DES FONCTIONS DE RELATION
§ 179. En faisant l’énumération des diverses facultés dont les animaux sont doués, nous avons vu que les unes étaient exclusivement destinées à assurer l’existence de ces êtres, tandis que d’autres servaient à leur faire connaître ce qui les entoure. Les premières constituent les fonctions de nutrition, dont nous venons de faire l’élude; les secondes, les fonctions de relation, dont nous allons maintenant nous occuper.
§ 180. Lorsqu’on examine ce qui se passe chez un animal dont la structure est des plus simples, et dont les facultés sont des plus bornées, on remarque d’abord qu’il se meut, et que les mouvements qu’il exécute sont déterminés et dirigés par une cause intérieure. Parmi ces mouvements, il en est qui se répètent de la même manière, quelles que soient les circonstances où l’animal se trouve, et qui ne peuvent être modifiés par lui. Mais il en est aussi d’autres qui varient suivant les besoins de 1 animal, et sont soumis à l’empire d’une puissance intérieure que Ton désigne sous le nom de volonté.
Ces deux ordres de phénomènes constituent deux des fonctions les. plus importantes de la vie de relation, savoir : la contractilité , ou la faculté d’exécuter des mouvements spontanés, et la volonté dont dépend la faculté d’exciter celte contractilité et d’en varier les effets, dans la vue d arriver a un résultut prévu par l’animal. Il est une autre propriété inhérente à tous les êtres animés et qui est encore plus remarquable: c’est la sensibilité, ou la faculté de recevoir des impressions par 1 influence dos objets extérieurs, et d’en avoir la conscience.
Ces trois facultés paraissent être communes à tous les animaux,
sli>ulLThuTH^SSenUUinlrer,1VaU '1U'i,S re"f“>. “ "ne surface con-
, , . 011 se fait une évaporation rapide qui refroidit le liquide con-
de froid CT’ C C*1 iPa,r. • J3 "'6me causo 1ue ron ëProl,vo >"ie sensation
mouillée. 'cr?c de dl her Eur la f0™ 01 Tle l’on souffle sur la partie
mais ce ne sont pas les seules qu’on observe chez les êtres animés. On remarque qu’il existe chez tous une force intérieure qui les porte à faire certaines actions utiles à leur conservation, mais dont ils ne peuvent certainement pas prévoir le résultat, et dont la cause ne dépend d’aucun besoin apparent. Ainsi, une foule d’animaux construisent, avec l’art le plus admirable, des demeures destinées à loger leur progéniture, et calculées de manière à répondre à tous les besoins des jeunes, et ils le font toujours de la même manière et avec la môme habileté, môme lorsque, éloignés de leurs semblables depuis le moment de leur naissance, ils n’ont jamais vu exécuter des travaux analogues. D’autres, à une époque déterminée de l'année, émigrent vers des pays lointains dont le climat leur sera plus favorable, et s’y dirigent avec assurance, comme si le but de leur voyage était devant leurs yeux.
On donne le nom d 'instinct à la cause qui porte ainsi les animaux à exécuter certains actes déterminés, qui ne sont pas l’effet délimitation, et qui ne sont pas le résultat du raisonnement. Ces espèces de penchants varient, pour ainsi dire, dans chaque animal, et les phénomènes qui en résultent sont tantôt d’une simplicité extrême, et tantôt d’une complication qui étonne.
D’autres êtres plus privilégiés jouissent encore de facultés intellectuelles, ou du pouvoir de rappeler à l’esprit les idées produites précédemment par les sensations, de les comparer, d’en tirer des idées générales, et d’en déduire des motifs de conduite.
Enfin, il est aussi quelques animaux qui jouissent de la faculté de communiquer à leurs semblables les idées qui les occupent, soit à l’aide de certains mouvements, soit en produisant des sons divers.
Les phénomènes variés à l’aide desquels les animaux se mettent en relation avec les objets qui les environnent peuvent, comme on le voit, se rapporter à six facultés principales : la sensibilité , la contractilité, la volonté, l 'instinct, Y intelligence, Y expression. Les quatre premières existent chez tous les animaux, les deux dernières chez un petit nombre seulement, et la manière dont les unes et les autres s’exécutent varie presque à l’infini.
Chez quelques animauxd’unestructure très-simple, les polypes, par exemple, les diverses facultés de la vie de relation ne sont l’apanage d’aucun organe particulier, toutes les parties peuvent sentir et se mouvoir sans le concours d’un autre organe : mais, chez l’homme et chez l’immense majorité des animaux, l’exercice de toutes ces fonctions est dépendant de l’action d'une partie déterminée du corps qui porte le nom de système nerveux.
DU SYSTÈME NERVEUX
DU SYSTÈME NERVEUX
§ 181. Ce système est formé par une substance particulière molle et pulpeuse, qui est presque fluide dans les premiers temps de la vie, et qui acquiert plus de consistance à mesure que l’homme s’avance vers l’âge mûr. L’aspect de celte substance, que l’on nomme tissu nerveux, varie beaucoup : tantôt elle est blanche, d’autres fois grise ou cendrée; tantôt aussi elle forme des masses plus ou moins considérables; et d’autres fois elle constitue des cordons allongés et ramifiés. Ces derniers organes portent le nom de nerfs, et les premiers celui de ganglions ou de centres nerveux, car ils servent de point de réunion pour tous les filaments dont il vient d’étre question (fîg. 67 et 68).
Les nerfs sont formés par des faisceaux de petits cylindres d’une grande ténuité, qui sont appelés des fibres nerveuses, et qui sont constitués par un axe de substance molle entouré d’un liquide visqueux et d’une gaine membraneuse très-délicate.
Dans les centres nerveux, ces fibres se trouvent mélées à des cellules nerveuses ou ulricules, qui sont arrondies, d’autres fois étoilées, et qui, pour la plupart, donnent naissance à une ou plusieurs des fibres dont il vient d’élre question. On distingue dans leur intérieur un noyau vésiculaire et un amas de substance granuleuse qui est souvent mêlée de matière colorante jaune, grise ou rougeâtre.
§ 182. Dans l’homme et dans tous les animaux qui s’en rapprochent le plus, l’appareil nerveux se compose de deux parties appelées système nerveux de la vie animale, ou cérébro-spinal, et système nerveux de la vie organique ou ganglionnaire, et chacun de ces systèmes se compose, à son tour, de deux parties : l’une, centrale, formée de masses nerveuses plus ou moins considérables; l’autre périphérique, formée de nerfs qui se rendent, de ces centres, aux diverses parties du corps (fig. 68).
§ 183. Système cérébro-spinal de l’homme. — La portion centrale du système cérébro-spinal est souvent désignée sous le nom d’axe cérébro-spinal ou d’encéphale. Elle se compose essentiellement du cerveau, du cervelet et de la moelle épinière, et elle est logée dans une gaine osseuse formée par le crâne et la colonne vertébrale, ou épine du dos.
§ 184. Enveloppes de rencéphaie. — Diverses membranes entourent aussi l’encéphale, et servent â. fixer ou à protéger cet organe, dont la structure est très-délicate, et dont l’importance est extrême.
La première de ces tuniques porte le nom de dure-mère : c’est
I?IG> 07. Système nerveux du Chien (1).
