ÉPONGES
liaison de tiiiroïnc avec du soufre, du phosphore et de l’iode, mais ces éléments (le soufre excepté) ne font point partie de la matière organique.
Les Eponges donnent, terme moyen, 3/2 pour 10Ü de cendres, composées de silice, de sulfate, carbonate et phosphate de chaux, ainsi que d’iodure de potassium.
Mises en contact avec l’acide sulfurique concentré, elles perdent leur élasticité; toutefois elles ne produisent pas de combinaison soluble dans l’eau. L’acide nitrique les dissout en partie; la portion insoluble est une substance molle, gluante, insoluble dans l’eau et qui est complètement dissoute dans l’ammoniaque avec une couleur jaune, ainsi que par la potasse avec une couleur rouge. Bouillies avec de l’acide chlorhydrique, les Éponges s’y dissolvent complètement avec une couleur brune.
Dans l’ammoniaque elles n’éprouvent aucune altération ; mais elles se dissolvent dans l’eau de baryte par l’ébullition.
La solution alcaline neutralisée par l’acide acétique donne un précipité gélatineux qui disparaît par un excès d’acide; en même temps il se développe de l’hydrogène sulfuré.
La poudre d’Eponge (pulvis spongiœ ustœ) renferme, entre autres substances, de l’iodure de sodium et du bromure de magnésium.
Voici l’énumération des principales sortes d’Éponges usuelles, d’après le Dictionnaire du commerce publié par Guillaumin :
1“ L’ÉrovGE fine douce de Syrie; elle sert à la toilette: c’est le Spongia usitatissima de Laniarck; 2" I’Éi'onge fine douce de i.’Arciiipel, qui n’est probablement qu’une variété de la précédente : elle sert à la toilette ; on l’emploie aussi dans les manufactures de porcelaine, dans la corroierie et dans la lithographie ; 3“ I’Éponge fine dure, dite- grecque, employée aux usages domestiques et à quelques fabrications; h" I’Éponge blonde de Syrie, dite de Venise, très estimée à cause de sa légèreté, de la régularité de ses formes, et de la solidité de sa texture: elle sert aux usages domestiques; 5° I’Éponge blonde de l’Archipel, dite aussi de Venise: elle sert aux mêmes usages que la précédente; 6" I’Éponge Céline, qui vient des côtes de Barbarie ; T I’Éponce brune de Barbarie, dite de Marseille Spongia commuais des naturalistes) : elle est très estimée pour les lessivages à l’eau seconde, pour le nettoyage des appartements et pour l’écurie ; on la pèche du côté de Tunis, etc.; 8° 1 Eponge de Salonique.
Il faut ajouter à cette liste les Éponges dites dans le commerce
Sl’ONGIAlIlES.
anglais, Éponges des Indes occidentales, dont la principale localité est celle des îles Bahama. Leur forme est plus ou moins convexe; leurs expansions sont libres; leurs fibres sont assez grossières.
La mer Rouge a des Éponges d’une belle qualité, fort rapprochées du Sp. usitatissima. Celles des mers d’Amérique, aux Antilles (Sp. conica, crateriformis , singularis, clavarioides, microsolena, etc. , pourraient être exploitées et il doit en exister aussi à la Martinique, d’où nous avons reçu par M. le docteur Guyon une Éponge à tissu fort serré, et percée de deux sortes de canaux: les uns grands, plus rares, les autres petits et très nombreux. Quelques Eponges du commerce viennent de la côte de Bahia; elles sont inférieures il celles de la Méditerranée. Les mers australes ont aussi des Éponges susceptibles de quelque utilité, et entre autres le À', crassUobata, Lamk.
Sur toute la cote de Syrie, de Beyrouth à Alexandrette, la pèche des Éponges est exploitée concurremment par les Syriens et par les Grecs. Elles abondent surtout aux points de la côte oii le fond est le plus rocailleux. La pèche commence en mai et en juin ; elle finit pour les Grecs en août ; pour les Syriens, en septembre seulement. Les premiers arrivent sur des embarcations dites sacolèves, qui portent quinze ou vingt hommes, et ils louent aux Syriens des barques de pêche sur lesquelles ils se dispersent le long de la côte. Ils pêchent de deux manières : les Hydrioteset les Moréotes se servent du trident; tous les autres plongent.
On dépouille d’abord par les lavages les Éponges des impuretés et de la matière animale qu’elles renferment; puis en les baignant dans de l’eau acidulée, on leur enlève les sels calcaires qui contribuent il leur encroûtement, ainsi que des débris de polypiers, etc.
M. Bowerbank a constaté que la kératose des Éponges, c'est-àdire leur matière fibreuse, est pleine et non tubulaire comme on l’avait dit; elle renferme quelques spiculés de très petite dimension.
Les TÉTHIDÉS forment des colonies plus ou moins globuleuses, souvent assez semblables à des fruits, et en particulier à des oranges, des pommes ou des figues; elles sont composées d’une masse parenchymateuse assez consistante, soutenue par des spiculés, creusée de canaux et couverte d’orifices.
Les Tétbyes se fixent souvent sur des coquilles, cl elles finissent habituellement par les englober complètement : c’est alors quelles prennent la forme arrondie qui leur a valu le nom d 'oranges de
Ero.Nr.Es.
Le genre Tétiiye ( Tethya ) comprend , entre autres espèces, la Téthte ORa.no k i Tethya lyncnrium), qui habite principalement la Méditerranée.
La Téthïe chane ( Tethya cranium) est d’un blanc jaunâtre ; on la trouve dans l'Océan et la mer du Nord.
