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sonnant les souliers de bœuf que l'ordonnance venait de nous distribuer, pour compléter notre fourniment.
Peu de temps après mon arrivée, les Chasseurs furent dirigés sur Frelighsburg et je reçus l'ordre de quitter Chambly pour aller occuper Lacolle, délicieux village semi-américain, semi-canadien, situé à quelques milles de la frontière, près de Rouse's Point et de Champlain. Le Révd, Messire Labelle, alors jeune prêtre, mais faisant déjà deviner le futur apôtre de la Colonisation, y était chargé du soin des âmes. Le colonel Taylor, commandant mon bataillon, en me transmettant ses ordres, m'avait informé que je trouverais, en arrivant à Lacolle, des billets de logement, tout préparés à l'avance par les colonels Wily, Fletcher et Ermatinger. Je n'avais qu'à me présenter au major Alonzo Force, riche marchand de l'endroit, pour voir diriger mes hommes sur leurs nouveaux cantonnements.
Le major Force m'attendait à la gare de Lacolle. TH distribua mes 65 soldats danstrente maisons du village. Il était tard. J'avertis de suite cet officier, que je n'approuvais pas l'éparpillement qu'il venait de faire de mes hommes, parce que je n'avais ni tambour ni trompette pour battre la générale ou le rappel en cas d'alerte. J'ajoutai qu'il n'était impossible d'aller frapper à trente portes, sur un parcours d'environ deux milles, pour éveiller mes volontaires en cas de besoin immédiat ; même pour l'inspection quotidienne, c'était absurde, et
Je l'informai que je changerais cela le lendemain.
En ettet, le jour suivant, je m'entendis avec quatre aubergistes, il y en avait là comme un peu partou (c'était vingt ans avant le Scott act), atin de centraliser
les forces de Sa Majesté, auprès de mes quartiers. A la parade du matin, je divisai ma compagnie en quatre sections, sous la charge, chacune, d'un sergent, et je les dirigeai sur leurs nouveaux billets de logement, Fallait voir la fureur des villageois à qui chaque soldat rapportait cinquante cents par jour.
Tout allait comme dans le meilleur des mondes, lorsque je reçus un grand pli, ON HER MAJESTY’sS SERvici !? C'était une lettre du général Lindsay, commandant €: chef à la frontière, me priant de lui exposer mes raisons, pourquoi je ne serais pas traduit devant une Cour plus où moins martiale, pour avoir transeæressé les arrêtés officiels de trois colonels, en faisint à ma tête. Les plaintes de mes nouveaux coparoissiens avaient fait leur chemin.
J'exposai au général, dans un plaidoyer tout agrémenté de citations tirées des Queen's regulations et des articles of war. avec lesquels j'avais fait une petite connaissance à l'école militaire, l'absurdité d'avoir éparpillé. comme les “ Billet officers”” l'avaient fait, 65 hommes qui devaient toujours être logés. within bugle sound of the alarm post, c'est-à-dire de mes quartiers et du corps de garde, qui étaient contigus. Encore si nous avions eu un bugle, où un tambour ! Mais rien. A part une paire de souliers de bœuf par homme, l'in-
tendance militaire nous avait tout refusé : même un instructeur. Je terminais en disant, que si l'on persistait à vouloir loger mes hommes aussi inconsidérément, je priais le général d'accepter ma démission eë je linformais qu'il pouvait offrir mon commandement à
un autre capitaine.
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Je n'entendais plus parler de cour martiale ; un jour, je reçus une lettre du colonel de Salaberry, alors adjudant-général des milices canadiennes, me complimentant sur mon plaidoyer énergique, adressé au général Lindsay. Le colonel de Salaberry m’'apprenait une bonne nouvelle ; non seulement le général approuvait ma conduite, mais il l'avait félicité d’avoir fondé à Québec, une école militaire produisant des officiers aussi instruits de leurs devoirs, aux avant-postes. M. de Salaberry m'informait de plus qu'il avait fait lire mon Factum aux élèves de l’école, formés en carré, pour montrer aux cadets, à quoi une solide instruction militaire pouvait conduire, Je nageais dans la joie. J'étais cité comme exemple !
Je me creusai la tête pour trouver d'autre chose qui ajouterait encore à mon illustration. J'avais vingt ans, et à cet âge on a la tête chaude, et le cœur donc !
Pendant que je mijotais dans ma petite caboche, un plan dont la réalisation devait éclipser, même les fameux exploits du grand d’Iberville, on frappa à ma porte. Mon ordonnance introduisit monsieur le curé de Lacolle. Messire Labelle, sans avoir les proportions immenses qu'il lui faut maintenant, pour loger convenablement son grand cœur d’apôtre, était cependant déjà, un fort joli commencement de curé. Son esprit était toujours en tra- “ail; les grandes comme les petites misères l’intéressaient.
Messire Labelle, que nous avions en arrivant à Lacolle, bombardé aumônier des troupes de Sa Majesté, portait un intérêt paternel aux soldats de ma compagnie. Il
venait me faire une proposition. Il n’y avait que lui pour avoir de ces idées-là. ‘% Capitaine, me dit-il: je
(f ZOUAVIANA
sais que vous n'avez pas de bugler ni de bugle; vous devez souffrir beaucoup, dans le service, de la privation de cet instrument aussi sonore que guerrier, Je passais jadis pour avoir un joli talent sur le cornet à piston, dans la musique du collège de Ste-Thérèse, lorsque je faisais mes études dans cette maison. Un ancien piston peut bien bugler, je suppose. Or, je pars pour Montréal, et si ça vous est agréable, je vais acheter un bugle, je rattraperai mon embouchure d'autrefois, j'apprendrai vos sonneries, puis je marcherai en tête de votre compagnie et je vous sonnerai l’école des tirailleurs.”
Je ne pouvais en croire mes oreilles; l’attendrissement me gagnait. J'étais véritablement ému de voir ce bon curé, venant aïinsi naïvement, franchement, sans se douter des sourires que ne manqueraient pas de soulever sur son passage, un prêtre de sa corpulence sonnant du clairon à la tête d’une compagnie de soldats, venant ainsi, dis-je, nous offrir ses bons services, pour nous tirer d’embarras. Je remerciai M. Labelle bien cordialement, et cherchai à le dissuader, mais il l'avait dans la tête, et partit pour Montréal.
Un soir, j'étais occupé à écrire, lorsque j'entendis résonner une éclatante fanfare, qui faisait trembler les vitres de mon logement. Je me hatai de sortir pour voir ce qui se passait. C’était monsieur le curé Tabelle, assis dans sa voiture, arrêtée devant ma porte, au retour de la gare ; il me donnait une sérénade! Il avait découvert à Montréal le plus immense clairon à clefs, en cuivre rouge, que j'aie jamais vu. C'était un instrument monumental qui devait dater d'avant la cession, Il fallait les vastes poumons et les fortes
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