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aux affaires. Si l'Anglais paraît profondément attaché à la couronne, ce n'est pas par tradition historique, par reconnaissance pour des siècles de gloire nationale, due à une dynastie séculaire, comme celles des Bourbons, des Hohenzollerns, des Habsbourgs, des Romanofs, (car l'Angleterre est gouvernée par la maison d’un prince allemand depuis la mort de la reine Anne) ; non, c'est surtout par crainte qu'un changement ne nuise au commerce. Depuis la Réforme, les Anglais posent pour la vertu évangélique ; mais s'ils affectent beaucoup de rigorisme religieux, c'est pour mieux acher sous la soutanelle de chaque missionnaire le “peddler ” voyageant pour le compte d’un marchand de Manchester.
C’est chez l'Anglais moderne je crois, que l’atavisme sentimental s'éteint le plus vite. Ainsi le Yankee à oublié ses pères d'Angleterre au point de détester l'Angleterre et de manifester cétte antipathie même dans ses rapports sociaux ou diplomatiques. L’'Anglo-Normand a oublié le beau sang qui coule dans les veines des descendants des compagnons de Guillaume le Conquérant, pour devenir Anglo-Saxon. Depuis, l'Anglo-Saxon a oublié sa fierté nationale au point d'accepter, en 1714, le fils de l'électeur du Hanovre comme roi d'Angleterre, souche
de la maison régnante aujourd'hui.—En Canada, au contraire, on voit tous les jours des hommes portant des noms anglais où écossais devenir français de cœur et d'affection par suite d’une alliance franco-canadienne, témoins les Bain, les Mount, les Dunn, les McGown, les McKay, les Duckett, les Ross, les Milton McDonald,
les MeMillan, les Hughes, les Prendergast, les Fitz-
patrick et des centaines et des milliers d'autres; la grand-mère de ma mère, était une Munro de Fowlis, fille d'un colonel anglais venu à la suite du général
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Pardonne moi, grand-père, du haut du ciel, mais malgré ce sang anglais, la France n'a pas de plus fer-
vents admirateurs 'que notre famille Pourquoi? Je laisse aux physiologistes le soin d'expliquer ce phénomène qui, je crois, ne se rencontre que chez les descen- | dants d'Angluis.
Mais, par exemple, avant qu'il ne se soit humanisé par une infusion de sang français, le pur sang, “ Le
L. thorough bred cockney”" ne chante pas comme cela. Au à à contraire. À { ae , . ,. (A ï Aussi, quelle n'est pas sa surprise lorsqu'il met le :
pied en Canada ! En descendant du steamer, à Québec ou à Montréal, il se frotte les yeux, comme sortant d'un rêve—Il s'imagine débarquer au Hâvre ou à
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Dieppe ! Que voit-il, en ettet ? Des clochers d’églises
L atholiques, des enseignes françaises ! Qu'entend-il 1 i parler ? la langue française ! n'est-ce pas shocking, pour ë , | un snob ? à Ja Partir pour les “ Colonies,” et descendre en Nor- k L. mandie ! Aussi, jure-t-il de réformer tout cela, et de LA 18 mettre à la raison ces * colonists,” sous peu. Voilà pour- è | quoi beaucoup de ces émigrés sont plus intransigeants “ È ‘ plus fanatiques, plus “ Britishers”” que les Anglais : | “| restés en dedans du carillon des Bow Bells dans la cité. k Dit Ces émigrés, ignorants de la langue française, croient Fe $ masquer leur nullité en affectant un snobbisme dont ï L ; rougirait, en Angleterre, un homme bien élevé. ? 197 Lj Ten Le FEES &:
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British, Bigot et Egotist.—V'oilà en trois mots la synthèse politique que la plupart des émigrants anglais, débarquant sur les bords du Saint-Laurent, apportent dans leurs bagages, et qu'ils distillent spécialement aux Canadiens-Français.
Les Anglais sont, avant tout, des hommes d’affaires de premier ordre.—Aussi, font-ils concorder leurs convictions politiques avec leurs “ Grands Livres.” —En 1776, après s'être bien battus contre la France, en Amérique, et s'être fait céder le Canada, les Anglais, avec le colonel Washington en tête, pour des questions de tarifs et d'impôts, se séparèrent violemment du * Dear Old England,” en proclamant l'indépendance des Etats-Unis,
Et depuis, le Yankee est devenu un ennemi invétéré de l’Anglo-Saxon.
