‹ ZoologieChapitre 35 sur 60 · CLASSE DES INSECTES · texte numérisé non relu

CLASSE DES INSECTES

§ 512. La classe des Insectes se compose de tous les animaux articulés ayant le corps composé d’une tète, d’un thorax et d’un abdomen distincts, et les pattes au nombre de trois paires; à ces caractères extérieurs on peut ajouter que leur respiration se fait à l’aide de trachées aérifères, qu’ils sont dépourvus d’un système vasculaire proprement dit, et que presque toujours ils subissent des métamorphoses dans le jeune âge. Enfin, il est encore à noter que presque tous sont pourvus d’ailes, et que ce sont les seuls animaux invertébrés qui soient conformés pour le vol.

§ 513. Le squelette tégumentairc des insectes, c’est-à-dire la

Antennes.

Yeux.

Pattes (le la 1" paire.

Ailes de lu 1 '• paire.

Pattes de la 2' paire.

Ailes de lu 2" paire .

Pattes de la 3* paire.

Jambe.

Tursc .

Télé.

Abdomen.

b’io. 358. — Analomic du siptelellc d’une Saulerellc.

peau endurcie de ces animaux, conserve quelquefois une certaine flexibilité, mais présente en général une consistance analogue à celle de la corne. Il ne faut pas croire cependant que son tissu soit réellement de nature cornée. La chimie nous apprend qu’il

5 OZi

est composé de matières très-différentes, et qu’une substance particulière, nommée chitine , en forme la base. On y voit un grand nombre de pièces, qui sont tantôt soudées entre elles, d’autres fois réunies par des portions molles de la peau, et jouissent ainsi d’une mobilité plus ou moins grande.

Le corps de l’insecte, comme nous l’avons déjà vu, se divise en un certain nombre d’anneaux placés bout à bout; et, dans cette série de segments, on distingue, avons-nous dit, trois portions, auxquelles on a donné le nom de tête, de thorax et d’abdomen.

[.es membres ou appendices qui naissent de ces divers anneaux ont une structure analogue à celle du tronc de l’animal : ils se composent, en effet, de tubes solides ou de lames creuse.s placés bout à bout, et renfermant dans leur intérieur les muscles et les nerfs destinés à les faire mouvoir.

La tête n’est formée que d’un seul tronçon, et porte les yeux, les antennes et les appendices de la bouche. Les antennes constituent la première paire de membres ou appendices des insectes, et se composent d’un nombre considérable de petits articles placés bout à bout. Elles naissent delà partie antérieure ou supérieure de la tête, et affectent en général la forme de cornes grêles et flexibles (a, fig. 359) : mais leur conformation varie beaucoup,

chez les mfiles surtout. Aiusi, tantôt elles ressemblent à des plumes (fig. 361), tantôt à des scies, d’autres fois à de petites massues (fig. 360), et d’autres fois encore elles se terminent par une partie élargie, composée de lamelles superposées comme les feuillets d’un livre (fig. 399) : leur longueur est quelquefois très-considérable. Quant à leur usage, on ne sait rien de positif;

INSECTES

mais il est à présumer que ce sont des organes de tact, et peutêtre aussi d’audition.

D’autres appendices, au nombre de trois paires, naissent de la partie inférieure de la tête et constituent les organes de maslica-

Fig. 301. — Bombyx petit paon do nuit.

lion ou de succion ; nous y reviendrons en parlant de la digestion (§§ 52 L et 522).

§ 514. Le thorax des insectes occupe lapartiemoyenne de leur corps et porte les pattes et les ailes. 11 se compose toujours de trois anneaux nommés prothorax, mésothorax elmélathorax{a, b, c, fig. 358), et c’est à l’arceau ventral de chacun de ces segments que se fixe l’une des paires de pattes. Les ailes naissent, au con traire, de l’arceau dorsal des anneaux thoraciques, mais le prolliorax (a) n’en porte jamais, et jamais non plus il n’existe plus d’une paire de ces appendices sur chacun des deux anneaux suivants, de sorte queleur nombre nepeut dépasserdeux paires.

§ 515. On distingue dans les pattes des insectes une hanche composée de deux articles, une cuisse, une jambe et une espèce

Fig. 302.— Nolonccle. Fio. 303. — Criquet. Fig. 301.— Cyrin.

de pied, nommé tarse, qui est divisé en plusieurs articles, dont le nombre varie de deux à cinq, et est terminé par des ongles. Leur

conformation varie, et, comme on le pense bien, elle est toujours en rapport avec les mœurs de ces animaux. Ainsi les insectes dont les pattes postérieures présentent une grande longueur (fig. 363) sautent, en général, plutôt qu’ilsnc marchent; chez lesinsecles nageurs, tels que les Dytiques, les Notonectes (fig. 362) et les Gyrins, appelés vulgairement tourniquets (fig. 364), les tarses sont ordinairement aplatis, ciliés et disposés comme des rames ; et chez ceux qui peuvent marcher suspendus à des surfaces lisses, on trouve, sous le dernier article de ces organes, une espèce de pelote ou de ventouse propre à les faire adhérer aux corps qu’ils touchent. Quelquefois aussi les pattes antérieures sont élargies, comme celles des taupes, afin de servir à creuser la terre : la courtilière (fig. 365), qui occasionnesouventdans nos campagnes

Fig. 365. — Courlilicro.

des dégâts considérables en coupant les racines qui se trouvent sur sonpassage, nous offre un exemple remarquable de ce mode de structure. 11 existe aussi des espèces chez lesquelles ces mêmes pattes constituent des organes de préhension, la jambeétant disposée en manière de griffe et pouvant se reployer contre l’article précédent, dont le bord est armé d’épines : un grand insecte du midi de la France, lamante religieuse (fig. 366), est con-

FiG. 36G. — Manie religieuse.

formé delà sorte. Enfin, on connaît aussi des insectes chez lesquels les pattes antérieures, réduites à un étal rudimentaire

INSECTES

ctreployées conlrc la poitrine, ne servent plus aux mouvements et échappent facilement à la vue, de façon qu’au premier abord on croirait ces animaux pourvus de quatre pattes seulement : plusieurs papillons diurnes sont dans ce cas (fig. 367).

§ 516. Les ailes des insectes sont des appendices lamelleux, composés d’une double membrane, soutenus à l’intérieur par des

Fig. 307. — Morphc.

Fig. 3G8. — Capricorne charpentier.

nervures plus solides. Lorsqu’elles sont encore à peine développées, elles sont molles et flexibles; mais bientôt elles se desséchent et demeurent roides et élastiques. En général, il en existe deux paires; on n’en voit jamais un plus grand nombre, mais quelquefois l’une ou l’autre de ces paires manque, et c’est toujours sur les deux derniers anneaux du thorax qu’elles naissent. Leur forme varie. Lorsqu’elles servent réellement au vol, elles sont minces et transparentes ou recouvertes par une sorte de poussière colorée formée par des écailles d’une petitesse microscopique, comme cela se voit chez les papillons ; mais souvent celles de la première paire deviennent épaisses, dures et opaques , et constituent des espèces de boucliers ou d’étuis, nommés élytres (<7, fig. 368), qui, dans le repos, recouvrent les ailes membraneuses (b) et servent à les protéger. D’autres fois ces mêmes ailes, encore mem-

braneuses vers leur extrémité, deviennent dures et opaques vers leur base, et sont alors désignées sous le nom de demi-étuis ou hémélytres. On connaît aussi des insectes chez lesquelles ailes,

au lieu d’avoir une structure lamelleuse, sont fendues en une multitude de membranes barbues sur les bords, semblables àdes plumes disposées en éventail :cela se voit dans un genre voisin des papillons, et désigné sous les noms de Pléropbore et d’Ornéode(fig.

369). Enfin, lorsque les ailes postérieures manquent, elles sont d’ordinaire remplacées par deux petits filets mobiles terminés en massue, que l’on nomme balanciers (fig. 370).

