LE ROSSIGNOL
La nuit est venue. Des profondeurs de la vallée, elle a monté comme une mer sombre, et les derniers rayons du soleil couchant se sont enfuis de cime en cime pour disparaître enfin derrière les collines qui bornent l'horizon. Quelques nuages, tout à Fheure rutilants comme une fournaise, ont bientôt pâli, puis se sont évanouis dans l'espace. La lune descend ardente et rouge; elle se plonge lentement dans la nuit, elle s'efface, et bientôt, au-dessus de ce noir océan qui couvre la terre, on voit scintiller dans l'immensité du ciel les splendeurs des étoiles.
La terre repose : dans le vague murmure de la brise à travers le feuillage, il semble qu'on entend le souffle de la nature endormie.
Quel silence et quelle harmonie !
Combien, à mesure que je contemple ces espaces ouverts devant moi, je vois s'en reculer les bornes et s'en creuser les profondeurs ! Anéanti dans ce vide, perdu dans cet infini, l'homme se sent diminuer peu à peu et n'être plus qu'un atome. Son âme le quitte et s'élance, les ailes étendues, dans l'immensité de la vie universelle...
La douce nuit ! 0 Nature ! que tu es belle, mais que tu es majestueuse, et que la parole humaine est faible à rendre l'harmonie de ton silence !
Sous les splendeurs de la voûte étoilée, sous les mille regards de flamme qui la contemplent du fond des abîmes éternels, sous l'attraction souveraine de ces mondes qui l'entraînent à travers l'espace, on dirait que la Terre, silencieuse et voilée comme une fiancée pudique, s'abandonne aux caresses de son bien-aimé.
Quelle est donc la loi secrète qui vient ainsi chaque nuit suspendre la vie de tous les êtres? Sous ce voile d'ombre qui les cache, dans ce silence et dans ce repos oii elles sont comme anéanties, pourquoi ces millions de créatures, tout à l'heure agitées des mouvements et des passions de la vie, sont-elles maintenant muettes, sourdes et insensibles ? Tout est peuplé , tout fourmille d'êtres vivants : la tourterelle est sur son nid, l'aigle dans son aire, la bête fauve dans son antre, l'insecte sous son brin d'herbe, mais jusqu'à ce que les premiers rayons du jour viennent les réveiller, pas un d'eux ne fera un mouvement, pas un d'eux ne poussera un cri.
0 sommeil de la nature ! ô nuit sombre dont les profondeurs voilent tant de mystères, qui oserait vous troubler ?
Trois notes, longues, lentes, graves, s'élèvent solennellement au milieu du silence de la nuit, et aussitôt, partant comme une explosion de mélodie, cent fusées