En 1791, les Anglais établis en Canada, se trouvant moins nombreux que les Français, étaient ‘ separatists.” En 1812, ils étaient “ loyalists,” parcequ'ils craignaient que leurs cousins des Etats-Unis ne nous atfranchissent comme eux. En 1840, ils deviennent “unionists,” pour écraser plus surement l'élément français-catholique, qui n'avait pas l'esprit de disparaître assez vite. En 1849, ils deviennent * annexionists,” parce que les affaires étaient peu prospères,
En 1867, pour mettre une nouvelle pierre, bien
lourde, sur les Français-Canadiens, ils deviennent “ Con- Jederatists.” tiques prêchent une nouvelle religion, —ils sont devenus “ Federalists —mais tous, par antipathie nationale et religieuse, sont et restent “ Æqual rightists ” dans notre province, où ils sont en minorité. Dans les provinces
Depuis quelques années, les plus fana-
où ils sont en majorité, ils nous traitent comme de simples Irlandais ; ils écrasent l'élément français et catholique.— “ Renonce, ou meurs”—J'ennemi pour eux, c'est la langue française, c'est la religion catholique.—Pour arriver à leurs tins, ils pratiquent entr'autres moyens l'isolement, et cherchent à empêcher tout rapport entre le Canada français et la France : ils font le vide autour de nous.
Cette situation est devenue fort pénible et souverainement injuste, Nous ne demandons à ceux qui se croient nos maîtres qu'une petite place au soleil et quelques pieds cubes d'air respirable.—Maintenant qu'ils nous ont inspiré le goût du commerce, qu'ils nous ont appris que l'Angleterre devait son immense prospérité au libreéchange de ses produits avec l'univers entier, nous voulons pratiquer l'offre et la demande, et chercher loyalement à l'ombre de son drapeau, à améliorer notre con dition.
Le “Journal of Commerce” se fait le porte-parole de toute la presse anglaise et cherche à déplacer les responsabilités concernant l'infériorité de notre situation à l'étranger, en en rejetant la faute sur la France : mais personne ne s'y laissera prendre.
Des Canadiens, s'aperçoivent, un beau jour, que certaines denrées dont ils ont un surplus sont frappées d'un droit de douane plus élevé à leur entrée en France que les produits similaires anglais. Ils jettent des cris de paon et, sans remonter à la source coupable et responsable de cet état d'infériorité comparatif, ils accusent simplement la France, par la voie du “ Journal of Commerce”’, de maltraiter le Canada. ‘C’est toujours la faute à Papineau, s'il y a des cahots !”
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Ces messieurs du “Journal” paraissent ignorer que le fameux traité de commerce signé le 23 janvier 1860 par Lord Cowley, Richard Cobden et messieurs Thouvenel et Rouher et les conventions supplémentaires signées le 16 novembre 1860, sont la base de tous les arrangements commerciaux intervenus, depuis, entre l'Angleterre et la France. La première de ces puissances demanda et obtint lors de la signature de ce traité les bénétices du tarif conventionnel, exempt de surtaxe d’entrepôt, pour les produits principaux de ses grandes colonies, les laines de l'Australie et du Cap, le jute de la Nouvelle-Zélande, la plombagine de Ceylan et les cotons des Indes.
Dans les traités de commerce intervenus depuis entre l'Angleterre et la France le 23 juillet 1873, le 24 janvier 1874, le 21 septembre 1881, le + février 1882 et le 28 février 1882, signés par Lord Lyons pour l'Angleterre et par MM. de Cases, B. St Hilaire, de Freycinet, Tirard et Rouvier pour la France, en vertu de clauses spéciales insérées dans leurs protocoles, les productions principales de ces heureuses colonies continuèrent à jouir de cette faveur signalée. Les négociants anglais important ces marchandises des pays d’origine et en ayant un énorme stock sur les bras, s'assuraient ainsi un écoulement facile en France. On tit done d'une pierre deux coups. L'Angleterre et la France s'assurèrent le traitement de la nation la plus favorisée jusqu'au 1er février 1892,
Depuis, ces denrées coloniales anglaises ont pris des “acines tellement profondes en France, qu'elles sont devenues indispensables à son industrie : l'Angleterre
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n'a plus besoin de s'intéresser à les protéger. Son intelligente intervention, pendant vingt ans, a suffi pour les imposer à l'industrie française, au point qu'elles sont passées à l’état de “ matières premières” des filatures de la France et jouissent maintenant d’une exemption toute naturelle de droits, sans requérir de nouveau le secours de la diplomatie,
Et pendant que l'Angleterre créait avec tant d'intelligence un marché à certaines de ces colonies, que faisait-elle pour son Canada ? Elle s'est bien gardée de demander à la France un traitement semblable pour les denrées que nous produisons à bon compte, L’'Angleterre seule nous les achète aujourd'hui. La France est forcée de les importer des pays qui, par des traités, se sont assuré son immense marché.