§ 517. L’abdomen des insectes est composé d’un nombre considérable d’anneaux mobiles les uns sur les autres : souvent on en compte jusqu’à neuf; mais d’autres fois on n’en distingue pas autant, ce qui paraît dépendre en général delà soudure de deux ou plusieurs de ces segments entre eux. Chez l’insecte parfait, ces anneaux ne portent jamais ni pattes ni ailes ; mais ceux qui occupent l’extrémité postérieure du corps donnent souvent naissance à des appendices dont les formes et les usages varient beaucoup. Tantôt ce sont de simples soies ou des stylets dont les fondions ne sont pas bien connues : chez les éphémères, par exemple (fig. 396). Tantôt ces organes affectent la forme de crochets, et constituent une pince plus ou moins puissante, comme chez les forficules ou perce-oreilles (fig. 371). ITaulres fois ils sont disposés de façon à agir comme un ressort et à servir à T animal pour se lancer en avant : les podurelles (fig. 372), petits insectes qui, dans nos climats, se cachent sous les pierres ou se tiennent à la surface des eaux dormantes, cl qui habitent quelquefois aussi dans la neige des régions les plus froides du globe, offrent ce mode d’organisation. Enfin, d’autres fois encore ces appendices abdominaux ont une structure plus compliquée, et constituent une arme offensive, ou un appareil destiné à effectuer le dépôt des œufspondus par l’animal dans un lieu propre au développement de ses jeunes : comme exemple de ces organes, nous pouvons citer 1 aiguillon rétractile des guêpes et des abeilles, et la tarière des tenlhrèdes. Le premier se compose d’u n dard formé de deux stylets aigus logés dans une tige cornée ou étui, et présentant chacun

INSECTES

en dedans un sillon par lequel s’écoule le venin sécrété dans une petite glande située tout auprès : dans l’état de repos, toutes ces pièces sont retirées dans l’intérieur du corps de l’animal; mais

Fie. 371. — Forficule.

Fig. 372. — Podurelle.

quand l’insecte veut s’en servir, il fait sortir l’étui, et l’enfonce, ainsi que son dard, dans la peau de son ennemi. Quelquefois il lui est même impossible de le retirer : l’aiguillon tout entier se sépare alors de son corps, et reste implanté dans la plaie. La déchirure qui en résulte détermine promptement la mort de l’insecte. Le mille est toujours privé de celle arme : aussi peut-on le saisir sans danger ; mais les femelles et souvent les individus stériles, appelés ouvrières, en sont pourvus, et ** piqûre détermine une inflammation trèsdouloureuse.

La tarière des cigales, des fœnes(lîg. 373), des iehneumons et de beaucoup d'autres insectes offre une disposition assez analogue, et l’on y remarque, en général, une espèce de petite scie à l’aide de laquelle l’insecte entaille les tissus végétaux ou animaux dans lesquels il doit déposer ses œufs. C’est en piquant de la sorte une espèce de chêne du Levant que le petit insectcconnu

sous le nom d e cynips détermine Fig. 373. Fœno lancier

Ja iormaüon des noix de galle,

dont on fait un si grand usage pour la fabrication de l’encre et la préparation des teintures noires : la petite entaille pratiquée par

la tarière détermine un épanchement des sucs du végétal, il en résulte bientôt une excroissance au centre de laquelle se trouvent les œufs des cynips.

§ 518. Les insectes sont pourvus de sens très-développés; ils jouissent évidemment de l’ouïe et de l’odorat, aussi bien que du tact, du goût et delà vue; mais jusqu’ici on n’y a pas découvert le siège de l’olfaction, et chez la plupart de ces animaux, on n’aperçoit aucun organe spécial d’audition. Les antennes et les appendices de la bouche semblent être les principaux instruments du toucher, et les premiers servent peut-être aussi à la perception des sons. Nous ne savons aussi que peu de chose sur l’appareil du goût; mais les organes delà vue ont été mieux étudiés.

La structure des yeux est très-différente de ce que nous avons vu chez les animaux supérieurs. En général, l’organe, qui, au premier abord, paraît être un œil unique, est, dans la réalité, formé par l’agglomération d’une multitude de petits yeux, ayant chacun une cornée, un corps vitré de forme conique, un enduit de matière colorante et un filament nerveux particulier. Chez le hanneton, par exemple, on en compte près de neuf mille, et l’on connaît des insectes qui en ont plus de vingt-cinq mille. Toutes ces petites cornées sont hexagonales, et sont soudées entre elles de façon à constituer une espèce de cornée commune, dont la surface présente une multitude de divisions semblables aux mailles d’un filet, visibles seulement à l’aide d’une loupe; et c’est à raison de cette disposition que l’on donne souvent à ces yeux composés le nom d’yeux à réseau ou d’yeux à facettes. Du reste, chacun des petits appareils constituants de ces organes multiples est parfaitement distinct de ceux qui l’entourent, et forme avec eux un faisceau de tubes terminés chacun par un filet nerveux provenant du renflement terminal d’un même nerf optique. Presque tous lesinsecles sont pourvus d’une paire de ces yeux composés, situés d’ordinaire sur les côtés de la tête ; mais quelquefois ils sont remplacés par des yeux simples, et d’autres fois ces deux sortes d’organes existent en même temps. Quant à la structure des yeux simples, que l’on désigne aussi sous les noms de stemmates ou d’ocelles, elle a la plus grande analogie avec celle de chacun des éléments des yeux composés. En général, les yeux simples sont réunis en groupe, au nombre de trois, vers le sommet de la tête. On ne sait rien de précis sur la manière dont ces appareils agissent sur la lumière qui les frappe, ni sur le mécanisme de la vision chez les insectes.

§ 519. Plusieurs insectes possèdent, de même que les animaux supérieurs, la faculté de produire des sons; mais, en général,

INSECTES

leur chant ne se lie pas aux mouvements de l’air dans l’appareil respiratoire, comme chez les premiers, et dépend du frottement de certaines parties du corps les unes sur les autres, ou des mouvements imprimés à ces instruments spéciaux par la contraction des muscles. Ainsi le bruit monotone et assourdissant de la cigale résulte de la tension et du relâchement alternatifs d une membrane élastique disposée comme la peau d un tambour de basque sur la base de l’abdomen ; chez les criquets, ce sont certaines parties des ailes qui, en frottant l’une contre l’autre, vibrent avec intensité et qui offrent à cet effet une structure trèscurieuse; mais le bourdonnement des mouches parait dépendre delà sortie rapide de l’air par les stigmates thoraciques pendant les mouvements violents du vol. Enfin, il est d’autres insectes encore qui produisent une espèce de cri dont le mode de production n’est pas encore bien connu : tel est. celui du papillon de nuit connu sous le nom de Sphinx tête de mort.

§ 520. Le système nerveux des insectes présente générale et la plupart des modifications que nous avons déjà signalées en traitant de l’embranchement auquel ces animaux appartiennent (§ 509).

Il se compose principalement d’une double série de ganglions qui sont réunis entre eux par des cordons longitudinaux (fig. 374) : le nombre de ces ganglions correspond à celui des anneaux ; et tantôt ils sont à peu près également espacés et s’étendent d’un bout du corps à l’autre, tandis que d’autres fois plusieurs d’entre eux sont rapprochés de manière à constituer une masse unique. Les ganglions céphaliques présentent un développement assez grand et donnent naissance aux nerfs des antennes, des yeux, etc. La première paire de ganglions postœsophagiens fournit les nerfs de la bouche; les cordons qui unissent ces noyaux médullaires aux ganglions céphaliques embrassent l’œsophage ; enfin, le cerveau donne de chaque côté un nerf qui remonte sur l’estomac, et qui, en s’unissant avec celui du côté opposé, constitue un nerf médian situé au-dessus du canal digestif et présentant surson trajet divers ganglions. Les trois paires de ganglions situées à la suite de ceux placés immédiatement derrière l’œsophage appartiennent aux trois anneaux du thorax, et sont le point de départdes nerfs des pattes eldes ailes; en général elles sonttrès-rapproehées enlreellesetbeaucoupplus

la disposition

Fig. 374.

grosses que les paires suivantes qui apparliennent à l’abdomen.

Fig. 375. — Tête de Blatte vue devant (1).

Flù. 370. — Appendices buccaux d’un Carabe.

§ 521. La manière dont les insectes se nourrissent varie beaucoup : les uns ne vivent que du suc des plan tes ou des animaux, les autres se repaissent d’aliments solides et sont ou carnivores ou phytophages, et à ces différences correspondent des modifications remarquables dans la conformation de la bouche.

