DE L'ABSORPTION
Pour constater l’existence de cette l'acuité absorbante, il suffit d’un petit nombre d’expériences. Si l’on plonge dans l’eau le corps d’une grenouille de façon que le liquide ne puisse s'introduire dans la boucbe de l’animal, on trouve néanmoins qu’au bout d’un certain temps son poids augmente : or, cette augmentation, qui, dans des circonstances favorables, s’élève jusqu’au tiers du poids total de l’animal, ne peut évidemment dépendre que de Vabsorption de l’eau par la surface extérieure du corps.
Si l’on introduit une quantité connue d’eau dans l’estomac d’un chien et qu’à l’aide de deux ligatures on ferme toutes les ouvertures qui font communiquer la cavité de cet organe avec d’autres parties, le liquide n’en disparaîtra pas moins au bout de peu de temps; car il sera absorbé par les parois de l’estomac et se mêlera ainsi au sang.
Il n’existe cependant, à la surface de la peau ou de l’estomac, ni pores (1) ni ouvertures quelconques qui conduisent directement dans les vaisseaux sanguins, et qui servent au passage des liquides absorbés. Mais les tissus qui forment ces organes, de même que ceux de toutes les autres parties du corps, ont une structure plus ou moins spongieuse et sont tous plus ou moins perméables aux liquides.
En effet, dans le corps vivant comme sur le cadavre, ces tissus s’imbibent toujours des fluides qui les baignent et se laissent traverser par eux avec plus ou moins de facilité.
§ 30. MécuniNine ae l'absorption. — La perméabilité des parties solides des corps organisés suffit pour nous faire comprendre comment l’absorption est possible. A l’aide de celte propriété des tissus vivants, les liquides peuvent avoir accès partout; mais elle ne saurait les y appeler, et, pour qu’ils pénètrent dans l’intérieur des organes, il faut nécessairement qu’ils soient sollicités à le faire par une force quelconque.
L’attraction capillaire (2) contribue puissamment à produire
(1) Les porcs que l'on aperçoit à la surface de la peau ne traversent pas celle tncm • branc, et ne conduisent que dans de petites cavités logées dans son épaisseur cl servant à sécréter diversts humeurs ou à former les poils; en traitant du toucher, nous aurons l’occasion de revenir sur la structure de la peau.
(2) On donne, en physique, le nom d’ ailr action capillaire à l’attraction qui se manifeste entre les liquides et les parois d’un tube très-étroit ou la surface d’un corps quelconque qui s’y trouve plongé en partie, et qui détermine l’élévation de la portion du liquide ainsi influencé au-dessus de son niveau primitif ou bien son abaissement. Cette force devient surtout évidente dans l’intérieur de tubes de très-petite dimension, et détermine l’ascension du liquide toutes les fois que celui-ci peut mouiller les parois du tube, et présente, par conséquent, dans son intérieur, une surface concave. C’est par
celte imbibition ; mais elle n’est pas la seule force qui agisse dans ce sens, et, pour se former une idée exacte du mécanisme ;\ l’aide duquel les liquides pénétrent dans la substance des tissus organiques, il est nécessaire de connaître un phénomène très-curieux, découvert par Dutrochet et désigné par ce naturaliste sous le nom d 'endosmose.
Dutrochet a constaté que, si l’on renferme de l’eau gommée dans un petit sac membraneux surmonté d’un tube et baigné par de l’eau pure (fig. 5), ce dernier liquide pénètre dans l’intérieur de l’appareil et s’élève dans le tube à une hauteur considérable. Il y a donc ici une véritable absorption, et la force qui la détermine agit souvent avec assez d’énergie pour faire équilibre à une colonne d’eau de plusieurs centimètres. En plaçant, au contraire, de l’eau gommée ou sucrée au dehors du sac membraneux, et de l’eau pure dans son intérieur, le passage a lieu en sens inverse, et le sac, au lieu de se remplir, se vide.
Ce phénomène a la plus grande analogie avec l’absorption qui s’opère chez les êtres vivants, et l’explication en est facile à trouver. Nous avons vu que les membranes organiques, de même que tous les corps spongieux ou poreux, se laissent traverser par les liquides; . mais la facilité avec laquelle ce transport a lieu varie suivant que ces liquides sont plus ou moins fluides et mouillent plus ou moins facilement ces espèces de filtres. Si les deux liquides, placés l’un dans l’intérieur et l’autre à l’extérieur de la poche membraneuse, pouvait traverser avec la meme rapidité les parois de cette cavité, ils se mêleraient également, et le même niveau s’établirait en dedans et au dehors de l’instrument. Mais si le ; liquide extérieur traverse plus facilement les parois du sacque . le liquide intérieur et, en se mêlant à celui-ci, perd de sa llui- ; dité, le courant de dehors en dedans sera plus rapide que le courant en sens contraire, et le liquide s’accumulera dans Intérieur de l’appareil. Or, c’est ce qui a lieu quand il y a endosmose; l’eau qui baigne le sac renfermant l’eau gommée filtre facilement à travers les parois de celle cavité, et, lorsqu'elle
'effet de la capillarité que l'huile moule dans la mèche d’une lampe, et que l’eau se répand rapidement dans toutes les parlies d’un morceau do sucre dont la partie inférieure seulement est plongée dans le liquide.