Le Canada n'est-il pas aussi cher au cœur de l’Angleterre que les Indes, Ceylan, la Nouvelle-Zélande, le Cap et l'Australie ? N'est-ce pas plutôt par crainte de voir se développer ces rapports et ces relations qui se renouent discrètement, tranquillement, entre l’ancienne et la nouvelle France, entre la mère et la fille, que la Crrande Bretagne a négligé de favoriser un rapprochement aussi naturel ?
Il est inutile de chercher midi à quatorze heures : la vérité, la voici. Le Canada est considéré comme un simple comptoir anglais ; or, n'étant éloigné que de huit jours du continent européen, Downing street le trouve trop exposé à la concurrence, pour lui faire accorder des avantages qui, en développant son commerce, en détournerait autant de la métropole.
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Dans une séance mémorable de la chambre des Communes, le 8 février 1850, Lord John Russell, chef du cabinet anglais, eXxposa dans un grandi discours la politique du gouvernement, à l'égard des colonies. 11 disait : ‘“ En premier lieu, l'objet de l'Angleterre semble avoir été d'envoyer de ce pays des émigrants pour coloniser ces contrées lointaines, et en second lieu, de maintenir strictement le monopole commercial entre la mère-patrie et ses possessions. Par une multitude de statuts, nous avons eu soin de centraliser en Angleterre tout le commerce des colonies, de faire arriver ici toutes leurs productions, et de ne pas souffrir qu'aucune autre nation pât aller les acheter pour les porter ici ou ailleurs 4... 7” C’était aussi l'opinion de M. Dundas, qui disait: ‘“Sinous ne nous assurons pas, par le monopole, le commerce des colonies, leurs denrées trouveront d’autres débouchés, au grand détriment de la nation.”
Voilà la raison toute simple, pour laquelle l’Angleterre a deux poids et deux mesures dans ses atfections et dans ses préférences coloniales ; au contraire de la Russie, du Portugal, de la Turquie et de la France qui font généreusement bénéficier leurs colonies des traitements accordés à la mère-patrie, la Grande Bretagne refuse tout avantage particulier, si ce n'est pour ses colonies favorites, les Indes, l'Australie, Ceylan et le Cap.
[l'est donc important de faire appel dans notre pays, à tous les dévouements, sans acception de partis, pour pétitionner sans cesse le gouvernement impérial et lui demander de nous accorder la liberté nécessaire à l’expansion et à la prospérité du Canada. Il n'y à ni
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rouge, ni bleu, ni grit, ni tory qui tiennent, c’est une question de strugqle for life, de “ bread and butter” et le cabinet d'Ottawa qui nous obtiendra cette liberté, aura bien mérité de ses concitoyens et fondera enfin une “nation canadienne.”
Ainsi donc, pendant que l'Empire Britannique et ses colonies des antipodes jouissent, dans une certaine mesure, des bénéfices du tarif conventionnel avec la France, le Canada reste in the cold, avec le tarif général pour partage, augmenté de la surtaxe d'entrepôt en certains cas, c’est-à-dire un tarif presque prohibitif.
Et le Journal of Commerce plus “ Britisher ” que canadien, de crier sur les toits que la France traite le Canada et les Canadiens comme des parias !
À moins d'être un ignorant fiefté, imbu d’un “4Jingoïsm ” bon teint, personne n'ignore que la diplomatie anglaise seule tient les clefs qui ont fermé les portes de la France aux quarante colonies de la grande Bretagne, moins les cinq favorites plus haut nommées. L’Angleterre, seule souveraine en ces matières, agit comme une vieille coquette ; elle s'assure des avantages commer- “aux importants, en échangeant avec la France des protocoles à clauses serrées, lui garantissant des préférences énormes sur ses colonies, ses filles. Ceci fait, elle ne laisse plus à la disposition de notre ancienne mèrepatrie, pour les exclus comme nous, que de la pitié, de l'amour et des regrets.
Ces attaques depuis longtemps répétées, m’engagent à donner publicité aux paroles officielles d'un ancien chef du gouvernement français. Ces paroles sont un enseignement et une consolation ; elles établissent
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combien la France est non-seulement désireuse, mais anxieuse de se rapprocher du Canada, et cherche toutes les occasions de nous prouver sa sympathie et son bon vouloir, mais décemment, en respectant les convenances diplomatiques et internationales.