Chez les insectes broyeurs, tels que les scarabées, les hannetons, les blattes (fig. 375) ou les sauterelles, cette ouverture est garnie en avant d’une pièce médiane, nommée lèvre supérieure ou labre (a, lig. 376), et présente de chaque côté une espèce de grosse dent mobile et très-dure appelée mandibule ( b , fig. 376), qui sert à diviser les aliments. Immédiatement en

F.O. 377. Lucane métallique. desmandil?ulesse trouve

une seconde paire d’appendices, dont la structure est plus com-

(1) a, antennes; — b, yeux composes ; — c, ocelles ; — d, labre ; — e, mandibules ; — f , mâchoires ; — g, languette; — h, palpes labiaux.

INSECTES

pliquée : ce sont les mâchoires (c, fig. 376). Chacun tic ces derniers organes olYre au dedans une lame ou cylindre plus ou moins dur et ordinairement arme de dentelures ou de poils, et porte, du côté externe, une ou deux petites tiges composées de plusieurs articles et appelées palpes maxillaires. Enfin, derrière les mâchoires se trouve une seconde paire d’appendices, dont la base est supportée par nue pièce cornée médiane, nommée menton ( d ). Ces appendices constituent la languette. Ils sont appliqués contre les mâchoires, comme ces organes sont eux-mémes appliques contre les mandibules; et on leur voit aussi une paire de filaments articulés et mobiles, appelés palpes labiaux, parce qu’on donne ordinairement le nom de lèvre inférieure au menton réuni à la languette. Quant à la forme de ces diverses parties, elle varie suivant la nature et la consistance des aliments. Les palpes servent principalement à saisir les aliments et à les maintenir entre les mandibules pendant que celles-ci les divisent.

Quelquefois les mâchoires prennent un développement énorme, et constituent au devant de la télé une sorte de pince; disposition qui est très-remarquable chez les cerfs-volants (lig. 377) cl les autres espèces du genre lucane, par exemple.

§ 522. Chez les insectes suceurs, les mâchoires ou le labre s’al-

Mandibules.

Palpes maxillaires.

MAchoires.

Palpes labiaux.

Antennes.

Labre.

Lobes latéraux île la languette.

Languette.

Fig. 378, — Tête d'un Anthopliore.

longent de manière à constituer une espèce de trompe tubulaire dans l’intérieur de laquelle on trouve souvent des filaments dé-

fi o.

liés, remplissant les fonctions de petites lancettes, et formés par les mandibules et les mâchoires modifiées au point d’étrc souvent à peine reconnaissables.

Chez les abeilles, les anlhophores (fig. 378), les bourdons elles autres insectes désignés par les zoologistes sous le nom commun d’hyménoptères, l’appareil buccal offre une disposition qui est en

quelque sorte intermédiaire à ces deux Yl jf états extrêmes. La lèvre supérieure

(a, fig. 379) et les mandibules (b) ressemblent beaucoup à celles des insectes broyeurs ; mais les mâchoires (c) et la languette (d) se sont excessivement, allongées, et les premières prennent une forme tubulaire et engaînent longitudinalement les côtés de la languette : de façon que ces organes, réunis en faisceaux, constituent une trompe, qui sert de conduit aux aliments, toujours mous ou liquides, dont ces insectes se nourrissent. Cetie trompe est mobile à sa base et flexible dans le reste de son étendne, mais ne s’enroule jamais comme nous le verrons chez les papillons. Quant aux mandibules, elles servent

Fig. 379.

principalement à découper les matières dont les hyménoptères font leur nid, ou bien à saisir et à mettre à mort la proie dont

INSECTES

ccs insectes sucent les humeurs. On remarque aussi qu’il existe, clans l’intérieur de la cavité buccale, d’autres pièces solides qui manquent chez les insectes broyeurs, et qui constituent des valvules destinées à fermer le pharynx toutes les fois que le mou' vement de la déglutition 11e s’effectue pas.

§ 523. Chez les punaises des hois, les cigales, les pucerons et les autres insectes de l’ordre des hémiptères, l’appareil de succion se compose des mêmes éléments; mais ceux-ci affectent une disposition un peu différente. Laboucheest armée d’un bec tubulaire et cylindrique, dirigé en bas et en arrière (fig.

380), et composé d une gaine renfermant quatre stylets; la gaine [a, fig.381) est à son tour formée de quatre articles placés bout à bout, et représente la lèvre inférieure ; à sa base on aperçoit une pièce conique et allongée qui est l’analogue du labre ; enfin, les stylets (6, c), qui ont la forme de filets grêles, roides et dentelés à leur sommet, pour pouvoir percer la peau des animaux ou les tissus clés plantes, sont les représentants des mandibules et des mâchoires excessivement allongées. Dans les hémiptères qui vivent aux dépens des animaux, le bec est en général très-robuste et replié en demi-cercle sous la tête. Chez ceux qui se nourrissent du suc des végétaux, il est au contraire presque toujours grêle et appliqué, dans le repos, contre la face inférieure du thorax, entre les Fig. 382. — Némestrino longirosire. pattes. Sa longueur est quelquefois si considérable, qu’il dépasse en arrière l’extrémité postérieure de l’abdomen.

Chez les mouches, la trompe, tantôt molle cl rétractile, tantôt cornée et allongée, représente aussi la lèvre inférieure, et porte souvent des palpes a sa base ; un sillon longitudinal en occupe la

face supérieure et loge des stylets dont le nombre varie de deux à six, et dont les analogues, chez les insectes broyeurs, sont les mandibules, les mâchoires et la languette. Quelquefois celte trompe acquiert une longueur énorme (fig. 382), quelquefois au contraire elle est à peine visible.

§ 52/i. Enfin, chez les papillons (fig. 38â), qui se nourrissent aussi de substances liquides, mais qui les trouvent au fond des fleurs et n’ont pas besoin d’instruments vulnérants pour se les procurer, il n’existe plus de stylets faisant fonction de lancettes,

Fig. 383. — Trompe d’un Papillon (1). Fig. 384. — Morplie Hélénor.

comme chez les précédents, et la bouche est garnie d’une longue trompe ( d , fig. 383) roulée en spirale et composée de deux filets creusés en gouttière à leur partie interne, qui ne sont autre chose que les mâchoires excessivement allongées cl modifiées dans leur forme. A la base de celte trompe, on distingue en avant une petite pièce membraneuse, qui est le représentant du labre, et, de chaque côté, un petit tubercule, dernier vestige des mandibules. On y aperçoit aussi des rudiments de palpes maxillaires, et en arrière se trouve une petite lèvre triangulaire portant deux palpes labiaux très-grands, composés de trois articles et presque toujours velus et garnis d’éeailles (e).

§ 525. Le canal alimentaire présente en général une structure assez compliquée. Quelquefois il est droit, et présente à peu près le même diamètre dans toute sa longueur ; mais d’ordinaire il est plus ou moins fiexueux, et offre plusieurs renflements et rétrécissements successifs. On y distingue alors (fig. 385) un pha-

(1) a, 161c; — b, base des antennes ; — c, oâl ; — d, trompe; — e, palpe.

INSECTES

rynx, un œsophage, un premier estomac ou jabot, un second estomac ou gésier, dont les parois sont musculaires et souvent armées de pièces cornées propres à triturer les aliments ; un troi-

sième estomac, nommé ventricule chylifique, dont la texture est molle et délicate ; un intestin grêle, un cæcum et un rectum. De même que chez les animaux supérieurs, on remarque un rapport entre la nature des aliments etle développement qu’acquiert ce canal : chez les insectes carnassiers, il est en général trèscourt , tandis que chez les insectes qui se nourrissent de substances végétales, il est ordinairement fort long. Les aliments qui y arrivent sont d’abord imbibés de salive ; l’appareil qui sécrète ce liquide consiste en un certain nombre de tubes flottants, terminés quelquefois par des espèces d’ampoules, et communiquant avec le pharynxpar des canaux excréteurs. Une multitude de villosités dont le ventricule chylifique est ordinairement garni paraissent servir à la sécrétion d’un suc gastrique, et c’est également dans cette cavité qu’est versée la bile. Il n’existe pas de foie proprement dit chez les insectes ; mais cet organe est remplacé par des tubes longs et déliés, qui flottent dans l’intérieur de

Fig. 385. — Appareil digestif (1).

l’abdomen et débouchent supérieurement dansle ventriculcchylifique. Ces vaisseaux biliaires (c, fig. 385) tiennent aussi lieu de

(t) a, tôle portant les antennes, les mandibules, etc.; — b, jabot et gésier suivis tin ventricule cbyliflquo ; - c, vaisseaux biliaires ; - d, intestin; — e, organes sécrétours ; — f, anus. ®

glandes urinaires ; car il s’y excrète de l’acide urique. Par un de leurs bouts ils débouchent toujours dans leventriculechylifique, et l’autre extrémité est tantôt libre, tantôt fixée à l’intestin, soit près de la première ouverture, soit dans le voisinage du rectum.