Les CLIONIDÉS ont une bouche distincte, à œsophage protractile. Ces Spongiaires sont pour ainsi dire parasites; ils vivent logés dans l’épaisseur d’autres corps, et leurs galeries anastomosées communiquent à l’extérieur par des orifices circulaires.
Le genre Cuone ( Clionu ) comprend un nombre considérable d'espèces qui ont toutes des habitudes perforantes. Il y en a une excessivement commune sur l’Huître pied de cheval ( Ostrea Itippopus) et qui crible de trous les valves de ce Mollusque : c’est le Cliona celata.
M. Hancock a publié un travail intéressant sur les Éponges de ce genre. Il en a reconnu plus de cinquante espèces vivantes, dont douze appartiennent à la faune britannique, et il a en même temps reconnu que des Clionés ont vécu à diverses époques géologiques. On en trouve en particulier dans le crag, dans plusieurs assises du bassin de Paris, dans la craie, dans l’oolithe et jusque dans le silurien (1).
La famille des SPONGILLIDÉS comprend le genre des Spo.ng illes (Spongilla). Ces Éponges sont particulières aux eaux douces; elles forment des masses irrégulières et friables qui s’étalent sur les plantesousur les corpssolides qui sont immergés. Ou en distingue depuis longtemps plusieurs espèces; M. Lieberkühn dit en avoir reconnu quatre. Ce sont les Spongillesquiont servi principalement pour les observations anatomiques et embryogéniques relatives aux Spongiaires. Beaucoup d’auteurs s’en sont successivement occupés (2).
La Spo.ngille fluviatile (Spongilla fluviatilis) en est l’espèce la plus ordinaire, elle est répandue dans toute l’Europe.
(1) On the excavaling powers of certain Sponges belonging lo the genus Cliona ( The Ann. and Mag. of nal. Hist., n° 17, mai 1849, p. 321).
(2) Esper, Pflanzenthiere, Supplément, 1797. — Roesel, Belusligungen. — Reneaume (travail analysé par Guettant, Mém. sur l’hist. nat.). — Link. — Grant, I\’ew Edinburgh , Philos. Journ., 1826, t. XIV, p. 270. — Raspail, Mém. Soc. hist. nal. Paris. — Dutrochet, Ann. sc. nat., 1828. — P. Gervais, Compl. rend, hebd. Acad ■ sc., 1833, t. I, p. 260. — Dujardin, Ann. sc. nat., 1838. — Hogg, Ann. of nat. Ilist., 1838, l I. p. 478. — Laurent, Recherches sur l'Hydre et l'Eponge d'eau douce, in-8 avec pl. iu-fol. Paris, 1844. — Lieberkühn, Beitriige zur naturg. v. Spongillen, in Muller' s Archiv, 1886.
■SPONGIAIRES
Plusieurs autres parties du monde ont aussi des Spongilles. Il en existe) par exemple, dans le haut Nil une espèce assez peu dili'érente des nôtres, et qui possède aussi des corps reproducteurs jaunes; ses spiculés sont toutefois un peu plus gros et obtus à leurs deux extrémités. Une production analogue existe dans les eaux douces de P Amérique méridionale.
Il y a d’ailleurs beaucoup d’analogie entre les Spongilles et certaines espèces marines de Spongiaires.
Paléontologie. — Un point important dont il nous reste à parler est celui de la répartition géologique des Éponges. On a signalé depuis longtemps des Éponges pétrifiées, et l’un des mémoires de Güettard a pour objet la figure d’un grand nombre d’entre elles, recueillies dans les faluns de la Touraine. M. Goldfuss a fait également la description d’un nombre assez considérable d’espèces de ces animaux, et l’on en reconnaît, ainsi que nous l’avons déjà dit, de plusieurs genres. Il est certain que les restes silicifiés des Éponges sont entrés pour une fraction considérable dans la formation de plusieurs terrains des époques secondaire et tertiaire, et quelques-uns de nos départements en fournissent de nombreux exemples. M. Michelin a donné la description de la plupart de ces Éponges fossiles dans son Iconographie zoophijtologique, et il en décrit également des terrains de transition. Mais la grande variété des formes qu’affectent les Éponges, et l’irrégularité presque complète de ces formes, conduiraient certainement à l’admission d’un nombre d’espèces plus considérable qu’il n’y en a réellement, si l’on n’étudiait, minutieusement les caractères du squelette, soit cartilagineux, soit spiculeux de ces productions. La nature siliceuse, ndventive ou réelle, de cette partie importante des Éponges en rend l’examen facile, quoique dans la majorité des cas on l’ait jusqu’à présent négligée. M. Dujardin a publié depuislongtemps un exemple remarquable de la grande abondance de spiculés siliceux d’Eponges que renferment certains terrains. Voici comment il s’exprime à cet égard dans sa note sur les poudingues siliceux qui surmontent la craie grossière en Touraine [Ann. sc. nat.. 1829, XV. 100 : a Celte roche sc montre tout à fait dégagée sur le coteau au nord de la Loire, depuis Monnoge, où elle surmonte la craie micacée, jusqu a Vallières, et surtout près de Saint-Cyr, dans une coupure du coteau qui est à l’opposé de la ville de Tours; c’est cette variété que je veux plus particulièrement signaler. Sur une épaisseur de 6 a 7 mètres, le coteau est formé d’une terre blanche, friable, remplie de Zoophylos siliceux en fragments, qui ont conservé à peu près leur
ÉF0NGES.