Si l'Angleterre désire vraiment la prospérité du Canada, que ne nous accorde-t-elle la liberté d'améliorer notre situation commerciale, en donnant un ‘ Exequatur ” suffisant à nos délégués, pour traiter dans l'intérêt de notre pays ? On verrait alors la France nous ouvrir largement ses bras et ses portes, et nous tendre bien ouverte la main de l'amitié.
La France, depuis la perte de ses deux belles provinces, l’Alsace et la Lorraine, à vu !a douleur ei:vahir son cœur de mère, et à traversses larmes, s'est souvenue que par delà l'océan, il y avait déjà bien longtemps, elle avait aussi perdu, ou plutôt abandonné un autre de ses enfants. Maintenant, quand la France pleure l'Alsace, elle a des regrets pour le Canada.
Il a fallu des malheurs épouvantables pour faire sortir la France de son far niente continental, de ses limites enserrées, et la décider à reprendre enfin la politique coloniale du grand siècle. En jetant les yeux sur la colossale puissance de l'Angleterre à l'étranger, elle s'aperçoit maintenant de quel prix lui serait le Canada resté, malgré tout et malgré tous, fidèle et affectueux.
Les Canadiens-Français aiment la France ardemment, parce qu'ils écoutent la voix naturelle du sang : “ Blood is thicker than water.” Tout en évitant d'offusquer l'Angleterre, nous avons, cependant, au point de vue
politique et national, et cela simplement, sans y songer, fait, paraît-il, des actes qui ont contribué à soutenir le prestige de la France à l'étranger, à faire respecter son nom béni et à étendre son influence sur le continent américain.
Je suis heureux de la polémique engagée entre la Minerve, la Presse. la Patrie, le Monde, V'Etendard c1 les journaux de Québec d'un côté et cette presse anglaise du Canada qui cherche toutes les occasions de dénigrer les entreprises françaises. Elle me fournit celle de vous apporter les paroles tombées de la bouche d’un grand patriote, d’un premier ministre de la vieille France, il y à deux ans à peine, au ministère des affaires étrangères. Les journalistes et les publicistes canadiensfrançais qui ne sont pas payés pour fermer les yeux, seront heureux d'apprendre comment en haut lieu, on apprécie leurs vaillants et patriotiques travaux.
L'an dernier, le gouvernement français, désireux de reconnaître les efforts multiples que fait le cabinet de Québec pour aider au rapprochement des deux “ Frances,” en favorisant l'introduction de capitaux et en reprenant les relations abandonnées depuis si longtemps, fit remettre aux honorables MM. Chapleau et Wurtéle la croix de l'ordre national de la Légion d'honneur.
À cette occasion, tous les Canadiens de passage ou résidant à Paris, sollicitèrent une audience du Président du Conseil des ministres, M. Duclerc, sénateur. pour le remercier de l'honneur fait au Canada. Cette audience fut gracieusement accordée,
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Nous nous trouvâmes, un matin, quinze à vingt Canadiens, réunis dans lun des grands salons du Palais du Quai d'Orsay. Nous fûmes introduits dans le tmeux
cabinet du ministre des affaires étrangères, où furent décidées tant de questions internationales, d'où partirent tant d'ultimatums et où se discute en ce moment la guerre avec la Chine. Après nous avoir serré la main au fur et à mesure de la présentation, l'honorable M. Duclerc nous dit en souriant: Eh! bien messieurs les Canadiens ! Que puis-je faire pour vous, ? J'espère que vous venez me demander un grand service ?
M. Fabre prit la parole en notre nom et dit au premier ministre de France, combien nous regrettions de ne pas nous être présentés en solliciteursatin de profiter des généreuses dispositions du chef de l'exécutif, et demander certains avantages pour notre pays. Au contraire, ajouta-t-il, nous avons sollicité l'honneur d’être reçus en audience par Votre Excellence, pour la remercier des dernières grâces accordées au Canada, par le gouvernement de la République, en donnant la croix de la Légion d'honneur à deux de nos concitoyens les plus distingués :—M. Fabre termina sa harangue en informant le président du conseil des ministres, que ces dernières décorations rétablissaient l'équilibre entre les deux grands partis politiques du Canada, leur accordant un nombre égal de décorés.
L'honorable M. Duclerc avait écouté attentivement notre commissaire.—[l arrêta M. Fabre, en entendant cette déclaration ; “Je vous demande pardon, M. le commissaire, de vous interrompre, mais je ne veux pas vous laisser plus longtemps sous l'impression que nous
aurions pu être influencés par la situation d'un parti politique, ou par un pareil calcul d’équilibre—je proteste contre ces dernières paroles ; la France, en donnant la croix de la Légion d'honneur à des Canadiens, ne s'informe pas de la couleur de leurs opinions politiques. Nous ne savons pas s'il y a des libéraux, des conservateurs, des cléricaux, des whigs ou des tories en Canada, et nous ne voulons pas le savoir. Il n’y a pour nous que des Canadiens-Français, des frères séparés violemment de la mère-patrie ; et nous nous reprochons tous les jours ‘“ de ne pas pouvoir les aimer autant qu'ils aiment la France.”