Enfin, on trouve encore, vers l’extrémité postérieure du canal intestinal, d'autres organes sécréteurs (e) qui servent à élaborer les liquides particuliers (tels que le venin de l’abeille) que plusieurs insectes font sortir de l’extrémité de leur abdomen lorsqu’on les inquiète.

§ 526. 11 paraîtrait que c’est par une simple imbibition qucle chyle traverse les parois du tube digestif et se mêle au sang. Ce dcrnierliquide est aqueux et incolore ; il n’est pas renfermé dans des vaisseaux, et se trouve répondu dans les interstices que les organes laissent entre eux ou présentent dans la substance de leur tissu. Les insectes manquent aussi d’une circulation régulière. On distingue bien, dans certaines parties du corps, des courants même assez rapides ; mais le liquide nourricier ne parcourt pas un cercle de manière à revenir constamment vers son point de départ. 11 n’existe effectivement chez ces animaux que des vestiges d’un appareil circulatoire (§ 112). On voit près de la surface dorsale du corps un tube longitudinal (fig. 356 et 357) qui exécute des mouvements alternatifs de contraction et de dilatation analogues à ceux du cœur chez les animaux supérieurs; mais ce vaisseau dorsal ne paraît fournir aucune branche. Le liquide nourricier y pénètre par des ouvertures latérales garnies de valvules pour empêcher le reflux, et s’en échappe par son extrémité céphalique. Du reste, le mouvement du sang ne dépend pas uniquement de cet organe; car on a découvert dans plusieurs insectes des valvules mobiles dont les battements déterminent dans ce liquide des courants rapides, et, chose singulière, c'est dans les pattes que cet appareil est logé.

§ 527. Le sang, devenu veineux par son action sur les divers tissus de l’économie, ne peut donc venir, dans un point déterminé du corps, se mettre en contact avec l’oxygène et reprendre ainsi ses qualités vivifiantes. Si la respiration s’était faite de la manière ordinaire à l’aide de poumons ou de la surface extérieure du corps, elle aurait été par conséquent extrêmement incomplète; mais le désavantage qui paraîtrait devoir résulter de cette grande imperfection dans la fonction si importante de la circulation n’existe réellement pas. La nature a suppléé au transport rapide et régulier du sang en conduisant 1 air lui-même dans toutes les parties du corps, à l’aide dune multitude de canaux qui communiquent avec l’extérieur et se ramifient al in-

INSECTES

fini dans la substance de ces organes (fig. 59). Ces tubes aérifèrcs, désignés, comme nous l’avons déjà dit (§ 135), sous le nom de trachées, présentent une structure compliquée. On y distingued’ordinaire trois tuniques, dont la moyenne est composée d’un filament cartilagineux, enroulé en spirale comme un élastique de bretelle. Tantôt ils sont simples ; mais d’autres fois ils présentent un certain nombre de grands rendements en forme de vésicules molles, qui remplissent les fonctions de réservoir à air (fig. 59). Les ouvertures par lesquelles l’airpénétre dans les trachées sont nommées stigmates ; elles ressemblent en général à une petite boutonnière, mais présentent quelquefois des valves qui s’ouvrent et se ferment comme le battant d'une porte. On en voit d’ordinaire une paire sur les parties latérales et supérieures de chaque anneau; mais elles manquent souvent aux deux derniers segments du thorax.

Quant au mécanisme par lequel l’air se renouvelle dans l’intérieur de cet appareil respiratoire, il ne consiste en général que dans les mouvements de contraction et de dilatation de l’abdomen. Ainsi que nous l’avons déjà dit ailleurs, la respiration est très-active chez ces animaux. Ils consomment une quantité considérable d’air comparativement à leur volume, et s’asphyxient promptement lorsqu’on les prive d’oxygène ; mais quand ils sont dans cet étal de mort apparente, ils peuvent y rester très-longtemps sans perdre la faculté de revenir à la vie.

§ 528. La plupart des insectes ne produisent que très-peu de chaleur; mais quelques-uns de ces animaux en dégagent dans certaines circonstances une quantité assez considérable pour élever notablement leur température. Les abeilles sont dans ce cas, surtout lorsqu’elles s’agitent beaucoup dans leur ruche, et il est à noter que la respiration devient alors très-active.

§ 529. Un autre phénomène plus remarquable, et dont on ne connaît pas encore la cause, est la production de lumière qui s’observe chez quelques insectes. I.e lampyre, ou ver luisant, nous en offre un exemple bien connu de toutes les personnes qui fréquentent nos campagnes : le mâle (fig. 386) est ailé cl n’est que peu lumineux; mais la femelle (fig. 387), qui est privée d’ailes, et qui se trouve très-souvent sur les buissons pendant les nuits chaudes de l’été, répand une lueur phosphorescente trèsvive. Chez une autre espèce de lampyre qui habite l’Ilalie, les individus des deux sexes sont en même temps ailés cl lumineux. Mais cette propriété singulière est surtout remarquable chez certains taupins qui habitentles régions chaudes de l’Amérique, et qui produisent, en voltigeant dans l’obscurité, une illumina-

lion naturelle du plus bel effet : les femmes les placent souvent dans leurs cheveux comme ornement, et l’on assure que les Iu- .diens s’en servent pour s’éclairer quand ils voyagent de nuit.

Fig. 380. — Lampyre mâle. Fig. 387. — Lampyre femelle.

Liiez nos lampyres, la lumière provient de quelques taches situées sur le dessus des deux ou trois derniers anneaux de l’abdomen ; tandis que, chez les taupins, elle part de taches analogues placées sur le prothorax ou corselet. 11 paraît que l’insecte peut à volonté faire varier l’intensité de cette lueur phospliorique, et qu’elle est liée à l’action de l’oxygène sur une matière grasse que sécrètent les organes phosphorescents.

§ 530. Les sexes sont distincts chez ces animaux, et souvent il existe des différences très-grandes entre le mille et la femelle : le lampyre commun nous en a déjà offert un exemple (fig. 386, 387). Presque tous les insectes pondent des œufs ; quelques-uns cependant sont vivipares. Souvent il existe à l’extrémité de l’abdomen de la femelle un dard, une tarière ou quelque autre organe destiné à pratiquer des trous propres à recevoir les œufs, et, par un instinct admirable, la mère dépose toujours ceux-ci dans un endroit où lesjcunes trouveront à proximité les aliments dont ils auront besoin, bien que, dans la plupart des cas, ces aliments ne soient pas de la nature de ceux qu’elle recherche elle-même.

Dans le jeune âge, lesinsectes changent plusieurs fois de peau, el présentent presque toujours un phénomène des plus singuliers, dont, au reste, nous avons déjà vu un exemple chez les batraciens. La plupart d’entre eux, en sortant de l’œuf, ne ressemblent ni à leurs parents, ni à ce qu’ils deviendront plus tard, et subissent, avant que d’arriver à l’état parfait, des changements si considérables, qu’ils constituent une véritable métamorphose.

En général, les insectes passent par trois états bien distincts, qu’on désigne sous les noms d'état de larve (fig. 388), d’etat de nymphe (fig. 389) et d’état parfait (fig. 390). Mais les changements qu’ils subissent ne sont pas toujours également grands : tantôt ces changements rendent l’animal tout à fait méconnaissable,

INSECTES

d’autres fois ils ne consistent guère que dans le développement des ailes, et l’on désigne ces degrés divers de transformation sous les noms de métamorphoses complètes et de demi-métamorphoses.

