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soulevant le menton u’un mouvement brusque, il commença à me travailler le cuir facial. Son rasoir coupait encore moins que les ciseaux de sa digne femme, mais manœuvré par la main d'un patriote grec excité comme l'était mon barbier, il fallait bien que ça marchât, de gré ou de force, et ça marchait.
Je pensais à part moi, que Denys le tyran avait eu bien raison de refuser de confier sa tête à un barbier et de s'être brûlé la barbe avec des coquillages, lorsque mon bourreau qui, tout en me travaillant, avait continué à prendre part à la conversation, poussa un juron formidable contre les musulmancs et m'appliqua un grand coup de rasoir sur le nez ; en même temps il m'introduisit de force son pouce dans la bouche, jusqu'au fond de la gorge.
Je n'eus pas le temps de compter les millions de chandelles que je vis dans un éclair, car je crus ma dernière heure arrivée. Je pensais à me défendre contre ce palycare qui m'empoignait traitreusement pour mieux me saigner, lorsque je me sentis couler dans la bouche, que cet animal me tenait entr'ouverte, un liquide tiède et épais que je pris d’abord pour du sang.
J'éprouvai en même temps une violente nausée, car mon bourreau venait de me toucher le fond de la gorge avec son pouce encore tout humide de la cigarette qu'il avait sacrifiée pour m'entreprendre. Il me promenait vigoureusement son pouce dans la bouche, pour me soulever les lèvres et les joues, et me rasait ainsi, à
peau tendue. Je reçus un nouveau coup de rasoir sur le nez, et le liquide épais et tiède me coula derechef dans la bouche : c'était du savonnage !
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Ce maudit barbier, essuyait tout simplement son rasoir sur le nez de ses clients! On comprend qu'un américain qui n'avait pas l'habitude de ce procédé, pourtant connu depuis longtemps en Crrèce, dût être surpris en l'expérimentant une première fois.
Je fermai de nouveau les yeux. en pensant que si le barbier se coupait le bout du pouce avec lequel il me soulevait la peau des joues. il S'apercevrait qu'il avait dû me faire une rude trouée pour arriver à sa propre peau. Je me recommandais à tous les dieux de la Grèce ancienne à chaque nouveau coup que je recevais sur le nez.
Tout à une fin, même les meilleures choses, et pour abréger, j'en fus quitte pour vingt sous. ce qui est pour rien, et les larmes encore aux yeux, je remerciai en grec moderne, ce digne couple du quart d'heure de jouissance qu'ils avaient procuré. à un pauvre voyageur, dans leur île fortunée. Si ces lignes tombent sous les yeux de l'artiste capillaire à la mode de Montréal, je lui recommande ce procédé aussi antique qu'économique, les jours où sa boutique est trop encombrée. Il verra le vide se produire.