“Vous ne nous devez pas de remerciements pour avoir attaché la croix sur de nobles poitrines, au contraire ; la vieille France reste encore endettée envers votre pays. Nous ne faisons que commencer une œuvre de réparation pour tant d'affection, de dévouement et de fidélité.”
jomment ! Lorsque nous faisons de si grands sacrifices pour donner de l'expansion à notre politique coloniale, pour étendre l'influence française en Afrique et en Asie, pouvons-nous ignorer que par delà les mers, sur le continent américain, il existe un groupe de deux millions de Canadiens-Français, ne coûtant pas un centime à la France, pas une goutte de son sang, pas un de ses soldats, qui, tout en demeurant loyaux à l’Angleterre, ne perdent jamais une occasion de manifester hautement leur profonde sympathie à leur ancienne mère-patrie ! ”
“ Voilà une colonie de deux millions d'habitants, qui fait la BESOGNE DE LA FRANCE sur le vaste continent
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américain, arbore nos couleurs en ses jours de fêtes, parle notre langue, pratique la religion de ses pères ; voilà un peuple, encore régi par les anciennes Coutumes de Pariset de Normandie, qui fait respecter, même par l'Angleterre, la France dans l'Amérique Britannique ; et tout cela, dignement, avec le plus pur désintéressement, et nous le constatons après cent vingt cinq ans d'oubli ! Nous commençons à nous apercevoir de l’étendue de la perte que nous avons faite, par l'importance que vousavez acquise, sous un gouvernement étranger ; nous cherchons les moyens de vous prouver notre reconnaissance, et vous avez la grâce de nous parler de remerciements !
“ Messieurs, la colossale puissance coloniale de l’Angleterre est une leçon pour nous. Il faut penser à reprendre l’ancienne politique coloniale française, et chercher au dehors des débouchés à notre industrie nationale. Par là, nous augmenterons notre influence, nous étendrons nos relations commerciales et nous donnerons à notre belle France, l'expansion dont elle a besoin : l'univers entier profitera de ces œuvres civilisatrices poursuivies sous le pavillon français.
“ Le Canada n'est-il pas le plus bel exemple de la vitalité et de la puissance colonisatrice de notre race ?”
“ Je suis du Midi, messieurs, mais j'ai la tenacité d’un homme du Nord ; si j'ai l'honneur de présider pendant encore assez de temps aux affaires de la France, je veux créer un ministère des colonies indépendant de tout autre, afin que le titulaire de ce nouveau portefeuille consacre tout son temps, toutes ses ambitions généreuses, tout son dévouement, au développement
de nos colonies actuelles, et à cette politique d’expansion,
“ Assurez bien vos compatriotes de notre vive atftection ; je vous remercie, messieurs de votre réconfortante visite et de votre sympathique démarche qui m'ont procuré l’heureuse occasion de me rencontrer avec un aussi grand nombre de vrais amis de la France, de nos frères d'outre-mer.”
Et nous nous retirâmes.
Puisque j'en suis aux souvenirs, permettez-moi de vous citer un autre témoignage illustre. Lors de linauguration de l'exposition de Paris, le 1er mai 1878, le maréchal de MacMahon, président de la République, donna publiquement. à la face de l'Europe, de l'univers entier, une éclatante preuve de l'affection que porte la France au Canada.
Le maréchal fit deux discours ce jour-là ; le premier fut le discours d’inauguration de P'Exposition Universelle, et le second et dernier fut adressé à la commission canadienne. Voici dans quelles circonstances :
Le président de la République, accompagné par le prince de Galles, le roi Don François-d’Assise, le duc d'Aoste, ex-roi d’Espagne, les princes héritiers du Danemark et des Pays-Bas, le comte de Flandres, frère du roi des Belges, M. Grévy, alors président de la chambre des députés, le duc d’'Audifret-Pasquier, président du Sénat, le corps diplomatique au complet et de tous les ministres du gouvernement français, parcourut les terrains de l'exposition, suivi de ce brillant cortège.
Le président se contentait de saluer les commissaires étrangers, rangés devant les façades de leurs sections,
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sur la rue des Nations, lorsque arrivé devant la section anglaise, où la commission canadienne était confondue avec les autres colonists, M. le Maréchal-Président arrêta le cortège et se tit présenter de nouveau par le prince de Galles, la commission royale et les commissions coloniales.