§ 531. Les insectes à métamorphoses complètes sont toujours plus ou moins vermiformes lorsqu’ils sortent de l’œuf et qu’ils sont ;\ l’état de larve (fig. 388) ; leur corps est allongé, presque

Fig. 388. — Chenille du papillon Machaon.

entièrement mou, et divisé en anneaux mobiles dont le nombre normal est de treize ; tantôt ils sont complètement privés de pattes ; d’autres fois ils sont pourvus d’un nombre variable de ces organes, mais dont la conformation ne rappelle en rien celle des mêmes parties chez l’animal adulic. En général, ils n’ont que des lyeux simples, et en sont quelquefois complètement privés. Enfin leur bouche est presque toujours armée de mandibules et de mâchoires, quelle que soit la conformation qu’elle doit prendre par la suite, etl’on voit souvent les premiers de ces organes servir à la locomotion aussi bien qu’à la préhension des aliments. Ces larves varient du reste dans leur forme, et sont connues tantôt sous le nom de chenilles , tantôt (mais à tort) sous celui de vers.

Après être restés dans cet état pendant un temps plus ou moins long et avoir éprouvé plusieurs mues, leurs ailes se forment sous la peau, et ils se changent en nymphes. Pendant toute la durée de cette seconde période de leur existence, ces singuliers animaux cessent de prendre de la nourriture et restent immobiles. Tantôt la peau dont ils viennent de se dépouiller se dessèche et constitue une espèce de coque oviforme dans l’intérieur de laquelle ils demeurent renfermés; tantôt ils ne sont recouverts que par une pellicule mince, qui, appliquée sur les organes extérieurs, en suit tous les contours et ressemble à des langes dans lesquels l’insecte serait cminaillotlé. Celte dernière disposition, qui se voit chez les nymphes des papillons ou chrysalides (fig. 389), leur a fait donner aussi les noms de pupec t de maillot.

Avant d’éprouver celle métamorphose, la larve se prépare souvent un abri, et se renferme dans une coque qu’elle fabrique

avec de la soie sécrétée par des glandes salivaires et préparée à l’aide de filières D’autres fois elle se suspend au

IMG. 389. — Chrysalide de Machaon.

analogues aux glandes creusées dans les lèvres, moyen de filaments (fig. 389), ou se cache dans quelque trou. C’est pendant que l’insecte est dans cet état de repos apparent qu’il se fait dans 1 intérieur de son corps un travail actif, dont le résultat est le développement complet de toute son organisation. Ses parties intérieures se ramollissent et

prennent peu à peu la forme qu elles doivent conserver; les divers organes dont 1 animal adulte doit être pourvu se développent sous les téguments qui les cachent, cl, quand celte évolution

Fig. 390. — Papillon Machaon.

est achevée, il se débarrasse de celle espèce de masque, déploie ses ailes, qui ne tardent pas à acquérir de la consistance, et devient un insecte parfait.

§ 532. Comme exemple de ces métamorphoses complètes, nous ne pouvons mieux choisir qu’en prenant le bombyx du mûrier; car cet insecte à l’état de larve est pour nous d’un immense intérêt : c’est le ver à soie, dont l’éducation contribue si puissamment à la prospérité agricole de nos provinces méridionales et dont les produits alimentent tant de riches industries.

Cet insecte est originaire des provinces septentrionales de la Chine, et ne fut introduit en Europe que dans le vi° siècle. Des missionnaires grecs en apportèrent des œufs à Constantinople sous le règne de Justinien, et, à l’époque des premières croisades, sa culture se répandit en Sicile cl en Italie; mais ce

INSECTES

ne fut guère que du temps de Henri IV que cette branche d’industrie agricole acquit quelque importance dans nos provinces méridionales, dont elle forme aujourd’hui une des principales richesses.

Les œufs du bombyx du mûrier sont désignés par les agriculteurs sous le nom de graine de ver à soie. Quand ils ont été exposés à l’air, ils ont une teinte gris cendré; et, avec quelques soins, ou peut les conserver ainsi pendant assez longtemps sans les détériorer. Pour que le travail de l’incubation commence et que les larves éclosent, il faut que les œufs soient pendant quelque temps sous l’influence d’une température d’au moins 15 à 16 degrés centigrades. Après avoir éprouvé huit ou dix jours de chaleur croissante, ils deviennent blanchâtres, et bientôt après les larves commencent à en sortir. Ces petits animaux, au moment de la naissance, n'ont qu’environ une Jigne et un quart de long. Leur corps (fig. 391) est allongé, cylindrique, annelé, ras, et ordinairement de couleur grisâtre. À son extrémité antérieure, on distingue une tète formée par deux espèces de calottes dures et écailleuses, sur lesquelles on remarque des points noirs, qui sont des yeux; la bouche occupe la partie antérieure de cette tète, et est armée de fortes mâchoires. Les trois anneaux suivants portent chacun une paire de petites pattes écailleuses, et représentent le thorax. Enfin, l’abdomen est très-développé et ne porte pas de membres sur les deux premiers segments, mais est garni postérieurement de cinq paires de tubercules charnus qui ressemblent à des moignons, et qui constituent autant de pattes.

Dans le midi de la France, on appelle les vers à soie des magnans, et de là le nom de magnanerie qu’on donne aux établissements dans lesquels on les élève. Le premier soin qu’ils réclament après leur naissance est de les séparer de leurs coques, cl de les placer sur des claies où ils trouvent une nourriture appropriée à leurs besoins. Pour cela, on a l’habitude de recouvrir les œufs d’une feuille de papier criblée de trous, à travers lesquels les vers montent pour arriver jusqu’aux feuilles de mûrier placées au-dessus; et c’est lorsqu’ils sont sur les rameaux garnis de ces feuilles qu’on les transporte sur les claies préparées pour leur servir de demeure. La nourriture du ver à soie consiste en feuilles de mûrier (fig. 391), et c’est par conséquent de la culture de cette plante que dépend la possibilité d’élever ces insectes. Le mûrier blanc est l’espèce le plus généralement employée à cet usage. : c’est un arbre qui s’élève à douze ou quinze mètres, et qui donne quatre ou cinq quintaux de feuilles, quelquefois

même dix ou douze. 11 s’accommode assez bien de tous les 1errains, et on le cultive avec succès jusqtfe dans le nord de l’Europe , mais il n y croît nulle part sauvage. En effet, ce mûrier est originaire de la Chine. Deux moines grecs l’introduisirent en

Fie. 39t. — Ver à soie.

Europe vers le milieu du vie siècle, en même temps que les vers à soie. Sa culture se répandit bientôt dans le Péloponèse, et fit donner à cette partie delà Grèce son nom moderne de Morée. De là les mûriers et les vers à soie passèrent en Sicile par les soins du roi Roger, et prirent dans la Calabre une extension rapide. Quelques gentilshommes qui avaient accompagné Charles VIII en Italie pcudanllaguerre de l/i9Zt, ayantconnu tous les avantages que ce pays relirait de cette branche d’agriculture, voulurent en doter leur patrie, et firent apporter de Naples des mûriers, qu’on planta dans la Provence cl dans le Dauphiné: Il y a une trentaine d’années, on voyait encore à Allan, près de Montélimart, le premier de ces arbres planté en France : il y fut apporté par Gui Pope de Saint-Auhan, seigneur d’Allan. Aujourd’hui, les mûriers couvrent une grande partie du midi de la France et se cultivent même dans le nord.

