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[ci la plume tombe de mes mains, glacées par l'etfroi qui vient de nous saisir, en apprenant l'atfreuse nouvelle qui nous plonge dans la désolation et qui va frapper de tendres parents, d'une manière bien cruelle Nous venons d'apprendre qu'un jeune Casadion, parti avec neuf camarales et compatriotes pour se baigner dans les eaux du Tibre, vient de s'y noyer. Ce jeune homme doué des plus belles qualités, doux, aimant, pieux, bon camarade, et estimé de ses chefs, était porté sur le tableau d'avancement de sa compagnie, quand Dieu l'a réclamé pour le service d'en haut, avant aucun de nous. La terreur et la désolation sont peintes sur toutes les figures, Tous les jeux ont cessé à cette nouvelle, chacun s'est recueilli pour adresser une prière pour le repos de la belle âme de Louis Joseph Leblanc, de Montréal.
Parti avec ses camarades par une chaude après-dinée, dans l'intention de prendre un bain, le jeune Leblane avant de se mettre à l'eau recommanda à un de ses amis de garder son scapulaire comme il le faisait lui-même, de crainte d'accident. Il entra dansle Tibre, très rapide à cet endroit, en faisant le signe de la croix. À environ dix pieds de la rive, il tomba dans un trou, disparut et revint sur l'eau en battant le pertide élément de ses pieds et de ses mains. [1 disparut de nouveau et revint à la surface en prononçant ces mots : “ Mon Dieu, mon Dieu... ” puis après cet appel il disparut pour paraître devant son juge. Il sera glorieux pour lui le jour du jugement, car sa pureté, son bon caractère et sa piété envers la Ste- Vierge, lui assurent de puissants protecteurs au ciel, où il est maintenant. Ilavait suivi tous les exercices
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du mois de Marie avec ferveur et avait reçu la sainte communion à la clôture,
L'on est à la recherche de son corps qui sera inhumé avec les honneurs dûs à un bon soldat que Dieu a rappelé à lui avant l'heure du combat— Requiescat in Pace.
Rome, Le 9 juin 1868.
L'ordre est enfin arrivé pour le départ du troisième dépot. Hier soir, à dix heures et demie, le réveil fut sonné dans le Janicule, aux Canadiens déjà couchés depuis neuf heures, et on leur commanda de se tenir prêts à partir le lendemain matin à #4 heures. Toute la nuit, ce fut un va-et-vient continuel. L'on transporta les valises, les malles, les vieux habits, ete. au cercle ‘anadien, sous la garde de M. Moreau, et ce matin à quatre heures et demie, nos amis le sac au dos et l'arme au bras, ont dit un adieu temporaire à la Ville Eternelle en prenant la route de Velletri, où ils sont dirigés.
Velletri est une charmante petite ville de dix à douze mille âmes, siège d'un évêché. C'est là que se trouve maintenant l'école d'instruction des élèves caporaux. Nos Canadiens y feront le service de place et les grandes patrouilles de montagnes. Ils prendront des vivres pour deux à tmis jours et courront, par petites bandes, les montagnes voisines, à la recherche des bandits qui infestent parfois ces parages. Ils sont partis joyeux,
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autant qu'ils pouvaient l'être dans les pénibles circonstances que je viens de relater, et s'en vont rêvant combats, brigands et garibaldiens, Nous ne restons plus à Rome que DeCazes, Hurtubise, Lebel, Hughes, Dufresne, Desjardins, et moi d'anciens, plus les vingtquatre nouveaux qui sont toujours à Torlonia jusqu’au 15 courant, d'où nous pensons qu'ils partiront pour Monte-Rotondo,
L'excellent Zouave Richer, de St-Hyacinthe, a été fait fonctionnaire caporal. Allons, demi-tour à droite, marche et
à bientôt.
Rome, le 30 juin 1868.
O ! Canada, mon pays, mes amours !
Encore une fois, avant le parfait rétablissement de votre correspondant qui est sur farine, je reprends sa plume pour vous entretenir des faits et gestes de vos chers enfants, qui ont gaîment traversé les mers et le vieux monde pour venir veiller aux portes du Vatican.