DU SYSTÈME NERVEUX
une membrane fibreuse, ferme, épaisse, blanchâtre, et comme moirée, qui adhère, par plusieurs points de sa surface extérieure, aux parois du crâne et au canal vertébral, et qui forme autour du système nerveux une gaine très-résistante. A sa face intérieure, on remarque plusieurs replis qui s’enfoncent dans des sillons plus ou moins profonds de la masse nerveuse encéphalique, et forment des espèces de cloisons qui empêchent ces parties de se déplacer et les soutiennent de façon qu’elles ne pèsent point les unes surles autres, quelle que soit la position du corps. Enfin il existe dans son épaisseur des canaux veineux très-vastes, qui portent le nom de sinus de la dure-mère, et qui servent de réservoir pour le sang provenant des diverses parties de l’encéphale.
En dedans de la dure-mère se trouve une seconde tunique, nommée arachnoïde, à cause de sa ténuité et de sa transparence qui l’ont fait comparer à une toile d’araignée. Elle appartient à la classe des membranes séreuses, et représente une sorte de sac sans ouverture, replié sur lui-même, qui enveloppe l’encéphale et tapisse les parois de la cavité de la dure-mère, de la même manière que la plèvre enveloppe les poumons, et le péritoine des intestins. Son principal usage est de fournir un liquide qui baigne cet organe et en facilite les mouvements.
Enfin, on trouve encore au-dessous de l’arachnoïde une troisième tunique cellulaire, qui manque dans certaines parties et qui est appelée la pie-mère. Ce n’est pas une membrane proprement dite, mais une trame cellulaire et à peine consistante, dans laquelle se ramifient els’enlrelacenl, dans mille directions différentes, une multitude de vaisseaux sanguins plus ou moins fins et tortueux qui proviennent de l’encéphale, ou qui vont se répandre dans sa substance. En ell'ct, la circulation du sang dans l’encéphale se fait d’une manière toute particulière. Les artères, avant que de pénétrer dans cet organe, dont la texture est extrêmement délicate, se réduisent en vaisseaux capillaires, et cette division a pour but de modérer la force avec laquelle le sang y arrive.
§ 185. Encéphale. — L’axe cérébro-spinal, qui est protégé par ces diverses enveloppes, se compose, comme nous l’avons
(t) fl, cerveau; b, cervelet; — c, moelle allongée; — d, d, moelle épinière; e> e< ganglions spinaux situés sur les racines postérieures des nerfs rachidiens ; —r ft fj f, nerfs intercostaux; les autres ont été coupés près de leur sortie de la colonne vertébrale; g, plexus formé par les nerfs des membres antérieurs ; — h, plexus 01 nie par les nerfs des membres postérieurs; — t, i, i( nerfs pneumogastriques, se rendant au cœur, aux poumons, à l'estomac, etc.; — k, k, k, système nerveux ganglionnaire ou grand sympathique ; — t, plexus des iicrfs des intestins ; — m, ganglion semi-lunaire et plexus solaire, dont partent plusieurs des branches du système ganglionnaire qui se rendent & l’estomac, nu foie, etc. b b
pI(J> os. Sys’tèmo nerveux de l'Homme.(i).
DU SYSTÈME NERVEUX
déjà dit, de plusieurs organes distincts; mais toutes ces parties sont intimement unies entre elles, et peuvent être considérées comme une continuation les unes des autres. Sa portion antérieure ou supérieure est très-volumineuse et occupe 1 intérieur du crâne : c’est à elle surtout que convient le nom d 'encéphale. On y distingue deux parties principales, le cerveau et le cervelet; l’un et l’autre se continuent inférieurement avec un gros cordon nerveux, logé dans la colonne épinière et appelé la moelle épinière.
§ 186. cerveau. — Le cerveau (fig. 68, a, fig. 69, a, b, c) est la portion la plus volumineuse de l’encéphale de l’homme: il occupe toute la partie supérieure du crâne depuis le front jusqu’à l’occiput. Sa forme est celle d’un ovoïde, dont la grosse extrémité est tournée en arrière ; sa face supérieure est assez régulièrement bombée ; sur les côtés il est un peu comprimé, et en dessous il est aplati. On y distingue d’abord deux moitiés latérales, nommées hémisphères du cerveau, et séparées par une scissure profonde dans laquelle s’enfonce une cloison verticale formée par un repli de la dure-mère, et appelée, à cause de sa forme, la faux cérébrale. En avant et en arrière, cette scissure divise le cerveau dans toute sa hauteur ; mais, au milieu, elle n’en occupe que la partie supérieure, et est bornée inférieurement par une lame médullaire qui s’étend d’un hémisphère à l'autre, et qui se nomme corps calleux, ou mésolobe (fig. 69, f). La surface de ces hémisphères est creusée par un grand nombre de sillons tortueux et irréguliers et plus ou moins profonds, qui séparent des éminences arrondies sur les bords, contournées sur ellesmêmes, et ayant quelque ressemblance avec les replis de l’intestin grêle dans l’abdomen. Ces éminences portent le nom de circonvolutions du cerveau , et les sillons qui les séparent, et qui logent des replis de la lame intérieure de l’arachnoïde, sont appelés anfractuosités. Ils sont plus ou moins profonds, et il est à remarquer que, dans l’enfant naissant et dans la plupart des animaux, même les plus voisins de l’homme, les circonvolutions sont peu prononcées. Ala face inférieure du cerveau, on distingue encore dans chaque hémisphère trois lobes séparés entre eux par des sillons transversaux, et désignés sous le nom de lobes anté-
(i) a, cerveau ; — b, cervelet ; — c, moelle épinière ; — d, nerf facial ; — e, plexus brachial formé par la réunion de plusieurs nerfs qui proviennent du la moelle épinière •
— f, nerf médian du bras; — g, nerf cubital ; — h, nerf culané interne du bras ■
i, nerf radial et nerf musculo-culané du bras ; — j, nerfs intercostaux • — plexus
fémoral formé par plusieurs nerfs lombaires et donnant naissance au nerf crural •
f, plexus sciatique donnant naissance au nerf principal des membres inférieurs, lequel se divise ensuite pour former lo nerf tibial (m), le nerf péronier externe (n) le nerf saphène externe (o), etc. «
rieur, moyen et postérieur {b, c, d, fig. 69). Ou remarque aussi dans cette partie du cerveau deux éminences arrondies, placées prés
Fig. 69. — Coupe du cerveau, elc. (1).
de la ligne médiane ( éminences mamillaires ), et deux pédoncules très-gros, qui semblent sortir de la substance de cet organe,
(1) Coupe verticale du cerveau,' du cervelet et de la moelle allongée : — a, lobe antérieur du cerveau; — b, lobe moyen; — c, lobe postérieur du cerveau; — d, cervelet ; — e, moelle épinière; — f, coupe du corps calleux situé au fond de la scissure qui sépare les deux hémisphères du cerveau; au-dessus de celle bande transversale de matière blanche se trouvent les vonlricules latéraux du cerveau; — g, lobes optiques cachés sous la face inférieure du cerveau; — 1, nerfs olfactifs ; — 2, oeil dans lequel vient se terminer le nerf optique, dont on peut suivre la racine sur les côtés de la protubérance annulaire jusqu’aux lobes optiques : derrière l’œil on voit le nerf de lu troisième paire ; — 4, nerf de la quatrième paire, qui se distribue, comme le précédent, aux muscles de l'œil; — 5, branche maxillaire supérieure du nerf de la cinquième paire; — 5', branche ophthalmiquc du même nerf; — 5", branche maxillaire inférieure du même nerf; — G, nerf de la sixième paire se rendant aux muscles de l'œil; — 7, nerf facial : au-dessous do l'origine do ce nerf on voit un tronçon du nerf acoustique; — 9, nerf delà neuvième paire, ou nerf glosso-pharyngien ; — 10, nerf pneumogastrique ; — 11, nerf de la onzième paire, ou nerf hypoglosse ; — 12, nerf do ln douzième paire, ou nerf spinal^ — 14 et 15, nerfs cervicaux.