Les vers à soie vivent à l’état de larve environ trente-quatre jours, et, pendant ce temps, changent quatre fois de peau ; le temps compris entre ces mues successives constitue ce que les agriculteurs appellent les divers tiges de ces petits animaux. A l’approche de chaque mue, ils s’engourdissent et cessent démanger; mais, après avoir changé de peau, leur faim redouble. On appelle petite frèze le moment de grand appétit qui précède cha-

INSECTES

cune des quaire première mues, et grande frèze celui qui se remarque durant le cinquième âge du ver. I.a quantité de nourriture qu’ils consomment augmente rapidement. On compte que, pour les larves provenant d’une once de graine, il faut ordinairement environ sept livres de feuilles pendant le premier âge, dont la durée est de cinq jours ; vingt et une livres pendant le second âge, qui dure seulement quatre jours: soixante et dix livres dans le troisième âge, qui dure sept jours; deux cent dix livres pendant lequatrième âge, dont la durée est égaleà celle du troisième âge, et douze à treize cents livres pendant le cinquième âge. C’est le sixième jour du dernier âge qu’a lieu la grande frèze. Les vers dévorent alors deux ou trois cents livres de feuilles, et font, en mangeant, un bruit qui ressemble à celui d’une forte averse. Le deuxième jour, ils cessent de manger et s’apprêtent à subir leur première métamorphose. On les voit alors chercher à grimper sur les branches des petits fagots qu’on a soin de placer au-dessus des claies où jusqu’alors ils sont restés. Leur corps devient mou, et il sort de leur bouche un fil de soie qu’ils traînent après eux. Bientôt ils se fixent, jettent autour d’eux une multitude de fils d’une finesse extrême qu’on appelle banc ou banne, et, suspendus au milieu de ce lacis, ils filent leur cocon, qu’ils construisent en tournant continuellement sur euxmêmes en divers sens et en enroulant ainsi autour de leur corps le fil qu’ils font sortir de la filière dont leur lèvre est percée. La soie ainsi formée se produit dans des glandes qui ont beaucoup d’analogie avec les glandes salivaires des autres animaux, et la matière dont elle est composée est molle et gluante au moment de sa sortie, mais ne tarde pas à se durcir à l’air. Il en résulte que les divers tours de ce fil unique s’agglutinent entre eux, et constituent une enveloppe dont le tissu est ferme et dont la forme est ovoïde. La couleur de cétte soie varie : tantôt elle est jaune, tantôt d’un blanc éclatant, suivant la variété du ver qui l’a produite, et la longueur de chaque fil dépasse souvent 600 mètres, mais varie beaucoup, ainsi que le poids des cocons. Les vers nés d’une once de graine peuvent en donner jusqu'à cent trente livres; mais une telle récolte est rare, et souvent on n’en retire que soixante et dix à quatre-vingts livres de cocons.

En général, trois jours et demi à quatre jours suffisent aux larves pour achever leur cocon, et si l’on ouvre ensuite cette espèce de cellule, on voit que l’animal (fig. 693) n’offre plus le même aspect qu’avant sa réclusion. Il a pris une couleur brune, sa peau ressemble à de vieux cuir, et sa forme est ovoïde, un peu pointue à son extrémité postérieure. On n’y distingue plus ni tête

ni mâchoires; mais sa porlion postérieure est occupée par des anneaux mobiles, tandis qu’en avant on remarque une bande oblique, disposée en écharpe et représentant les ailes futures de l’animal parfait. Le temps pendant lequel les bombyces restent ainsi renfermés à l’étal de chrysalide varie suivant la température. Si la chaleur est de 15 à 18 degrés, ils en sortent à l’étal parfait du dix-huitième au vingtième jour. Pour percer leur cocon, ils en humectent une extrémité avec une liqueur particulière qu’ils dégorgent, et ensuite ils heurtent avec violence leur tête contre le point ainsi ramolli. Lorsque le bombyx a de la sorte achevé ses métamorphoses, il se présente sous la forme d’un papillon à ailes blanchâtres (fig. 392); sa bouche n’est plus

armée de mâchoires comme dans le jeune âge, mais se prolonge en une trompe roulée en spirale; ses pattes sont grêles et allongées, et sa conformation intérieure diffère autant de celle de la larvé que sa forme extérieure. Presque aussitôt après leur naissance, les papillons se recherchent entre eux, ensuite les femelles pondent leurs œufs, dont le nombre s’élève à plus de cinq cents pour chacun de ces insectes; enfin, après avoir vécu à l'état parfait pendant dix à vingt jours, ils meurent.

§ 533. Les abeilles, dont nous avons déjà eu occasion de parler (§332), éprouvent des changements plus grands encore, puisqu a l’état de larve, elles manquent complètement de pattes et ressemblent à de petits vers. Il en est de même des mouches, des cousins et d’un grand nombre d’autres insectes : ainsi les animaux vermiformes qui fourmillent dans les charognes en putréfaction, et qui sont connus sous le nom vulgaire d asticots, ne sont autre chose que les larves de la mouche dorée. Les cousins ou moustiques qui, le soir, voltigent en troupes nombreuses, et qui

INSECTES

sc rendent si incommodes à l’homme parleurs piqûres envenimées, vivent dans l’eau lorsqu’ils sont à l’état de larve. Ils sont alors vermiformes, privés de pattes, et ont l’abdomen terminé par des soies, et des appendices disposés en rayon (fig. 394); enfin leur avant-dernier anneau donne naissance à un tube assez long ((), à l’aide duquel l’animal puise dans l’atmosphère l’air dont il a besoin. Pour respirer ainsi, il se pend en quelque sorte

à la surface de l’eau, la tète en bas, et on le voit à de courts intervalles renouveler ce manège. La nymphe continue à vivre dans l’eau et s’y mouvoir; mais, au lieu de respirer comme la larve, elle puise l’air dont elleabesoinau moyen de deux tuyaux placés sur le thorax. Elle flotte A la surface du liquide, et, après avoir achevé sa métamorphose, l’insecte parfait (fig. 395) se sert de sa dépouille de nymphe comme d’un bateau jusqu’à ce que ses longues jambes et ses ailes aient acquis assez de solidité pour lui permettre de mar'chersurla surface de l’eau ou de s’envoler; car si son corps venait à être submergé, comme cela arrive souvent, quand le vent renverse ces frêles embarcations, il se noierait infailliblement.

§ 534. Les insectes à demi-métamorphoses passent aussi parl’élal de larve et de nymphe avant que d’arriver à l’état parfait; mais ici la larve ne diffère guère de l’insecte parfait que par l’absence d’ailes, et l’état de nymphe n’est caractérisé que par lacroissancc de ces organes, qui, d’abord reployés et cachés sous la peau, sont alors libres, mais n’acquièrent tout leur développement qu’à l’époque delà dernière mue.

Nous citerons, comme exemples d’insectes offrant ce genre de métamorphoses, les sauterelles et les éphémères (fig. 396). Ces derniers présentent même une particularité remarquable; car

d’ordinaire les insectes changent de peau pour la dernière fois lorsqu ils passent de l’état de nymphe à l’état parfait, tandis que 1 éphémère éprouve encore une mue avant que d’être complètement adulte, bien qu’il ne vive ainsi que l’espace de quelques heures. La larve de ces éphémères vit dans l’eau et ne diffère que peu de l’adulte, si ce n’est par la brièveté de ses pattes, par l’absence d’ailes et par la rangée de lames ou de feuillets qu’elle porte de chaque côté de son abdomen, et qu’elle emploie comme organes de respiration et de natation. La nymphe (fig. 397) ne diffère de la larve que par la présence des fourreaux renfermant les ailes. Au moment où ces organes doivent se développer, l’insecte sort de l’eau, et, après avoir voltigé pendant quelques minutes, va se poser sur un objet élevé, et s’y livre bientôt à des mouvements violents au moyen des- IG' ' quels il se dépouille de sa membrane tégumenlairc ; c’est alors seulement que ses pattes acquièrent toute leur longueur, et son corps les couleurs qu’il doit conserver.

§ 535. Quelques insectes, tout en subissant des changements considérables dans le jeune âge, ne passent point par la série complète de transformations dont nous venons de parler; ils semblent, pour ainsi dire, s’arrêter en route, et n’arrivent jamais à posséder des ailes. Les puces sont dans ce cas. En sortant de l’œuf, elles sont privées de pieds et ont la forme de petits vers de couleur blanchâtre. Ces larves sont très-vues et se roulent en cercle ou en spirale, bientôt elles deviennent rougeâtres, et, après avoir vécu dans cet état pendant une douzaine de jours, elles se renferment dans une petite coque soyeuse, d une finesse extrême, pour s’y transformer en nymphes ; puis au bout

INSECTES

de douze jours environ de réclusion, si le temps est chaud, elles sortent de leur enveloppe à l’état parfait.

§ 536. Enfin, il est aussi des insectes qui ne subissent pas de métamorphose, et qui naissent avec tous les organes dont ils doi- . vent être pourvus; mais ce sont toujours des insectes aptères qui nous offrent ce mode de développement. La podurelle (fig. 372), dont il a déjà été question, et les poux (fig. A25), sont dans ce cas.