Le 19 juin, à huit heures et demie du soir, nous sont arrivés vingt-huit compatriotes sous la conduite de M. l'ubbé Routhier. Ces nouveaux croisés ont élu domicile au Mont-Janicule, dans la caserne même délaissée par leurs devanciers, il y a une quinzaine de jours, et connue à Rome sous le nom de Sagro Ritiro.
Là est maintenant crsernée la 4ème compagnie de dépôt à laquelle j'appartiens. L'on vous x souvent entretenu de la situation pittoresque, presque romantique, qu'occupe cette caserne, située à mi-côte du Mont Janicule, entourée de grands jardins et de grands vergers d'orangers et de citronniers odoriférants.— Les Canadiens y seront bien, même très bien.—Etant le plus jeune caporal du dépôt, j'ai sous mes ordrés la huitième escouade, qui, incomplète lors de leur arrivée, a eu lhonneur de voir ses cadres remplis par mes Jeunes concitoyens. Cet accroissement de vingt-huit recrues si bien conditionnées, à fait un sensible plaisir à mes officiers qui changeraient volontiers, m'ont-ils dit, toutes les recrues qui nous arrivent d'un peu partout, même des nègres catholiques, pour des Canadiens, qui se font remarquer dès leur arrivée par leur correction, leur bonne tenue et leur intelligence.
Le second détachement qui était caserné à Torlonia a reçu subitement l'ordre de partir pour Monte-Rotondo le 22 juin au soir, et le 23 au matin, sac au dos et clairon en tête, il prenait allègrement le chemin de cette garnison, célèbre par l’occupation qu'en fit Garibaldi avant Mentana, d'où les loustics du régiment le baptisèrent “ général Montre ton dos.”
Cette petite ville est située à dix-huit milles de. vme. Nos Jeunes compatriotes ont parcouru cette étape, sac au dos, gaiement et ont mieux supporté la chaleur que les Hollandais qui font partie avec eux de la deuxième compagnie de dépôt. Le soir même, ils revenaient à Rome, en permission, pour payer leur tribut à la patrie et prendre part, le lendemain, avec tous leurs frères de
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Velletri et de Rome, à la fête nationale du Canada, à la glorieuse St-Jean-Baptiste.
Les autorités militaires se sont montrées des plus complaisantes pour nous à cette occasion, et ont accordé, avec beaucoup de grâce, la permission aux Canadiens de Velletri et de, Monte-Rotondo de venir passer la ournée du 24 juin à Rome. Plusieurs, qui, lors de leur séjour dans la Ville-Eternelle, soupiraient après la fraîcheur et le grand air des campagnes romaines, sont pris de nostalgie depuis leur départ. Comme des écoliers, à l'approche des vacances, ils comptent les heures qui les séparent d’une visite à leur cercle du Palais Spinola, Aussi, journellement, nous arrive-t-il quelques uns de ces campagnards qui nous font tout autant de questions en nous voyant, que si nous arrivions d'Amérique. Nous sommes, souvent, aussi À COURT DE NOUVELLES qu'eux, car les arrivages d'Amérique sont rares quoique nos désirs soient ardents, Il faut croire qu'iln'y a rien d'extraordinaire OUTRE-MER pour que vous nous laissiez dans l'oubli comme on le trouve ici, Nous ne recevons plus de journaux, parfois un ou deux par huit jours ou un petit paquet tous les quinze jours. Les lettres sont rares en proportion, et surtout les lettres d'argent à ce que disent les Zouaves décavés—et ils sont nombreux ces derniers !
S'il vous eut été donné de passer la journée à Rome, le vingt-quatre juin, à vous tous qui l'avez fêtée et célébrée en Canada avec la pompe habituelle, vous auriez été bien émus par les efforts patriotiques que nous avons faits pour donner le plus d'éclat possible à notre fête nationale, Cette solennité est célébrée habi-
tuellement à Rome avec beaucoup de splendeur, comme étant la fête patronale de la Basilique de St. Jean de Latran, où le St-Père se rend en train de grand gala. Nous aussi Canadiens, joyeux exilés volontaires, nous avons contribué à la rehausser par nos vivats, par nos clameurs et par nos protestations d'amour envers notre chère patrie. Si cette ardente jeunesse canadienne, qui se donne en spectacle à l'univers aujourd'hui, à jamais éprouvé des sentiments affectueux pour son Canada, c'est certes à Rome, le 24 juin 1868 qu'elle l'aura manifesté avec le plus de chaleur.