DU SYSTEME NERVEUX
pour se continuer avec la moelle épinière ( cuisses du cerveau ou pédoncules cérébraux) . C’est également de celte partie du cerveau que sortent les nerfs auxquels ce viscère donne naissance.
La surface du cerveau est presque entièrement formée de substance nerveuse grise ; mais dans son intérieur on ne trouve guère que de la substance blanche. Lorsqu'on incise cet organe, on voit aussi qu’il existe dans son intérieur diverses cavités qui communiquent toutes au dehors, et qui sont appelées les ventricules du cerveau (tig. 69, f).
§ 187. cervelet. — Le cervelet est placé au-dessous de la partie postérieure du cerveau (fig. 68, 6; fig. 69, d, et fig. 70, e), et n’a pas le tiers du volume de cet organe, même chez l’homme adulte, où il est proportionnellement plus gros que chez l’enfant. On y distingue, comme au cerveau, deux hémisphères ou lobes latéraux séparés par une rainure, et un lobe moyen situé en arrière et en bas, dans l’enfoncement dont nous venons de parler. La surface des hémisphères et du lobe moyen est formée par la matière grise, et ne présente point de circonvolutions mais un grand nombre de sillons à peu près droits et placés parallèlement les uns à côté des autres, de façon à diviser cet organe en une multitude de lames disposées comme les feuillets d’un livre. Inférieurement, le cervelet se continue avec la moelle épinière au moyen de deux pédoncules courts et gros et dans le même point il entoure ce dernier organe par une bande de substance blanche qui se porte transversalement d’un hémisphère à l’autre, en passant au devant de la moelle épinière avec laquelle elle est intimement unie, et qui porte le nom de protubérance annulaire ou de pont de Varole (I).
§ 188. i.ohoH optiques. — Lorsqu’on soulève les lobes postérieurs du cerveau, on voit, entre cet organe et le cervelet quatre petites éminences arrondies, placées par paires de chaque côté de la ligne médiane (fig. 69, g). Elles s’élèvent sur la face postérieure des prolongements médullaires, qui se portent du cerveau à la moelle épinière, et elles constituent ce que les anatomistes appellent les lobes optiques ou tubercules quadrijumeaux dont nous aurons souvent à parler dans la suite de ces leçons. ’
§ 189- Moc,,« épinière. — La moelle épinière (fig. *68 cfig. 70, f) est en quelque sorte un prolongement du cerveau’ et du cervelet. Elle a la forme d’une grosse corde et présente en avant comme en arrière, un sillon médian et longitudinal oui la divise en deux moitiés latérales et symétriques. A sou cxlré-
(t) Ainsi nommé en l’honneur d’un analomisle célèbre du xvic siècle, Varoli.
mité supérieure (à laquelle les anatomistes donnent le nom de d a b moelle allongée), on remarque divers
, ; renflements, appelés corps olivaires,
pyramidaux et restiformes, et de chaque côté on en voit sortir successivement un grand nombre de nerfs dont les premiers se dirigent directement en dehors, mais dont les derniers descendent déplus en plus obliquement, de façon que la moelle épinière paraît se terminer en se divisant en un grand nombre de filaments longitudinaux, disposés^, peu près comme les crins d’une queue de cheval (fig. 70, j), ressemblance grossière qui a valu à cette partie le nom de l’objet auquel on l’a comparée. Au niveau de l’origine des nerfs qui se distribuent aux membres thoraciques, la moelle épinière présente un renflement bien sensible; elle se rétrécit ensuite, et son volume augmente de nouveau vers la partie d’où naissent les nerfs des membres abdominaux ; enfin, son extrémité inférieure est très-gréle et se trouve vers la partie supérieure de la région lombaire de la colonne vertébrale.
La moelle épinière se compose, comme le cerveau et le cervelet, de deux substances médullaires de couleurs différentes; mais ici la matière grise, au lieu d’étre située à la surface de l’organe, en occupe la profondeur, et c’est la matière blanche qui la recouvre. La gaine formée par la
Fig. 70. — Axe cérébro'-spinal (1).
dure-mère n’est pas occupée en entier par la moelle épinière,
(1) Système nerveux cérébro-spinal vu par sa face antérieure (les nerfs étant coupés à peu de distance de leur origine) : — a, cerveau ; b, lobe antérieur do l'bémisphèro gauche du cerveau; — c, lobe moyen; — d, lobe postérieur, presque entièrement caché par le cervelet; — c, cervelet; — f, — moelle allongée ; - I. moelle épinière ; — 1, nerfs de la première pairo, ou nerfs olfactifs ; — 2, nerfs optiques, ou nerfs de la seconde paire; — 3, nerfs de la troisième paire qui naissent derrière l’entrecroisement des nerfs optiques, au devant du pont do Varole et au-dessus des pédoncules du corveau ; — 4, nerfs de la quatrième paire; — 5, nerfs trifaciaux ou
DU SYSTEME NERVEUX
mais est distendue par une quantité considérable de liquide au milieu duquel celle-ci est suspendue, disposition admirablement bien calculée pour la préserver des pressions ou des commotions qui pourraient résulter des mouvements trop violents de la colonne vertébrale ou de toute autre cause, et qui produiraient sur cette partie du système nerveux des accidents encore plus graves que sur le cerveau.
§ 190. structure «le l’encéphale. — Nous avons dit que la substance qui forme l’axe cérébro-spinal était molle et pulpeuse; dans la matière blanche on peut cependant distinguer des libres, et l’étude de la marche qu’elles suivent conduit à l’explication de certains phénomènes des plus remarquables.
