X. — RAGES OVINES
L'examen des caraclt'res craniologiques nous pei'mel de différencer les ovidés en deux «groupes: les races brachycéphales el les races dolichocéphales (1) ; rétiide des formes extérieures, des aptitudes, elc, servironl à compiélei* celle ciassiiication.
Ovis Aries germanieus.
Caractères zootechniques, — Le crâne est nettement brachycéphale, le Iront large ; les chevilles osseuses, généralement absentes, sont remplacées par de ioi*tes dépressions, les arcad«'s orbitaires sont très saillantes el on observe une petite dépiession divergente entre les orbites. Les os du nez soot réunis en voûte ogivale. Le proOi est saillant à la racine du nez, la face triangulaire à base large. La tôte généralement chauve présente; de petites taches rousses ou noires, notamment sur les oreilles. La taille est élevée (0*,70 à 0"',80), le squelette fort soutient des masses musculaires parfois insuffisamment développées. La poitrine, souvent [)eu profonde, est étroite, les membres longs, les cuisses plates.
La toison est grossière, à brins très longs à peine onduleux, formant <les mèches pointues el tombantes, la peau est épaisse, couvei te de jari e sut- la partie libre des membres el du ventre.
Celle race se dislingue pai* son tempérament robuste, elle résiste très bien au froid et à Thumidité, mais les climats chauds lui sont défavorables.
L'aptitude prédominante est la production de la viande, la laine, par suite de sa grossièreté, n'ayant qu*une faible valeur. La viande est produite en quantité relativement considérable,
(1) On comparera, comme pour les bovidés, la distance des deux oreilles ot la longueur qui sépare la base de l'oreille de l'angle externe de l'œil.
mais sa saveur la place parmi les qualités intermédiaires* Aire géographique. — Très vraisemblablement originaire de la Westphalie, cette race s'est répandue en Thuringe, Franconie, fiavière, Saxe et Wurtemberg, dans les provinces * rhénanes de la Basse-Âlsace, le Luxembourg; sur beaucoup de points et notamment en Saxe, cette variété a été refoulée progressivement par les mérinos importés. On retrouve ce type, introduit par los invasions germaniques, dans les comtés de Lincoln, Loiceslor où elle constitue une variété améliorée connue sous le nom de Leicester ou Dishley.
Variété Leicester ou Disbïey (1).
Jusqu'à la seconde moitié du xvnr siècle, la population ovine qui peuplait le comt»'» de Leicestei- nollVail aucun si^nie d'amélioration ; les moulons élevés cependant sous ce climat doux et sur des herbages fertiles présentaient un corps ample mais mal conformé, soutenu par des membres hauts, le squelette était grossier et révolution tardive.
Les variétés ovines exploitées dans le Leicestershire et les comtés avoisinants appartenaient aux races locales du Lincoln, de Ryeland, de Teeswaler et à la vieille race du Leicestershii^e. Le mouton Teeswater était alors une des plus grandes espèces connues; à l'âge de deux ans les moutons fournissaient jus<{u'à 200 livres de viande de boucherie ; les brebis
{[) Contraircinont à l'IialiitiKlc généraleinent adoptée, nous av<ins (Jénoninié ce type ovin sous le noni gL^néri(|u»' <jui lui est attriltué en Aoglelcrrc où le nom de Dishley est géuéraieniciit inconnu. Incidemment, il importe de remarquer comâen ces divergences de dénomination nuisent non seulement à l'étude de ces races, mais, ce qui est plus grave, aux transactions commerciales entre éleveurs de divers pays. M. le marquis de Chauvelin, parti en Angleterre pour acheter des béliers New-Kent, se vit répondre partout que ces animaux étaient inconnus aux Iles Britanniques où les ovidés en question étaient dénommés moutons du Kent ou du Romney- Marsh. La logique même indique d'adopter un seul nom pour une race déflnie, et le vocable choisi doit être évidemment celui du pa} > d'origine; aussi devrait-on abandonner en France le nom. Dishley pour celui de Leicester.
i04 MOUTONS. — RAGB GERMANIQUE.
étaient très lécondt's et mettaient au monde par portées deux et même trois agneaux (1).
Ces ovidés à gros ossements, sans coraes, « aussi grands que des ânes >s présentaient une laine longue et lâche « dont les fîbres de 16 pouces auraient pu être comptées » (2).
Les moutons duLeicestershire étaient de taille élevée, mais le squelette était volumineux, le développement tardif, les Lincoins, très frrands, offraient ces mêmes particularités.
Ces j)()i)ulali<>ns ovines se distin^'uaient donc plus par rainpleui" des proportions ([ue par la lectitude de conlbrmation, la pri'TOcité et l'élévation des rendements.
C est alors (ju nn éleveur adroit et avisé, Bakeueli, une des gloires les plus brillantes de rai^riculture an<;laise, porta tous ses soins sur Tamélioration du type ovin du Leicestershire.
Robert Bakewell naquit en 1726 à Dishley-Grange, ferme des environs de Longborough, dans le comté de Leicester. Fils d'un cultivateur expérimenté, Bakewell consacra tous ses efforts aux améliorations culturales de son domaine et à Tamélioration des variétés bovines, ovines, porcines et chevalines du comté. Les essais entrepris pour le pcrrectionnement (les ho\ idés Lonizues-Coi lies ayant vir rclipsrs par réclalanl sucrés d«'s fièies Collin^^ dans la création du type Courles- Cornes ou Durham, Bakewell entreprît résolument 1 élevage ovin ^3).
