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§ 209. La sensibilité dont la peau est douée réside dans le derme, et dépend des nerfs qui se distribuent dans sa substance et qui appartiennent à la classe des nerfs du tact, lesquels naissent, comme nous l’avons déjà vu, de la moelle épinière ou de la base du cerveau par deux racines, et doivent aux fibres dont se compose leur racine postérieure la propriété de transmettre les sensations. Ces nerfs vont presque tous se terminer, sous la forme de houppes, dans les papilles du derme, et ce sont ces papilles qui possèdent, par conséquent, au plus haut degré la sensibilité tactile: aussi là où elles sont le plus nombreuses, celte sensibilité est-elle le plus exquise.

§ 210. organes spéciaux «lu toucher. — La sensibilité tactile, telle qu’elle existe dans toutes les parties de la surface de notre corps, suffit pour nous faire juger de la consistance, de la température et de quelques autres propriétés des corps qui arrivent en contact avec cette surface. Ce sens ne s’exerce alors que d’une manière en quelque sorte passive, qui peut être désignée sous le nom de tact; mais d’autres fois la partie douée de celte sensibilité joue un rùlc actif; des contractions musculaires dirigées par la volonté multiplient et varient les points de contact avec l’objet extérieur, et l’on donne alors à ce sens le nom de toucher.

Le toucher n’est donc que le tact perfectionné et devenu actif ; mais il ne peut être exercé par toutes les parties qui sont douées de la sensibilité tactile, et il ne peut appartenir qu’à des organes disposés de manière à leur permettre de se mouler en quelque sorte sur les objets soumis à leur examen.

Dans 1 homme, la main est l’organe spécial du toucher, et sa structure est très-favorable à l’exercice de ce sens : l’épidermey est inince, poli et très-souple ; le chorion y est abondamment pourvu de papilles et de nerfs, et repose sur une couche épaisse de tissu cellulaire graisseux très-élastique; enfin, la mobilité et la flexibilité des doigts sont extrêmes, cl la longueur de ces organes est considérable. Or, ces circonstances sont des plus avantageuses, car elles tendent à augmenter la sensibilité de cette partie, et lui permettent de s’appliquer sur les objets, quelle que soit 1 irrégularité de leur figure. Mais une autre disposition organique qui contribue non moins à la perfection de notre toucher, est la faculté qu a 1 homme d’opposer le pouce aux autres doigts, de manière à pouvoir serrer les petits objets entre les parties de la main qui sont précisément celles dont la sensibilité est le plus exquise.

Chez la plupart des animaux, les organes du toucher sont dis-

posés d’une manière beaucoup moins favorable. Chez les mammifères, par exemple, on voit ce sens devenir de plus en plus obtus, à mesure que les doigts deviennent moins flexibles et s’enveloppent davantage dans les ongles dont ils sont armés; quelquefois cependant les mains sont remplacées par d’autres organes d’une structure presque aussi parfaite, tels que la trompe de l’éléphant (fig. 10). Enfin, il est des animaux qui emploient principalement leur langue comme instrument du toucher, et d’autres sont pourvus d’appendices particuliers, qui servent aux mêmes usages, et qui sont appelés palpes , tentacules, etc. (fig. 12, 13).

§211. Le toucher nous fait apprécier plus ou moins exactement la plupart des propriétés physiques des corps sur lesquels il s’exerce : leurs dimensions, leur forme, leur température, leur consistance, le degré de poli de leur surface, leur poids, leurs mouvements, etc. Ce sens est tellement parfait, que plusieurs philosophes de l’antiquité et des temps modernes l’ont regardé comme nous étant plus utile que la vue ou l’ouïe, et comme étant même la source de notre intelligence ; mais ces opinions sont évidemment exagérées, car le toucher n’a réellement aucune prérogative sur les autres sens, et chez quelques singes, dont l’intelligence est incomparablement moins développée que celle de l’homme, les organes du toucher sont presque aussi parfaits que dans le corps humain.

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