Le maréchal salua tous ces messieurs, mais quand le tour des Canadiens fut arrivé, le maréchal s'adressant à notre commissaire exécutif M, T.-C. Keefer, lui adressa à peu près ces mots:
“ M. le commissaire, je suis heureux, au nom de la France, de vous souhaiter la bienvenue dans notre pays.
“ Vous représentez une contrée qui nous est bien chère ; en contemplant les produits que vous exposez. et qui attestent une ère de prospérité et de progrès marquants, vous comprendrez, M. le commissaire, combien nous sommes heureux de revoir des enfants de la vieille France, jouant un rôle aussi honorable dans ce grand concours universel.
“ La France aime toujours le Canada, et nous savons que vous nous le rendez bien. C’est dans l’'adversité, M. le commissaire, que l’on connaît ses amis. Eh bien ! dans les derniers malheurs qui ont fondu sur la France,
de par-delà les mers, du Canada français, nous sont venus non-seulement des paroles de sympathie, mais des secours pour le soulagement de nos infortunes.
“ J'ai souvent eu connaissance personnelle, M. le commissaire, des sacrifices que notre ancienne colonie s'est imposés pour venir en aide à ses frères de France. Lorsque j'eus l'honneur d'occuper le poste élevé de
gouverneur-général de l'Algérie, une cruelle famine désola cette colonie; plus tard. la guerre désastreuse de 1870 remplit nos hôpitaux et nos ambulances de blessés ; plus tard encore, une inondation épouvantable ravagea Toulouse et le midi de la France. Eh bien ! dans toutes ces occasions, et bien d’autres encore, les premiers secours qui nous vinrent de l'étranger, nous arrivèrent du Canada français.
“ Dites bien à vos compatriotes, M. le commissaire, que la France les remercie, que la France les aime que la France les regrettera toujours, mais qu'elle ne les oubliera jamais.”
Et le cortège de rois et de princ?s reprit sa marche.
Notez bien que ces paroles affectueuses, prononcées par le chef de l'Etat, en présence du futur roi de l'Angleterre, avaient une signification d'autant plus éclatante, que le Maréchal-Président paraissait avoir prémédité cette démonstration.
Voici à quelle occasion :—Cinq à six semaines avant l'inauguration de l'exposition, toutes les commissions étrangères avaient été invitées à se rendre au Palais de l'Elysée, où le Maréchal-Président désirait les recevoir en audience solennelle.
Les Commissaires attendaient dans le grand salon
d'honneur, et s'étaient autant que possible groupés par ordre de pays, Angleterre, Autriche, Belgique, etc. Le maréchal de MacMahon, accompagné de sa maison militaire et de tout le corps diplomatique, tit son entrée.
La commission royale anglaise était en tête. Nous étions bien une trentaine de commissaires délégués, tant de la métropole que des colonies. Le Président
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de la République se fit présenter la plus grande partie de ces messieurs. Il donna une poignée de main à chacun, sans leur parler, mais il s'arrêta devant moi et m'adressant la parole, me demanda: Eh bien! monsieur le commissaire, quels sont les produits qu'expose notre cher Canada ?
Je répondis en remerciant le Président de l'intérêt qu'il portait à notre pays et mentionnai les articles principaux de notre exposition.
—Le Président reprit, en souriant : mais, M. le Commissaire, n'exposez-vous pas des glaces ?
Te répondis : Non, M. le Président, c’est une industrie à créer en Canada ; notre pays importe de France et de Belgique la plus grande partie des glaces que nous employons.
—Cependant, reprit le Président, en riant, on nous représente toujours le Canada comme un grand producteur de glaces ?
Je me disais depuis un instant : le Président voudrait-il plaisanter par hasard ?—Je n'ose y croire : je n'ai pas le droit dans une audience aussi solennelle de courir le risque de me tromper.
Avant l'entrée du maréchal de MacMahon, tous les commissaires parlaient entr'eux de leurs petites affaires et des progrès de leurs installations. La question des glaces pour fermer les vitrines des exposants était précisément la grosse question budgétaire du moment. Ainsi le Canada avait une collection de vitrines à étalages, superbe, comme goût et comme choix de bois canadiens. Elles étaient arrivées toutes prêtes à monter d'Ottawa ; il n’y avait plus que les glaces à y poser.
M. Perrault et moi nous causions justemert avec l'un des commissaires belges de l'embarras où nous nous trouvions ; il s'agissait d’une dépense très considérable,
si on achetait les glaces de ces vitrines pour six mois
d'exposition ; et nous agitions la question deles prendre en location, lorsque le Président avait fait son entrée.