La moelle épinière présente, comme nous l’avons déjà dit, deux moitiés qui sont unies entre elles par des bandelettes formées principalement de fibres médullaires transversales ; de chaque côté on trouve aussi, dans la substance blanche de cet organe, un grand nombre de libres longitudinales qui, à la partie supérieure, se réunissent en six faisceaux principaux. Quatre de ces faisceaux occupent la face antérieurede la moelle allongée, où ils constituent les renflements désignés sous le nom de pyramides antérieures et corps olivaires, et ilspénètrent ensuite dans le cerveau. Une partie des libres des pyramides présentent une particularité très-remarquable : celles du côté droit se portent à gauche, et celles du côté gauche à droite. Ce n’est qu’après cet entrecroisement qu’elles s’enfoncent dans la protubérance annulaire, et, en continuant leur marche en avant, constituent les pédoncules du cerveau. Ces fibres divergent ensuite et se répandent dans les circonvolutions inférieures, antérieures et supérieures deslobcs antérieurs et moyens du cerveau. Les fibres longitudinales qui sortent des éminences olivaires montent, comme celles des pyramides, à travers la protubérance annulaire, et vont former la partie postérieure et interne des pédoncules cérébraux ; elles traversent, comme celles des pyramides, diverses masses de subite la cinquième paire; — 0, nerfs de ta sixième paire couche's sur le pont de Varole ; — T, nerfs de ta septième paire, ou nerfs faciaux, et nerfs de la huitième paire, ou nerfs acoustiques; — 9, nerfs de la neuvième paire, ou glosso-pliarynqiens ;
10, nerfs de la dixième paire, ou pneumogastriques; — 11, nerfs des onzième et
douzième paires, — 13, nerfs de la treizième paire, ou nerfs sous-occipitaux*
11, 15, 16, trois premières paires de nerfs cervicaux; — g, nerfs cervicaux formant
lo plexus brachial ; — 25, l’une des paires de nerfs de la partie dorsale de la moelle cpmicrc; — 53, l’uuc des paires do nerfs lombaires; — h, nerfs lombaires et sacrés tonnant les plexus d’où naissent les nerfs des membres inférieurs; — i cl j, Icrminanon de la moelle épinière appelée queue-de-cheval ; — k, nerf sciatique screndant aux membres inférieurs. *
stance grise, augmentent de volume et de nombre, et, en suivant des directions différentes, forment diverses parties du cerveau, telles que les couches des nerfs optiques et les corps striés ; enfin elles s’épanouissent dans les circonvolutions dont la masse entière constitue leshémisphères cérébraux ; parl’intcrmédiaire d’autres fibres transversales, les deux moitiés du cerveau communiquent entre elles, et ces fibres forment le corps calleux dont nous avons déjà parlé, ainsi que plusieurs autres bandes transversales désignées par les anatomistes sous le nom général de commissures.
Les fibres longitudinales des pyramides postérieures de la moelle épinière se réunissent à quelques fibres venant desparlies voisines de la moelle allongée, et constituent ainsi les pédoncules du cervelet, qui plongent jusqu’au centre de l’hémisphère correspondant de cet organe, et envoient vers sa circonférence une multitude de feuillets qui se subdivisent et forment, par leur assemblage, des espèces de rameaux enveloppés de matière grise et appelés par quelques anatomistes l’arbre de vie (fig. 69, d ). On distingue aussi, dans le cervelet, des fibres transversales qui font communiquer entre eux les deux hémisphères. Une partie de celles-ci entourent la moelle allongée en avant, et forment la protubérance annulaire, dont il a déjà été question.
§ 191. njerfs. — Les nerfs, qui naissent de l’encéphale et qui établissent la communication entre ce système et les diverses parties du corps, sont au nombre de quarante-trois paires (voy. fig. 68, page 141, et lig. 69, page 144). Ils proviennent tous de la moelle épinière ou de la base du cerveau, et on les distingue, d’après leur position, par des numéros d’ordre, en procédant d’avant en arrière. Les douze premières paires naissent de l’encéphale (fig. 69), et sortent de la boîte osseuse du crâne par les divers trous situés à sa base. Les trente et une paires suivantes proviennent de la port ion de la moelle épinière qui est renfermée dans le canal vertébral, et sortent de celte gaine osseuse par des trous situés de chaque côté entre les vertèbres.
Chacun de ces nerfs se compose d'un grand nombre de faisceaux formés par des fibres médullaires et entourés d une membrane nommée névrilème. Ces fibres élémentaires sont en général d’une ténuité extrême, et se portent parallèlement entre elles d’une extrémité du cordon nerveux à l’autre, sans jamais se réunir et se diviser ; par leur extrémité supérieure, elles se continuent aussi sans interruption avec les fibres de la moelle épi nière ou de la base du cerveau, et, par leur extrémité opposée, elles vont se terminer dans les organes auxquels elles sont destinées. En général, les différents faisceaux de fibres médullaires
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appartenant au môme nerf ne sont pas tous réunis au moment où ils quittent l’encépliale, et il en résulte que le nerf présente à son origine plusieurs racines. A mesure qu’ils s’éloignent de ce point, ces faisceaux se séparent pour se rendre à des parties différentes, de façon que le nerf lui-méme semble se di\iser successivement en branches, en rameaux et en ramuscules. Quelquefois aussi certains de ces faisceaux ou de leurs fibres constitutives, après s’ètrc séparés de la sorte, vont s accoler à quelques nerfs voisins pour en suivre le trajet, et il en résulte ce que les anatomistes appellent des anastomoses (1) ou des plexus (2). Enfin, lorsqu’une branche nerveuse est parvenue dans l’organe où elle doit se rendre, ses fibres primitives s’y répandent et s’y terminent presque toujours en formant des anses.
Les nerfs qui sortent de la moelle épinière en naissent par deux racines composées chacune de plusieurs faisceaux (fig. 71) : l’une de ces racines provient de la partie antérieure de cet- organe, l’autre de sa partie postérieure ; et cette dernière racine, avant que de se réunir à la première, présente un renflement ou ganglion, composé en partie de substance médullaire grise. Quelques-uns des nerfs cérébraux présentent une disposition semblable ; mais il en est d’aulres qui n’en offrent aucune trace; et, comme nous le verrons bientôt, cette différence est indicative d’autres particularités dans les propriétés physiologiques de ces cordons médullaires.
§ 192. Système ganglionnaire. — Le système nerveux gan-
(1) Les nerfs ayant été regardés par quelques anatomistes comme des canaux destinés à conduire le fluide nerveux, on a donné le nom d 'anastomoses à la réunion de leurs branches ou de leurs rameaux ; mais ce mot, comme nous l’avons déjà dit, signifie réellement un abouchement ou une communication entre deux vaisseaux, cl, par conséquent, ne devait pas être employé ici : car, lorsqu’une fibre nerveuse sc sépare d’un nerf pour s’accoler à un autre, elle ne se confond avec aucune des fibres de celui-ci, et continue son trajet sans interruption jusque dans la partie à laquelle elle est destinée.
(2) Plexus (de pleclo, j’entremêle) est le nom que l'on donne à une espèce do lacis formé par la réunion de plusieurs nerfs ou vaisseaux. Les principaux plexus nerveux sont ceux formés par les nerfs des membres, peu après leur sortie de la colonne vertébrale (voy. fig. 67, g, h; fig. G8, e, l, et fig. 70, g, h).
(3) Tronçon de la moelle épinière, montrant la disposition des nerfs qui en naissent : — a, moelle épinière; — b, racine postérieure de l’un des nerfs spinaux; — c, ganglion situé sur le trajet de cette racine ; — d, racine antérieure du même nerf, allant se réunir à la racine postérieure, au delà du ganglion ; — e, tronc commun formé par la réunion de cos deux racinesj — f, petite branche qui va s’anastomoser avec le nerf grand sympathique.
glionnaire, appelé aussi nerf grand sympathique, ou système ner-
S-JAtf.K
Fig. 12. — Forlion supérieure üu système ganglionnaire, etc. (1).
