‹ Zootechnie; mouton, chèvre, porcChapitre 91 sur 168 · ÉLEVAGE · texte numérisé non relu

ÉLEVAGE

et excellentes laitières; également il est peu probable qu*on rende les chèvres « grandes mangeuses » en les nourrissant avec des aliments peu nutritifs qui développent leurs organes digestifs (Magne); la production du lait comme toutes les

sécrétions est sous la dépendance générale de Tétat physiologique de l'individu; un organisme sain, fort, fournira une sécrétion lactée plus abondante, plus riche qu'un corps anémié et chétif. On a pris pour une incompatibilité apparente entre Tétat d'embonpoint et de la sécrétion du lait la remarquable faculté des chèvres et de certains types bovins, femelles essentiellement laitières, de sacrifier les éléments fournis pour rélaboration du lait au détriment de Torganisme luimême.

C'est un point de vue évidemment inexact ; une chèvre laitière de même qu'une vache laitière ne doit pas nécessairement être « maif're », mais bien plutôt « en état ».

Parmi les pâturages les caprins préfèrent les lieux escarpés où poussent les herbes Unes et les broussailles, les plantes sèches, fanées lui conviennent; nous avons vu souvent des chèvres manger des feuilles d'arbres desséchées au soleil de préférence à Therbe tendre et succulente qui entourait ces feuilles. La chèvre a une tendance accentuée à manger les jeunes pousses des arbres et les feuilles des arbrisseaux ; on l'a ainsi souvent rendue responsable des déboisements ; l'ingestion de pousses jeunes et vigoureuses peut d'ailleurs lui communiquer des pissements de sang ou mal de brou.

Afin d'éviter les déprédations causées, on pourra accoupler les chèvres par un bâton deux à deux; le meilleur moyen consiste à mettre aux animaux une bricole particulière qui permet de pâturer mais empêche la chèvre de se lever contre les arbres et de brouter les jeunes pousses. On oonduit les troupeaux sur les vignes après la vendange ou sur les prés après le regain.

On peut élever la chèvre à Tétable bien que son caractère s'adapte mieux à la pâture libre ; il y a là une question d'accoutumance à laquelle certaines races se plient particulièrement.

Les prairies artificielles, luzerne, trèfie, vesce, conviennent

CHÈVRES

à la chèvre, cerlaines variétés de choux dits choux-chèvre sont utilisées avec protit à la fin de l'hiver.

Les feuilles de vigne ramassées après la vendange sont parfois ensilées dans des tonneaux avec un peu de sel, des baies de genièvre, des plantes aromatiques, etc. On obtient ainsi un aliment d'hiver apprécié des caprins, auquel on ajoutera (lu son de froment, des tourteaux, des racines et des tubercules.

Les fourrages secs ligneux conviennent mieux ù la chèvre que les fourrages aqueux; il est aisé de constituer des rations nutritives peu coûteuses en associant aux résidus industriels, marcs de raisin, tourteaux, levure de bière, du son ou des farines bises; le petit-lait associé au sonde froment augmente la sécrétion lactée. On distribue souvent sous le nom de soupe, de lavaUle^ des aliments liquides où les betteraves, pommes de terre, farines diverses sont associées aux eaux de vaisselle, aux épluchures ménagères, aux lleurs de foin, etc. Le sel marin à la dose de 10 à 12 grammes par semaine, les baies de genièvre, les racines de gentiane accélèrent les fonctions digestives et augmentent l'appétit.

A la chèvrerie, les chèvres font en général trois à quatre repas en été ; le matin, à onze heures, vers quatre heures et à huit heures du soir. Au Mont-d*Or Lyonnais, la constitution de ces repas était la suivante : les deux premiers repas et le quatrième se composaient de trois distributions : d'abord une brassée d'herbe (trèfle, luzerne, sainfoin, gesse, vesce, herbe des prés), puis des lavailles, en troisième lieu une nouvelle distribution d herbe dillérenle du premier fourrage.

Le repas de quatre heures ne compi end qu'une seule distribution, herbe ou lavaille selon la saison. En hiver les trois repas se composent chacun de trois distributions: fourrage Bec, lavaille, fourrage sec.

En Suisse, à Tétable la nourriture des chèvrés comprend : rhiver 1/2 livre de pommes déterre, 1 livre de farine de sèigle, blé ou orge et 3 livres de foin. L*été les prairies suffisent à l'entretien si Ton ajoute i livre de farines diverses par joui-.

La chèvre exige comiVH' lation d'entretien ou de production une source de principes nutritifs, aussi élevée que celle des

autres animaux domestiques proportionnellement à son poids, c'est donc une erreur économique de Talimenler parcimonieusement en se basait sur ses qualités de sobriété, d'ailleurs réelles.

En Afrique les chèvres se nourrissent avec le figuier de Barbarie, le dattier et même avec les feuilles de Tagave américain; sur quelques montagnes du littoral on leur donne des glands, et près du désert les indigènes leur distribuent des dattes qui passent pour accroître la sécrétion lactée.

