ÉRIC ED DURE
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divinités qui y tenaient jadis leurs cours de plaisirs, la vicille terre d'Asie se montrait à nous couverte d’une luxuriante végétation, Des bois de mélèzes, d'oliviers et de cyprès, mariaient leur verdure aux fruits d'or des citronniers, des orangers et des grenadiers, qui tapissaient le fond, sur lequel se dessinaient les murs badigeonnés des maisons de la ville, au milieu desquelles les minarets des mosquées se dressaient comme des mâts de navire. Les coupoles des églises latines et grecques semblaient abriter sous leurs contours rebondis, les différentes nationalités qui y cherchent un asile dans la paix de leurs sanctuaires. Beaucoup de navires se balançuient coquettement dans la rade, qui, fatiguée de la lutte de la veille, semblait sortir à regret du repos de la nuit, en ridant à peine sa surface. De légers ‘aiques, montés par des Levantins matineux, commengaient déjà à glisser sur les eaux colorées du golfe.
Le soleil, prêt à commencer son cours, annonçait majestucusement son lever par des traits de feu qu'il lançait au devant de lui, et qui faisaient étinceler comme un écrin, les flèches, les dômes et les minarets des églises et des mosquées qu'il dorait de ses rayons. Debout sur le gaillard d'avant, je contemplais ce magnifique spectacle : mon esprit pouvant à peine contenir les mille pensées qui se heurtaient dans mon cerveau,
J'étais doncentin sur le point de fouler ce sol si fertile en grands souvenirs, cette terre sacrée de l'Asie mineure, berceau du christianisme, théâtre où se sont passés les grands événements qui devaient régénérer le monde. A ma droite, s'étendaient les plaines et les
vallons, qui jadis retentissaient des accents inspirés des
hurpes de David et d'Isaie, comme l'a si bien dit Malte- Brun, A ma gauche, je voyais des troupeaux qui devaient bondir également sur les lieux où la légende suppose les tombeaux d'Achille et d'Hector, dans les champs de la Troade que chanta Homère, le plus grand poète de l'antiquité. Devant moi, Smyrne, la ville des roses, bâtie en amphithéâtre comme Naples, s'élevait souriante et fraîche, encore humide des pleurs de la nuit; Smyrne où naquit Homère, Smyrne où prêcha saint Paul.
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iome, 23 mai 1868.
Une légère indisposition privant votre aimable correspondant, Zouare, de l'avantage d'entretenir vos lecteurs des faits et gestes des enfants du Canada, maintenant sous les drapeaux du Pontife-Roi, j'ai accepté avec plaisir son invitation de faire sa correspondance, déjà quelque peu en retard.
Nous sommes en plein mois de Marie. Les échos de la petite Eglise Ste-Brigitte où ont lieu nos réunions, tous les soirs à l'Ave Maria, redisent aux alentours la ‘apacité de nos poumons, et font admirer la suavité et la pureté du timbre des voix de plusieurs zouzous C'anadiens, qui ne seraient pas déplacées dans le chœur de la chapelle Sixtine.
Tout dans la nature concourt à l'élévation de nos pensées et de nos sentiments vers l'être suprême, et incite à la piété envers la Mère des Victoires ; la douceur du climat, la pureté du beau ciel azuré de l'Italie, les
parfums qu'exhalent les orangers, les citronniers, les lilas, les rosiers tout en fleurs, joints aux douces odeurs qui s'échappent des mille jardins de Rome, qui brillent de tout leur éclat dans ce moment, justitient la vérité de ce cantique que nous entonnons souvent :
“ C'est le mois de Marie, « C'est le mois le plus beau; ”
Nous suivons avec ferveur, ces exercices religieux, grâce, PEUT-ÊTRE, aux encouragements et aux pieuses invitations de notre digne aumônier, M. l'abbé Moreau, qui, outre le bien qu'il répand sur tout le détachement “anadien par ses bons conseils et ses exhortations, sert encore de point de ralliement aux zouaves canadiens, tant dans les moments difficiles que dans les jours heureux,
Il arrive parfois, qu'après plusieurs heures de service, de corvée pénible ou d'une garde fatigante, nous grossi:sions nos raisons au point de nous dire : “* Ma foi ! je suis trop éreinté pour me rendre ce soir au mois de Marie, j'irai demain.” Et l'on s'étend mollement et paresseusemement sur son Campi, sans plus guère se soucier de l'avenir, Je dis campi, pour ceux qui ont l'avantage d'en posséder, car un bon rombre de nos zouaves coùchent tout bonnement et tout uniment sur les dalles de pierre ou de briques qui pavent les longs corridors des couvents de St-François d'Assise (iSt- Francesco à Ripa) ou de la Minerve. Ià, on couche absolument sur la dure, avec à peine deux brins de pailles en croix et une demi couverte, dans laquelle on s'enroule, pour tout potage, et son bras replié pour
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