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lèvres du curé pour en tirer les sons éclatants qui avaient attiré, outre mon attention, tous les enfants et une partie des habitants du village.
A partir de ce jour, Messire Labelle pratiqua consciencieusement les diverses sonneries de l'infanterie légère, mêmes des marches militaires. M. le curé m'informa triomphalement un soir, qu'avec encore quelques heures de pratique, il serait prêt À commencer le service, Hélas ! hélas ! deux jours après, une malheureuse clef de sa trompette se détraqua et entraina la perte totale de cet instrument, dont nous reverrons peut-être Île modèle à la bouche des anges qui nous sonneront la retraite, au jugement dernier : “ Tuba mirum spargens sonum ! ”
Je disais plus haut que les compliments du colonel de Salaberry m'avaient donné la fièvre et que je rêvais des gloires nouvelles, J'avais du salpêtre dans les veines, Je faisais travailler mes soldats, sept heures par jour. Je les drillais cinq heures dans la journée, et je leur infligeais moi-même, deux heures d'escrime au sabre dans la soirée, Mais tout ça n'était pas suffisant pour me calmer,
Nous tenions garnison tout près du lac Champlain, immortalisé par cent cinquante années de batailles, livrées par nos pères, aux Sauvages d’abord, puis aux Anglais. Je sentais le vieux sang de Le Gardeur de MY, mon illustre ancêtre, et de Jumonville, l'arrièregrand-oncle de mon père, ne faire qu'un tour dans mes veines, lorsque je voyais couler cette eau, si souvent rougie du sang des défenseurs des forts de St-Frédéric, de Carillon et de l'Ile aux Noix, tous situés dans notre
à) ZOUAVIANA
voisinage et rendus fameux par tant de vaillants combats,
À quelques milles de Lacolle s'élevaient les restes d'un vieux fort, du célèbre Fort Montgomery, presqu'à cheval sur la frontière, et dont le gouvernement américain vient de décréter la restauration, Je ne sais pas ce qui me tarubustait, mais ce diable de fort démantelé me trottait par la tête, et il me semblait que ce serait une bonne farce à faire aux Américains qui tenaient garnison à Champlain, que d'aller m'en emparer et m'y établir avec mes habits rouges. C'était justement au mois d'avril 1865, quelques jours après l'assassinat du Président Lincoln.
J'en parlai à mes deux lieutenants qui ne virent pas le Joke du même œil que moi, Quoique je fusse leur supérieur hiérarchique, ils n'en avaient pas moins de douze à quinze ans chacun de plus que moi, et je crois qu'ils avaient aussi du bon sens en proportion de leur âge, plus que moi, en proportion de mon grade.
Toujours est-il qu'un bon jour, lempruntai le cheval du Major Force, qui était devenu mon meilleur ami, et, conduit par mon ordonnance, je résolus d'aller recon-
naître le Fort Montgomery, pour dresser mon plan
d'attaque, mes moyens de défense, et mon système d'approvisionnement futur.
Je me laissais conduire, absorbé dans mes pensées. Je prévoyais bien que les Américains feraient tn nez en apprenant l'occupation du vieux Fort et que lon me prierait de déguerpir: je refuserai, pensais-jJe. Alors on enverra des troupes pour me déloger. Je résisterai : on me tuera des hommes, je leur en tuerai, L'Angle-
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