Hygiène générale. — Les règles ordinaires de rhygiîme doivent être observées avec soin pour les clîL'vres, trop souvent entretenues sans aucun soin. Un pansage journalier est indispensable pour entretenir la santé de l'animal, cette opération à pour effet d'atténuer Todeur hircine des chèvres, odeur qui affecte particulièrement le lait.

Ces prescriptions sont le plus souvent négligées, Télevage des chèvres s'étant poursuivi jusqu'à présent d'après les règles de Tempirisme et de la routine.

JLa chèvre craint Thumidité, les pluies froides et les fortes chaleurs.

La chèvrerie sera éditiée d après les règles les plus précises de l'hygiène; trop souvent on voit ces animaux logés dans quelque coin de la grange et du cellier ou parmi les volailles.

La propreté la plus minutieuse est indispensable autant pour la santé des animaux que pour la qualité des produits tirés de leur exploitation.

11 faut, en résumé, aux caprins des soins attentifs, une nourriture rigoureusement saine, de préférence sèche, un pansage fréquent pour faire disparaître tous les parasites qui la recherchent; des rations normalement constituées et une hygiène bien suivie permettant d'obtenir un lait absolument dépourvu de cette « odeur liircine » ({u'on lui reproche parfois et qui n est le privilège que des races sauvages peu améliorées.

m. — EXPLOITATION DES CHÈVRES. — PRODUCTION DE LA VUNDE, DU LAIT ET DE LA LAINE.

Production de la viande. — Dans notre pays, la production de la viande est limitée à la vente des chevreaux de lait, livrés à la boucherie à Tàge de un mois ou six semaines (1 ).

On conserve ordinair ement les chèvres jusqu'à l'âge le plus avancé et leur valeur comme producteur de viande est alors des plus réduites, c'est de tous les ruminants celui dont le prix diminue le plus rapidement avec Tàge : une chèvre de 30 francs se vendra 6 à 7 francs, lorsqu'elle sera réformée. Les chèvres des Alpes sont conduites à Toulon, k la lin de leur carrière et vendues comme basse viande ; dans ces conditions précaires, la chair est dure et filandreuse.

Nous avons vu qu'il y aurait un réel intérêt à préparer les sujets adultes à la boucherie en les castrant et en les engraissant avec soin. Les boucs réformés à deux ou trois ans pourraient être avantageusement châtrés et engraissés. La castration des chèvres diminue, de plus, l'odeur particulière à res[)èce. La viande de certaines variétés présente des qualités particulières de saveur et de finesse, la chèvre d'Angora doit être placée, à ce point de vue, au premier rang.

Il n'existe aucune règle spéciale pour Tengraissement des capridés : les racines tubercules, les farineux, graines de légumineuses, tourteaux, les bons fourrages, seraient utilisés avec avantage ; on éviterait les aliments avariés et certains tourteaux susceptibles de communiquer un goût spécial à la viande.

Production du lait. — La chèvre se place d'ailleurs en té te des espèces domestiques, par son rendement élevé en lait ; une chèvre du poids moyen de 30 kilogrammes, peut

(1) Un troupeau de 100 chèvres suisses donne en moyenne 440 chevreaux dont 40 sont gardés pour l'élevage et 100 vendus à quatre ou six semaines au prix de 5 à 6 francs par téte.

PRODUCTION DU LAIT

donner annuellement 400 kilogrammes de lait, soit 13,33 fois son propre poids ; la vache ne donne que 5, 6 fois son poids de lait, la brebis 3,8 fois ; la jument laitière 1,2 fois.

Le lait de chèvre se distingue du lait de vache par une plus forte proportion d albumine (Arthur), une plus grande quantité de caséine en suspension et une quantité moindre de caséine dissoute (Ouclaux), par la nature de sa matière grasse, par sa teneur en sucre moins élevée.

Le tableau suivant rend ces faits plus sensibles :

F. iOOO.

CHiVRB.

YA.GHB.

La teneur du lait en principes nutritifs varie suivant Tali-

menlation et la race; certains auteurs ont pu, suivant ces indications, distinguer les vaiiètés cainincs beurrières (variétés des Pyrénées, de Malte, de Poitou); les variétés fromagères {Poitou, (iorreze) et les variétés destinées à la consommation du lait en nature (variétés alpines françaises, variétés suisses de Saanen, de Gruyère, de Toggenbourg). La cbèvre est, de plus, relativement réfractaire à la tuberculose.

A Tair libre, ie lait de chèvre subit plus lentement et plus incomplètement la fermentation lactique, sa conservation est donc plus aisée. Les cendres sont plus riches en chlore et en fer, plus pauvres en soude ([ue celles du lait de vache. Les qualités toniques et nutritives de ce lait le font apprécier dans rallaiteiuent des bébés ; de nombreuses observations démontrent même que le lait de chèvre convient très bien aux agneaux, aux jeunes veaux (Auvergne) et même, exceptionnellement, aux poulains.

