‹ Zootechnie; mouton, chèvre, porcChapitre 72 sur 168 · RAGE MÉRINOS · texte numérisé non relu

RAGE MÉRINOS

Lnrs (lu [Kirconis [it'iidant la hanshuniancc Trlap»» rluil 3 à 6 lieues par jour ; par les fortes clmleurs, les Mérinos ne inarchaieni que le matin on le soir; on évitait de voyager la nuit de peur de perdre des brebis en route.

Au retour, vei s le sud, Tallure était plus lente, les brebis étant pleines et surchargées par leur toison.

Les troupeaux des élevages célèbres, ceux du comte de Campo-Alance, du ducd'lnfantado, de la famille l^egretti, des moines de TEscurial, du comte de Montasco, du chapitre de Ségovic, du marquis de Perales, etc., comprenaient individuellement jus(|u"à 80 000 tètes. Alin [d'éviter la disette en roule, on divisait ce continjj^ent en jx'tites troupes de 100 à \ *»00 tètes. En tète marcliait le her^^eren chef 'mayorah, puis le premier bei ger (rabadan)reniplissantspéciaiemenl les fonctions de vétérinaire.

Les moutons étaient maintenus dans le bon chemin par des bergers et des béliera munis de clochette (manosos) dont le bruit guidait les brebis ; les chiens servaient uniquement pour la garde contre les loups et mai*chaient à une certaine distance du troupeau. Derrière, quelques mules portaient les vivres, les vêtements des bergers et les peaux des moutons morts en route.

En réalité les j^'anadt-ios e\»M çaient en Esi)agne une doFiiinalion peut-être excessive et jouissaient de privilèges inexplicables ; personne n'avait le droit de gaiantir ses terres des dégâts des moutons ; Tagriculturc au voisinage des routes de transhumance était dans un état misérable. Si quelque conflit survenait, les ganaderos avaient recours pour régler le différend à un tribunal constitué par leurs propres soins (Gonsejode iMesta) dont les jugements étaient empreints de la plus évidente partialité ; Texcès même deces prérogatives attira Tattention du pouvoir royal et dès la fin du xvni« siècle un édit accorda aux j)i-o|)iiétaires terriens le dioit d'enclore leurs champs; de nouvelles lois lèussii'ent enlin à battr-e en brèche la puissance de la Mesta, mais, du même coup, la prospèi ité de rélevage ovin déclina. I*ar esprit de léaction les agriculteurs transformèrent en terres arables les pàtui'ages, et de cet état d'hostilité résulta une longue suite de .conilits qui devait

MOUTONS. — RACC MÉRINOS.

porter un coup sensible à Félevagc espagnol ; les méthodes

suivies permet (aient peu, il'ailleui*s, ramélioration du type indi^èneet l'obli^ialioii desuppriineren partie la traiisliumaiice el d'élever h's in()ut«uis dans les Ternies (eslances; vinldiniinuei* les ressources olFerli^s à cette spéculation.

L'exploilaUon des Mérinos ne pul retrouver en Espa;:ne l'étal llorissant que marqua, au moyen âge, cette production zootechnique.

Introduction des Mérinos en France. — SousTadminisiration de Golbert, au xvii* siècle, quelques béliers avaient été introduits en Roussillon.

En 4750, d'Élio^ny, intendant de Béam, renouvela ces importations, mais c'est seulement en 177G(|ue Turj^ot,à l'instigalion de DaiiiuMiton, collaborateur de lUitron, lil venir d'KspaLMie un troupeau de Mérimjs (jui lui conlié en partie à Daulx'ulon, en partie au marquis de Barbancois (jui les plaça dans son domaine de Yiilcgongis (Reri y u en parlie à MM. Dupin et Trudainc. Les animaux élevés par Daubenton à Monlbard purent seuls donner lieu à une exploitation régulière et constituèrent la souche des Mérinos actuels de la Bourgogne. Voulant encourager ces tentatives, Louis XVI chargea, en 1786, M. de la Vauguyon, ambassadeur de France en Espagne, de négocier Tachât d*un nouveau troupeau. Les ovîdés choisis avec soin par deux Espagnols, dom Kamiraet Gilles Ilernano, furent rassem])lé> à Ségovie el j)arlirent au nombre de 342 l)rebis e( 42 Ix-iiers, i:> juin 1780, j)()Ui' liambouillet.

