DE L’EXHALATION ET DES SÉCRÉTIONS
§ 1/iâ- Nous venons de passer en revue les moyens par lesquels les matières étrangères nécessaires à l’entretien de la vie s’introduisent dans le corps des animaux et vont se mêler au sang, qui les distribue à toutes les parties de l’économie. Nous a\ons maintenant à nous occuper d’une série de phénomènes d'un ordre inverse, et à examiner comment les substances contenues dans la masse générale des humeurs, et renfermées avec elles dans les vaisseaux sanguins, peuvent en sortir, soit pour pénétrer dans des cavités intérieures du corps, soit pour s’échapper au dehors.
§ l/i5. Nous avons vu que l'introduction des matières étram gères nécessaires à la nutrition s’effectue de deux manières : tantôt par absorption simplement et sans que ces matières aient subi de modification préalable; tantôt par l’effet du travail digestif, qui sépare ces matières des autres substances avec lesquelles elles se trouvenl mêlées, les prépare en quelque sorte et leur donne la forme la plus convenable avant que de les faire
EXHALATION
nétrer dans l’intérieur de l’économie. Le premier de ces actes, i s’exerce par la surface pulmonaire, par la peau ou par toute tre voie, est un phénomène en quelque sorte mécanique; idis que le second, bien plus compliqué, est le résultat d’un ivail chimique.
Pour se débarrasser des matières inutiles contenues dans un rps vivant et pour les expulser au dehors, la nature emploie ssi deux procédés analogues, savoir : V exhalation et la sècrèm. L’exhalation est une conséquence de la perméabilité des isus, et peut s’effectuer dans tous les points; elle ne change is la nature des fluides dont elle amène l’expulsion, et peut re considérée, ainsi que l’absorption, comme un phénomène ■esque entièrement physique. La sécrétion, au contraire, ne nsiste pas seulement dans la sortie des liquides dont les tissus ni imbibés; elle choisit dans le sang certains principes de ■éférence à d’autres, les sépare, les modifie quelquefois dans ur nature intime, et donne ainsi naissance à des humeurs irticulières; enfin, elle ne peut d’ordinaire s’effectuer que par ntermédiaire de certains organes déterminés, et, sous tous ces pports, elle est à la simple exhalation ce que la digestion est à ibsorption.
EXHALATION
§ l!i6. Nous avons déjà vu que les parois des vaisseaux santins sont perméables aux liquides. Il en résulte que l’eau et s autres matières fluides contenues dans ces canaux peuvent ; pas y être emprisonnées d’une manière complète, et doivent mvoir s’en échapper avec plus ou moins de facilité pour se pandre à l’entour; cette espèce de filtration de l’intérieur des tisseaux sanguins vers le dehors a effectivement lieu, et c’est ce phénomène qu’on donne le nom d’exhalation.
Dans quelques circonstances, une portion du sang lui-même échappe des vaisseaux avec toutes ses parties constituantes, et : peut arriver que cet épanchement sanguin s’effectue sans que [s parois des vaisseaux offrent des ouvertures qui établissent 'ie communication directe du dedans au dehors. Le sang suinte ors à travers le tissu dont ses parois sont composées ; mais ce îénomène est rare, et, en général, les vaisseaux ne laissent nnt sortir de leur intérieur les globules solides que le sang îarrie, tandis que les parois de ces canaux n’opposent qu’une Arrière plus ou moins incomplète au passage des parties les us fluides du liquide nourricier. L’eau, contenue en si grande londance dans le sang, peut, de la sorte, se répandre au
lio
dehors, en n’entraînant avec elle qu’une petite quantité des sels et des autres matières solubles du sérum. Les gaz dissous dans le sang peuvent s’en dégager de la môme manière, et cela, à raison seulement des propriétés physiques des parois vasculaires.
Pour rendre ce phénomène pour ainsi dire palpable, il suffit d’injecter dans les veines d’un animal vivant certaines substance! qui ne se trouvent pas naturellement dans le sang, mais s’y dis-; solvent très-bien, et qui sont faciles à reconnaître; au bout di quelque temps, on découvrira des traces de ces matières étrangères dans tous les liquides qui se trouvent répandus dans le; différentes cavités du corps, et qui s’y sont produits par l’exha lation. Ainsi, lorsqu’on injecte du prussiale de potasse (ou cyanoferrure de potassium) dans les veines d’un chien, on ne lardi pas à retrouver ce sel dans le liquide aqueux qui s’accumuli dans le thorax et dans l’abdomen, et chacun sait que, lorsqm des matières odorantes, telles que des liqueurs spiritueuses, on: été absorbées et sont introduites de la sorte dans le torrent d* la circulation, elles viennent s’exhaler des vaisseaux à la surface pulmonaire, et s’échappent au dehors avec l’air expiré.
§ 1/|7. Mécanisme de l'exhalation. — L’exhalation, qui lieu chez tous les êtres vivants, n’est pas, comme la plupart de autres fonctions physiologiques, un effet des forces vitales; c’es un phénomène essentiellement physique, qui n’est pas dépen dant de la vie, bien que sa marche puisse être modifiée pa l’influence de ces forces. Effectivement, tout ce qui constitu une véritable exhalation s’observe sur le cadavre aussi bien qu chez l’animal vivant ; et c’est même après la mort que quelques uns de ces effets sont le plus faciles à constater, car alors rie; ne vient en empêcher la manifestation.
Ainsi, lorsqu’on pousse dans l’appareil circulatoire d’un ani mal récemment mort une dissolution de gélatine colorée par d ■ vermillon réduit en poudre très-fine, l’injection rouge pénètr dans les vaisseaux capillaires, et l’on voit alors une portion d l’eau, chargée de gélatine et dépouillée de matière colorante suinter à travers les parois de ces canaux pour se répandre a dehors, tandis que le vermillon est retenu dans leur intérieur Or ce qui arrive ici pour l’injection a lieu aussi pour le sans qui, pendant la vie, traverse sans cesse ces vaisseaux; les gl< bules et les parties les moins fluides du sang se trouvent arrêtés comme le vermillon, par les parois de ces canaux, tand qu’une portion de l’eau du sérum, tenant en dissolution 1( sels propres au sang et une petite quantité d’albumine, filtre
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ravers ces parois, comme a suinté la dissolution gélatineuse e l’injection, et se répand dans toutes les parties voisines, ou échappe au dehors.
§ IZ18. On voit donc que l’exhalation, de même que l’absorpon, est un phénomène d’imbibition, et c’est à tort que beauoup de physiologistes ont cru devoir en attribuer les effets à de rétenducs bouches microscopiques, qui, d’après ces hypothèses, eraient spécialement destinées à livrer passage aux fluides cxlia- 5s, mais qui, dans la réalité, n’existent pas. Le mécanisme de exhalation est le même que celui de l’absorption, seulement le mouvement s’effectue en sens contraire; toutes les parties qui ant le siège de l’une de ces fonctions peuvent être le siège de autre, et en général elles ont lieu simultanément dans les îêmes parties; enfin tout ce qui tend à modifier la marche de une influe aussi sur l’autre.
Ainsi, la texture plus ou moins spongieuse d’un organe, et par onséquent plus ou moins favorable à l’imbibition, est une conition qui agit de la même manière sur la marche de l’absorpon et de 1 exhalation. Lune et l’autre de ces fonctions sont ussi, toutes choses égales d ailleurs, d’autant plus actives, que la artie qui en est le siège est traversée par un plus grand nomre de vaisseaux sanguins.
Les variations dans la masse des liquides contenus dans le )rps agissent, au contraire, d une manière inverse sur ces deux Mictions. Plus la quantité de ces liquides est considérable, plus exhalation est abondante.
La pression que le sang supporte dans les' vaisseaux influe ussi d une manière puissante sur l’exhalation ; et lorsque la irculalion dans les veines est entravée de façon à déterminer accumulation de ce liquide, la portion la plus fluide du sang exhale en abondance dans les parties voisines et en détermine ; gonflement : c est ce qui produit l’enflure des parties qui ont te lortement serrees par des ligatures
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qui s’échappe ainsi se dissipe par évaporation, et en général n’est pas aperçue par nos sens. Les pertes que l’homme et les autres animaux éprouvent par cette voie sont très-considérables. Dans l’état de santé, le poids du corps d’un homme adulte ne varie guère, et les pertes qu’il éprouve par les diverses excrétions contre-balancent le poids des aliments dont il fait chaque jour usage. Or, d’après les expériences de Sanctorius, il paraît que souvent la transpiration insensible entre pour les cinq huitièmes : dans les perles totales dont nous venons de parler.
Du reste, l’évaporation qui se fait à la surface du corps n’a pas lieu toujours avec la même intensité, et ici encore l’influence des agents physiques se fait sentir à peu près de la même manière sur l’animal vivant et sur le cadavre. Dans l'un comme dans l’autre, les pertes par évaporation sont augmentées par : l’élévation de la température, par l’agitation de l'air, par sa . sécheresse, par la diminution de la pression atmosphérique, etc.
