‹ Zouaviana, étape de vingt-cinq ans, 1868-1893 [microforme]Chapitre 18 sur 108 · CENTS SP IENS FIST LT NSSUE ESS · texte numérisé non relu

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piétinements précipités et nombreux pendant la nuit, paraissant venir de la campagne, le jeune Lebel crut à l'approche d'un corps d'armée et croisant la baïonnette, il cxia (en tremblant peut être au fond) mais en faisant la grosse voix : Qui vive ! On répondit en italien deux ou trois mots ; alors Lebel comprenant que c'était un corps d'armée, cria : “ Halte-à ! Caporal de garde ! Corps d'armée !”

Le poste fut reveillé en sursaut, chacun s’arma à la hâte, et falot en tête. la garde sortit pour reconnaître à quel drapeau appartenaient ces troupes importunes. L'on cria au chef d'avancer à l'ordre et sur son silence obstiné, l'on se décida à pousser avec précaution de son côté, quand la première tile de gauche trébucha sur un corps et tomba. L'on abaissa le falot et l’on reconnut sur le terrain, chaque côté de la route, un troupeau de quarante-deux chèvres, couchées, et attendant sous la conduite d’un chevrier, qui regardait cette scène nocturne d'un air ébahi, l'ouverture des portes de Rome. Le caporal de garde reconnaissant des amis, rengaina. Mais il chargea son factionnaire trop zélé de mille. bénédictions.

Les gardes de nuit. dans certains endroits, sont souvent remplies d'aventures plus où moins comiques pour ceux qui en sont à leur première nuit d'armes. Pendant les solennités de la Grande Semaine. notre aserne (le Janicule) avait fourni la garde royale— place St-Pierre au Vatican. Vous êtes j'en suis sûr, tous familiers avec cette belle place et les colonnades qui l'entourent. L'obélisque de Sixte-Quint qui l'orne, les immenses jets d’eau qui font l'admiration des étran-

gers, vous sont connus comme la Basilique qui s'y dresse au fond, avec ses proportions grandioses. Eh bien, l’une des petites bornes en marbre qui entourent cet obélisque, fut l'objet, il y a quelques jours, des attentions d'un brave franco-Canadien qui brâla une ‘artouche en son honneur.

Notre belliqueux compatriote, (qui le dirait pourtant à le voir), étant de faction de minuit à deux heures, tit pour le premier quart d'heure, résonner les dalles de marbre de son pas régulier, Quand la cloche de la basilique sonna le quart, notre héros cria à pleins poumons, l'avertissement solennel au factionnaire voisin :—Sentinelle. renez garde à vous ! Il fit, dit la renommée, retent: es échos d'alentour pendant longtemps de la vibration de sa voix. Il faut croire que plus tard, s'arrêtant dans la position du soldat reposé sous les armes, il laissa trotter son imagination par monts et par vaux et revit dans sa pensée, son clocher, son village, les riantes prairies où jadis il prenait ses ébats, l'ombre d'une jeune fille adorée pour qui son cœur bat toujours, et tout cela à travers le prisme d'une douce rêverie, Bref, notre factionnaire soupira, étendit les bras sur sa carabine, ferma l'œil et ma foi rêva tout de bon.

Un quart d'heure plus tard, le cri guttural d'une sentinelle flamande faisant des efforts pour crier en français les mots sacramentels, l'éveillent à demi ; ses doigts crispés saisissent sa carabine, son regard fouille la demi-obscurité dans laquelle il est plongé et, oh bonheur ! il aperçoit à deux pas de lui, un ennemi accroupi et enveloppé de ses armes qui, immobile sur

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