§ 537. Les insectes, si remarquables par leur organisation, le sont encore davantage par leurs mœurs et par l’instinct admirable dont la nature a doué un grand nombre d’entre eux. Les ruses qu’ils emploient pour se procurer leur nourriture ou pour se soustraire à leurs ennemis, et l’industrie qu’ils déploient dans leurs travaux, étonnent tous ceux qui en sont témoins; et lorsqu’on les voit se réunir en sociétés nombreuses pour suppléer à leur faiblesse individuelle, s’aider entre eux, se partager les travaux nécessaires à la prospérité de la communauté, pourvoir à leurs besoins futurs, et souvent même régler leurs actions d’après les circonstances accidentelles où ils se trouvent, on reste confondu de trouver chez des êtres si petits, et en apparence si imparfaits, des instincts si variés et si puissants, et des combinaisons intellectuelles qui ressemblent tant à du raisonnement. Le sujet ne tarirait pas, si nous voulions rapporter ici des exemples de ces phénomènes curieux; mais les limites étroites de ces leçons ne nous permettent pas d’y consacrer en ce moment plus de temps, et nous ne pouvons que renvoyer nos lecteurs à ce que nous en avons déjà dit en traitant d’une manière générale des actions des animaux (§ 317-339).

§ 538. €ins>*iiicu<ion îles insectes. — Si nous cherchions maintenant à résumer en peu de mots les différences les plus importantes que les insectes offrent entre eux, nous verrions que ces différences dépendent surtout de la structure de l’appareil buccal, qui règle le régime de ces animaux; de la disposition des organes servant à la locomotion aérienne, fonction qui donne à la classe tout entière un de scs traits les plus saillants; enfin, du genre de métamorphoses que ces êtres subissent dans le jeune âge. Or, d’après ce que nous avons dit ailleurs sur l’essence des classifications naturelles, il est évident que ce doit être par conséquent dans les modifications de l’appareil buccal, des ailes et du mode de développement, que le zoologiste cherchera les bases de la distribution méthodique de ces animaux. En effet, c’est de la sorte qu’on est parvenu à les diviser en un certain nombre d’ordres, auxquels on a donné les noms de Coléoptères, Orthoptères,

Névroptères, Hyménoptères, Lépidoptères, Hémiptères, Diptères, Rhipiptères, Suceurs, Anoploures et Thysanoures.

§ 539. Les Coléoptères, de même que les orthoptères et les névroptères, sont conformés pour se nourrir de substances solides, soit animales, soit végétales, et sont pourvus à cet effet de man-

Fig. 398.

Vrilletlc.

Fig. 399. — Scarabée (ou Aleucus) des Égyptiens.

Fig. 400.

Dcnneste du lard.

dibules et de mâchoires propres à opérer la division de ces aliments (fig. 376). Ils sont pourvus de deux paires d’ailes; mais celles de la première paire ne sont pas propres au vol, et constituent des espèces de boucliers durs et cornés que l’on nomme élytres (a, fig. 368). Les ailes de la seconde paire sont au contraire membraneuses, transparentes, et trop longues pour se cacher sous les élytres sans se reployer en travers; quelquefois elles manquent, et alors l’insecte est dans l’impossibilité de voler : c’est le cas du charançon, qui ravage nos greniers à blé, et se fait remarquer par sa tète prolongée en façon de bec.

Les coléoptères subissent des métamorphoses complètes. La larve ressemble à un ver dont la télé est cornée, tandis que le reste du corps est presque toujours mou (fig. h 01) ; sa bouche est conformée de même que celle de 1 insecte parfait; les trois anneaux qui suivent la tète sont presque toujours pourvus chacun d’une paire de pattes, ordinairement très-courtes ; enfin, il existe chez un grand Fig. 4üi. — Larve de nomijre (ic ces animaux une paire de faus- "annolon‘ ses pattes attachée au dernier segment de

l’abdomen. La nymphe est inactive et ne prend pas de nourriture; elle est recouverte d’une peau membraneuse qui s applique

INSECTES

exactement aux parties situées au-dessous et les laisse apercevoir.

La plupart de ces insectes se font remarquer par la dureté de leurs téguments et le brillant de leurs couleurs. Les uni sont carnassiers : par exemple, le Carabe doré ou jardinier (fig. 11), si commun dans les allées sablées; d’autres, tels queleHannelon, se nourrissent de matières végétales. Leur nombre est immense, on en connaît plus de trente mille espèces; mais nous nous bornerons à citer ici les Scarabées, dont une espèce (fig. 399) est célôbreàcause du respect dont elle était l’objet chez les anciens Égyptiens; les Cantharides ou Mouches d’Espagneifig. /i02), qui, dans le midi de la France et en Espagne, vivent sur le frêne et le lilas, et fournissent à la méde- Fig 402. — Cantharide cine une substance vésicante très-éner- vésicanic (grossie), gique ; les Calandres ou Charançons, qui vivent dans le blé ; les Vrillettes (fig. 398, et les Lime-bois, -qui, à l’état de larve, perforent les bois des vieux meubles et les charpentes; les Dermesles (fig. dOO), dont les larves se nourrissent des dépouilles d’autres animaux et souvent détruisent de la sorte les fourrures et les collections zoologiques ; enfin les Coccinelles ou bêtes à bon Dieu, les Cicindèles, les Carabes, etc.

§ 5d0. Les Orthoptères ressemblent aux précédents par la disposition générale des organes de la mastication, ainsi que par le nombre et la consistance de leurs ailes, mais s’en distinguent par le mode de plissement des ailes postérieures et par la nature de leurs métamorphoses. Les élytres sont moins durs que chez les coléoptères, et les ailes membraneuses (fig. d03), lorsqu’elles sont dans le repos, ne se reploicnt pas transversalement, mais se plissent seulement dans le sens longitudinal, à la manière d’un éventail. Ils ne subissent que des demi-métamorphoses, et la larve, ainsi que la nymphe, ressemble à l’insecte parfait, si ce n’est quant aux ailes. Enfin, tous sont terrestres, et la plupart sont remarquables par l’allongement de leur corps et le développement extrême des pattes postérieures, ce qui en fait des animaux sauteurs.

Les Sauterelles et les Criquets (fig. 363) sont les représentants principaux de ce groupe ; mais on y range aussi les Mantes (fig. 366), les Phyllies (fig. Zj06), les Grillons (fig./i05), les Courtilières (fig. 365), les blattes (fig. dOd), cl les Forficules (fig. 371).

§ 5Zil. Les Névroptères se distinguent des autres insectes masticateurs par la contexture de leurs ailes, qui, au nombre de quatre, sont toutes membraneuses, transparentes, d’une délicatesse extrême et également utiles pour le vol. Le corps de ces

insectes est en général mou et très-allongé. Enfin, les uns subissent des métamorphoses complètes, les autres des demi-méta-

Fig. 405. — Grillon domestique.

morphoses seulement. Cet ordre comprend les Libellules (tig. 407), les Agrious (fig. 171), les Éphémères (fig. 396), les Fourmis-lions (tîg. 119), les Friganes, les Termites (fig. 408), etc.

Ces derniers insectes, que l’on connaît aussi sous le nom vulgaire de Fourmis blanches, sont des animaux très-destructeurs. On les rencontre principalement dans les pays chauds, mais ils

insectes:

font également des dégâts considérables dans quelques parties de la France: â la Rochelle et à Rocliefort, par exemple. Ils rongent les bois de charpente, et vivent en sociétés nombreuses,

composées de mâles, de femelles ailées, d'individus neutres aptères et de jeunes.

§ 5/i2. Les Hymkxoptères établissent en quelque sorte le passage entre les insectes masticateurs et les suceurs. Ils sont, en effet, pourvus de mandibules conformées à peu près de même que chez les premiers, mais ne s’en servent pas pour la mastication, et se nourrissent de matières molles ou liquides qu’ils pompent à l’aide d’une trompe mobile et flexible, composée des mâchoires et de la languette, excessivement allongée (fig. 378). Ils ont, comme les névroptères, quatre ailes membraneuses et transparentes ; mais ces ailes, au lieu d’être réticulées comme une dentelle, sont divisées en un certain nombre de cellules assez grandes par des nervures cornées, et elles se croisent horizontalement sur le corps pendant le repos. Leurs téguments n’offrent

Fig. 400. — Pliyllie feuille sèche.

que peu de dureté, et l’abdomen des femelles est terminé par une tarière ou par un aiguillon.