C’est aussi au phénomène de l’exhalation qu’il faut rapporter le dégagement d’acide carbonique qui s’effectue, comme nous • l’avons déjà vu, dans l’acte de la respiration (§ 123, etc.).
§ 151. Les exhalations internes ont lieu à la surface des parois • des cavités plus ou moins vastes creusées dans l’intérieur du ; corps; elles consistent aussi en de l’eau mêlée à une petite quantité des matières animales et des sels contenus dans le sang d’où ces liquides s’échappent. Telle est la source des humeurs qui humectent continuellement les membranes séreuses dont les • grands viscères de la tête, de la poitrine et de l’abdomen sont t enveloppés, de la sérosité qui baigne les lamelles du tissu connectif si abondamment répandu dans toutes les parties du corps, et d'une partie des humeurs qui remplissent l’intérieur de l’œil.
Comme ces exhalations internes ont lieu à la surface de cavités qui n’ont pas d’issue au dehors, il est évident que la quan- lité des liquides contenus dans ces espèces de réservoirs irait ! toujours en augmentant, si les parties qui exhalent ainsi n'étaient pas en même temps le siège d’une absorption non moins rapide. Dans l’état de santé, ces deux fonctions s’exercent simultanément, et se contre-balancent de manière à maintenir toujours la même quantité de liquide dans l’intérieur de la cavité; mais il arrive quelquefois que cet équilibre est rompu, et que l’exhalation devient plus active que l’absorption. Des liquides s s’accumulent alors dans ces parties, et il en résulte des maladies connues sous le nom d ’hydropisies (i).
(i) Cos amas d'eau prennent diverses dénominations suivant les parties qui en sont le siège : on donne plus spécialement le nom A’hydropisie (ni hydropisic ascite)
SÉCRÉTION
SÉCRÉTION
§ 152. Ainsi que nous l’avons déjà dit, on donne le nom de :rétion à la formation des humeurs spéciales qui, dans l’écojmie animale, se produisent aux dépens du sang et tjiffèrent sentiellement de la partie séreuse de ce fluide.
§ 153. organes sécréteurs. — Les sécrétions peuvent a\oir >ur siège la surface de certaines membranes, telles que le derme t les membranes muqueuses; mais les principaux instruments l'aide desquels la nature opère ce travail de chimie vitale se imposent de cavités, en général d’une petitesse extrême, qui nt la forme de poches, de bourses ou de canaux d’une grande muité, et qui reçoivent un nombre considérable de vaisseaux inguins, ainsi que des nerfs. On désigne ordinairement ces oranes sous le nom commun de glandes ; mais ils présentent dans ;ur structure des différences considérables, et on les distingue n glandes parfaites ou glandes proprement dites, et en glandes imarfaites ou ganglions vasculaires, suivant qu’ils ont un orifice 3rvant à verser au dehors le produit de leur sécrétion, ou bien u’ilsont la forme de cavités sans ouverture, de l’intérieur desuelles les liquides sécrétés ne peuvent sortir que par voie d’abarption ou par rupture.
1 Du reste, quel que soit le mode de conformation des organes icréteurs, ceux-ci sont composés essentiellement de tissu utriulaire, et c’est dans l’intérieur des petites cellules de ce tissu je le travail sécrétoire s’effectue.
§ l.r4. La disposition des glandes proprement dites varie beauoup; mais, lorsqu’on les étudie avec soin, on voit que ces ormes peuvent tous se rapporter à deux types principaux, et a’ils se composent toujours, soit de petits sacs à orifices plus ou îoins rétrécis, soit de tubes d’une ténuité extrême, tapissés les i ns et les autres par une couche de tissu utriculuire, et que les ifférences que l’on y rencontre dépendent du mode de groupet lent de ces parties en quelque sorte élémentaires.
§155. Les petits sacs sécréteurs dont nous venons de parler euvent être désignés sous le nom commun de glandules ou de llicules. Hans leur état de plus grande simplicité, ces organes
x accunuilalions d’eau dans la cavilé de l'abdomen ; et l'on appelle liydvopisie de Urine, celles qui se Tonnent dans la plèvre, membrane qui enveloppe les poumons ; idropisie du exur, Cilles qui ont lieu dans le péricarde, membraue qui entoure cœur ; hydrocéphale, celles qui se forment dans les membranes qui revêtent le cerau, et œdcine, celles qui se mollirent dans le tissu cellulaire des diverses parties du firps.
ne consistent que dans de petites dépressions creusées à la surface de certaines membranes, et ressemblent à des fossettes plutôt qu’à des poches: on les nomme alors cryptes, et l’on en voit beaucoup à la surface des membranes muqueuses. Lorsque les cavités se creusent davantage, les bords de leur ouverture se resserrent en manière de goulot, et souvent leur fond se subdivise en un groupe de culs-de-sac; mais en général les organes sécréteurs ont la forme de petits tubes ouverts à un bout et fermés à l’autre, de façon à ressembler à un doigt de gant. Tantôt les glandules sont disséminées à la surface des membranes, y débouchent chacune séparément par un orifice distinct, et sont désignées sous le nom de glandules simples: la membrane muqueuse du tube digestif nous en a déjà offert des exemples ; tantôt elles sont serrées les unes contre les au très, defaçonà former une masse plus ou moins considérable, tout en conservant chacune son ouverture particulière, et se nomment alors glandules agrégées (telles sont les glandules de Meibomius qui bordent les paupières, les glandes gastriques de quelques mammifères, etc.) ; et d’autres fois encore elles se groupent de la même manière, mais se réunissent encore plus intimement, de façon que leurs orifices particuliers ne débouchent au dehors que par l’intermédiaire
d'un petit nombre d’ouvertures, ou même d’une seule, disposition qui caractérise les organes appelés par les anatomistes des glandules agglomérées, et qui se rencontre dans les amygdales placées de chaque côté de l’isthme du gosier. Enfin , d’autres fois encore, ces sacs sécréteurs ,
FlO, 62. — Structure intime d’uno glande composée {m jjeu ^ s’0UvrJr
(la parotido). presque immédiate-
ment au dehors, ne communiquent avec 1 extérieur que par un col très-allongé, de façon à ressembler a un tube terminé pat une ampoule, et alors ils peuvent encore rester isolés ou bien s’agglomérer en grappes, à 1 aide de canaux excréteurs communs qui, à leur tour, se réunissent successivement, de façon à se terminer par un seul conduit et à ressembler à des racines
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attachées à un seul tronc, et portent à l’extrémité de chacune de leurs dernières divisions chevelues un petit renflement vésiculaire (fig. 62). Ces organes sécréteurs, que l’on pourrait appeler des glandules ampullaires , se rencontrent à l’état de simplicité et d’isolement sous la peau de certains poissons, et constituent aussi sous cette forme les glandes sudorifèrcs qui sont logées dans la peau de l’homme; enfin, groupéssur un canal sécréteur commun rameux (fig. 62), ils constituent la plupart des glandes composées, désignées par les anatomistes sous le nom de glandes conglomérées, telles que les glandes salivaires et le foie des mammifères.
§ 156. Les organes sécréteurs qui affectent la forme de tubes, présentent aussi dans leur disposition des différences analogues à celles dont il vient d’étre question. Ces tubes, dont la longueur varie et dont l’une des extrémités est a. ordinairement fermée, tandis que l’autre reste béante et sert pour la sortie du li- " quide sécrété, sont tantôt simples et parfaitement isolés, chacun allant s’ouvrir directement au dehors, comme cela se voit dans les glandes chargées de lubrifier la peau de certains poissons et dans les vaisseaux biliaires des insectes ; tantôt a agglutinés entre eux de façon à* former une masse, sans cesser néanmoins de rester complètement indépendants les b uns des autres, disposition qui s’observe dans les appendices qui, chez divers poissons, paraissent remplacer le pancréas.
D’autres fois ces tubes, également agrégés et simples, mais peu allongés et serrés parallèlement les uns à côté des autres, vont déboucher dans une cavité c commune en forme de cellule ou de ca-
nal, comme cela se voit dans les glandes Fl0, G3‘~s ®‘1r.ucture des gastriques de plusieurs oiseaux. Enfin, d autres lois encore, ces mômes tubes (fig. 63) acquièrent une longueur exlrôme sans changer de calibre, se pelotonnent sur eux-mômes, et vont se terminer par un conduit excréteur peu ou point ramifié à son origine, de façon à donner naissance à
(\) A, coupe verticale d'un rein : — a, substance corticale; — b, substance tubuleuse ; — ce, calice cl bassinet; — d, canal de l'urèthre.
B, structure intime de cette glande : — a, portion terminale des tubes urinaires ; b, portion médullaire de ces tubes ; — c, leur terminaison dans le calice.
une glande conglomérée, telle que les reins et quelques autres organes dont l’importance est très-grande dans l’économie.
