DE MARSEILLE A SMYRNE
“ L'Agios Giorgios ”, — « Les Cyclades ”, — «Le Barbier d’'Andros ”. |
Le 20 décembre 1867, je me présentai au comité de recrutement des zouaves pontificaux, à Marseille, afin de m'y renseigner sur les moyens à prendre pour Joindre l’armée pontificale. Je » ncontrai au bureau plusieurs jeunes messieurs, entre autres le chevalier de Lumley-Woodyear qui m'apprit que presque tous les zouaves de Charette rentraient en France, pour fuir les ennuis de la vie de garnison, car, me dit-il, depuis la défaite de Garibaldi à Mentana, la tranquilité règne de nouveau dans les campagnes romaines.
En face d’une situation pacifique, aussi heureuse, pour les Etats de l'Eglise, je tournai mon attention vers le Congo, où, un monsieur Widerian d'Amsterdam. qui
en revenait avec une Jolie fortune, acquise en peu d'années, m'avait fortement engagé à me diriger, au cas où je croirais que Rome ne me réclamerait pas.
J'allai donc voir messieurs Régis ainé & Cie. riches négociants armateurs de Marseille, qui avaient des comptoirs sur la côte d'Afrique, mais ces messieurs, quoique désireux de s'assurer les services d’un jeune Américain courageux, pour un pays dont on ne revenait pas toujours, m'informèrent qu'ils n'auraient pas de courriers Africains, avant plusieurs mois, Je me décidai à partir pour Téhéran où Samarcande.
La langue commerciale des comptoirs orientaux, m'avait-on dit, était la langue grecque. Je commençai à ré-apprendre le grec et me mis à la recherche d’un voilier de cette origine, en partance pour une destination orientale,
Je passais mes journées dans les cafés hellènes de Marseille, à échanger des “ Æalos imera sas Kyrie ”? où à errer sous la colonnade de la Bourse, à la recherche d'un navire qui me porterait, moi et ma fortune, en Orient, lorsque je fis la connaissance d’un négociant levantin, du nom de Poléologos, qui me fit agréer comme passager par le capitaine Vasilios Papoutzios commandant l'# Agios Giorgios, ” petit brick de 250 tonneaux à peine—en chargement pour Smyrne,
Le capitaine et ses quinze hommes d'équipage étaient tous grecs purs sang et ne parlaient pas un traitre mot d'une autre langue que le grec, moderne bien entendu. C'était mon affaire ; je me munis aussitôt d'une ardoise, d'un guide de la conversation, d’un dictionnaire de poche et d’une grammaire grecque. Je piochai avec
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peu ardeur la langue de PDémosthène, et Deo Volente, au EL bout de très peu de temps. Favais la mémoire ornée
de plusieurs centaines de mots qui me permettaient ches d'étonner mes interlocuteurs dans cette belle langue, mp- Mais, la prononciation, voilà le chiendent. Le peu ique que J'en avais appris autrefois, d'après le système cain d'Erasme, suivi dans nos collèges, était plutôt propre à tou- augmenter mes difficultés qu'à me servir, car on proriers nonce en Canada le grec, comme un italien qui n’a artir jamais entendu un mot d'anglais, prononcerait cette
langue en en lisant une page, avec des désinences et aux, des intonations à l'Italienne. Un Anglais ne Je començai prendrait pas nécessairement. De même un (Grec ne d'un comprendrait pas un traître mot en entendant lire une ation | page de Démosthène, avec notre prononciation.
C'est ainsi que le jour où je voulus me rendre à bord de mon brick, qui était amarré parmi des milliers de où à navires, dans le port de la Cannebière, je tournai auche tour, pendant plus d'une heure, sans réussir à me faire comprendre par les marins grecs à qui je demandais l'agios giorgios. Ce n'est qu'en l'écrivant sur ma petite ardoise et en montrant les caractères à un capitaine grec,que ce dernier sut renseigner mon batelier, en nous disant que nous trouverions l'Ayios yioryios dans telle “angée de tels quais, car les navires sont souvent amarrés les uns aux autres à Marseille, sur huit rangs de profondeur.
Le gamma grec se prononce dans ‘ agios giorgios ” comme y dans yeux, Le Béta comme on le prononce dans les écoles, se prononce aujourd'hui Vita en Grèce, Basilios, roi, se prononce Vassilios, au lieu de Bazilios
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comme on nous l'enseigne, Quoiqu'il n'y ait pas de “ben grec moderne cependant la lettre pi précédée des lettres my ou ny, se prononce comme notre b ; ainsi pempo, J'envoie, se prononce pemmbo ; ‘s tin polin, dans la ville, 6. à d. à Constantinople, ville par excellence, se prononce ‘’stinn bolinn, d'où les Turcs ont fait le mot Stamboul.
Pour un Canadien qui n'a jamais appris le grec que pendant deux mois, (c'est vrai que c'était d'arrache pied) je crois que j'ai assez montré de pédantisme comme cela, pour avoir mérité de monter à bord de mon petit brick, et de filer vers cet orient mystérieux qui en à fuit rêver bien d’autres avant moi.