On comprend par cette petite explication combien devait m'embarrasser l'interrogatoire du chef de l'État. Je pensais aux glaces de nos vitrines, et comme le Président me paraissait parler toujours des glaces, au pluriel, je ne changeais pas de terrain.
Nous tenions la conversation à nous deux. Tous les ambassadeurs étaient là: Lord Lyons m'avait présenté lui-même. Tous les commissaires écoutaient ; et le Président dela République Française et le commissaire délégué du Canada Français, ne paraissaient pas se comprendre !
Finalement le maréchal eut pitié de moi ; il me tendit une planche de salut.—” Pourtant, M, le commissaire, ajouta-t-il, lorsque j'étais gouverneur-général de l'Algérie, pays très chaud, comme vous le savez, il nous venait des glaces du Canada, à pleins navires !
M'apostrophant intérieurement et me donnant toute espèce de noms pour ne pas avoir eu le courage de comprendre plus tôt la plaisanterie du maréchal, je m'inclinai en lui répondant :—Oh ! si M. le Président veut parler de glace à rafraîchir, certainement, une partie du Canada, située au Nord, en produit assez pour rafraîchir l'univers, mais nous ‘n'en exposons jamais ailleurs que dans la construction de nos palais de glace, en temps de carnaval.
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Je fus fort entouré après le départ du maréchal par les membres des commissions coloniales, surtout par les Canadiens ne parlant pas français. Tous me demandaient ce qui s'était passé et pourquoi nous ne paraissions pas nous comprendre. Je leur expliquai les finesses de la langue française et la différence qui existe entre des glaces sans tain et de la glace à rafraîchir.
Un membre de la commission canadienne et non des moins importants, ajouta : “ Très bien, maïs qu'est-ce que la Bulgarie (sic) avait à faire là-dedans, je mai compris que ce mot dans la conversation du Président ?”? Le malheureux canadien avait pris l'Algérie pour la
Bulgarie, dont le nom était alors dans toutes les bouches. Et nunc erudimini !
Le lendemain, ayant l'honneur de déjeuner à la table du Prince de Galles, Son Altesse me pria de lui faire un récit de mon entrévue avec le Président. La narration de mon embarras amusa beaucoup le prince qui est très friand d’un good joke.
C'était pour nous faire oublier Le froid jeté par cette glace, que le Maréchal-Président de la république saisit l’occasion la plus solennelle de l’année, le 1er mai 1878, pour donner un grand témoignagne d'affection et de chaude sympathie au Canada français, devant ceux qui avaient pu prendre la Bulgarie pour l'Algérie.
Comme le Commissaire exécutif du Canada n'avait pas répondu au discours du Maréchal-Président, M. Paul de
Cazes, alors Commissaire du Canada en France, racheta cet oubli en faisant une démarche personnelle au Palais de l'Elysée auprès du Président et de la duchesse de Magenta. Notre sympathique représentant remercia madame de MacMahon de l'intérêt qu'elle ainsi que le Maréchal portaient à notre pays. Il paraphrasa le discours du Président en disant que c'était en effet dans l'adversité que l’on reconnaissait ses amis ; or la duchesse de Magenta avait, longtemps avant, à la demande de M. de Cases, fait remettre la somme de trois mille francs, au fonds de secours des incendiés de St-Hyacinthe. M. de Cazes eut la partie belle, pour faire assaut de compliments délicats avec les nobles hôtes de l'Elysée. — La Bulgarie était vengée !
La duchesse connaissait depuis longtemps le Canada, grâce à la présence d’un saint prêtre à l’abbaye de Staouëli, couvent des trappistes, près d'Alger. Le Père Marie Edmond, c’est-à-dire le Révérend Père Pierre Fisette de Contrecæur,—ancien élève de St-Hyacinthe, etavant son entrée chez les trappistes, l’un des membres les plus éloquents dela maison des oblats, l'oncle de notre ami M. Arthur Dansereau, ancien propriétaire-rédacteur de la Minerve, —était le Père hôtelier de l’abbaye sous le gouvernement du maréchal de MacMahon en Algérie. Madame de MacMahon, duchesse de Magenta, allait régulièrement deux fois par semaine,au couventde Staouëli parler bonnes œuvres avec le Père Marie Edmond et s’entretenir du Canadaavec cet hommeintelligentqui redevenait le père Fisette quand on lui parlait de sa chère patrie,
Mais, revenons à la presse anglaise du Dominion, qui, à part de rares, mais heureuses exceptions, joue un rôle
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peu patriotique dans notre pays. Cette presse rétrograde, cherche à transplanter sur notre sol les vieilles haines séculaires de l'Angleterre contre la France, aujourd’hui oubliées en Europe depuis Sébastopol, et qu les Français d'Amérique se sont toujours fait un point d'honneur d'ignorer. Elle se déclare l’'ennemie du nom français en Canada et de toutes les institutions et fondations de la catholique province de Québec, garanties par le traité de Paris, 1763. Tous ses efforts depuis quelques années, tendent àempêcher les catholiques des Provinces Maritimes et du Nord-Ouest, de faire instruire leurs enfants dans des écoles séparées ou d'empêcher la langue française d’être reconnue officiellement en dehors de notre Province. Quant à l'amélioration de nos rapports avec la France et le continent, cette presse n’en à autrement cure que pour vilipender la France en la dénigrant. C’est toujours l’histoire du lapin qui a commencé.