11 est aussi à noter que plusieurs glandes composées sont, en outre, pourvues d’une espèce de réservoir placé sur le trajet de leur conduit excréteur et destiné à permettre l’accumulation du liquide sécrété. La vésicule du fiel, que nous avons déjà eu l’occasion de mentionner (fig. 3Zi), et la vessie urinaire (fig. 6à), sont des poches de cette nature.
§ 157. Les glandes imparfaites varient encore davantage dans leur mode de conformation. Les unes consistent en de petites cellules fërmées de toutes parts, et tantôt isolées, tantôt agglomérées en massa; les autres, que l’on appelle quelquefois des ganglions vasculaires, sont composées essentiellement de vaisseaux sanguins ou lymphatiques, lesquels, après s’être divisés en ramuscules très-déliés, se réunissent de nouveau. Comme exemple des premières, nous citerons les vésicules ovariennes et les cellules adipeuses où se forme la graisse ; nous citerons, comme exemple des secondes, la glande thyroïde (1), le thymus (2), la rate (fig. 3li), et les ganglions mésentériques (fig. 37), dont il a déjà été question en parlant de > l’absorption du cliyle (§ 75).
Les ganglions vasculaires paraissent être destinés à modifier les liquides qui circulent dans leur intérieur ; mais on ne sait presque rien de positif sur leur histoire, et par conséquent nous ne nous y arrêterons pas ici. Nous ne nous occuperons donc que des organes sécréteurs proprement dits (3).
§ 158. Hatur© <iu travail sécréteur. — Ces organes, dont nous venons d’indiquer les principales formes, sont toujours disposés de façon à constituer une lame membraneuse très-étendue,
(1) Le corps thyroïde est une masse ovoïde, molle, spongieuse et d’apparence glandulaire, qui se trouve à la partie antérieure et inférieure du cou, au deyant de la trachée-artère (fig. 33, p. 47). 11 est, en général, plus gros dans l’enfant que dans l’adulte, et il existe chez tous les mammifères, mais manque chez les oiseaux, la plupart des reptiles, les poissons et les autres animaux des classes inferieures. C’est un gonflement maladif de ce corps qui occasionne les tumeurs connues sous le nom de goitres.
(2) Le thymus est une masse glandiformc renfermée dans la poitrine, entre les deux lames du médiaslin antérieur (cloison qui est formée par l’adossement des plèvres, et qui loge le cœur). Il est extrêmement développé chez le fœtus; mais, peu après la naissance, son volume diminue beaucoup, et chez l’adulte il est complètement atrophié.
(3) Nous ajouterons seulement quo les expériences récentes de M. Cl. Bernard montrent que le foie joue un rôle de ce genre ; car il verse dans le sang une sorte de sucre appelé glycose, qui disparaît bientôt après, et qui paraît être brillé dans le travail respiratoire,
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dont la surface externe est baignée par le fluide nourricier (1), tandis que lasurfaceopposée, revêtued’unecouche plusou moins épaisse de cellules ou utricules, est libre, et circonscrit d’ordinaire une cavité ; le liquide sécrété suinte de cette dernière surface, et les matériaux dont cette humeur se compose sont puisés dans le sang. Aussi une glande peut-elle être comparée à une sorte de tiltre qui, interposé entre le sang et une cavité, ne laisse passer dans celle-ci que certaines matières déterminées, et possède même quelquefois la propriété de modifier la nature chimique des substances qu’il sépare de la sorte (2).
§ 159. Les liquides qui résultent du travail sécrétoire dont les glandes sont le siège varient beaucoup entre eux, et diffèrent aussi beaucoup, soit du sang lui-même, soit du sérum qui serait dépouillé de fibrine et de globules sanguins. Ces humeurs contiennent ordinairement en assez grande abondance des matières qui n’existent qu’en proportions extrêmement faibles dans le liquide nourricier; et quelquefois on y trouve des substances que la chimie n’est pas encore parvenue à découvrir dans le sang, ou qui ne s’y rencontrent qu’à l’état de combinaison avec des principes dont elles sont séparées lorsqu’elles passent dans la sécrétion. Tantôt ces liquides contiennent des acides libres, tandis que le sang dont ils parviennent est alcalin ; d’autres fois ils sont alcalins comme le sang, mais bien plus fortement; et d’autres fois encore ils sont caractérisés surtout par la présence de certaines matières qu’on ne voit guère ailleurs, telles que l’urée, le caséum, le beurre, etc.
§ 160. Jadis on croyait que les glandes avaient le pouvoir de créer, aux dépens de l’albumine ou de quelque autre matière contenue dans le liquide nourricier, toutes les substances qui, telles que l’urée, se rencontrent en abondance dans certaines humeurs, et cependant ne se trouvent pas d’ordinaire dans le sang lui-même. Mais des expériences que nous avons déjà eu
(t) Les vaisseaux sanguins qui se distribuent dans une glande se ramifient autour des vésicules ou des tubes sécréteurs dont cet organe est composé, mais ne communiquent jamais directement avec la cavité creusée dans leur intérieur, et c'est à tort que plusieurs anatomistes ont cru que les racines des canaux excréteurs se continuaient sans interruption avec les dernières divisions des vaisseaux sanguins.
(2) D après des observations récentes, il parait probable que les instrument essentiels de la sécrétion sont les petites cellules ou utricules dont se compose la coucbe interne de la paroi des organes glandulaires ; ces cellules paraissent se renouveler rapidement, et renfermer dans leur intérieur les matières sécrétées qui sont évacuées dans la cavité glandulaire à mesure que ces cellules, devenues mûres, se détachent ou se vident par la rupture ou la destruction de leurs parois. Ce sont des utricules de ce genre revêtue lUenl C°Ucll° “Ppelée éPithélium i dont les membranes muqueuses sont
l’occasion de signaler montrent que, dans la plupart des cas (et probablement toujours), les matériaux constitutifs des liquides sécrétés existent dans le sang, seulement en quantités trop petites pour que leur présence soit décelée par les moyens d’analyse dont la chimie dispose.
Ainsi l’urine sécrétée par les reins contient, chez l’homme, le chien et la plupart des autres mammifères, une quantité considérable d’urée; et cependant, dans les circonstances ordinaires, on ne découvre pas de traces de cette substance dans le sang. Si les reins, où l’urine se forme, étaient le siège de la production de celte urée, il est évident qu’après la destruction de ces organes, cette matière ne se montrerait plus dans l’économie ; mais il en est tout autrement: bientôt après celte opération, on en découvre dans le sang, et au bout de quelque temps elle s’y trouve en proportion assez forte. Il est donc évident que les reins ne produisaient pas cette urée, mais ne faisaient que la séparer du fluide nourricier au fur et à mesure qu’elle y apparaissait; et que si l’on peut facilement en constater l’existence dans le sang après avoir interrompu la sécrétion rénale, c’est parce que, n’étant plus enlevée parles reins, elle s’accumule dans celiquide.
Toutes les matières qui sont excrétées de l’économie animale se trouvent dans le sang et sont seulement séparées de ce liquide par le travail sécrétoire ; mais quelques glandes ont aussi la faculté de produire des matières nouvelles et de les verser dans le torrent du fluide nourricier qui les traverse. Le foie joue ainsi un rôle très-remarquable; il donne naissance à une espèce de sucre appelé glycose, qui est sans cesse entraîné par le sang cl qui est détruit par l’action de l’oxygène que la respiration introduit dans l’organisme. La découverte de cette fonction dite glycogénique du foie ne date que de peu d’années, et elle est due à M. Claude Bernard, professeur à la Faculté des sciences de Paris.
§ 161. mature «les iî«iuï«ies sécr«*tés. — Les humeurs produites par les divers appareils sécréteurs diffèrent beaucoup entre elles, mais on n’a pu découvrir aucun rapport entre ces différences et la structure des glandes qui les sécrètent. Il arrive même quelquefois que la nature d’une sécrétion change sans que l’on aperçoive aucune modification bien notable dans l’organe qui en est le siège. Enfin, il s’établit quelquefois, d’une manière anormale, de véritables sécrétions dans des parties qui d’ordinaire n’en présentent aucune trace ; la formation du pus qui accompagne si fréquemment les inflammations est un phénomène de ce genre.
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Quant à la nature même du travail sécrétoire, on n’en sait rien de positif; seulement il paraîtrait que l’action du système nerveux a une grande influence sur ce phénomène. Ainsi, lorsque les nerfs qui se rendent à l’estomac sont coupés, la sécrétion du suc gastrique s’arrête, et M. Cl. bernard a constaté qu’en excitant une certaine partie de la moelle allongée, on détermine dans le foie une production de matière sucrée beaucoup plus abondante que d’ordinaire: cette substance se retrouve alors dans les urines, circonstance qui est caractéristique d’une maladie connue sous le nom de diabète sucré.