Les lon^aies étapes occasionnèrenl «luelqurs décès, mais le 4 2 octobre suivant 360 ovidés parvenaient au domaine et allaient consLiluer la souclie du célèbre troupeau de Uambouillel dont le rôle fut considérable dans la constitution des populations ovines du nord-est de la France (sauf la Bourgogne et la Champagne)^

Pour favoriser Tindustrie lainièro, le Directoire imposait comme clause secrète du traité de Bâie (22 juillet 1795) Tobligation pour l'Espagne de laisser sortir de son territoire 4000 br(!bis et 1000 béliers mérinos, dette clause ne put être appliciuéc (princompièlemenl, mais sous le C-onsulal (an \ 11) Gilbert ramena d'Espagne à piusieurb reprises des brebis et

HACi!: Mi£HlNOS.

desbéliei*s qui servirent à créer les bergeries nationales, créées successivement à la Malmaison, Perpignan, Arles, Saint- Genét-Champagnelle près Clermont-Ferrand, Saîni-Geonçes de

llonans pivs VillelVanclit'i Hhoiie\à Ober-Kmnu'l pr»'> de Trêves, an château de l^alais près Aix-la-('iha[)elle, au cliàleau de Cilerniont près Nantes, à ("éré pirs de Mont-de-Mai"san, ainsi <|ue le troupeau privé de Teissicr à An^^erville (Seine-el-Oise ,

Le luit proposé nétail rien moins que la substitution complète (les Mérinos à toutes les variétés françaises; les lier.* geries étaient établies à proximité des centres de Tindustrie du drap. Ce projet irréalisable fut bientôt déjoué et le développement des troupeaux contrarié par les conditions mêmes du milieu, la plupart des établissements disparurent, sauf ceux de Malmaison, Arles et Perpignan qui subsistèrent plus longtemps pour être supprimés à leur tour en 1842.

La bei'f^erie de îlanibouillet poursui\it seule res teiilatives et rerut sous KKiiipire de nouveaux eonlin'j:enls de Mérinos qui permii'cnt de continuer eneoie actuellement.

En 17UH,une Société privée s'était constituée sous Tinitiative de Girod de TAin, pour mettre en vigueur la clause du traité de Bàie; plusieurs importations eurent ainsi lieu.

Ce court aperçu historique montre Torigine des Mérinos français dont la population comprend deux groupes distints : les Mérinos du nord (Bourgogne, Champagne, Beauce, Brie, Soissonnais) et ceux du midi (Roussillon et Provence).

Bergerie de Rambouillet. — Louis XVI acbeta, en 1784, au duc de Penlhièvre le château, le [taie et le bois de Kambouillet et y lit édifier une lernie e.xpcrinM'ntale (1) dont la dii'ection tut conliée au comte d'Anj^ivillers, de rAcad<'niio <lcs sciences, ami de Daubenl«>n; M. Bourgeois de la lîrelonnièrc en fut réconome. Le roi lit inscrire sur la porte d'entrée ce vera latin :

... Cuiut oves oviumque magi>tras.

D'An«;ivillers obtint de Louis XVI que les exjtéiiences seraient dirigées par Te>.>ier et ce dernier demanda i'intro-

(1) Le devis s'rlt va ii »o i>.S(> bvres.

UiFFLOTH. — Zootechnie. 111. — 13

(lurtion de vaches suisses IVibourgeoises et de chèvres d'Angora ainsi que l'aménagement pour une culture intensive. De 1785 à 1780 Tessier, le savant agronome, fit des éludes sur la carie des blés, le changement des semences, le lin de Higa, de Zélande, etc.

(i'est en octobre 1786 qu'arrivèrent à Rambouillet les 300 Méi inos envoyés d'Espagne. La ferme n'ayant pas encore

Fig. .^:î. — BélitT race Mérinos-Rambouillet.

de bergeries, un dut rassembler le troupeau dans un parc entouré de filets de sparte ; les gelées blanches de novembre obligèrent à rentrer le troupeau dans les granges, le claveau (jui survint diminua son eirectif de 35 tètes et c'est |K)ur obvier à ces installations défectueuse qu'on édifia en 1787 de nouvelles bergeries.

Les Mérinos avaient été confiés aux soins habiles de Delorme qu'on appelait le « premier berger de France ». Alin d'aider à la vulgarisation de la race, on donna les années suivantes des reproducteurs à divers cultivateurs, mais ce système ne donna aucun résultat et on résolut de vendre chaque année au\

RACE MÉRliNOS. 2i0

enchères un certain nombre de béliers. De 4787 à 1789, le troupeau de Rambouillet donnait annuellement 150 agneaux et agnelles.