Larochefoucault dit quelque part, “ que l'absence est comme le vent. Dans certains cas, ce dernier éteint une bougie mais au même instant, il allume un grand incendie ; de même. l'absence éteint les petites passions quelquefois. mais souvent elle allume des incendies dans les cœurs.” Jamais peut-être cette maxime n'aura été mieux comprise que par vos enfants, qu'une distance de dix-huit cents lieues sépare de leur famille, et qu'une absence d'au moins deux ans, prive du bonheur de les revoir.
Les zouaves canadiens, émerveillés par les grandes choses et parles éloquents souvenirs de la ville de Rome, terre classique des dévouements héroïques, trouvent dans tout ce qui les entoure, des leçons d'amour de la Patrie. Des modèles comme Mucius Scævola et IHoratius Coclès, quoique payens, ne peuvent que développer dans les cœurs de nos zouzous, des sentiments d’un ardent patriotisme chrétien.
En entendant le canon du fort St-Ange annoncer aux Romains, dès l'aube du 24, la solennité du jour,
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comme chez'vous, à pareil moment, sa voix majestueuse fait retentir d’allégresse les échos de vos bois et les rives du St-Laurent, le zouave canadien n’a pas été lent à sauter à bas de son campi. De suite notre pensée s’est reportée au-delà des mers, et chacun, joignant en esprit, qui sa bannière, qui son étendard, qui sa paroisse, parcourait les rues pavoisées et balisées, prenait part aux joyeuses démonstrations du jour et applaudissait aux éloquents discours qui terminent nécessairement les processions et la fête nationale de nos villages et de nos villes.
Quel n'a pas été notre regret de ne pouvoir orner notre poitrine de la feuille d'érable symbolique, en ce jour, où nos frères d'Amérique pillaient sans économie leurs riches érablières, mais les vieilles forêts de l'Italie qui, depuis des siècles ont été violées par les cognées de tant de bûcherons différents, ne contiennent pas de belles essences forestières comme l’érable, le roi de nos grands bois.
Le 24 juin, le premier détachement arriva de Velletri à 9 heures a. m., et fut reçu à la gare par les 2nd et 3me détachements. Nous nous dirigeâmes aussitôt vers l'archi-basilique patriarchale de St-Jean de Latran, la MÈRE DES ÉGLISES, Où nous assistâmes à la messe, célébrée
‘ pontificalement par Son Eminence le Cardinal Patrizi,
Archiprêtre de la Basilique. Le Souverain Pontife assista au saint sacrifice du haut de son trône, et au panégyrique latin du grand précurseur, prononcé après le premier évangile, par un élève du Séminaire Romain, en Cappa Violettr. A l'issue du service divin, le Pape donna sa bénédiction à l'assistance immense qui remplis-
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sait les nefs de la Basilique. A cette cérémonie étaient présents LL. EE. les Cardinaux, LL. GG. les Patriarches, les Archevêques ec ‘as Evêques, la municipalité romaine (le sénateur et les conservateurs de Rome), les ambas-
sadeurs étrangers portant les riches costumes des ordres
Equestres du Saint Siège, dont ils sont titulaires, la prélature, plus les dignitaires de l'armée, le pro-ministre des armes, les généraux, etc., etc.
Comme à toutes les chapelles papales, les chantres de la chapelle Sixtine firent retentir les voûtes de la vieille archi-basilique des échos de leurs symphonies célestes. Quand l'on entend ces virtuoses chanter les louanges du Très-Haut, l'âme se transporte au-delà de l'éthéré, au milieu des concerts des anges. Il est impossible d'écouter ces artistes sans éprouver des saisissements d'admiration, qui donnent la chair de poule. Tous les l vieux braves, blanchis sous le harnais, dans la vie des
camps, familiers avec l'odeur de la poudre, et qui font partie de la maison du Saint-Père, sont condamnés par état à éprouver souvent de ces saisissements, de sorte que des jeunes troupiers comme nous, pouvons l'avouer sans rougir.
