 16,13
Soufre 0,30 ceudres 3,59
Phosphore 1,90 »
Iode 1 ,08
Oxygène » ”
M. Mudler considère la matière des Éponges comme une combi-
(1) Traité de chimie organique, t. IV, p. 500.
I.es Éponges ont été aussi analysées par Uahnemann ( lierlin Jahrb., t. XXX). et par Hatcliett ( Philos . Trans., 18C0).
(2) Ann. der Chemie u ni Pharm. , 1813.