La ber<^erie île llambouillel m;ul, en 179o, 40 Mérinos du troupeau importé par Gilbert.

L'élal)lissement fut protégé durant les ti oubles de la l{ évolution grâce au dévouement de Gilbert Iluzard et Tessier; la bergerie de Rambouillet lit retour à TÉlat en 1830. En 1832 on put craindre un instant la disparition de la [(ergerie nationale : une ordonnance en date du l^*^ juin 1833 ordonna la vente du troupeau, mais cette décision, très mal accueillie parlé public, fut rapportée par une décision du 6 janvier 1834. Grâce à Tingéniosité et au dévouement de M. Bourgeois, membre de la Société Nationale d'agriculture, r}ui divisa le troupeau de Mérinos en petits lots soigneusement cachés chez plusirurs lermiers, on put épargner, en 1814, la prise du troupeau par liliicher el Rulow.

Les ventes publiques durèrent de ITDV à !S53; dès 1854 on employa les ventes à lamiable qui donneienl des résultats plus satisfaisants. Les prix moyens de 1797 à 1853 ne dépassèrent pas 427 fr. 35 pour les béliers et 123 francs pour les brebis; de 1854 à 1872 cette valeur s'éleva à 859 fr. 80 pour les béliers et 398 fr. 30 pour les brebis. La valeur totale du produit du troupeau, de 1797.à 1872, atteint plus de 3 millions et représente les ventes suivantes :

Béliers 4.309 tètes.

Brebis 4.301 —

Moutons 3.025 —

Uinc 131.165 kilogr.

La laine, vendue 4 fr, 40 le kilogramme, en moyenne, de 1797 à 1834, a vu son prix descendt*e à 2 fr. 20 de 1835 à 1872.

latrodnctiott de Mérinosdans divers pays, —Allemagne. — La première introduction des Mérinos en Allemagne date de 1778 ; des béliers et brebis achetés en Espagne dans le troupeau de la comtesse (lueviza lurent rassemblés dans les bergeries de l'Électeur de Saxe et constituèrent la souche de

MOUTONS. — UâGE M£H1N0S.

lii race diU' Électorale. Plus tard on iiilrodiiisit dos Mérinos dits de Seyretti, enliii des Iw^liers piovenanl des éle\ aires réputés de Fiance el dénommés indistinctement liambouillets oui servi à consliluer les troupeaux mérinos de r Allemagne.

L'Âllemagne du iNord s'est peuplée proy:ressivement de Mérinos par rinlemiédiaire des bergeries de Kuchelna et de Moeglin ; rétablissement de la race Mérinos s'est poursuivi directement ou par croisement avec la race du Danemark et absorption lente et totale de cette race.

Italie. — C'est en 1793 que le comte de Graneri introduisit en Piémont l'iO l)rel)is et béliers Mérinos de J^é^ovie, qui avaient déjà quelques représentants en Sicile. Les Mérinos ont ^'agné j)rogressivement le noid de la Péninsule.

AutricIic-IIongrie. — La Bohème, la Hongrie, la llussie méridionale se sont peuplées de Mérinos vers la lin de la première* moitié du xix* siècle; les premiers sijgets introduits provenaient d'Allemagne, mais actuellement ces nations se remontent en Mérinos français, et c'est à cette époque que le» importations de Mérinos dans les possessions anglaises des mers du sud et la colonie du Gap furent suivies d'un mouvement d'extension considérable.

Ausfruiio. — L"hislori(jue de l introduction des Méi'inos en Anslrnlic est «Mtcoie peu pi'écis. (Jneiiiues auleui's cilmt I i iiiporlation de (|uel(iues béliei s vi'i s 17.SH avec des convicts. On laconte également la capture, par des baleiniei's anglais, d'un navire espagnol ^1789) (|ui transpoi tailau Péi ou ;J0 bélieis Mérinos. Les documents les plus authentiques attestent néanmoins que les moutons étaient foit i*ai*es, en Australie, jusqu'en 1795. Le premier essai d'introduction sérieux de Mérinos date de 1797. Deux amis du principal concessionnaire de File, Mac-Arthur, rapportèrent du Cap de Bonne- Espérance le troupeau du colonel Gordon ; plus tard, en 1804, Mac-Arthur acheta les plus beaux sujets du trou[)eau de (.eorgos 111 et pai- d'intelligents croisements avec les moutons acclimatés en Australie réali>a la vaiiété dite Méiinos de Cambden, dn nom de sa \ille na'ale. En 18iî», Mac-Arlliur vendit à la Tasmaniu 300 agneaux Mérinos et l'élevage se

PRhNGlPALKS VARIETES MÉUliNOS.

dt*v<'lt)p[iii lapidotneiil vn celte région, de luèiue que dans la province de \ icloria ^1830).