| A l'issue de ces grandes cérémonies, le Saint-Père | laissa son trône pour se diriger vers la porte de sortie, qui donne sur la cour du Palais de Latran. Nous le précédâmes et formant la haie, quatre de profondeur, | nous attendîmes Son passage. Les nouveaux, n'ayant pas encore eu l'honneur d’être reçus en audience, voyaient le Pape pur la première fois : placés au premier rang, ils étaient ravis de joie dans l'attente de leur Roi. Le Souverain, précédé de ses piqueurs, camé-
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riers et gardes nobles, et suivi de sa maison au grand complet, se montra bientôt. A sa vue le Canada représenté par 190 de ses enfants, mit genou en terre, képi bas et reçut de l'immortel Pie IX une de ces bénédictions qui sanctifient ceux qui les reçoivent et qui portent le bonheur dans leurs familles. Le St-Père nous adressa quelques mots en passant et, nous souriant comme à ses enfants, emporta avec lui l'hommage de nos cœurs et de nos vœux.
Le Pape monta alors dans son carrosse, traîné par six chevaux noirs, richement caparaconnés, précédé de piqueurs, entouré de ses gardes nobles, suivi par les ardinaux et les généraux, dans leurs carrosses dorés, traînés aussi par des chevaux noirs, et par les ambassadeurs, par le sénateur et les conservateurs de Rome, et par toute la prélature et la noblesse. Le cortège, au son des fanfares du corps de musique de la garde Palatine, prit le chemin du Vatican, que la municipalité avait fait recouvrir d'une épaisse couche de sable jaune sur tout son parcours.
De notre côté, nous sortîmes du palais, en passant par l'Eglise, et nous nous dirigeâmes vers la Via dell Arco della Ciambella où n 1: trouvâmes au cercle, un banquet tout préparé.
Par les soins de MM. Moreau et Barnard, le grand salon des jeux avait été transformé en salle à manger pour l’occasion, et des tables y avaient été dressées, porr tous les Canadiens présents. Pour simplitier le service et ne pas multiplier les allées et venues autour des tables, chaque assiette contenait d'avance la part attribuée à chaque convive, consistant en excellent
saucisson italien et en quelques tranches de jambon. Le vino romanesco trônait avec orgueil sur toutes les tables, et des tiasquettes À VENTRES REBONDIS, le généreux liquide ne demandait qu'à couler dans nos verres. Les fruits de saison, pommes, abricots. cerises, nèfles, etc, mariaient dans des plats blancs, leurs couleurs vives et variées. Entin, les tables ainsi dressées présentaient un aspect fort appétissant, et les Zouaves y firent honneur d'une façon distinguée.
Vous trouveriez ce menu, saucisson et jambon un peu sec et manquant de variété pour un banquet de St-Jean- Baptiste, en Canada, mais à Rome, le bon vin fait passer bien des choses et les fait même trouver succulentes. Comparé à la gamelle quotidienne ce banquet était pour nous un vrai balthazar ! !
Pensez donc ! Je suis tenu, en ma qualité de caporal d'ordinaire, pour sept sous par jour que je touche du sergent major, de donner le café, et sucré, s'il vous plaît ! à 5 heures du matin. aux 400 hommes de mon dépot, de leur donner à 9 heures, la soupe, c'est-à-dire une pleine gamelle de soupe, (ce qu'ils marronnent quand elle n'est pas remplie jusqu'au bord !), comprenant un morceau de pane bianco et un morceau de pansetta de bœuf, le reste rempli avec du bouillon ! Par exemple il à des yeux mon bouillon ! J'achète une livre de conserve de pommes d'amour, à la graisse, que mes cuisiniers jettent dans la cambuse, et cette espèce de ‘aramel colore le bouillon en jaune et le couvre d'yeux ; — avec un peu de confiance...! — à 4 heures de l'aprèsmidi, je fais remplir la même gamelle de riz au lait, ou d'un pied de salade, garni d’un œuf dur, je paye le
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blanchissage, les balais, le nettoyage des tentes, les raccommodages de la compagnie, et tout ça avec sept sous par jour et par homme !