Ml Celte Heure tirée du Traité d’anatomie humaine do M. Sappey, représente les
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DU SYSTÈME NERVEUX
veux de la vie organique, so compose d’un certain nombre de petites masses nerveuses bien distinctes, mais liées entre elles par des cordons médullaires, et de divers] nerfs qui vont s'anastomoser avec ceux du système cérébro-spinal, ou se distribuer dans les organes voisins. Ces centres nerveux portent le nom de ganglions: on en trouve à la tête, au cou (fîg. 72, n03 2û, 25 et 26), dans le thorax (n03 27 à 30), et dans l’abdomen. La plupart d’entre eux sont placés symétriquement de chaque côté de la ligne médiane au devant de la colonne vertébrale, et forment ainsi une double chaîne depuis la tète jusqu’au bassin ; mais on en trouve aussi dans d’autres parties : près du cœur, et dans le voisinage de l’estomac, par exemple.
Les nerfs du système cérébro-spinal serendent aux organes des sens, à la peau, aux muscles, etc. ; ceux qui font partie du système ganglionnaire se distribuent aux poumons, au cœur, à l’estomac, aux intestins, aux parois des vaisseaux sanguins. En un mot, les premiers appartiennent principalement aux organes de relation, les derniers aux organes de nutrition.
§ 193. Système nerveux îles autres animaux. — Le système nerveux de tous les mammifères, des oiseaux, des reptiles et des poissons, est conformé d’après le même plan général que celui de l’homme. Chez tous ces animaux, il existe un cerveau, un cervelet et une moelle épinière ; des nerfs naissent de cet axe cérébro-spinal et se distribuent aux divers organes de la vie de relation ; enfin, il existe aussi un système ganglionnaire pourvu également de nerfs et destiné aux principaux organes de la vie de nutrition.
Fie. 73. — Système nerveux d'un insecte (Carabe des jardins).
brandies s’anastomosent avec des filets du grand sympathique et se distribuent aux poumons, à l'estomac, etc. — C, 7, branches du pneumogastrique se rendant au larynx. — 9, 9, nerf récurrent, branche du pneumogastrique qui remonte du la base du cou jusqu’au larynx. — 10, 11, rameaux cardiaques, se rendant au cœur. — 13, plexus pulmonaire. — 14, nerf lingual. — 15, partie terminale du nerf grand hypoglosse. — 10, nerf glosso-pharyngicn. — 17, nerf spinal. — 18, nerf cervical de la deuxième paire. — 19, troisième nerf cervical. — 23, sixième, septième et huitième nerfs cervicaux s’anastomosant avec le premier nerf dorsal pour former le plexus brachial.
24, ganglion cervical supérieur du grand sympathique. — 25, ganglion cervical moyen. — 20, ganglion cervical inférieur. — 27 h 30, ganglions dorsaux.
Mais, chez les mollusques, les insectes, les crustacés et les autres animaux sans vertèbres, il n’en est pas de même ; chez ceux-ci, l’axe cérébro-spinal paraît manquer, et tous les nerfs du corps vont se réunir dans un certain nombre de ganglions plus ou moins éloignés entre eux (fig. 73). Enfin, dans la grande division des zoophytes, on ne trouve tout au plus que des vestiges d’un système nerveux rudimentaire, et souvent cet appareil paraît manquer complètement. En faisant l’histoire de ces divers groupes d’animaux, nous aurons occasion d’indiquer les particularités qu’ils présentent à cet égard.
Telles sont les diverses parties dont se compose l’appareil nerveux de l’homme et des autres animaux supérieurs; voyons maintenant quels en sont les usages, et occupons-nous en premier lieu de l’étude delà sensibilité.
DE LA SENSIBILITÉ
§ 19/). La sensibilité, avons-nous dit, est la faculté de recevoir des impressions et d’en avoir la conscience. Elle appartient à tous les animaux ; mais le degré auquel elle se développe varie pour presque chacun d’entre eux. A mesure que l’on s’élève dans la série zoologique et que l’on se rapproche de l’homme, on voit les sensations devenir de plus en plus variées ; l’animal acquiert le pouvoir de prendre connaissance d’un plus grand nombre des propriétés que possèdent les objets dont il est environné et d’en mieux apprécier les nuances différentes ; les impressions produites deviennent plus vives, et, à mesure que la faculté de sentir se perfectionne ainsi, on voit la structure des organes de la vie de relation se compliquer de plus en plus ; car ici, de môme que pour toutes les autres fonctions, c’est par a division du travail que la nature arrive à des résultats déplus en plus parfaits.
§ 195. Partout où les sensations produites par les objets extérieurs sont un peu variées , il existe un système nerveux distinct, et c’est de son action que dépend la faculté de sentir. La slruclure en est d’abord très-simple, et alors toutes les parties qui le composent paraissent remplir à peu près les mêmes fonctions. Dans le ver de terre, par exemple, c’est un cordon noueux étendu dans toute la longueur du corps, et dont toutes les parties possèdent les mêmes propriétés ; car, si l’on coupe l’animal, transversalement, en plusieurs tronçons, on voit chacun des fragments continuer à sentir et à se mouvoir comme auparavant; mais, dans les êtres dont l’organisation est plus compliquée et dont les fa-
DE LA SENSIBILITE
cultés sont plus parfaites, cet appareil se compose, comme nous l’avons déjà vu, de plusieurs parties dissemblables, et alors chacune de celles-ci agit aussi d’une manière différente des autres, et remplit des fonctions spéciales. Ce sera donc chez l’homme et chez les autres animaux supérieurs que l’étude de ces fonctions nous offrira le plus d’intérêt.
§ 196. Fonction» <ics nerf». — Toutes les parties de notre corps ne sont pas également douées de sensibilité ; quelques organes possèdent cette propriété à un haut degré, tandis que d’autres peuvent être excités de toutes les manières, froissés par des corps étrangers, coupés et même déchirés, sans que l’animal en éprouve la moindre sensation. Or, les parties les plus sensibles sont toujours celles qui reçoivent le plus grand nombre de nerfs; et là où il n’y a point de nerfs, il n’y a pas de sensibilité. Si Ton fait une incision à la patte d’un animal vivant, et que Ton mette à découvert le nerf qui se rend à celle partie, on remarque aussi que ce cordon est doué d’une sensibilité extrême; pour peu qu’on le pince ou qu’on le pique, l’animal montre tous les signes d’une douleur des plus vives, et les muscles auxquels le nerf ainsi blessé se distribue sont agités par des contractions convulsives.
D’après cela, on pourrait déjà deviner que c’est aux nerfs que nos organes doivent leur sensibilité, et pour mettre ce fait hors de doute, il suffit de détruire l’un de ces cordons; car si Ton pratique l’expérience sur un des membres d’un animal vivant, toutes les parties auxquelles le nerf se rendait sont aussitôt frappées de paralysie, c’est-à-dire privées de la faculté de sentir et de se mouvoir.
Mais ce nerf, dont l’action est indispensable à l’exercice de ces fonctions, est-il en relation directe avec l’àme, et est-il chargé de déterminer les mouvements et de percevoir les sensations? ou bien remplit-il seulement le rôle d’un conducteur, cl est-il destiné uniquement à transmettre aux muscles l’excitation développée dans un autre organe par l’influence de la volonté, et à porter à cette partie, qui serait en même temps le siège de la perception des sensations, les impressions résultant du contact d’un objet extérieur avec la surface du corps ou de l’action de tout autre stimulant?