Relativement à son alimentation, on sait que la chèvre

CHÈVRES

préfère les plantes liseuses, amères, astringentes, arbrisseaux,

broussailles, etc., mais, étant donné que ces aliments favorisent plulùt la foi rnalion du sang et des muscles que la sécrétion nu lait ou Teni^raissement, on devra limiter la distribution de brindilles à quelques rations de feuilles ou branches d'orme ou de divers arbres. Le chêne convient, si Ion veut obtenir un lait très maigre, presque dépourvu de crème. Le frêne, Tonne, les feuilles de mûrier, donnent, au contraire, un lait gras crémeux. Les branches d'acacias, d*orme, d'aubépine associées, fourniront un lait gras, quoique peu fromageux, très mousseux, très savoureux; ringeslîon de brindilles privées de feuilh > détermine laproduclion d'un lait très nutritif et très di^'estil" (C. Pages),

Loi'S(|ue le lait récollé est destiné à la fabrication du fi omage, pour obtenir un caillé abondant compact et rapide, on conduira, dès qu'on le pourra, les chèvres au bois, à la haie ou au buis* son-; si le régime est celui de la stabulation, on distribuera des feuilUs sans brindilles de mûrier, frêne, orme, vigne, acacia.

11 peut arriver que le lait de chèvre soit destiné à Talimentation; si Ton veut obtenir un lait très gras, très nutritif, très aromatique, les branches d'orme, de noisetier, de mûrier, parvenues à leur développement, seront utilement employées. Si le lait j>roduitdoit de i^irléi ence être nutritif, mais très digestible, les brindilles de jeunes chênes, épine blanche, épine noire devront être exclusivement distribuées. Ces ramilles pourront d'ailleurs, dans tous les cas, être associées à de bons regains.

On peut distinguer deux modes d'exploitation des chèvres, au point de vue laitier ; dans le premier cas, les animaux réunis par troupeaux vivent constamment sur les pâturages des montagnes, comme cela se pratique en Suisse, sur les Alpes françaises, aux Pyrénées, en Italie, Algérie et même au Poitou. Le second mode consiste à élever une ou deux chèvres qui utilisent les résidus de ménage, les parcours le long des roules, etc.

Nous nous sommes attaché, au cours de cet ouvrage, à montrer l'intérêt que présenterait l'exploitation des chèvres rationnellement conduite. Aucune tentative de sélection, aucune étude des conditions d'alimentation et d'habitation

PRODUCTION D£ LA lAim.

n'ont été entreprises sur ces sujets, qui méritent cependant mieux que celte indiiïérence, comme Talteste rénumération des bénéfices obtenus dans les rares centres où leur élevage se poursuit avec quelque soin.

Production de la laiBO» — (^ette production est limitée aux espèces asiatiques, Angora et Cachemirienne. Le duvet qui couvre le corps de certaines chèvres est destiné à les fNré> server du froid ; au printemps, il se pelotonne, se détache dès le mois de mars et avril. La récolte se pratique en peignant les chèvres tous les deux jours avec un peigne fin ; cette opération dure de huit à quarante jours; le duvet des boucs est en générai i)lus (ilé, plus élastique, mais moins lin que celui des chèvres; en Russie on peut obtenir tous les mois une certaine quantité de duvet. En principe, ce duvet existe chez toutes les chèvres, mais son développement ne s*accentue que chez certaines variétés, celles de Cachemire en particulier.

La tonte des chèvres d'Angora se pratique dans leur pays originaire au mois de mai, dès Parrivée desclialeurs; on évite de tondre dans la quinzaine qui précède, ou qui suit le part, c'est pourquoi on règle l'accouplement de façon à faire naître les chevreaux avant les fortes chaleurs.

La tonte se prati<iue à l'aide de grands ciseaux et les opérateurs les plus habiles enlèvent le poil par quartier, sans Temmèler. Le poil, ainsi détaché de la chèvre, est peigné avec soin, puis on le ûle, en ayant soin de Tenroùler à plat et de le tendre fortement à cause de son élasticité.

Pendant longtemps, les laines d* Angora filées et tissées sur place, ne s'exportaient que sous forme de camelot ;l à la fin du xvui« siècle, Angora exportait déjà ses filés, qui servaient à la confection du velours dlltrecht; lorsque les Anglais eurent pratiqué avec succès le lilage de ces toisons, les Asiatiques vendirent les laines brutes. L'exportation dt's laines brutes d'Angora atteiirnait, au début du xix^ siècle, l million de kilogrammes valant 5 millions de francs, avec lesquels on fabriquait 500000 kilogrammes de filés estimés 21 Irancs le kilogramme. Amiens achetait à elle seule 250000 kilogrammes de filés pour ses velours d*Utrecht. Roubaix, Ëlbeuf, employaient également une quantité importante de ces filés.

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