Vous pouvez done vous imaginer quels transports de joie, excita dans les appétits endormis de nos zouaves canadiens, habitués à une diète aussi sévère qu'hygié nique, la vue d’une table où l'aimable compagnon de Saint Antoine occupait, non seulement la place d'honneur, inais toute la place.
Le zouave affamé, trouvait ce jour-là, le cochon. ce Diogène des étables, le plus noble et le meilleur des animaux et beaucoup plus sérieux que les plus fines volailles.—Pour employer le langage pittoresque d’un Belge de ma compagnie, nous étions tentés de dire : “ C’est pas les oiseaux qu'on a les plus bonnes plumes, qu'on chante toujours le meilleur !?
Dans un salon voisin, dépendant de l'appartement de l'aumônier, ce dernier avait fait préparer un goûter un peu plus chic pour quelques officiers de zouaves, et les prêtres canadiens qui se trouvent maintenant à Rome.
À une heure p. m., vos enfants se rangèrent autour des tables, M. le sous-lieutenant Hugh Murray présidant, ayant M. Lussier et le sergent Taillefer à ses côtés. Sans égard pour la théorie du chasseur à pied, que nous suivons aux zouaves, nous attaquâmes sans préliminaire ni déploiement, bravement et dans le tas, les mets à notre portée. Le vin aidant, le saucisson de
cheval, le jambon de sanglier fumé et la mortadelle de Bologne, purent être avalés et, quelques minutes après, le salon offrait le plus joyeux spectacle. Les conversations vives, gaies et animées, les rires homé-
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riques, les quolibets, les jeux de mots, tout se succédait, s'échangeait, se croisait avec un entrain et un feu des plus nourris. Notre drapeau, qui flottait au-dessus des tables, était toujours le point de mire des toasts particuliers échangés entre les amis et les camarades.
L'arrivée des officiers, du colonel Allet, du commandant de Troussures, du capitaine de Kermüal et des invités de Messire Moreau, fut saluée par des vivats répétés. Aussitôt M. le sous-lieutenant Murray proposa la santé de l'illustre successeur de Saint Pierre, l'immortel Pie IX, et accompagna ce toast de remarques éloquentes. Cette santé fut bue avec un enthousiasme qui prouvait, plus que des puroles, l'affection et la véné- “ation que nous professons pour le Pontife Roi. De suite après, vint le chant national Vive la Canadienne, chanté en chœur.
Puis, dans l'ordre du programme, ayant été chargé de porter un toast à la nationalité canadienne-française et à la souveraine régnante, j'invitai mes camarades à boire jusqu'au fond de leurs verres à la Patrie, à notre Canada et à notre Reine. Pas n'est besoin de vous dire qu'il eût été superflu de chercher par des phrases ronflantes, à réchautfer l'enthousiasme du jeune Canada. Moi, qui n'ai jamais pu me lever, pour faire un “ speech ”, sans trembler jusque dans mes souliers, je n’eus qu'à leur jeter les mots de patrie et de religion accouplés à ceux de Pie IX et de Victoria, pour faire crouler la salle sous leurs transports, leurs vivats, leurs cris de joie, qui ont dû retentir jusqu'aux rives Canadiennes.
Les fanatiques, qui dans l'enceinte du parlement, s'enquéraient de notre loyauté, auraient dû être pré-
LETTRES ROMAINES 7 édait. sents à notre banquet romain. [IS auraient été renseiu des gnés et pleinement éditiés, dessus Ils n'auraient eu qu'à nous entendre chanter “ O0! ts par- Canada, mon pays, mes amours ! ” pour être fixés à ce 4 sujet.