Les liquides sécrétés dans le corps de l’homme et de la plupart des animaux sont extrêmement nombreux et très-variés : les uns sont destinés à y rester et à y remplir des usages plus ou moins importants : tels sont les humeurs de l’œil, le suc gastrique, la bile, etc. ; d’autres sont rejetés immédiatement au dehors, et, parmi ces derniers, il en est qui ne paraissent servir qu’à débarrasser l’économie des matières inutiles ou nuisibles; on les désigne sous le nom d 'excrétions, et la plus importante d’entre elles est la sécrétion urinaire, dont l’étude doit maintenant nous occuper.
Sécrétion urinaire.
§ 162. Cette fonction a son siège dans les reins, organes qui chez les animaux de boucherie, sont connus sous le nom vulgaire de rognons. Ce sont deux glandes volumineuses, placées dans l’abdomen, de chaque côté de la colonne vertébrale, et entourées le plus ordinairement de beaucoup dégraissé; leur couleur est d’un rouge brun, et leur forme semblable à celle d’une graine de haricot (fig. 6à).
Leur substance (fig. 63) se compose essentiellement de tubes sécréteurs d’une ténuité très-grande et d’une longueur extrême, qui, chez les mammifères, sont contournés sur eux-mêmes dans tous les sens vers leur extrémité libre, où ils se renflent en forme d’ampoule (a, fig. 65), et qui ensuite se dirigent en ligne droite vers le milieu du bord interne de la glande de façon a former un certain nombre de faisceaux pyramidaux dont le sommet s’engage dans une cavité membraneuse nommée calice (c),
(1) a, reins ; — b, uretère ; — c, vessie ; — d , cunal de l’urèthre.
Ftû. 64. — Appareil urinaire (1).
et dont la base, dirigée en dehors, est arrondie, et pour ainsidire coiffée par la portion pelotonnée de ces canaux, portion qui constitue ce que les anatomistes appellent la substance corticale des reins, tandis qu’ils nomment substance tubuleuse ou médullaire celle formée par ces faisceaux eux-mémes. Dans le jeune âge et
môme durant toute la vie chez quelques animaux , tels que l’ours et la loutre, ces pyramides restent distinctes, et chaque rein se compose alors de plusieurs lob'es séparés ; mais, en général, ils se soudent bientôt d’une manière intime, et les calices, qui ne sont autre chose que des canaux excréteurs communs, se réunissent aussi de façon à former une petite poche membraneuse appelée bassinet (fig. 63, A). Une multitude de vaisseaux capillaires sanguins serpentent entre ces tubes sécréteurs, et constituent, dans la portion corticale de la glande, un lacis très-serré, au milieu duquel on remarque un grand nombre de petits corps sphériques formés aussi par des canaux sanguins pelotonnés sur eux-mêmes dans l’intérieur des ampoules dont il a été déjà question, et y constituent des corps appelés glomérules de Malpighi (fig. 65.)
C’est dans la portion corticale des reins que l’urine se forme. Ce liquide descend par les canaux dont se compose la substance médullaire, et par les calices, jusque dans le bassinet, et passe de là dans la vessie, en traversant un long tube membraneux de la grosseur d’une plume à écrire qui se porte obliquement du bassinet à la vessie, et se nomme uretère (fig. 6à, b). La vessie est une poche eonoïde qui remplit les fonctions de réservoir pour l’urine, et qui est située à la partie inférieure de l’abdomen,
(I) Portion d’un tube urinifùro vu nu microscope, et montrant l’ampoule terminale (<i) qui loge un glomérule do vaisseaux sanguins appelé corpuscule de Malpighi (ft), dont l’artère et la veine se voient en f et g. I.e tube il) ) est tapissé de tissu utriculairc (d) dont quelques cellules détachées ont été figurées sous le u" 2.
SECRETION.
derrière la portion antérieure du bassin nommée arcade du pubis (fig. 8). Elle est formée par une membrane muqueuse entourée de fibres charnues, et se continue inférieurement avec un canal étroit qui débouche au dehors, et s’appelle canal de l’urètlire.
§ 163. I. ’ur/ne est un liquide jaunâtre et acide qui, chez l’homme, se compose, dans l’état normal, d’environ 93 centièmes d’eau, de 3 centièmes d’une matièreparticulière nommée urée, d’un millième d’acide urique, . d’une petite quantité de quelques autres matières organiques, et de divers sels, tels que du chlorure de sodium ou sel marin, des sulfates alcalins, du phosphate de chaux, etc.
Dans les mammifères carnivores, sa composition chimique est à peu près la même que chez l’homme, si ce n’est qu’on n’y rencontre pas d’acide urique ; mais dans les animaux herbivores, elle est alcaline, et l’on y trouve une substance particulière, l’acide hippurique, ainsi que beaucoup de carbonates terreux. Chez les oiseaux, ainsi que chez la plupart des reptiles (les lézards, les serpents, etc.), elle ne renferme guère que de l'acide urique ; enfin, chez les grenouilles et les tortues, on y trouve de l’urée et de l’albumine. Sa composition paraît être à peu près la même chez les poissons ; mais, chez les insectes, on y trouve de l’acide urique. Pendant certaines maladies, sa composition change chez l’homme.
§ 16Z|. La rapidité avec laquelle les boissons introduites dans l’estomac passent dans la vessie, et sont expulsées au dehors par les voies urinaires, est extrême. Chacun a pu en faire la remarque, et les expériences sur les animaux vivants le prouvent également. Mais cependant il n’existe aucune communication directe entre ces deux organes, et les liquides ne peuvent parvenir de l’estomac à la vessie qu’après avoir été absorbés, mêlés a la masse du sang, portés ainsi dans la substance des reins, et séparés par le travail sécrétoire dont ces glandes sont le siège. Lorsqu’on introduit dans le torrent de la circulation (soit par injection, soit par absorption) certaines substances faciles à reconnaître (telles que de la rhubarbe, de l'indigo, de la garance, de la gomme-gutte ou du cyanure double de potassium cl de 1er), on ne tarde pas à les voir expulsées avec les urines; et, comme nous 1 avons déjà dit, c’est aussi dans le sang que les reins puisent les diverses parties constituantes de ce liquide.
§ 165. Du reste, diverses circonstances influent sur l’activité de cette fonction, et peuvent modifier, soit la masse des liquides expulsés par les voies urinaires, soit la quantité de matières
solides séparées du sang par les reins, et tenues en dissolution dans la partie aqueuse de l’urine.
La quantité d’eau expulsée par la sécrétion urinaire dépend en grande partie de celle des boissons ingérées dans l’estomac.
L’eau introduite dans la masse du sang par suite de l’absorption s’en sépare plus ou moins rapidement, de façon qu’après un certain temps, l’équilibre se rétablit dans l’économie, quelle que soit la quantité de boissons ingérée dans l’estomac ; et c’est par deux voies distinctes que ce liquide s’échappe ainsi de notre corps, par l’exhalation soit pulmonaire, soit cutanée, et par la sécrétion urinaire. Or, ces deux fonctions se suppléent en quelque sorte, et, la masse des liquides en circulation restant la même, on observe que tout ce qui tend à diminuer l’une tend à augmenter l’autre.
Ainsi, l’action delà chaleur sur le corps tend à augmenter la transpiration, et diminue par conséquent la sécrétion urinaire ; aussi cette dernière fonction est-elle plus active en hiver qu’en été : et lorsqu’on prend une quantité considérable de boisson, on peut presque à volonté en déterminer l’expulsion par l’une ou l’autre de ces voies, suivant qu’on se place dans les circonstances favorables, soit à la transpiration, soit à la sécrétion urinaire.
La quantité de substances solides expulsées par les reins et tenues en dissolution dans la partie aqueuse de l’urine dépend en grande partie de l’abondance et de la nature des aliments employés.
En effet, Chossat (de Genève) a constaté que, lorsqu’on se nourrit des mêmes aliments et qu’on en varie seulement la quantité, la sécrétion de l’urée et des divers principes, autres que l’eau, expulsés par les reins, varie dans la même proportion. Elle diminue à mesure que l’on s’assujettit à une abstinence plus rigoureuse, et elle augmente à mesure que l’on fait usage d’une quantité plus grande d’aliments, pourvu toutefois que cette quantité ne devienne pas trop considérable pour être digérée.
On a constaté aussi que la sécrétion de ces matières augmente à mesure que l’on se nourrit de substances plus animalisées, c’est-à-dire qui renferment une proportion plus considérable d’azote.
Du reste, l’état de l’économie animale exerce aussi beaucoup d’influence sur les résultats de la sécrétion urinaire; tout ce qui tend à affaiblir le corps paraît tendre aussi à ralentir cette sécrétion, mais on a constaté qu’elle se continue sans interruption, lors même que l’animal est astreint pendant très-longtemps à une diète complète.
