‹ Zouaviana, étape de vingt-cinq ans, 1868-1893 [microforme]Chapitre 15 sur 108 · RENE SM ETAT EE · texte numérisé non relu

RENE SM ETAT EE

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leurs dangers et qui sait, peut-être leurs lauriers. [ls sont arrivés sous la conduite de leur aumônier, M. l'abbé Michaud, ce dernier vingt-cinquième, tous bien portants, encore tout roses de la fraicheur de votre hiver, et demandant déjà qu'on leur donne des carabines. [ls ont fait une très heureuse traversée de 8 jours et 18 heures, de New-York au Hâvre,et sont allés le chem:n de leurs devanciers à travers la vieille France,

Is ont eu sur ces derniers, l'avantage de passer deux journées complètes à visiter Paris, et ont eu à Lyon le temps d'assister à ia messe que célébra pour eux leur capellano, à Notre-Dame de Fourvières. IIS ont pu voir un peu la Cannebière de Marseille, qui a seule l'honneur d'en posséder une, et donner un souvenir à ce pauvre Monte-Cristo rappelé à leur mémoire, par les bateliers de cette même Cannebière, qui, du moment qu'ils aperçoivent un étranger, sollicitent l'honneur de le transporter au château d'If pour lui faire visiter le cachot de Monte-Cristo (sic). Le golfe de (rênes qui est habituellement fort maussade a été très courtois pour nos amis, et leur a souhaité la bienvenue avec grand calme.

Nous sommes allés à Civita- Vecchia, une vingtaine, attendre au débarcadère et presser dans nos bras ces heureux voyageurs. Du p'us loin que nous avons vu leur paquebot, nous les avons acclamés de toute la force de no poumons, pour leur souhaiter la bienvenue sur la terre classique de l'Italie. Après les premiers embrassements, les questions plurent de toutes parts et se succédèrent, sans donner à nos amis le temps d’y répondre à peine, Ils sont enchantés de leur voyage.

A la gare du chemin de fer de Rome, tous les Canadiens et une foule de zouaves de toutes les nationalités s'étaient donné le mot pour les acclamer à leur arrivée. Le colonel avait envoyé le sergent créole Doorésamy (un prince Indien dit-on) à la gare, pour les conduire à la première compagnie de dépôt, casernée à Torlonia, où ils furent immédiatement versés, et où on leur distribua à chacun un lit de camp, draps et couvertes.

Ils furent ensuite mis en liberté sur parole jusqu'à l'appel du soir, et profitèrent de ce moment de répit pour venir inaugurer les salles du Palazzo Spinola, de concert avec tous les anciens Canadiens qui s’y étaient donné rendez-vous, Le cercle de la Piace Farnèse était devenu trop étroit pour no besoins. M. l'abbé Moreau voulant nous soustraire aux ennuis de la garnison, et nous procurer un lieu de réunion convenable, où nous pourrions goûter en commun les charmes de la vie de famille et les douceurs du foyer domestique, a loué un appartement du Palais Spinola, situé Via Dell Arco-della Ciambella, No, 19 primo-piano. Cet appartement composé de plusieurs pièces, comprend de vastes salons qui ont été transformés en salles de jeux, de lecture et tabagie. Des pièces ont été meublées et réservées pour les touristes canadiens qui séjourneront quelque temps à Rome, lors de leur passage. Messieurs Moreau et Barnard en occupent chacun une partie. Sa situation est admirable : notre palais se trouvant dans le centre de Rome, près du cercle des zouaves français, près du Corso, de la caserne et de deux ou trois bons cafés.

Plus d’une mère de famille pourrait déplorer ce voisinage pour son fils si les dangers des établissements de ce

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genre en Canada, ne disparaissaient ici, pour faire place aux honnêtes rafraichissements nécessités par la douceur du climat, A Rome comme en France, tout Île monde va au café. Notre colonel, notre aumônier, nos officiers y vont tout naturellement savourer un moka ou lire le journal. Pour compléter sa fondation et son œuvre, M. Moreau aidé comme toujours du Major Bernard, qui partage avec lui et les peines et les fatigues, a attaché une petite frattoria au cercle, c'est-à-dire qu'un cordon bleu a été retenu, pour prendre soin du cercle, d'abord, et de nous ensuite, en nous faisant déguster a! home le café, la Bibite Gazoze et le vin Padronale, etc. Nous ne nous rendrons pas jusqu'à l'Acqua Vita qui se débite dans les rues à un soldo le petit verre. [l n'est pas besoin, je vous prie de le croire, d'inscrire, au-dessus des portes de notre cercle, comme sur le fronton de la cantine du Janicule, où je suis caserné, “Juvenes hortare ut sobrit sint.”

La séance d'inauguration a eu lieu à l’arrivée de nos amis. Réunis dans la salle d'honneur, nous avons écouté avec attendrissement, la lecture d'une lettre que Mgr de Montréal, a écrite aux zouaves canadiens, de sa propre main, Nous étions suspendus aux lèvres du lecteur pour ne rien perdre des sages avis, des nobles encouragements que Sa Grandeur nous donnait dans cette allocution paternelle.

Nous nous proposons de fêter et de célébrer la St- Jean-Baptiste à Rome, dan: notre intérieur, à l'intention et à l'unisson de nos frères du Canada sous les plis du beau drapeau que vous nous avez contié lors de notre départ. Cette fête est d'ailleurs célébrée à Rome avec

D. ZOUAVIANA

une très grande solennité. Ce jour-là, le St-Père tient chapelle papale à St-Jean de Latran, basilique placée sous le vocable de St-Jean-Baptiste et de St-Jean l'Evangéliste, Nous irons assister à la messe que le St-Père y célébrera le 24 juin. Ni nous n'avons pas en ce grand jour de feuille d'érable à attacher sur no< poitrines, nous recevrons la bénédiction Papale du haut de la “esta Gestatoria.” à l'intention de nos compatriotes d'au delà des mers.“ Dans le plus, il y à le moins.” Nous formons beaucoup de projets pour cette époque, et, à moins qu'une séparation depuis longtemps attendue, ne nous disperse loin les uns des autres, nous donnerons tout l'éclat possible à la fête de notre glorieux patron.

Les nouveaux arrivés sont, contrairement à nos espérances, isolés des autres pour le quart d'heure. Ils sont allés augmenter les cadres de la première compagnie de dépôt maintenant casernée à Torlonia (près St-Pierre) ; pour leur faciliter l'avantage de faire leur service plus tôt, on leur distribua des uniformes, en arrivant, avec les petit et grand équipements complets.

Nos amis ont goûté ex abrupto les douceurs de la vie de garnison, en faisant, qui une corvée de pain, qui une corvée de vivres, qui une corvée de soupe, qui une autre corvée aussi agréable.

Ces corvées consistent, la première, à alle armés de grands sacs, chercher au four militaire chacun 20 gros pains ; la deuxième, à aller, aux prises avec une carretaro, portant paniers et sacs, courir les marchés aux légumes, les macellaro (bouchers) le spaccio di latte, le spaccio di

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