Pour résoudre cette question, les physiologistes ont eu encore recours à des expériences sur les animaux vivants.
Si Ton coupe, dans un point quelconque de sa longueur, le nert qui se rend à la patte postérieure d’une grenouille, par exemple, et que Ton pique ou que Ton pince l’extrémité ainsi
séparée du reste du système nerveux, on voit qu’elle est complètement insensible, tandis que la partie située au-dessus de la section conserve toute sa sensibilité ; les parties du membre qui reçoivent des branches nerveuses du fragment inférieur du nerf sont également paralysées.
Un nerf séparé du système dont il faisait partie cesse donc de remplir ses fonctions; il ne peut, par conséquent, être le siège de la perception des sensations, et l’on doit nécessairement conclure qu’il sert à transmettre à l’organe où s’exerce cette fonction les impressions reçues par les parties douées de sensibilité.
C’est, en effet, ce qui est démontré clairement par toutes les recherches faites à ce sujet sur les animaux; et en observant les phénomènes déterminés par certaines opérations chirurgicales, il a été facile de s’assurer qu’il en est de même chez l’homme. L’impression produite par le contact d’un corps avec le nerf luimême, ou avec la partie dans laquelle ce nerf se ramifie, ne peut être perçue, et ne peut, par conséquent, produire une sensation, si elle n’est transmise par le nerf à d’autres organes.
§ 197. Ce fait une fois bien établi, on est naturellement conduit à se demander où les sensations doivent arriver pour que l’animal en ait la conscience; quel est l’organe chargé de les percevoir; ou, en d’autres termes, quel est le siège du moi, quelle est la partie matérielle de l’économie qui est unie directement au ‘principe vital des animaux privés déraison ou à l’âme de l'homme.
§ 198. ïnfiucnce de l'encéphale. — Les nerfs dont nous venons d'étudier les fonctions aboutissent tous au cerveau ou ù la moelle épinière, qui elle-même se termine dans le cerveau ; il est donc évident que c’est dans une partie quelconque de l’encéphale que doit résider celte faculté de perception. Cherchons par l’expérience si c’est dans la moelle épinière, dans le cervelet ou dans le cerveau.
Lorsqu’on pratique sur la moelle épinière les mêmes expériences que celles déjà faites sur les nerfs qui en partent, on remarque d’abord que cet organe est extrêmement sensible : la moindre piqûre produit une douleur vive et des mouvements convulsifs; et si ou le coupe en travers, on voit aussitôt une paralysie complète de toutes les parties dont les nerfs naissent au-dessous de la section, tandis que celles dont les nerfs proviennent de la portion de la moelle épinière encore en communication avec le cerveau continuent a jouir de la faculté de sentir et de se mouvoir.
En ayant soin d’entretenir artificiellement la respiration de
DE LA SENSIBILITÉ
manière empêcher l’animal ainsi expérimenté de périr asphyxié à la suite de la paralysie des muscles inspirateurs, on peut constater que toutes les parties de la moelle épinière perdent la faculté de déterminer des mouvements volontaires et celle de donner naissance à des sensations aussitôt qu elles sont séparées du cerveau, et l’on en doit conclure que ce n est pas dans ce cordon rachidien que réside la faculté de percevoir les sensations ou de déterminer les mouvements volontaires.
Mais il en est tout autrement pour le cerveau. Si l’on met à nu les deux hémisphères de cet organe chez un animal vivant (chez un pigeon, par exemple), et qu’on irrite leur surface avec la pointe d’un instrument tranchant, on est d’abord frappé de leur insensibilité: on peut couper et déchirer la substance du cerveau sans que l’animal donne le moindre signe de douleur et sans qu’il paraisse s’apercevoir de la mutilation qu’on lui fait subir; mais si, comme l’a fait M. Flourens, on enlève cet organe, l’animal tombe dans un état de stupeur dont rien ne peut le faire sortir. Tout son corps devient insensible, ses sens n'agissent plus; et s’il se remue, ce n’est que poussé par quelque cause étrangère et sans que la volonté paraisse entrer pour rien dans la détermination de ses mouvements.
On voit par cette expérience que l’action du cerveau est indispensable à la perception des sensations et à la manifestation de la volonté, et que c’est à cet organe que les impressions reçues par les nerfs doivent arriver pour que l’animal en ait la conscience.
§ 199. Dans la fonction de la sensibilité, il y a donc une division du travail bien remarquable: les parties qui, parleur contact avec les corps étrangers, sont susceptibles de donner naissance à des sensations, ne peuvent pas percevoir elles-mêmes ces impressions, et, d’un autre côté, l’organe qui est le siège exclusif de la perception de ces impressions ne peut lui-même en recevoir directement; il est insensible et ne peut être excité que par les impressions qui lui sont transmises par l’intermédiaire des nerfs.
Ainsi, on peut distinguer dans l’appareil de la sensibilité trois propriétés, savoir : 1° la faculté de recevoir, au contact d’un corps étranger ou de quelque autre agent, une impression de nature à donner naissance à une sensation ; 2° la facullé de transmettre ces impressions, du point où elles ont été produites, à l’organe chargé de les percevoir; 3° celle de donner à l’animal la conscience de leur existence, ou de les percevoir.
11 résulte des expériences de M. Flourens et de quelques autres
physiologistes, que, chez les animaux qui avoisinent l’homme, tels que les mammifères et les oiseaux, cette dernière faculté réside principalement dans les hémisphères du cerveau ; et, comme nous l’avons vu il y a un instant, la faculté de recevoir des impressions et de les conduire au cerveau, où elles doivent être perçues, est l’apanage des nerfs.
§ 200. 11 est aussi à noter que, dans la transmission des impressions vers le cerveau, chacune des fibres élémentaires d’un nerf agit d’une manière complètement indépendante des fibres voisines ; et comme ces fibres, seulement accolées en faisceaux, ne se réunissent jamais entre elles, mais continuent chacune leur trajet jusque dans l’encéphale, il en résulte que les sensations venant des différents points du corps arrivent chacune par une route particulière et ne se confondent pas entre elles. Nous jugeons du siège delà sensation par la voie à l’aide de laquelle elle parvient à notre cerveau, et c’est toujours à la partie du corps où se termine la fibre nerveuse élémentaire ainsi mise en action que nous rapportons la sensation produite (1).
§ 201. Nerfs «le ia sensibilité. — Du reste, tous les nerfs du corps ne possèdent pas la propriété de transmettre les sensations; il en est qui sont consacrés exclusivement aux mouvements, et parmi les nerfs de la sensibilité, tous ne jouissent pas de la faculté de conduire au cerveau les mêmes impressions. La sensibilité de certains nerfs ne peut pas toujours être mise enjeu par des agents qui sont susceptibles d’exciter des sensations dans d’autres nerfs : ainsi la lumière, par exemple, produit une sensation vive lorsqu’elle frappe sur la partie terminale des nerfs optiques, mais n’est susceptible d’émouvoir aucun des autres nerfs de l’économie; et ces nerfs optiques, si sensibles à l’influence de cet agent subtil, peuvent être comprimés, piqués ou déchirés, sans qu’il en résulte aucune sensation de douleur; tandis que les nerfs spinaux, qui restent indifférents à l’action de la lumière, conduisent avec la plus grande perfection les sensa-
(I) I.a sensation dépendante de l'excitation d’un nerf csl encore rapportoe par l’intelligence à l’organe où ce nerf se distribue, lors meiue que celte excitation «a son siège plus près du cerveau, sur un point quelconque du trajet de ce nerf. Ainsi, lorsque l’on comprime le nerf radial au coude, c’est dans la main que la douleur semble exister, parce que c’est dans cette dernière partie que le nerf en question va se terminer. C’est également pour celle raison qu’après la section d un nerf, on cprou\e souvent de la douleur dans la partie où ce nerf se distribuait, et où la sensibilité est cependant complètement détruite. Enfin, la connaissance de ce fait nous explique aussi comment, après l’amputation d un membre, le malade peut éprouver des sensations dont le siège semble être dalis la partie qu'il a perdue : c est qu il rapporte instinctivement aux organes où allaient se terminer les diver?es branches du nerf coupé l’excitation dont le tronçon de ce nerf est maintenant lo siège.