§ 166. L’urine laisse quelquefois déposer dans l’intérieur des voies urinaires diverses substances qui s’y trouvent en dissolution, et ces dépôts solides constituent ce qu’on nomme graviers et calculs urinaires.
Les graviers sont presque toujours formés par de l’acide urique, et dépendent delà sécrétion trop abondante de ce principe. En général, ce dépôt se forme dans les reins, et est entraîné au dehors parles urines. Les calculs urinaires sont des concrétions plus volumineuses qui se forment aussi quelquefois dans les reins, mais qui, en général, se développent dans la vessie, où elles séjournent et grossissent peu à peu par l’addition d’une nouvelle quantité de matière déposée par l’urine.
§ 167. Assimilation. — En étudiant les diverses fonctions dont l’histoire vient de nous occuper, nous avons vu que les animaux ont besoin d’attirer continuellement dans leur intérieur des matières variées qu’ils puisent dans le monde extérieur.
Les substances ainsi introduites dans l’économie animale y sont employées de deux manières. Elles servent à la formation des diverses parties dont le corps vivant lui-méme se compose, ou bien à l’entretien de la combustion respiratoire qui s’opère sans cesse dans l’inférieur de l’organisme de tout être animé.
Les animaux, de même que les plantes, ne peuvent créer aucun des corps simples dont leur substance se compose. Il faut donc que les matières étrangères ainsi introduites du dehors renferment tous ces éléments.
Nous avons constaté que les matériaux primaires de l’organisme sont formés essentiellement de carbone, d’azote, d’hydrogène et d’oxygène; mais que souvent le soufre, le phosphore, le calcium et d’autres corps simples peuvent être nécessaires à la constitution de la substance des organes ou des humeurs de l’économie animale. 11 s’ensuit donc que les matières étrangères introduites dansl’organisme doivent renfermer du carbone, de l’azote, del’hydrogène, del’oxygène, souvent aussi du soufre, du phosphore, etc.
Les animaux ne possèdent pas la faculté de déterminer la combinaison de ces divers éléments chimiques de façon à donner naissance aux principes composés dont l’organisme doit être formé : il en résulte qu’il ne suffit pas à ces êtres de recevoir du monde extérieur les éléments primaires nécessaires à leur constitution ; il faut encore que ces éléments soient déjà combinés entre eux de manière à pouvoir entrer comme parties consti-
tuantes dans l’économie. Ainsi ce n’est pas en introduisant du gaz azote, du gaz hydrogène, du carbone, etc., dans son corps, qu’un animal peut satisfaire aux besoins de sa nutrition; pour pouvoir utiliser ces matières, il faut qu’elles aient déjà formé entre elles certaines combinaisons.
L’azote et le carbone, essentiellement nécessaires à la constitution des parties vivantes de l’économie animale, doivent être combinés avec de l’hydrogène et de l’oxygène, de manière à former ces composés complexes et peu stables que nous avons désignés sous le nom d’aliments plastiques, de principes organisables ou de matières viables. Or, ces composés ne se produisent que sous l’influence de la vie, et les plantes possèdent seules le pouvoir de les créer de toutes pièces. 11 en résulte donc que c’est le règne végétal qui, directement ou par l’intermédiaire du corps de quelque être animé, fournit toujours aux animaux le carbone et l’azote que ceux-ci doivent s’approprier, ainsi qu’une certaine quantité d’hydrogène et d’oxygène servant aux mêmes usages. L’hydrogène et l’oxygène qui concourent à la constitution de l’organisme s’y trouvent en majeure partie, sous la forme d’eau; enfin le calcium, le phosphore et les autres éléments accessoires de l’organisme y forment en général des composés salins, et ces composés, de même que l’eau dont il vient d’être question, peuvent être fournis directement par le règne minéral.
Quant aux matières étrangères dont l’introduction est nécessaire pour l’entretien des phénomènes de combustion respiratoire dont tous les êtres animés sont le siège, nous avons vu que ce sont d'une part de l’oxygène, et de l’autre part des matières carbonées et hydrogénées, qui, en se combinant avec l’élément comburant, donnent naissance à de l’acide carbonique et à de l’eau. Pour brûler de la sorte des matières combustibles, l’oxygène doit être libre, et c’est dans l’atmosphère que les animaux puisent directement ce principe indispensable à leur existence. Les matières carbonées et hydrogénées servant d’aliments à la combustion respiratoire sont des composés organiques non azotés, tels que les corps gras et le sucre, ou des matières viables de l’ordre de celles dont nous venons de parler comme étant nécessaires à la constitution des parties vivantes du corps des animaux.
En résumé, donc, pour satisfaire aux besoins du travail nutritif dont son économie est le siège, tout animal a besoin de porter dans la profondeur de son organisme de l’oxygène libre, des matières organisées riches en carbone, en hydrogène cl en azote, de l’eau et divers sels.
L’introduction des matières étrangères s’effectue, avons-nous dit, par imbibition, et leur absorption ne peut avoir lieu qu’autant qu’elles sont dans un état de division extrême, sous la forme liquide ou gazeuse, par exemple. L’eau et les matières salines qui s’y dissolvent se trouvent par conséquent dans des conditions qui en rendent l’absorption facile et prompte; mais les matières organisables sont en général solides, et, pour qu’elles puissent pénétrer dans la profondeur de l’organisme, il faut qu’elles soient rendues solubles et liquéfiées, ou, en d’autres mots, digérées.
Le passage des molécules du dehors en dedans, par absorption, peut avoir lieu dans tous les points delà surface du corps vivant; et cette surface étant formée essentiellement par la peau, la membrane muqueuse qui tapisse la cavité digestive et la membrane muqueuse propre à l’appareil respiratoire, il en résulte que c’est par cette triple voie que les matières étrangères peuvent pénétrer dans l’économie. Mais chez l'homme et chez tous les animaux supérieurs, la peau, étant recouverte par une couche épidermique peu perméable, n’absorbe que lentement les fluides dont elle est Baignée, tandis que l’absorption est au contraire des plus faciles par la surface muqueuse des cavités digestive et respiratoire. Aussi, chez ces animaux, la peau ne prend-elle qu’une part très-faible dans ce travail, et c’est presque exclusivement par ces dernières voies que s’effectue l’introduction des matériaux constitutifs de l’organisme.
L’introduction de l’oxygène libre a lieu par la surface respiratoire. Une partie de l’eau nécessaire à l’animal peut pénétrer dans l’économie par la même voie ; mais la plus grande portion de ce liquide est introduite dans la cavité digestive sous la forme de boisson et absorbée par les parois de l’estomac. Enfin, c’est aussi par la surface muqueuse de la cavité digestive que s’opère l’absorption des matières organiques dans lesquelles l’animal trouve le carbone et l’azote nécessaires à son existence, matières qui constituent les aliments proprement dits, et qui, pour être absorbées, doivent avoir subi une élaboration préalable désignée sous le nom de digestion.
§ 168. Ces éléments nutritifs se mêlent, comme nous l’avons déjà vu, avec le sang et en deviennent des parties constituantes. Ce liquide, élaboré par des procédés qui nous sont inconnus, devient riche de tous les principaux composés dont les tissus sont a leur tour formés, et, poussé dans les diverses parties du corps par 1 effet du mouvement circulatoire dont il est animé, il distribue a chacune de ces parties les matières nécessaires à l’en-
Iretien de celle-ci et à son accroissement. Ces matériaux nouveaux, destinés à entrer dans la constitution des tissus vivants, existent tout formés dans le fluide nutritif qui les traverse, ou bien s’y produisent avec quelques-unes dessubstances contenues dans le sang; enfin, par suite des altérations que ces parties elles-mêmes déterminent, le tissu vivant choisit, en quelque sorte, dans ce liquide les molécules qui sont semblables à celles dont il est déjà formé, les arrête au passage, se les approprie, et leur communique la force vitale dont il est lui-même doué.
C’est ce dépôt de molécules nouvelles dans la profondeur de la substance des parties vivantes , leur arrangement en un tissu organisé, et leur admission au partage des propriétés vitales, qui constituent le phénomène de / assimilation.
Quant à la manière dont cette assimilation s’opère, on ne sait rien de positif, on ne sait même pas comment les matières nutritives s’échappent de l’intérieur des vaisseaux sanguins pour aller se fixer dans la substance des tissus voisins. Probablement c’est le sérum chargé de fibrine qui, seul, passe par imbibition des vaisseaux capillaires dans la profondeur des parties solides situées ù l’entour; et le liquide ainsi épanché, après avoir déposé une portion de ses éléments constituants, est repris par les vaisseaux lymphatiques, et porté par ces canaux, sous la forme de ' lymphe, jusque vers le centre de l’appareil circulatoire, où il est rendu au sang dont il provient.