Ces insectes subissent une métamorphose complète. La larve,

Fig. 407. — Libellule déprimée.

tantôt privée de pattes, ressemble à un ver; d’autres fois, pourvue de six pieds à crochets et souvent aussi de douze à seize pieds membraneux, elle ressemble davantage à des chenilles : dans l’un et l’autre cas, elle a une tète écailleuse avec des mandibules , des mâchoires, et une lèvre à l’extrémité de laquelle est une filière pour le passage de la matière soyeuse dont sa coque doit être construite. Le régime de ces larves varie beaucoup. Plusieurs ne peuvent se passer de secours étrangers, et sont élevées en commun par des individus stériles, réunis en société, ainsi que nous l’avons déjà vu en parlant des abeilles (§ 332). La nymphe reste sans nourriture et dans un repos complet. Enfin, dans leur état parfait, les hyménoptères vivent presque tous sur les fleurs et meurent au bout de la première année de leur existence.

Cet ordre comprend la plupart des insectes les plus remarqua-

FiG. 408. — Termites.

INSECTES

blés parleurs instincts, tels que les Fourmis, les Abeilles (fig. 135)

, et les Guipes. On y range aussi les Bourdons (fig. 409), les Xyloicopes (fig. 127), les Tentlirèdes, les Sirex l (fig. 410), les Ichneumons, les Cvnips, etc.

§ 543. L’ordre des Lépidoptères se compose d’insectes dont la bouche (fig. 383) est conformée de manière à n’étre propre qu’à l’aspiration des sucs déposés sur la surface des piaules, et dont les ailes, au nombre Fie. 109 —Bourdon,

de quatre, et membraneuses comme dans les deux groupes précédents, sont opaques et diversement colorées par la présence d’une sorte de poussière

Fig. 410. — Sirex géant.

écailleuse fixée à leur surface. La bouche, comme nous l’avons déjà dit, a lu forme d’une trompe roulée en spirale. Enfin, ces insectes subisseqt des métamorphoses complètes, et leurs larves (fig. 388, 389 et 415, 4 b ), connues sous le nom de chenilles, sont pourvues de pattes vers les deux extrémités de leur corps, et vivent en général de feuilles : les unes s’enveloppent d’un cocon

soyeux pour y achever leur transformation; d’autres se roulent dans des feuilles, ou se suspendent à quelque corps étranger au moyen d’un iil de soie (fîg. 389).

Parmi les lépidoptères, les uns volent de jour, les autres ne

Fig. 411. — Vanesse paon de jour.

sc montrent qu’à la brune, et d autres encore restent comme engourdis durant le jour et ne sortent que la puil. Les Diurnes se

reconnaissent à leurs ailes élevées verticalement pendant le repos (fîg. Zi 12), et sont remarquables par la variété et la vivacité de leurs couleurs. On les désigne généralement sous le nom de papillons; mais les zoologistes les distinguent en Vanesses (fig. 411), Papillons proprement dits (fig. 390), Danaïdes (fig. 412), etc. Les Crépuculaires et les Nocturnes ont les ailes horizontales pendant le repos, et ont en général des cou- Fig. 412. — Danaïde Ploxippo. leurs plus ternes que les précédents. Ce sont les Sphinx (fig.

413), les Bombyces (fig. 392, 414), les Phalènes, les Teignes, etc. La Pyrale (fig* 415), qui occasionne souvent de grands dégâts dans les vignobles, appartient aussi à ce groupe.

S 544. Les Hémiptères ont aussi la bouche disposée pour la suc-

INSECTES

don, mais die ne consiste pas en une simple trompe et a la forme d’un bec, dans l'intérieur duquel se trouvent des stylets

Fig. 413. — Sphinx île la vigne.

aigus propres à perforer les tissus animaux ou végétaux dans

Fig. 41 i. — Bombyx feuillo'de chêne. Fig. 415. — Pyrale de la vigne (1).

lesquels l’animal doit puiser les liquides dont il se nourrit (§ 523)

(1) Feuille de vigne attaquée par la Pyrale: — 4, le mâle; —4 a, la femelle; — 4 b, la chenille ; — 4 c, les œufs ; — 4 d, 4 e, les chrysalides.

Ces insectes ont ordinairement quatre ailes comme tous les précédents ; mais, en général, celles de la première paire ne sont membraneuses que vers le bout, et constituent des demi-élytres. Enfin les métamorphoses sont incomplètes, et l’insecte, en grandissant, ne change ni de forme ni d’habitudes; seulement il acquiert, en général, des ailes dont il était d’abord privé; quelquefois cependant il demeure toujours privé de ces organes : c’est le cas de la Punaise des lits, par exemple. On range dans cet ordre les Pcntatomes, les Halysou Punaises des bois (fig. 416,417), elc.,

Fio. MO. — Penlatomo. Fig. 417. — H.nljs.

les Nèpes ou Punaises d’eau (fig. 420), les Cigales (fig. 418), les Pucerons, la Cochenille, etc. On peut aussi rapprocher de ce groupe

Fig. 418. — Cigale commune.

la Puce (fig. 419), qui est toujours aptère comme la punaise, et qui a été considérée par la plupart des naturalistes comme de-

1 i i' ...L'a» nnlm rmc

vanl constituer un ordre particulier, celui des Suceurs.

s 545. L’ordre des Diptères est caractérisé par 1 existence d une

«5 f . .-.'kl aa A I Inc

^ 0l|0. I-j UIU1C UL.O il» » 1 . . , n -j

seule paire d’ailes membraneuses, assez semblables à celles des

INSECTES

hyménoptères, et parla structure de la bouche organisée pour la succion seulement ; on y distingue, en général, une trompe tan-

tôt cornée et allongée, tantôt molle et rétractile, et renfermant des soies rigides et aiguës.

On peut se former une idée assez exacte de la forme, générale des diptères par celle de l’un de ces insectes connu de tout le monde, la Mouche commune; et nous ajouterons seulement que tous subissent des métamorphoses complètes. Les larves (tig. 622 , a) sont dépourvues de pâlies; leur tête est molle, et leur bouche est ordinairement munie de deux crochels. Tantôt elles changent plusieurs fois de peau et se filent une coque pour

Fie. 422. — Qislre. Fig. 423. — Taon.

s’y transformer en nymphe; mais d’autres fois elles ne muent pas, et leur peau, durcie et racornie, devient pour la nymphe une coque solide, ayant l’apparence d’une graine (tig. £22, a).

On range dans celle division, outre les Mouches proprement dites, les Cousins, les Taons (fig. 623), les Œstres (tig. 622), etc.

§ 566. Les RHiPiPTÈnESSont des insectes n’ayant aussi que deux ailes, mais chez lesquels ces organes sont plissés longitudinale-

ment en manière d’éventail. On n’en connah que deux genres, les Stylops (fig. Zi2Zi) et les Xénos, qui, à l’état de larve, vivent en parasites sur l'abdomen des guêpes et autres hyménoptères.

FiG. 125. — Pou.

Fig. 426. — Machilc.

§ 5/i7. L’ordre des Anoploübes ou Parasites est également trèspeu nombreux, et se compose d'insectes qui sont toujours privés d’ailes, qui ont la bouche disposée pour la succion, et qui ne subissent point de métamorphoses. Comme leur nom 1 indique, ils vivent sur le corps d’autres animaux, dont ils sucent les humeuis. Ils forment deux genres, les Poux (fig. /|25) et les Ricins, (.es derniers se fixent sur le chien et sur divers oiseaux.

§ 5Û8. Enfin, les insectes de l’ordre des Tiivsanoures naissen également avec la forme qu’ils doivent conserver, et sont toujours privés d’ailes; mais ils se distinguent des précédents par 1cm ap pareil masticateur et par les appendices dont leur abdomen est garni. CesontlcsPodurellcs (fig. 372), les Lépismes, les Maclnlcs (fig. Z|26), etc.

Page 1