IX. * RACE MÈR1N
Ovis Aries af ricana.
Caractères zootechniquas. — Le tyi)e est très légèrement dolichocéphale, le front très long est un peu incurvé d^un côté
à raiilie avec des chevilles osseuses volumineuses à hase large trianj^^ulaii-e en spii'ale à deux toui s au moins. Ces cornes ])orlen( sui* leur hord supéi'ieur un sillon lonj<itudinal jM-olond et des jdis transversaux nornhreux; elles sont ahsentes cliez la i'emelle, (]uelquefois aussi chez le mâle. Les arcades orbitaîres sont ellacées, et Ton observe une très faible dépression entre les orbites; les os du nez sont unis en voûte pleincintre, le profil est un peu busqué, la face allongée, ovale.
Parmi les nombreuses variétés de ce type la taille est très variable et oscille entre 0°^,50 et O'ySO. L*ossature est forte avec les masses musculaires bien fournies.
La tète volumineuse et munie le plus souvent de cornes développées est garnie de toison jusrju'au clianlrcin et au nez qui présente le })lus souvent des plis caiactérisli(iues. La houche est granih;, le museau large, les lèvres épaisses ; les oreilles sont courtes et dressées borizontalemenl entre les volutes des cornes.
Le corps ample est soutenu par des membres forts et relativement longs, les membres postérieurs présentent un élargissement particulier dans la région du jarret et celle du boulet.
La peau forme de nombreux plis sur la surface du coi ps,
principalement dans la région <lu cou où leur réunion forme \b, cravate ) la toison oll're des car'actères particuliers, couvre toujours le front, les joues et, très (Hendue, elle gagne ]»artois l'extrémité du nez et la partie supéi ieure des onglons. Di essées perpendiculairement au plan médian, les mèches plus ou moins tassées sont constituées par des brins très onctueux, à ondulations régulières rapprocliées formant des zigzags. Le nombre des brins atteint 80 par millimètre carré, leur dia-
mètre ne dé|)aî>sant pas 0"°',025 et descendant jusiiu'à 0'""',01, la nuance est ordinaii ement blanc jaune ou jaune citrin.
La (inesse du brin a la régularité des ondulations, la forme parallélipipédique des mèches permettant de distinguer à première vue la laine des Mérinos.
On attribue la forihe particulière du brin à la disposition des génératrices du coi du follicule pileux qui sont spîralées ; le brin sort sous forme d*un tire-bouchon, mais par suite de la pression latérale de ses voisins 11 se développe suivant une ligne sinueuse; ces brins se pénétrant mutuellement donnent à la nit'che sa forme pi isinatique caractéristique.
L'aptitude prédominante est la production de la laine très abondante et remarquable au |)()int de vue de la finesse, de la douceur et de la résistance. Le poids minimum de la toison est de 3 kilogrammes et peut s'élever jusqu'à 6 kilogrammes.
La viande, peu appréciée, révèle un certain goût de suint, le développement des variétés non améliorées est tardif.
Ces ovidés s*accoutument difficilement aux climats humides.
Aire géographique, — Aucune race n'est plus universellement répandue que la race Mérinos, ses représentants peuplent l'Ancien et le Nouveau Monde, les troupeaux qu elle constitue sont immenses. La France et l'Allemagne entretiennent chacune environ 2'; 000 000 de tètes, rEspajifne li 000000, la Russie et la Hongrie ensemble 40000 000, h' (lap de Bonne- Espérance 10000 000, les États-Unis 45000 000, TAustralie 40 000000, la République-Argentine 80000 000, etc.
Cette extension des Mérinos est un fait contemporain, il est établi que jusqu'au milieu du xvui* siècle il n*y avait de Mérinos qu'en Espagne et dans les Pays Barbaresques.
Historique, — Dès la plus haute antiquité les populations ovines de l'Espagne étaient réputées pour la qualité de leur laine. Pline, Strabon, Columelle, Vairon décrivent les nid'urs et les coutumes des pasicurs espagnols. Virgile, Ovide parlent également de ces j)opnlafinns ovines.
Le commerce extéi ieur de l Espagne dut à cette production de laine line un lustre éclatant qui éveilla parfois la rivalité des autres nations européennes. Henri 11, roi d'Angleterre, ordonna en 1189 que tout drap fabriqué de laine d'Espagne
serait brûlé publiquement. Cependant aux siècles suivants des relations plus courtoises s'éiablirententre ces deux nations, et il semble prouvé que des éclianges d'animaux eurent lieu, en \3T}0 notamment où Alphonse XI lit venir d'Angleterre des
Fig. 51. — Br-lior mc'rinos vu dr face.
types d'ovins (Fernez-Gomez) et au xv*^ siècle où Edouard IV permit au roi .lean d'Aragon d'introduire en Espagne des béliers (lolswold iStow) (1). '
CiCs importations n'exercèrent aucune influence sur l'orientation «le l'élevage espagnol et les caractères typiques des populations ovines de l'Espagne ; cependant bien que présentant le faciès caractéristi(|ue de la i-ace, on constatait au moyen âge
(1) Annales et chronique f/éne'rale de l'Anf/lelerre. Stow.
