‹ Zouaviana, étape de vingt-cinq ans, 1868-1893 [microforme]Chapitre 79 sur 108 · NRA ER EE ES EE · texte numérisé non relu

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Voilà une belle réponse à faire aux Canadiens qui s'opposent à l'amélioration de notre situation par nousmêmes, en nous faisant valoir les bénéfices énormes dont nous jouissons à l'étranger, en ayant à notre disposition, gratuitement, les services de tout le corps diplomatique de la Grande-Bretagne. Les adversaires de la liberté que nous réclamons, nous rétorquent toujours : “ Il vous faudra alors payer des consuls !”” Eh bien ! il est joli leservice diplomatique anglais ; il est bien disposé pour le Canada. Lord Lyons est à la tête ; il occupe le premier poste. Que doivent être les snubs des petites villes ?

Ils étaient superbes, les services de Lord Lyons, auquel le gouvernement anglais, trop fortement pressé par le gouvernement canadien, avait donné l’ordre, en 1881, de préparer une convention commerciale entre la France et le Canada, quand il inséra dans le projet d'échange de nos produits comme condition sine qua non, l'introduction en France de la coutellerie et des rasoirs canadiens ! C’était un simple truc pour rendre tout arrangement impossible ; car la France ne pouvait affecter l’une de ses plus grandes industries. Quant au Canada, le désir de Lord Lyons de protéger une industrie qui n'existait pas, nous fit manquer l’occasion de faire admettre en France tant de produits qui

existaient.

Cet esprit diplomatique était encore le même il y a trois ans à peine, lorsque l'honorable M. Würtele, alors ministre des finances de notre province, se présenta à l'ambassade, à Paris, pour solliciter le fiat du consul général anglais, afin de faire admettre à la cote de la Bourse,

les actions de l'emprunt français de Québec de 1880, non négociables autour de la corbeille des agents de change, sans cette formalité.

Je ne sais si c'est à l'impopularité dont jouit cette aleur auprès des financiers anglais, qui ne comprennent pas l'audace de banquiers français venant opérer dans une de leurs colonies, mais le consulgénéral anglais refusa net. Heureusement, le consulgénéral de France à Québec, M. Lefebvre, était de passage à Paris. Comme il avait eu connaissance personnelle de cette transaction financière, il donna son Jiat, qui permit à cet emprunt de se négocier comine toutes les autres valeurs de première classe à la Bourse de Paris.

En bien ! messieurs du Journal of Commerce et de la presse anglaise, est-ce la faute de la France si les représentants du Canada sont “ snubbés ” par les diplomates anglais, quand elle veut nous ouvrir tout grands ses bras de mère ?

Comment trouvez-vous le service consulaire anglais ? aussi aimable que le service diplomatique de lord Lyons ! J'espère que nos compatriotes invoqueront d’autres aisons que les services gratuits des agents de l'Angleterre à l'étranger, s'ils veulent résister aux efforts que nous faisons pour améliorer notre sort. Les écailles sont tombées des yeux de MM. Würtele et Brown depuis longtemps à ce sujet.

A part l'exposition de la Nouvelle-Orléans, qui bat son plein dans le moment, celle d'Anvers, où nous allons, celle des colonies à Londres en 1886, il y aura une Exposition Internationale à Paris en 1889, qui

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promet d’être splendide. IT faut espérer que d'ici là notre gonvernement fera faire un pas à cette question.

S'il accepte à l'avenir une invitation de ce genre, par l'intermédiaire du ‘“ Colonial office,” il devrait s'assurer du droit bien naturel de vendre les produits ainsi exposés. Ces expositions ne sont que des échantillonnages de marchandises ; et il est absurde d'entraîner notre pays dans des frais considérables, si ces échantillonnages n'ont pas de résultats pratiques et commerciaux. Ou bien, que l'Angleterre fasse alors, seule, les frais d'une exposition contribuant à établir simplement son immense Empire colonial et sa puissance. Avec la moitié des sommes que nous allons dépenser à Anvers, cette année, le gouvernement pourrait établir sur le continent un musée industriel canadien permanent, sur le modèle des expositions consulaires européennes, où les produits principaux de nos sept provinces, tant naturels qu'ouvrés, seraient exposés.