nman- Le toast suivant fut porté au colonel et aux officiers et des du régiment des zouaves pontiticaux." par le sergent vivats Tuillefer,
y pro- De sa voix la plus grave et la plus solennelle, Taillefer Pierre, fit l'éloge des vertus généreuses et chrétiennes de nos arques chefs, qui sont des lions au combat et la douceur même star é dans la paix. Il rappela leurs glorieux faits d'armes, à VON leurs actions héroïques et se félicita de l'honneur d'avoir si De à obéir à d'aussi nobles officiers. L'orateur nous dit dant. , que leurs qualités avaient la vertu de l'aimant et qu'ils avaient attiré vers eux lesenfants de la Nouvelle-France, chargé désireux de marcher sur leurs traces, ançaise Le colonel Allet S'avança alors au milieu de nos ados à applaudissements frénétiques et, nous remercia en peu trie, à de mots ; puis élevant son verre il dit : Messieurs, je AUS bois à la santé du Canada, qui à produit d'aussi nobles bles enfants, je bois à vos pères. à vos mères, à vos proches et jeune à tous les amis de votre beau Pays.” Des bravos enthouen “A siastes accueillirent ce toast. Entre deux chansons, nous je n'eus bûmes aux santés du commandant de Troussures et du ouplés apt. de Kermôal, sur ia proposition de Messire Moreau. ler la Le commandant Troussures qui est aussi galant homme Séedé que brave soldat, vint nous remercier par ces paroles Res qui nous firent plus de plaisir qu'un long discours émet, “ Messieurs, à vous voir à l'œuvre, je crois qu'il vaut
k mieux vous avoir pour amis que pour ennemis.” re pre-
Le caporal Désilets se leva ensuite et porta un toust À l'Episcopat Canadien. Messire Lussier qui nous avait déjà gratitiés de quelques chefs-d'œuvre d’éloquence pendant le mois de Marie, répondit à cette santé et ajouta encore aux paroles de Désilets. L'orateur esquissa avec un rare bonheur le panégyrique des évêques de la province de Québec. Il tit valoir la part importante que nos prélats avaient prise dans la formation de ce corps de zouaves et l'intérêt paternel qu'ils nous portaient, Il nous attendrit par le récit des privations que ces glorieux membres du clergé canadien, s'étaient imposées pour assurer le succès de ce mouvement.
Le fonct-caporal De Hempel porta ensuite fort éloquemment, un toast au Comité de Montréal. I tit valoir les titres qu'avaient ces messieurs à notre considération et à notre estime, pour nous avoir assuré l'avantage de venir combattre sous les drapeaux pontiticaux. Il passa en revue les principales actions de dévouement des citoyens distingués qui composent ce comité.
Le major Barnard,en grande tenue d'officier anglais, s'avança pour répondre à cette santé et le tit en des termes très heureux. Ayant l'avantage d'être membre du comité, il nous assura qu'il ferait ses efforts pour compléter l'organisation des détachements, en harmonie avec les besoins de la petite armée papale. Le major nous félicita de notre loyauté et nous complimenta sur le vif amour que nous entretenons toujours pour la patrie.
Pendant le dîner, le colonel Allet venait souvent causer familièrement avec de simples zouaves, et s'entre-
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tenait paternellemient avec nous. Thomas Corriveau, qui se trouvait au bout d'une table et le plus à sa portée, en fut favorisé d'une manière particulière. Le colonel, après avoir causé pendant quelques instants, lui proposa de trinquer avec lui ; aussitôt dit, aussitôt fait : Corriveau, qui nest jamais lent à la riposte, emplit son verre et le portant à la hauteur de son œil salua en s'inclinant, mais notre colonel lui prit des mains ce verre de vin ordinaire, et lui donna en échange le sien, rempli de champagne mousseux ; puis entila d'un trait le contenu en nous disant encore de sa voix de tonnerre : Je bois à votre santé, Messieurs les Canadiens. Alors, il donna des poignées de main, aux zouaves voisins, en causant avec tous, paternellement. Vous ne serez donc pas surpris d'apprendre que le colonel du régiment soit appelé par ses zouaves “Le Papa Allet.”
Ce brave colonel qui est d'une taille d'au moins 6 pieds et 6 pouces, sans exagération, et d'une corpulence en proportion, doit compter à présent 54 à 55 ans, qu'il porte d'un air à faire trembler ceux qu'il regarde de travers. Sa poitrine, pourtant bien large, ma foi, est trop étroite encore pour les nombreuses décorations qui l'ornent ; croix, plaques, médailles ont élu domicile sur ce sanctuaire de la noblesse, de l'honneur et du vrai courage, Notre colonel guerroie depuis bientôt quarante ans et offre son épée gratuitement, nous dit-on, comme son lieutenant, le baron de Charette, au Souverain Pontife. L'absence de ce dernier, maintenant en permission en France, nous à privés de l'honneur de sa présence à notre fête nationale.