Et c’est aujourd'hui le “ Journal of Commerce ” l'aviseur de la haute finance, celui qui devrait être le mieux renseigné sur la nature de notre situation coloniale et de notre incapacité absolue de traiter avec une puissance étrangère, sans passer par la filière de la métropole, qui mange du français à son tour.
S'il était à la hauteur de la mission que son titre lui commande de soutenir dans les cercies ü?s gros producteurs exportateurs, ce journal devrait plutôt se mettre à la tête d’un mouvement national afin d'obtenir les pouvoirs qui nous manquent, pour améliorer notre condition sociale et économique,
C’est une tactique, d’ailleurs fort pratiquée par ces messieurs d’une certaine presse fanatique, de chercher
à nous détacher de la France en la représentant comme une marâtre. C’est trop grossier pour que l’on s’y arrête un instant seulement.
Depuis au-delà de trente ans, les lettres, les arts, les sciences, l’industrie et le commerce se donnent périodiquement rendez-vous dans une capitale, et y tiennent les grandes assises du travail et de l'intelligence. C’est là que se révèlent au monde les découvertes, les conquêtes qu'a faites l'esprit humain depuis la dernière exposition universelle, C’est dans ces occasions solennelles que les inventions merveilleuses sortent des cabinets de chimie ou de physique des savants, des cartons des académies des sciences, et apparaissent vulgarisées à nos yeux étonnés, en attendant qu'elles soient remplacées à leur tour par des découvertes encore plus étonnantes.
C’est en occupant des situations officielles à l'étranger, confondus dans l’ombre de la grande Bretagne, avec les quarante colonies qui gravitent autour de l'immense planète “John Bull”, que les rédacteurs du “Journal of Commerce” se renseigneraient exactement sur la véritable situation de notre pays, et apprendraient à rendre à César les responsabilités qui appartiennent à César.
Nous venons de voir comment la France voudrait traiter et traite le Canada, voyons maintenant comment l'Angleterre traite ce même Canada en France.
L'exposition universelle de Paris, de 1878, nous fournit plusieurs exemples de Jingoïsm et de la solidité de ce fil à la patte qui retient le Canada attaché à Downing street et aux fabriques de Leeds et de Man-
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J'ai déjà eu l'honneur de servir le Canada à l'étranger, dans deux expositions universelles ; en 1876, à Philadelphie, en qualité de membre du jury international des récompenses, et à Paris, en 1878,en qualité de commissaire du Canada, et plus tard en qualité de membre du jury, à la demande personnelle de Son Altesse Royale, Monseigneur le Prince de Galles.
J'ai même dû remplir les délicats devoirs de ces deux offices avec assez de zèle pour mon pays, puisque à la fin de décembre 1878, le Prince de Galles, me fit l'honneur de me faire remettre à Rideau Hall, par Son Altesse Royale la Princesse Louise, une épreuve superbe de son portrait (à l'eau forte) avec la lettre suivante :
‘“ Martborough House, «“ Pall Mall,” S. W.
& lAh Dec. 1878.
& Sir,
“ As the work of the Royal Commission for the Paris “ Universal Exhibition is now drawing to a close, L'wish “to thank you again for the invaluable services you “ have been kind enough to render as a member of the “ Commission for the Dominion of Canada, and in the “ International Jury.
“ I have ordered a copy of the list of awards to be “ prepared and forwarded to you, as an official record of your labours in the latter capacity, but in the meantime,
“ I desire further to take this opportunity of expressing
“my personal obligations for the qyenerous manner in
“which you responded to my invitation to act as a “ British Juror, and T beg to offer for your acceptance, the accompanying proof of my portrait, as a personal mark of our connection in the work of the Paris Exhibi- “tion which has been attended with such satisfactory “result.
“ J have the honor to be, sir, ‘ Your obedient servant,