Une certaine incertitude règne au sujet de la base de ces essais de perfectionnement. Le point de départ de la variété améliorée, connue actuellement sous le nom de race Leicester, fut très vraisemblablement le mouton k, longue laine des comtés du Centre (D. Low) et probablement le type Lincoln (Young, GuUey). Bakewell déclara lui-même à plusieurs de ses contemporains, s'être servi des béliers de lu race « Uid Liui'oin ».
liakewell entoura ses lentalives de perfectionnemeal d uu
(1) Vers la Norl d»? l'an IT'JT .>n (ua à Darlin^^lon un bélier Tees- Nvdter qui dans ses 4 nuartier» donna :i4i) livres de viande, plus il livres de graisse.
(2) D. GuUey.
(3) Voy. L. Lôouzon, Agronomes et éleveurs, Paris, 1004.
VARIÉTÉ LËIGESTER OU DISHLËY.
certain myslère ; il semble fnvjuvé cepeiidaiit ((ne c'est par sélection pure du type Lincoln ((ueces résultats turent obtenus sans aucun essai de croisement ; c'est « par affina^^e du type primitif ivès grossier, grâce à l'usage constant de béliers de poids moins élevé, et d'ossature plus fine » (Wright) que les moutons de Dishiey-Grange présentèrent leur conformation particulière. La pratique de cette étroite sélection aurait même pu, à un certain moment, tendre à produire des types trop petits, trop fms, avec une toison légère, ayant une apparence elTéminée qui éloignait les béliers des caractères du type masculin. X ce moment Bakewell auiail eut recnuis au ci'oisement ])()ur corriger ces défauts, mais une grande incerlitudt; règne sur le ty])e cioisé, '< le secret avec le(iuel toute expérience était conduite par cet liabile éleveur étant notoire » (Wrigbt).
11 est permis de supposer que ces tentatives de croisement étaient des essais, dont fiakeweil, peu communicatif, ne'parlait pas ; le mystère qui entourait ces essais, abandonnés dès leur réalisation, a seul fait naître' ces diverses légendes. L'amélioration dut se poursuivre évidemment par sélection pure et alimentation rationnelle.
Bakewell créa ainsi deux types distincis de moulons, lospreniiei's constituant la souche des Old-I.eicester, les seconds réalisèrent le type New-Leicester ou Dishley, reconnu aujûurdhui comme la véritable race créée par cet habile éleveur.
Le mouton de Dishiey-Grange est aussi décrit par Young « Les yeux étaient vifs, le dos large, droit et plat, la forme du corps semblable à celle d'un baril, Tossature fine, la peau mince » ; Faptitude à un engraissement précoce était très développée, la viande et la graisse d'un grain fin et de saveur supérieure ; la toison présentait des mèches d une longueur de 10 à 20 centimètres, et pesait 4 kilogrammes environ ; les moulons castrés étaient tu«''s avec le meilleur profit vers deux ans avec un [loids de 10 à 15 kilogrammes le quartier; conservés plus longtemps ils devenaient trop gras pour les « tables élégantes ». Un mouton de Dishley âgé de trois ans, présentait sur les côtes une couche de graisse de 17 centi-
mètres et avait un dos coiiiiiie le lard le plus gras de la tète à la qiiouo.
A. Young cite les mesures suivantes prises sur un bélier de trois ans de Bakewell :
Tour de sangle i^,T6
Hauteur 0m,73
Largeur sur les épaules 0^,50
— côtés 0m,5G
— hanches Û™,54
Une brebis de deux ans présentait les dimensions ci-dessous :
Hauteur.. 0^,88
Tour de sangle 1"^,73
Poitrine au-dessus du sol 4 travers de doigt.
Marshall caractérise ainsi le typed ovin élevé par Bakewell : « Tète longue, petite, sans cornes ; oreilles un peu longues et penchées en arrière, nez porté en avant. Cou mince de forme, s*élargissant en tous sens à la base. Quartiers de devant tout à fait courts. Poitrine large; épaules, côtes et échine excessivement pleines. Reins larges, dos horizontal. Hanches relativement pleines vers le haut, mais légères vers le bas et petites en pi oportion des quartiers de derrière. Jambes de longueur modérée avec des os extrêmement tins ; ossalui e remai'(|ua})h.'ment légère. Peau mince, (lueue petite. Laine pluscourte (jue celle des races à longue laine, mais beaucoup plus longue quo celle des races à laine moyenne; la longueur ordinaire de la mèche étant 12 à 17 centimètres, variant beaucoup en linesse et en ])oids. »
Marshall ajoutait que le point caractéristique de la conformation des Dishleys : le poids des quartiers de devant, était contraire au principe général d'amélioration, les morceaux préférés du consommateur étant les gigots, la selle et non les épaules etlapottririe. Les éleveurs des moutons New-Leicester prétendaient au cuntiaire que les quartiers de devant présentent les morceaux estimés dans h's classes j)auvres, milieu où la viande de mouton est estimée et où il importerait de développer celte consommation.
Le corps des moutons de Bakewell prenait à l'engraissement • une forme particulière : beaucoup plus large que profond.