Mais pourquoi tel tissu, formé essentiellement de fibrine, ne prend-il guère dans ce liquide nourricier que de la fibrine, tandis que tel autre tissu, composé principalement d’albumine, y puise surtout de l’albumine ; ou que tel autre encore, contenant comme partie constituante des sels calcaires, en extrait de nouvelles quantités de ces mêmes sels? Pourquoi les molécules ainsi décomposées sont-elles toujours arrangées de façon à constituer, dans chaque partie de l’économie, un tissu d’une texture déterminée, et à revêtir dans leur ensemble des formes constantes? Pourquoi, enfin, participent-ils à la vie dont les molécules auxquelles ils se réunissent sont déjà animées? Ce sont autant de questions auxquelles il est impossible de répondre, et dont la solution n’est guère à espérer; car tous ces phénomènes paraissent toucher de trop près à l’essence du principe vital, pour être accessibles à notre investigation. Il est seulement à noter que, chez les animaux pourvus d’un système nerveux bien développé, cet appareil paraît exercer une influence considérable sur tous les phénomènes de la nutrition.
§ 169. Quoi qu’il en soit, c’est dans les premiers temps de la
vie que ce travail d’assimilation est le plus puissant; aussi estce dans cette période de l’existence surtout que le volume total du corps augmente rapidement. En efTet, la croissance est un caractère commun à tous les êtres vivants ; et toujours aussi, après avoir duré pendant un certain temps, ce mouvement se ralentit ou s’arrête. Il paraîtrait que cette période de croissance se prolonge beaucoup plus chez les animaux inférieurs que chez ceux qui sont plus élevés dans la série zoologique. Chez quelques-uns des premiers, le volume du corps augmente pendant toute la durée de la vie, tandis que les derniers prennent d’ordinaire tout leur développement avant que d'avoir atteint le tiers ou même le quart de leur carrière.
Les divers organes d’un même animal diffèrent aussi beaucoup entre eux sous le rapport de la durée de leur période de croissance; il est des parties qui cessent de grandir à l’époque de la naissance (le thymus, par exemple), d’autres qui arrivent au terme de leur développement à l’âge adulte, les os notamment; et d’autres encore qui continuent à croître jusque dans la vieillesse extrême, comme cela se voit pour les ongles, les poils et les tissus épithéliques en général.
§ 170. La force assimilatrice ne détermine pas seulement le dépôt de nouvelles molécules organisées au milieu de celles dont une partie vivante se compose déjà; elle peut même devenir plus active et amener la formation départies nouvelles. En effet, la plupart des animaux possèdent la faculté de réparer, jusqu’à un certain point, les mutilations qu’ils éprouvent, et c’est par un travail analogue à celui de la nutrition ordinaire que ce résultat s’obtient. C’est de la sorte que, dans le corps de l’homme, une portion nouvelle de peau vient recouvrir une plaie qui se cicatrise, et qu’à la suite d’une fracture, un tissu osseux nouveau se développe pour remplir le vide laissé entre les fragments de l’os brisé et les réunir. Mais c’est chez les animaux inférieurs que cette faculté génératrice est portée à son plus haut degré : chacun sait que, lorsque la queue d’un lézard vient à être cassée, cet organe, d’une structure compliquée, ne tarde pas à repousser; et l’on a constaté que, chez les araignées et les crabes, une patte nouvelle se développe à l’extrémité du moignon laissé par une patte brisée. Des expériences faites sur les salamandres ou lézards d’eau ont conduit à des résultats plus surprenants encore, tels que la reproduction d’un œil tout entier, cl d une grande partie de la tête. Enfin, les vers de terre et beaucoup d’autres annélides peuvent reproduire de la sorte la plus grande partie de leur corps; et chez les hydres ou polypes
d’eau douce (fig. 7), un fragment quelconque du corps peut se compléter et devenir à son tour un animal parfait dans son espèce.
§ 171. Du reste, diverses circonstances, que nous n’avons pas le loisir d’examiner ici, peuvent modifier la marche du travail d'assimilation, l’activer, la ralentir, ou en changer la direction. C’est de la sorte que, dans certaines maladies, on voit la nutrition s’arrêter presque entièrement, et que dans d’autres certains tissus changent de nature. 11 est aussi à noter que ce travail ne se fait pas avec la même rapidité dans toutes les parties du corps ; pour s’en assurer, il suffit d’observer les changements de forme qu’amènent souvent les progrès de l’âge ; car ces changements dépendent principalement de ce que certaines parties croissent plus rapidement que d’autres. Ainsi, depuis le moment de la naissance jusqu’à l’âge adulte, les membres du corps de l’homme grandissent plus vile que le tronc, d’où il résulte qu’en général celui-ci est une portion d’autant moins considérable du tout, que la croissance s’est prolongée davantage.
§ 172. Excrétion. — Pendant que les parties vivantes s’approprient de la sorte des molécules nouvelles et les incorporent à leur substance, il se fait aussi dans ces mêmes parties un mouvement de décomposition qui amène un résultat inverse, c’est-à-dire la séparation d’une portion des molécules constituantes des tissus organisés et leur expulsion au dehors. Une foule d’expériences et d’observations démontrent l’existence de ce mouvement intérieur, qui lui-même échappe à nos sens. *
Ainsi, pendant qu’un os grandit par la formation de parties nouvelles à sa surface extérieure, il se creuse à l’intérieur par la destruction et l’absorption du tissu dont il était primitivement composé, de sorte qu’au bout d’un certain temps, toute sa substance s’est renouvelée sans que sa forme ait changé notablement. Le tissu utriculaire qui revêt la surface libre de la peau, des membranes muqueuses et des cavités glandulaires, se renouvelle de la même manière; des parties nouvelles se forment sans cesse dans la couche profonde de ces tuniques épithéliques et repoussent devant elles les utricules anciens, qui se détachent et tombent ou se détruisent peu à peu.
Dans quelques parties de l’économie animale ce renouvellement des matériaux constitutifs de 1 organisme se continue d’une manière bien évidente pendant toute la durée de la \ic, et beaucoup de physiologistes ont pensé qu il en était de même partout, de façon que la substance du corps tout entier changerait sans cesse, et qu’au bout d’un certain temps il ne resterait aucun des matériaux dont il était d abord composé; on a été
même jusqu’à prétendre que dans le corps liumain ce renouvellement complet s’efl'ectuait dans une période de sept ans. Mais rien ne vient à l’appui de cette opinion, et il est au contraire bien probable que la plupart des organes, lorsqu’ils cessent de croître, restent en général dans un état stationnaire, ne s assimilent aucune partie nouvelle et ne perdent aucune des molécules dont ils sont formés. Cet état de repos n’est cependant pas constant ; car lorsque le sang qui circule dans tout le corps n’est pas suffisamment chargé de certains principes fournis par les aliments, ce liquide paraît dissoudre et enlever ces matières dans les organes qu’il traverse. Ainsi, des expériences curieuses de Chossat montrent que lorsque les oiseaux ne trouvent pas dans leurs aliments une proportion suffisante de matière calcaires, le phosphate de chaux qui entre dans la composition de leurs os est enlevé peu à peu.
Or, le sang, fournissant, comme nous l’avons vu, les matériaux des diverses humeurs que l’économie animale rejette continuellement au dehors par la voie des sécrétions, s’appauvrit sans cesse, et pourrait enlever aux organes les principes solubles que ceux-ci renferment, si l’introduction répétée de substances étrangères ne maintenait pas ce liquide toujours saturé de ces mêmes principes. Il en résulte que cette introduction des matières alimentaires dans l’organisme est nécessaire, non-seulement pour effectuer l’accroissement des parties vivantes, mais pour assurer la conservation des tissus déjà existants et pour empêcher la résorption de leurs matériaux constitutifs.
Enfin, la combustion respiratoire que nous avons vue s’opérer dans l’intérieur du corps est aussi une cause de destruction des matières organiques contenues dans l’économie animale. Ce phénomène, entretenu par l’oxygène absorbé dans l’acte de la respiration, a pour résultat la formation d une certaine quantité d’acide carbonique, ainsi que d’un peu d’eau, et a son siège dans la profondeur de toutes les parties du corps où le sang circule. Le carbone et l’hydrogène sont enlevés aux matières organiques ou organisées qui se trouvent dans le liquide nourricier, ou qui sont en contact avec ce fluide dans les vaisseaux capillaires des tissus vivants, et qui jouent ici le rôle de combustibles ; ces matières complexes sont de la sorte détruites dans l’intérieur de l’organisme (1), et il paraîtrait, d’après les expériences de M. Du-
(t) Cette destruction des matières combustibles dans l’intérieur de l’organisme est quelquefois très-facile à constater : ainsi, lorsque du tarlralc, du citrate ou du malato da potasse a été absorbé ou injecté dans les veines, on trouve dans l’urine du carbonate do potasse provenant de la combustion de l'acide végétal qui entrait dans leur composition.
mas el de quelques autres physiologistes, que lorsque le sang n’est pas assez riche en combustibles organiques, c’est aux dépens de la substance des tissus que cette espèce de feu vital est entretenu.