DE LA SENSIBILITE
lions produites par le contact matériel d’un corps étranger, et ne peuvent être excilés de la sorte un peu fortement sans qu’il en résulte une douleur plus ou moins intense.
§ 202. Modifications de i« sensihiiifé. — Il existe donc différentes espèces de sensibilité aptes à être mises en jeu par des excitants différents : c’est de lu sorte que nouspouvons apprécier les diverses propriétés physiques des objets dont nous sommes entourés; et ce sont ces modifications de Insensibilité qui constituent les cinq sens dont l’homme et la plupart des animaux sont doués.
La sensibilité tactile ou le toucher, la sensibilité gustative ou le goût, la sensibilité olfactive ou l’odorat, la sensibilité auditive ou l’ouïe, et la sensibilité optique ou la vue, sont par conséquent autant de facultés distinctes, ayant chacune leurs instruments particuliers, dont l'action est excitée par des causes distinctes et dont le jeu nous procure des connaissances différentes. Le contact d’un corps qui résiste à la pression, ou qui est notablement plus chaud ou plus froid que nos organes, détermine, dans les parties qui jouissent de la sensibilité tactile, des sensations particulières, d’après lesquelles nous jugeons de la consistance, du poli, de la température, et, jusqu’à un certain point, du volume et de la forme de cet objet. Le contact de ce même corps sur une autre partie dont les nerfs sont doués de la sensibilité gustative peut nous donner la sensation des saveurs; et lorsque, après avoir été réduit en particules extrêmement ténues, il vient à toucher les parties douées de la sensibilité olfactive, il peut encore donner naissance à une sensation d’un autre ordre, celle des odeurs. Le mouvement vibratoire dont ce corps peut être animé échappera inaperçu aux organes du goût et de l’odorat, mais produira la sensation du son lorsqu’il parviendra aux parties douées de la sensibilité auditive. Enfin la lumière que ce corps nous envoie n excitera aucun des sens dont il vient d’être question, mais déterminera sur les parties douées de la sensibilité optique des sensations diflérentes de toutes celles que nous venons d énumérer, cl propres à nous faire connaître la forme, la couleur et la position des objets dont nous sommes environnés.
La sensibilité olfactive est l’apanage des nerfs cérébraux de la première paire ; la sensibilité optique appartient aux nerfs céréjraux de la seconde paire, appelés pour celte raison nerfs optiques, la sensibilité gustative est propre à certaines fibres des nerts cérébraux delà cinquième paire ; la sensibilité acoustique lesu e dans les nerts auditifs ou nerfs cérébraux de la huitième paire; enfin la sensibilité tactile est exercée presque exclusive-
ment par les nerfs rachidiens et les nerfs cérébraux des cinquième, neuvième, dixième et douzième paires.
§ 203. Fonctions «litTércntcs des deux racines «les nerfs rachidiens, etc. — Les nerfs qui sont doués de la sensibilité tactile servent aussi aux mouvements ; mais il est bien évident que la faculté d’exciter les contractions musculaires et celle de conduire les sensations ne résident pas dans les mêmes fibres élémentaires, et si ces nerfs possèdent en même temps ces deux facultés, cela dépend seulement de ce qu’ils sont formés parla réunion de fibres sensibles et de fibres motrices. Dans le trajet du nerf il n’est pas possible de distinguer ces deux ordres de fibres, mais à son origine celte distinction est facile, car la nature les a séparées. En effet, tous ces nerfs naissent, soit de la moelle épinière, soit de la base du cerveau, par deux racines; et, d’après les observations intéressantes de Charles Bell et de Magendie, on sait aujourd’hui, âne pas en douter, que les fibres dont se compose l’une de ces racines servent à la transmission des sensations, tandis que celles qui constituent l’autre racine conduisent aux muscles l’influence dont dépendent les mouvements volontaires.
En effet, si l’on coupe les racines postérieures de l’un des nerfs rachidiens, on prive aussitôt ce cordon de la faculté de transmettre les impressions : la partie du corps à laquelle il se rend devient insensible, mais les mouvements restent soumis à l’influence de la volonté; tandis que la section des racines antérieures, les racines postérieures restant intactes, détermine la paralysie des mouvements sans détruire la sensibilité.
En coupant les racines postérieures de tous les nerfs rachidiens, on n’empêche pas l’animal d’exécuter des mouvements volontaires, mais on rend tout son corps (à l’exception de la tête, dont les nerfs naissent dans l’intérieur du crâne) complètement insensible. Les racines postérieures sont donc des nerfs de la sensibilité, et les racines antérieures des nerfs du mouvement, et c’est par leur réunion que les nerfs résultant de leur jonction jouissent en même temps de ces deux facultés.
Les différentes parties de la moelle épinière ne possèdent pas toutes, au même degré, la faculté de transmettre les sensations ou d’exciter les mouvements ; la sensibilité est exquise à la face postérieure de cet organe, et beaucoup plus faible à sa partie antérieure.
§ 2oZi. Système gnngii«>niinire. — Quant au système ner\eux ganglionnaire, il n’est que peu ou point sensible : on peut pincer ou couper les ganglions, ainsi que les nerfs qui en partent, sans
DU SENS DU TOUCHEE
produire de douleur et sans occasionner de contractions musculaires. Il est à remarquer aussi que, dans l’état de santé, les organes intérieurs qui reçoivent ces nerfs ne nous transmettent que des sensations faibles et trés-confuses, et c’est seulement dans certains états maladifs que leur sensibilité se développe. Dans ce cas, il est à présumer que les sensations arrivent au cerveau par l’intermédiaire des branches qui unissent les nerfs du système ganglionnaire à chacun des nerfs rachidiens. Mais ce point de physiologie réclame de nouvelles investigations.
§ 205. orgunea apéciaax «les sens. — L’appareil de la sensibilité ne se compose pas seulement des diverses parties du système nerveux dont nous venons d’indiquer les usages; les nerfs doués de la faculté de transmettre au cerveau les sensations qui nous viennent du dehors ne se terminent pas librement à l’extérieur, de façon à recevoir directement le contact des agents qui déterminent ces sensations, mais vont aboutir dans des instruments particuliers destinésà recueillir, pour ainsi dire, l’excitation et à la préparer de façon à assurer son action. Ces instruments sont les organes des sens, et c’est essentiellement par leur intermédiaire que les sensations nous arrivent ; mais ils ne sont pas indispensables pour l’exercice de toutes ces facultés : la sensibilité tactile peut être mise en jeu partout où il existe des nerfs propres à conduire les sensations ordinaires ; et c’est seulement pour les sens spéciaux, c’est-à-dire pour le goût, l’odorat, ouïe et la vue, que cette espèce d’intermédiaire entre le nerf et le monde extérieur est une condition nécessaire.