Colonie du Cap. — La première introduction de moutons à laine dans la colonie du Cap remonte à la proinirrr moitié du wiii*' siècle ; les sujets importés par la « Société Hollandaise des Indes Orientales » furent élevés à l'état de pureté, ou croisés avec les types indigènes à queue large et chargée de graisse, à laine grossière. L'élevage mal orienté progresse lentement; c'est seulement en 1812 que la production lainière du Gap prit un essor imprévu à la suite de Tiniroduction de Mérinos de Saxe dont deux fermiers priient rinitiative ; en i820 des .Mérinos Ne^n rlli |)rov(;nant des troupeaux du roi d'Angleterre ( ieorges iV turent également exportés en quelques points de la colonie.

Principales variétés Mérinos.

Variétés Espagnoles. — Ainsi que nous l'avons établi, l'Espagne constituait au xviii* siècle le centre le plus intensif d'élevage de Mérinos, mais Timportance do la production ovine en Espagne a diminué d'une manière c(nisidéral)le et ces ovidés ont été distancés dans la perfection des lormes, la précocité par leurs congénères étrangers.

( )n distingue deux principales variétés, celle de TEscurial et celle de Negretti ou Infanlado.

Les Mérinos de ÏEscurial ont une taille peu élevée, les jambes courtes, le. corps long avec la peau plissée, la toison est courte, et très fine.

Les Mérmos Segretti ont une taille également petite, la conformation est trapue ; le squelette fort et la toison moins line; les sujets importés en France pmvenaient en majorité de cette dernière souche.

Les Mérinos de Navarre ^onl de pelifc (aille, à ventie ^'^ros, (rap[)ai'eiire cliétive, la laine est courte, frisée, fine, tassée. Élevée principalement dans TEstramadure, la Nouvelle Caslil le, la Soria, cette variété est moins appréciée dans le nord que dans le reste de la Péninsule, car sa viande étant médiocrement estimée, les bénéfices offerts par la production de sa laine peu abondante sont des plus minimes.

MOUTONS. — RAGB MfiBlNOS.

La population ovine de la Navarre peut se répartir ainsi :

Toutes les |)(>|nilali()ns ovines Mérinos el une pailie des Çhurra sont souinist's à la Iranshumance, vivant l'été «lans la . montagne et desciMidant l'Iiiver vers les plaines du Sud et do TEsl, circulant partout en liberté, payant parfois aux propriétaires des prairies une redevance annuelle de 12 à 16 réaux(3à 4 francs) par téte. Les ovins s abritent de loin en loin sous les corralizas, simples hangars destinés surtout à recevoir les brebis au moment de la mise-bas.

Ge régime rend difflcile Famélioration de Télevage, les animaux souffrent de la faim, de la fatigue ; les prairies pacajrées, abandonnées à elles-mêmes, deviennent moins productives et les trou|teau.\ li anshiunants diminuent de nombre, (/exploitation ovine n'a d'ailleurs qu'il i^a^ner à la suppression de ces antiipies procédés el l'etTectir des troupeaux dits trasterminants, c'est-à-dire bornant leur parcoui*s d'un district à Tautre et de ceux dits estante, c'est-à-dire séjournant au même lieu, augmentent dans des proportions sensibles au grand avantage de Télevage espagnol. La variété lâcha doit d*ailleurs à ces conditions l'état florissant de son exploitation.

Ces variétés espagnoles présentent une rusticité des plus remarquables et quelques auteurs avaient même proposé le croisement de ces moutons avec nos populations ovines sujettes à la cachexie aciueuse (1^. lue ini|Mn talion ancienne démoulons Lâcha dans le canton de Vie (liaules-Pyrénées) ainsi réalisée [tcrmet de conslater parmi les tioupeaux de cette région les traces de croisement avec ce type espagnol.

Quelques éleveurs de l'Andalousie ont réussi à améliorer sensiblement l'élevage et par la suppression de la transhumance, rétablissement d'une alimentation plus intense et

(1) GounDON, Journal de l'Agricullut*e, 1869.

Variété Mérine

— Churra blanche.

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