Ainsi les aliments doivent fournir sans cesse au sang les matières combustibles nécessaires à la transformation de l’oxygène absorbé par l’acte respiratoire en acide carbonique et en eau, en même temps que ces substances nutritives administrent à chaque organe les éléments nécessaires à son accroissement et satisfont aux besoins du travail sécrétoire.
Du reste, que les matières carbonées et hydrogénées qui sont brûlées dans 1 intérieur de l’économie animale sous l’influence de l’oxygène inspiré proviennent directement des aliments, ou soient enlevées aux tissus dans lesquels les matériaux fournis par ces mêmes substances alimentaires ont été déjà fixés et organisés, il n'en est pas moins évident qu’en dernière analyse, c’est, médiatement ou immédiatement, à l’aide de ces matières étrangères ou alimentaires que la combustion respiratoire est entretenue, et que, par conséquent, le corps vivant, pour conserver sa masse, doit recevoir continuellement du dehors, sous la forme d’aliments, une somme de combustibles organiques équivalente à celle des substances ainsi détruites.
Les matières alimentaires qui ne renferment que du carbone, de l’hydrogène et de l’oxygène, telles que la fécule ou le sucre, peuvent être ainsi transformées en acide carbonique et en eau sans laisser de résidu; mais la combustion vitale des matières azotées donne naissance à d’autres produits, et ces composés, en perdant du carbone, deviennent plus riches en azote, et constituent des principes organiques particuliers, tels que l’urée et l’acide urique.
§ 173. D’après les expériences de MM. Dumas, Boussingaull et Payen, il paraîtrait que la plupart des transformations chimiques opérées dans l’économie animale sont des conséquences de celte sorte de combustion portée plus ou moins loin ; que c’est en oxydant davantage les matières organiques, ou en enlevant à ces composés par la combustion une certaine proportion de carbone ou d’hydrogène, que ces êtres forment les produits variés dont l’analyse chimique nous révèle l’existence, soit dans leurs tissus, soit dans leurs humeurs, elque les matières riches en carbone nécessaire à ces réactions doivent exister toutes formées dans les aliments dont les animaux se nourrissent. Les plantes seules jouissent de la propriété de fixer ainsi du carbone, sous la forme de composés organiques, et par conséquent,
en dernière analyse, ce sont les végétaux qui fabriquent les combustibles destinés à être consumés dans l’économie animale.
L’acide carbonique, l’eau, l’urée et les autres produits résultant delà combustion vitale se mêlent au sang, et sont ensuite expulsés au dehors. Les substances diffusibles,- c’est-à-dire le gaz acide carbonique et une certaine quantité de vapeur d’eau, s’échappent par la surface respiratoire, tandis que les matières non volatiles, telles que l’urée, dissoutes dans une quantité plus ou moins considérable d’eau, sont excrétées par les appareils glandulaires, et principalement par les organes urinaires (1).
Aussi, lorsque chez un animal dont la croissance est achevée, on lient compte du carbone, de 1 hydrogène et de l’oxygène exhalés par la respiration, et de l’azote, du carbone, de l’hydrogène et de l’oxygène, ainsi que des matières minérales expulsées sous la forme d’urine, on retrouve la presque totalité des éléments introduits dans l’organisme par les aliments ou par l’absorption respiratoire : les déjections alvines se composent presque en entier du résidu des aliments laissé par la digestion, mêlé à quelques matières carbonées que sécrète l’appareil biliaire ou la membrane muqueuse intestinale ; mais la propor* lion des substances excrétées de l’organisme parle tube digestif est très-faible, comparativement à celle des produits du travail respiratoire et de la sécrétion urinaire.
Lorsque la croissance n’est pas encore achevée, toute la matière alimentaire n’est pas brfilée et dissipée de la sorte, une portion plus ou moins considérable est fixée dans l’économie et organisée, comme nous l’avons déjà vu, pour devenir partie constituante des corps vivants. Enfin, lorsque la quantité des matières organiques carbonées que l’animal absorbe dépasse de beaucoup celle qui peut être consumée par l’oxygène inspiré, il arrive d’ordinaire que l’excédant de combustible organique se dépose dans l’intérieur du corps, sous la forme de graisse (2), pour être ensuite
(1) Pour plus de détails à ce sujet, je renverrai au 7e volume de mes Leçons sur la physiologie et l'anatomie comparée.
(2) La graisse se dépose dans de petites vésicules membraneuses logées à leur tour dans le tissu connectif, et elle se compose essentiellement de deux matières particulières, 1 oléine et la stéarine , dont l'une est liquide et l'autre solide à la température ordinaire. Les proportions relatives de ces deux substances varient beaucoup chez les différents animaux, et il en résulte des différences correspondantes dans la consistance do leur graisse. En général, les principaux usages de cette matière sont tout mécaniques, et elle sert , comme le ferait un coussin élastique , pour protéger les organes qu elle entoure : c’est ce qui se voit dans l'orbite, où l’oeil repose sur une couche épaisse de graisse, à la plante des pieds, où il s’en trouve aussi une quantité considéra de, et dans d autres parties du corps, exposées à une pression considérable ou à des frottements fréquents. La graisse peut également, à raison de la lenteur avec laquelle elle laisse passer le calorique, contribuer à conserver la chaleur qui se dégage dans
résorbé el brûlé au fur et à mesure des besoins de l’économie.
S’il est vrai que l’oxygène absorbé par la surface respiratoire est employé à brûler du carbone ou de l’hydrogène dans la profondeur de l’économie, il faut que cette combustion soit accompagnée de production de chaleur, de même que lorsque du charbon brûle dans un fourneau ou de l’hydrogène dans une lampe à gaz : or, c’est effectivement ce qui s’observe chez les animaux, et, pour compléter cette esquisse des phénomènes de la nutrition, il ne nous reste plus qu’à dire quelques mots de cette production de chaleur.
DE LA CHALEUR ANIMALE
§ 176. La faculté de produire de la chaleur parait être commune à tous les animaux; mais la plupart de ces êtres développent si peu de calorique, qu’il ne peut être apprécié par nos thermomètres ordinaires, tandis que chez d’autres la production de chaleur est si grande, qu’on n’a pas même besoin d’instruments de physique pour en constater l’existence. Pour mieux juger de cette différence, on n’a qu’à placer un lapin et un poisson, ayant à peu près le même volume, dans deux calorimètres, et à les y entourer de glace à la température de 0 degré, la quantité de ce corps fondue dans un temps donné sera proportionnelle à la quantité de chaleur développée par ces deux animaux. Or, dans l’instrument renfermant le poisson, la quantité de glace fondue dans l’espace de trois heures, par exemple, ne sera pas appréciable, tandis que, dans celui contenant le lapin, on trouvera, après le même laps de temps, plus d’une livre d’eau liquide; et pour fondre cette quantité de glace, il faut autant de chaleur que pour échauffer, depuis la température de la glace fondante jusqu’à l'ébullition, environ trois quarts de ce poids d’eau ; or, cette cha-
l’inlérieur do notre corps. Enfin elle peut aussi être considérée comme uno espèce de réserve de matières nutritives déposée dans certaines parties du corps, afin de servir au travail do la combustion respiratoire, lorsque l’animal ne pourra plus puiser au dehors les substances nécessaires à l’entretien de la vie. En effet, lorsque les personnes grasses restent longtemps sans manger, leur graisse est absorbée peu à peu ; on remarque aussi que les animaux hibernants, qui passent uno grande partie de la saison froide sans. prendre d’aliments et plongés dans un état do léthargie, sont surchargés de graisse lorsqu’ils s'engourdissent, et sont au contraire très-maigres lorsqu'ils se réveillent de ce sommeil de plusieurs mois.
La graisse ne se dépose pas avec la même facilité dans toutes les parties du corps • elle abonde surtout entre les feuillets du mésentère (portion du péritoine qui cnvcloppo les intestins), autour dos reins et sous la peau. Le repos exerce une grande influence sur son accumulation : les tres-jcunes enfants sont ordinairement très-gras j mais lorsqu’ils commencent à faire beaucoup d’exercice, leur graisse se dissipe peu à peu, et tant que l’accroissement du corps est rapide, il est rare qu il s en dépose des quantités considérables.
DE LA CHALEUR ANIMALE
leur n’a pu être fournie que par l’animal soumis à l’expérience.
Cette différence énorme dans la faculté de produire de la chaleur occasionne des différences correspondantes dans la température des divers animaux. Un thermomètre placé dans le corps d’un chien ou d’un oiseau, par exemple, s’élèvera toujours à 36 ou ZiO degrés (centigrades) ; tandis que, dans le corps d’une grenouille ou d’un poisson, il indiquera une température à peu près égale à celle de l’atmosphère au moment de l’expérience.