RACE MEHIMUS.
quelques différences de conformation et de toison tenant évidemment à rinfluence du milieu ; la laine étant plus ou moins
réputée; la tailh* petile dans I ensemble s'élevait en Castille, les plis Hii cou (cravate) élaieiil développés à di\eis de^rrés.
L'imporlauce de réleva^e ovin en Espagne élait telle (pie cette spéculation imprimait à ses muîurs, à ses lois, à sou régime social un caractère pai ticulier.
Par suite des conditions cliniatologiques spéciales, les moutons devaient en effet quitter les pâturages d été des montagnes du nord pour gagner les pâturages d'hiver des plaines du sud. Ces déplacements ou transhumances (transhumantes) nécessitaient un régime tout particulier qui influait même sur les droits dé pmpriété, de voirie, etc.
Les pâturages d'été comprenaient les tei rains montagneux (le Léon, ('astille, Soiie, Ségovie, C-uença, lUirgos, Aragon, Albaracin, iN'avane, Asturie, (ialicie ; les plaines (riiivernage étaient en Lstramadure, en Andalousie, dans la Mancbe, autour de Valence, Murcie, etc. Ces régions, complètement brûlées en été, offraient après les pluies estivales une surface engazohnée où les moutons pâturaient Lhiver; par contre, dès les sécheresses de Tété, les Mérinos devaient regagner les p&turages frais des montagnes.
Relativement aux conditions de Testivage, les troupeaux se divisaient en deux branches : léonaise et soriane.
La branche léonaise à laine line et douce conqucnail les troupeaux (cavagnesi des Negrefti, des Inlaiilado, des Peiales, des Montarces (|ui hivernaient dans rKstramadure au.\en\ nous de Lerida, (.acei'ès, Sevcnas; les troupeaux partaientle i'ô avril, passaient le Tage à Almarès, se dirigeant vers le nord, une portion séjournait dans la chaîne qui borde Salamanqueet la Vieiile-Caslille, le plus fort contingent des ovins pénétrait jusqu'au royaume de Léon et dans les Âsturies.
La brandie soriane hivernait plus à Test, se dirigeait le 15 avril vers le nord-est, laissant quelques ti^oupeaux dans les sierras qui séparent les deux Castilles de Ségovie dans la haute vallée du Douro et, descendant les vallées <le l'est pour atteindre les montagnes de la Na\arre, les moutons alleiguaieut leurs cantoanemenls vers la tin de juin.
Au moyen âge, Télevage des Mérinos était tout entier entre les mains des prinres, de la noblesse et des ( oiivents.
Alin d'assurer le libre parcour s des li uupeaux, les propriétaii*es (Ganaderos) jouissaieiil du pri\ilège de la libre disposition des routes destinées à la transhumance.
Ces chemins, indiquées par des bornes de pierre, étaient parfois d'une largeur de 80 mètres, aucune personne étrangère n*y avait accès, et Tempereur Charles-Quint lui-même dut renoncer à la possession d'une parcelle de terre qui pénétrait sur les routes de transhumance.
Le départ des moutons avait lieu ordinairement en avril et commencement de mai des plaines du sud vers les nionlaiziK's du nord, le retoui* commençait eu septembre pour linir au début (roctobie; ces voyaj^es duraient pai fois de quarante à cinijuanle jours. Duiaul \i\ niai< lie du pi inlemps vei s le nord, les moutons faisaient halte dans les établissements où se pratiquait la tonte (esquileos), les principaux arrêts étaient Ségovie, Ârcla, Burgos, Sorie, Cuença, Viilacastin, Espinar, etc.
L'aménagement de ces établissements où Ton devait tondre un nombre considérable d'animaux en peu de temps, était des plus curieux.
Les moutons pénétraient dans de vastes hangars couverts lenceriadeios) pouvant contenir jusqu'à 20000 têtes, puis les ovidé^ passaient dans la sucne {sudadero\ b^cal sans ouvei*ture où on les pressait h's uns contre les autres pour activer la transpiration, obtenir une laine plus pesante et amollir la toison des béliers.
Les ovidés étaient alors amenés dans la salle de la tonte (ranco), pouvant contenir parfois plus de 200 tondeurs (esqui- . latores) plus les lieurs indispensables (ligadores) qui amenaient les ovidés et leur liaient les jambes. Les receveurs (recibidores) pliaient les toisons coupées et les passaient aux porteurs (vellenores ; les empileuis fapiladores) plaçaient enlin les toisons dans les magasins. (îe personnel était comj)lété par les porteurs de charbon inorenores qui saupoudraient de poudie de charbon les blessures faites pendant la tonte, et par les balayeurs (vaiTenderos) qui rassemblaient les déchets de laine.