‹ Zouaviana, étape de vingt-cinq ans, 1868-1893 [microforme]Chapitre 24 sur 108 · LH GOURBI DÉS ZOUAVES PONTIFICAUX CIE · texte numérisé non relu

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MIFICAUX C/DIENS AU CAMP D'ANNIBAI, 16 AOÛT 1868.

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démontés, une petite église, un beau ciel, un climat sans pareil, une maison de jeu et douze cents habitants, voilà en trois lignes, la notice topographique, historique et biographique de Monaco et de ses richesses. Ce qui fait penser quelquefois à Monaco aujourd’hui, c'est que cette principauté possède un grand Casino, où, comme à Bade et à Spa, vont se ruiner les fiévreux et les poitrinaires de Nice. F

Nous nous attendons à aller relever la Légion d'Antibes à Rocca di Papa, au camp d’Annibal, et y passer une partie de l'été à faire les grandes manœuvres. Nous croyons partir, tout le régiment des zouaves, mercredi prochain, ou le premier août.

C'est tout de même assez extraordinaire de voir des Canadiens d'Amérique, venus pour défendre la Rome des Papes, aller établir leur campement à l'endroit même, où deux mille ans auparavant, le Carthaginois Annibal, menaçant la Rome payenne, avait assis son propre camp, avec ses éléphants et ses lourdes machines de guerre.

Nous passerons quarante jours au pied du Mont Calvo, sur le Plateau de Rocca di Papa, à une portée de canon de Frascati, de Marino, de Castel Gondolfo et du délicieux lac d’'Albano. — Nous coucherons sur la terre nue — II paraît que l’on y gêle la nuit, mais... ce que l’on y cuit le jour ! !

MM. Prendergast, Désilets et Hughes ont été promus, les premiers, aux grades de sergents, et le dernier au grade de caporal dans la 3ème du 2ème.

Camp d'Annibal, 24 août 1868.

Comme je vous l'apprenais dernièrement à la hâte, Arthur d'Estimauville est mort jeudi soir, le 20 août 1868. à l'Hôpital de Rome, des fièvres romaines. De tous les zouaves canadiens, d'Estimauville était jeui-être le plus généralement estimé, le plus choyé des autorités et aussi le plus chic soldat de notre corps. Ses belles manières, son éducation et son élégance le faisaient de suite remarquer, Notre ami, qui avait, croit-on, emporté le germe de sa maladie du Canada, est tombé malade

Len) ) au camp d’'Annibal, où nous sommes établis, armes et bagages depuis le premier août.

De suite on le transporta à l'hôjital du camp, mais il

fut jugé prudent de le transférer à Rome, pour lui v'S donner les soins que son état exigeait. M. l'abbé Moreau le confesst et lui donna l'absolution à l’intirmerie, avant son départ. Son état s'améliora les premiers jours, isuis mercredi dernier, pendant que d'Estimauville assistait avec la piété qui l’a toujours distingué aux zouaves, à la bénédiction du Saint Sacrement, dans la chapelle de ) l'hôpital, il se sentit tout-à-coup défaillir ; l'on s’em- PITA!, l . T / 0 ° ° , pressa autour de lui. Un bon abbé français lui administra le sacrement de l’extrême-onction, après avoir

encore une fois entendu sa confession.

Pendant les deux heures qui précédèrent sa mort, d'Estimauville récita lui-même plusieurs prières, et ne proféra pas d’autres paroles que les suivantes, en baïisant son crucifix : “ Mon Dieu, je vous demande pardon. ”

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“ Jésus, Marie, Joseph,” “Canada,” # ma mère [7 [est mort en imprimant ses lèvres sur son crucitix. La supé rieure des bonnes Sœurs de Charité qui le veilla ellemême pendant sa dernière nuit, pria M. Moreau d'écrire à ses parents qu'ils pouvaient compter sur un saint dans le ciel,

Cette nouvelle a jeté tous les Canadiens, et un grand nombre de zouaves de nationalités étrangères, dans la consternation, D'Estimauville était aimé et estimé de tous ceux qui avaient eu l'avantage de le connaître, et certes, il était l’un de ceux qui donnait le plus d'éclat au nom Canadien.

Le capitaine de Kermôal, un glorieux blessé de Castelfidardo et de Mentana, qui eut presque tous les Canadiens sous ses ordres, depuis notre arrivée, nous tit immédiatement réunir dans le grand Gourbi qui nous sert de cercle, pour nous annoncer lui-même la perte douloureuse que venait de faire l'armée dans la personne de l'un de ses membres. Il rappela les vertus militaires de notre ami,et exprima ses regrets avec une éloquence qui remua tous les cœurs. Ilvantases mérites, sa bonne conduite, sa foi, son grand cœur, et le cita comme un modèle du parfait soldat! Il nous dit que nous devions le compter comme un protecteur du régiment là haut, car sa belle âme était immaculée comme sa feuille de punition, vierge de toute entrée. Le capitaine pleurait en terminant. Puis s'agenouillant au milieu de nous, il récita le De profundis.

De suite ceux des Canadiens qui ont de la voix, organisèrent des chœurs pour chanter la messe des morts, Ce matin, lundi, 24 août, à dix heures, tous nos com-

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patriotes réunis dans la cathédrale de Rocca di Papa, assistèrent à une messe de Requiem célébrée par M. l'aumônier Moreau, pour le repos de l’âme d'Arthur d’Estimauville mort au service de Sa Sainteté Pie IX. Plusieurs officiers, entr'autres MM. les capitaines de Nervaux, Joly, de Kermoäl, Joubert et MM. les lieutenants du Ribert, Bach, Wills, Tortora et de Kerven étaient aussi présents à cette cérémonie funèbre.

Pour ma part, j'ai pleuré cet ami comme un frère et je pourrais en nommer cinquante, qui passent pour des crânes à qui j'ai vu verser des larmes à la nouvelle de sa mort. Sa famille et ses amis du Canada, le pleureront aussi, mais ils se souviendront qu'il est au Ciel, où il est monté en mêlant dans sa pensée l’amour de Dieu à l'amour de la patrie.— Requiescat in pace.

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