On donne le nom d 'animaux à sang froid à ceux qui ne produises pas assez de chaleur pour avoir une température propre et indépendante des variations atmosphériques; et l’on appelle animaux à sang chaud, ceux qui conservent une température à peu près constante au milieu des variations ordinaires de chaleur et de froid auxquelles ils sont exposés. Les oiseaux et les. mammifères sont les seuls êtres qui appartiennent à cette dernière catégorie; tous les autres sont des animaux à sang froid.
§ 175. La température de l’homme et de la plupart des autres mammifères ne varie guère que de 36 à 60 degrés; celle des oiseaux s’élève à environ h 2 degrés centigrades.
Du reste, la facnlté de produire de la chaleur varie dans les divers animaux de ces deux classes, et varie aussi dans le même individu, suivant l’ûge et les circonstances où il est placé. Ainsi la plupart des mammifères et des oiseaux produisent assez de chaleur pour conserver la même température en été et en hiver, et pour résister aux causes ordinaires de refroidissement, même à un froid très- vif. Mais il en est d’autres qui produisent seulement assez de chaleur pour élever leur température de 12 ou 15 degrés au-dessus de celle de l’atmosphère ; il en résulte que, pendant l’été, leur température est à peu près la même que celle des autres animaux à sang chaud, mais que, pendant la saison froide, elle s’abaisse beaucoup : or, tous les fois que ce refroidissement atteint une certaine limite, le mouvement vital se ralentit, et l’animal qui l’éprouve tombe dans un état de torpeur ou de sommeil léthargique qui dure jusqu’il ce que la température se relève de nouveau. On appelle animaux hibernants, les êtres qui présentent ce singulier phénomène, el, sous ce rapport, ils sont en quelque sorte intermédiaires entre les animaux à sang chaud non hibernants et les animaux à sang froid. La marmotte (fig. 66) la chauve-souris, le hérisson, appartiennent il cette catégorie d’animaux.
§ 176. Dans les premiers temps de la vie, tous les animaux à sang chaud se rapprochent aussi plus ou moins des animaux à sang troid; de même que ces derniers, ils ne produisent, en général,
pas assez de chaleur pour conserver leur température, lorsqu’ils sont exposés à des causes de refroidissement môme très-légères. Mais l’abaissement de température, et qui est sans inconvénients pour les animaux à sang froid, agit sur ceux-ci d une manière
bien différente ; car toutes les fois qu’il est porté au delà d’un certain degré, ou qu’il dure pendant un temps déterminé, la mort en est la suite. Sous le rapport de la faculté de produire de la chaleur les jeunes animaux à sang chaud qui naissent les veux ouverts, et qui, aussitôt après la naissance, peuvent courir et chercher leur nourriture, diffèrent bien moins des adultes que les mammifères qui naissent les yeux fermés, ou des oiseaux qui, au sortir de l’œuf, ne sont pas encore couverts de plumes. SU on lient des chats ou des chiens nouveau-nés, par exemple, éloignes pendant un certain temps de leur mère et exposés à l’air, meme
en été, ils se refroidissent au point d’en mourir.
Les enfants produisent aussi bien moins de chaleur dans les premiers jours qui suivent leur naissance qu’à une époque plus avancée de leur vie; leur température s’abaisse alors très-facilement et l’influence du froid leur est très-nuisible ; aussi, pendant l’hiver, en meuid-il un bien plus grand nombre que pen-
dd"i771 La produeflon de chaleur dans le corps des animaux est
éviderrmenUiée à ce phénomène de combustion vitale que nous évidemment i l écoriomie, et déterminer la forma-
?V°nL l\cid^carbonique que tous ces êtres expulsent sans cesse
DE LA CHALEUR ANIMALE
tion de l’acide carbonique exhalé, et d’autre part de l’emploi de l’oxygène en excès, pour former de l’eau par sa combinaison avec de l’hydrogène. Aussi les animaux qui produisent le plus de chaleur sont aussi ceux qui consomment le plus d’oxygène, savoir : les oiseaux et les mammifères; et lorsque chez un animal à sang froid, une abeille, par exemple, la respiration devient très-active, la température du corps augmente, tandis que le corps se refroidit même chez les animaux à sang chaud, lorsque leur respiration se ralentit, comme cela a lieu pendant le sommeil léthargique des mammifères hibernants.
La produclion de l’acide carbonique a lieu dans les vaisseaux capillaires de tous les organes, puisque c’est dans ces vaisseaux que le sang rouge devient veineux, et que ce changement est dû à la présence de l’acide carbonique dans ce liquide. Il en résulte donc que la chaleur animale dégagée par cette combustion n’émane pas d’un foyer unique, tel que les poumons, mais de toutes les parties de l’économie.
C’est le sang artériel qui porte dans toutes les parties du corps l’oxygène absorbé par les organes respiratoires et destiné à entretenir la combustion organique ; celte combustion et le dégagement de chaleur qui en résulte dans une partie déterminée du corps de\ront donc être liés à l’abord du fluide nourricier dans cette partie; et en effet, lorsque le sang artériel n’arrive plus en quantité ordinaire dans un membre, celui-ci se refroidit.
Il y a aussi un rapport remarquable entre la richesse du sang et la quantité de chaleur produite par les animaux. I.es oiseaux, qui sont, de tous les animaux, ceux dont la température est la plus élevée, sont aussi ceux dont le sang est le plus chargé de particules solides (en général de l/i ou 15 parties sur 100). Les mammifères, dont la température est un peu moins élevée, ont aussi le sang plus aqueux; en général, le poids des globules et de la fibrine ne constitue que les 9 ou 12 centièmes du poids total de ce liquide. Enfin, chez les animaux à sang froid, tels que les grenouilles et les poissons, on ne trouve guère au delà de 6 centièmes de globules et de fibrine pour 9à parties de sérum.
Du reste, cette fonction importante ne s’exerce pas avec la même énergie dans toutes les parties du corps ; celles où le san" circule avec le plus d’abondance et de rapidité (et où, par conséquent, la vie est plus active) sont aussi celles où il se dégage e plus de chaleur : il en résulte que les organes les plus éloignés du cœur doivent être, toutes choses égales d’ailleurs ceux qui produisent le moins de chaleur, et qui par conséquent se refroidissent le plu, facilement. C'est ce qu'on observe en effet )
la température de nos membres est moins élevée que celle du tronc, et, lorsque nous sommes exposés à l’action d’un froid intense, ce sont ces parties qui se gèlent les premières.
Ainsi, en dernière analyse, c’est la respiration qui est la source de la chaleur animale, puisque c’est par l’absorption respiratoire que l’organisme reçoit l’élément comburant nécessaire à l’entretien de la combustion vitale dont dépend ce dégagement de calorique. Mais, chez les animaux supérieurs, celte combustion ellemême paraît s'effectuer sous l’influence d’un agent physiologique dont nous n’avons pas encore parlé : le système nerveux.
En effet, on a constaté par l’expéi’ience, que tout ce qui tend à affaiblir considérablement l’action du système nerveux tend aussi à diminuer la production de la chaleur. Ainsi, lorsqu’on détruit le cerveau ou la moelle épinière d’un chien, et qu’en imitant, par des moyens artificiels, le mécanisme àl’aide duquel l’air se renouvelle dans ses poumons, on entretient la vie de l’animal ; la production de la chaleur cesse néanmoins, et le corps se refroidit aussi rapidement que le ferait un cadavre placé dans les mûmes circonstances. En paralysant l’action du cerveau au moyen de certains poisons énergiques, tels que l’opium, on produit encore le même effet ; et ces expériences, variées de diverses manières, ont mis hors de doute que l’une des conditions nécessaires au développement de la chaleur animale est l’influence que le système nerveux exerce sur le reste du corps (1).
§ 178. La faculté de produire de la chaleur nous explique pourquoi les animaux à sang chaud ont une température qui peut se soutenir au-dessus de celle de l’atmosphère dont ils sont environnés. Mais comment se fait-il que ces êtres puissent conserver encore la même température lorsqu’ils sont placés dans de l’air plus chaud que leur corps? Un homme, par exemple, peut rester pendant un certain temps dans une étuve sèche où l air est échauffé même à un degré voisin de celui de 1 eau bouillante, sans que la chaleur de son corps augmente notablement, et s’élève au delà de 2 ou 3 degrés.
La faculté de résister ainsi à la chaleur dépend de l’évaporation d’eau qui a lieu continuellement à la surface de la peau ou dans l’appareil de la respiration, et qui constitue la transpiration
(t) Des expériences récentes de M. Cl. liernard paraissent au premier abord en opposition avec ces conclusions, car ce physiologiste a vu que la section des ganglions cervicaux est suivie d'une augmentation de la chaleur de la pat lie de la face a laquelle les nerfs de ceux-ci se distribuent. Mais cel elTel paraît dépendre de ce que les artères de ces parties se dilatent à la suite de celle section des ganglions nerveux, el produisent ainsi un état inflammatoire local.