^.an^. d une manière générale le phénomène de la
sensibilité, ainsi que les organes qui en sont le siège, nous devons maintenant examiner plus en détail chacune des formes sous lesquelles celte propriété se manifeste, ou, en d’autres mots, nous occuper de l’histoire particulière de chacun des sens dont la nature a doué les animaux.
DU SENS DU TOUCHER
§ 20G. Tous les animaux jouissent d’une sensibilité tactile plus ou moins délicate, et c’est surtout par l'intermédiaire de la membrane dont la surface de leur corps est recouverte que celte laculté s exerce. Pour l’étudier, il faut donc avant tout examiner quelle est la structure de la peau.
Dans 1 homme, la surface extérieure du corps et celle des cay,lb cieusées dans son intérieur, mais communiquant avec le dehors, telles que le canal digestif, etc., sont revêtues d une
membrane tégumentaire plus ou moins épaisse et bien distincte des parties qu’elle recouvre. Cette membrane est partout en continuité avec elle-même, et ne forme réellement qu’un seul tout ; mais ses propriétés ne sont point partout les mêmes, et on la désigne par des noms différents, lorsqu’elle se reploie en dedans pour tapisser des cavités intérieures, ou lorsqu’elle s’étend sur la surface extérieure du corps. La portion intérieure de la membrane tégumentaire générale est appelée membrane muqueuse, et la portion externe peau.
§ 2(7. structure de lu peau. — La peau se compose de deux couches principales : le derme ou chorion, et l’épiderme.
Le derme forme la couche la plus profonde et la plus épaisse de la peau. C’est une membrane blanchâtre, souple, mais assez élastique et três-résistantc. On y distingue un grand nombre de fibres et de lamelles entrecroisées d’une manière très-serrée. Sa face interne est unie aux parties voisines par une couche plus ou moins épaisse de tissu connectif, et donne, dans quelques points, attache à des fibres musculaires servant à la mouvoir. Enfin, sa surface est hérissée d’un grand nombre de petites saillies rougeâtres qui sont très-sensibles, et qui, disposées par paires, forment, dans certaines parties du corps, telles que la paume des mains et l’extrémité des doigts, des séries régulières. Ce sont ces élévations que l’on désigne sous le nom de papilles de la peau, et c’est le derme de la peau de certains animaux qui, préparé par le tannage, constitue le cuir.
L’épiderme est une espèce de vernis semi-transparent qui recouvre le derme et se moule sur sa surface; ce n’est pas une partie sensible, mais un tissu composé d’utricules plus ou moins aplatis, qui naissent sur le derme et qui ne se durcissent que par le dessèchement : aussi, dans les parties du corps qui sont soustraites à l’action de l’air, l’épiderme est-il toujours mou et peu distinct. Il se compose d’un nombre, plus ou moins considérable de couches superposées, cl sa couche la plus interne, qui conserve de la mollesse et qui renferme la matière pigmentaire à laquelle la peau doit sa couleur, a été considérée par beaucoup d’anatomistes comme constituant une membrane particulière, cl a été désignée sous le nom de réseau muqueux de la peau. Chez l’homme et les autres mammifères, les couches les plus superficielles de l’épiderme se séparent peu à peu de la peau, et tombent sous la forme d'une poussière blanchâtre composée de petites écailles ; quelquefois aussi il se détache dans toute son épaisseur et laisse le chorion à nu : c’est ce qui arrive lorsqu à la suite d’une brûlure, par exemple, il se forme une cloche sur
DU SENS DU TOUCHER
la peau; mais il'se reproduit avec beaucoup de rapidité. Enfin, il est des animaux qui, à des époques déterminées, se revêtent d’un épiderme nouveau, et se dépouillent de l’ancien comme
Fig. 74. — Coupe verticale de la peau de l’Homme (1).
d’une gaine, sans le rompre ni le déformer : les serpents nous offrent un exemple remarquable de ce phénomène.
On observe à la surface de l’épiderme une multitude de petites ouvertures appelées pores de la peau. Elles correspondent au sommet des papilles dont nous avons déjà parlé, et livrent passage à la sueur, liquide acide qui est formé par voie de sécrétion, et qu’il ne faut pas confondre avec l’eau qui s’exhale continuellement par la surface de la peau, et qui constitue la transpiration insensible. Ces pores, d’une petitesse extrême, ne traversent pas
(1) Section de la peau de la pulpe du pouce à travers trois crêtes papillaires, vue au microscope : — a, couche cornée do l’épiderme; — b, couche muqueuse ; — c, derme ; — U, tissu cellulaire sous-cutané renfermant des vésicules graisseuses ([);
e, papilles du derme ; — y, glandes sudorifères ; — h, canal excréteur de l’une de ces glandes; — i, embouchure de ce canal, ou pore de la sueur.
le derme, et ne sont autre chose que les orifices des conduits excréteurs d’autant de petites glandes qui sont logées dans la substance de la peau et qui sécrètent la sueur (fig. 1L\).
On trouve aussi à la surface de celte membrane d’autres
ouvertures plus grandes, dont les unes livrent pasa sage à des poils (fig. 75), sur le mode de formation b desquels nous reviendrons par la suite, et dont les autres laissent suinter une matière grasse sécrétée par des follicules logés dans l’épaisseur du derme ; enfin, dans quelques points de la surface du corps, on voit sortir de la substance de la peau des lames cornées appelées ongles, dont la nature est semblable à celle des poils.
§ 208. Le principal usage de l’épiderme est d’opposer des obstacles à l’évaporation des liquides contenus dans l’économie, et de protéger la peau proprement dite du contact immédiat des corps étrangers, de façon à modérer les impressions produites par ce contact. Nous avons déjà vu que cet enduit solide est par luimême insensible; et comme il s’interpose toujours entre le dermeet les objets extérieurs dontle contactsur cette membrane détermine les sensations, il est facile de comprendre que plus la couche épidermique est épaisse, plus aussi le derme doit être soustrait à l’action des corps étrangers, et plus les impressions qu’il éprouve doivent être obtuses. Or, dans quelques parties du corps, au talon, par exemple, l’épiderme présente une épaisseur considérable, tandis que dans d’autres, à l’extrémité des doigts, sur les lèvres, etc., il est extrêmement mince. On remarque aussi que partout où la peau est exposée à des frottements, son épiderme s’épaissit. Chacun sait combien la couche qui se forme dans la main des forgerons et autres ouvriers employés à des travaux rudes devient épaisse, dure et rugueuse. Enfin, chez quelques animaux, tels que les crabes et les homards, l’épiderme s’encroûte de matières calcaires et devient tout à fait inflexible; dans ce cas, il rend la surface du corps complètement insensible.
(t ) Coupe du cuir chevelu de l’homme montrant deux follicules pileux vus au microscopo : — a, épiderme ; — I), derme; — c, muscles des follicules pileux.
DU SENS DU TOUCHER