‹ Zouaviana, étape de vingt-cinq ans, 1868-1893 [microforme]Chapitre 9 sur 108 · DES · texte numérisé non relu

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Je suis donc contraint pour la vingt-cinquième fois, de retourner dans mon armoire. Le capitaine, lors de mon embarquement à Marseille, m'avait généreusement

‘ abandonné son lit. Le fait est qu'il n'y avait pas de quoi

se vanter bien fort de cet acte de courtoisie, Ces Grecs sont les gens les plus sobres et les plus superstitieux du monde, à leur bord. TS feignent de fuir le confort, les amusements, le vin ; ils évitent de parler en manseant, se signent souvent, font brûler de lencens par kilos, tout cela pour s'attirer des vents favorables. Le patron de l’Agios Giorgios, qui vit sobrement, couche debout, parle peu, grogne souvent son équipage, ne boit pas de vin (à bord bien entendu), le capitaine. dis-je, m'avait donc cédé sa chambre. Mes premiers jours d'occupation, je déplorai amèrement la piété de ce schismatique.

Lau cabine de ce vieux loup de mer était naturelle ment à la poupe du navire, et occupait l'extrémité de la cale. Dans les cloisons, de chaque côté de cette pièce, S'ouvraient deux espèces de guichets, à babord et à tribord. Là, entre la cloison et la coque du navire, étaient jetés trois où quatre rouleaux de cable, sur lesquels étaient étendus les jeux de voiles de rechange. Cinq peaux de chèvres cousues ensemble. couvraient cette moelleuse couche. Un sac de toile rempli d'étoupe à calfater, invitait le dormeur à y reposer sa tête. Ce fut ce que le capitaine m'abandonna. J'habitais à tribord, qui est le côté d'honneur des bâtiments de mer. Ma plus grande crainte, ma

première nuit d'occupation, fut de voir descendre une où deux vagues dans “le réduit obscur de mon alcôve

enfoncée." J'étais à dix pieds au-dessous du niveau de la mer et j'en étais à peine séparé, par une planche de mélèze de deux pouces d'épaisseur,

Quand je me mis au lit la première fois, un petit clapotement inoffensif caressait la coque du Saint- George, mais quelques instant après. il me sembla.que l'on tirait à boulet sur mon bateau. C'était des coups de mer qui frappaient le navire. Sur le tillac je n'aurais pas remarqué ces incidents, mais la tête sur un sac d'étoupe et l'oreille collée au flanc du navire, je les savourais à mon aise, Après m'être persuadé que, si la rague entrait par l’écoutille et descendait dans ma ‘abine, je pourrais bien en avoir plus que pour mon compte, et en perdre le goût du pain, je tirai le guichet et... je laissai voguer le brick.

Le premier de février de l'an de grâce 1868, je me retirai donc dans mon alcôve—armoire pour la nuit. Je fus réveillé le lendemain par le bruit du cabestan. J'ouvris le guichet. et en deux bonds je fus sur le gaillard d'avant. Nous étions en marche depuis quelque temps, et à trois lieues devant nous, Smyrne, la ville des parfums, Ismir l'infidèle, comme lappellent les Tures, s'étalait gracieusement sur le versant du mont Pagus.

Entin. après vingt-cinq jours de mer depuis notre départ de Marseille, nous touchions au terme de notre voyage. Les teintes roses de l’aurore, répandaient une douce lumière sur le panorama qui se déroulait devant mes yeux. Au contraire des rochers dénudés de la Grèce et des îles Cyclades que nous avions cotoyés, et qui offriraient à peine aujourd'hui de l’ombrage aux

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