Ce musée commercial complèterait la bonne semence jetée par les cinq cents zouaves pontificaux qui vécurent trois ans à Rome au milieu des meilleurs éléments de l'Europe catholique. On apprit à connaître le caractère viril et chevaleresque de notre race, en voyant nos jeunes gens monter la garde, à leurs frais, aux portes du palais du Souverain des Etats de l'Eglise. On apprendrait, par ce musée à connaître les productions naturelles de nos quelques arpents de neige, mieux que dans des brochures.

Les Européens ouvriraient les yeux et ne seraient plus distraits par le voisinage écrasant de la Grande- Bretagne et de ses colonies ; toute leur admiration

serait centralisée sur le Canada ; cet échantillonnage de nos minéraux, de nos produits agricoles, forestiers, industriels, etc., faciliterait beaucoup la tâche de nos hauts-commissaires, lorsque l'Angleterre leur permettra de traverser la Manche, pour négocier des conventions commerciales, avantageuses à notre pays. Mais vous verrez qu’on n’en fera rien,

Avez-vous jamais vu en Italie, ces oiseleurs, gardant en cage une quantité de gentilles hirondelles, s'installer sur une place publique et crier à pleins poumons : “à deux sous la liberté de ces jolis oiseaux ! Qui veut rendre à la liberté un prisonnier ! Deux sous la liberté !”

Toutes les bonnes âmes s'arrêtent et pour quelques baïoques, jouissent des petits cris de joie que poussent les hirondelles en décrivant au-dessus dela tête de leurs libérateurs, de grands cercles concentriques, avant de s'enfuir à tire-d’ailes, pour goûter la liberté qu'on vient de leur rendre.

Je viens de nommer quarante belles colonies administrées par un gouverneur impérial, et cependant l'Angleterre guerroie encore dans le Soudan, chez les Boërs et ailleurs. Est-ce bien, pour rendre à la liberté les Soudanais ou les Boërs ? [/Angleterre n’en a jamais assez en Cage |

Quand donc serons-nous mûrs pour la situation que le grand ministre Lord John Russell nous faisait entrevoir dans la péroraison de l’admirable discours qu'il prononça à la chambre des Communes en 1850 et dont j'ai cité des fragments plus haut !.... “ Non-seulement “ je crois que ces principes sont ceux qui doivent vous “ diriger, sans aucun danger pour le présent, mais je

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“ pense encore qu'ils serviront à résoudre, dans l'avenir, “ de graves questions, sans nous eXposer à une COLLI- SION aussi malheureuse que celle qui marqua la fin du “ siècle dernier. En revenant sur l’origine de cette “ guerre fatale avec les contrées qui sont devenues les ‘ Etats-Unis de l'Amérique, je ne puis m'empêcher de “ croire qu’elle fut le résultat, non d'une simple erreur, “ d'une simple faute, mais d'une série répétée de fautes et d'erreurs, d’une politique malheureuse de coNCEs- “ SIONS tardives et d’exigences inopportunes. J'ai la ‘ confiance que nous n’aurons plus à déplorer de tels conflits.”

“ Sans doute, je prévois, avec tous les bons esprits, ‘“ que quelques-unes de nos colonies grandiront telle- “ ment en population et en richesse qu’elles viendront “ nous dire un jour : “ Nous avons assez de force pour “ être indépendantes de l'Angleterre. Le lien qui nous ‘ attache à elle nous est devenu onéreux et le moment “est arrivé où, en toute amitié et en bonne alliance ‘avec la mère-patrie, nous voulons maintenir notre ‘ indépendance.” Faisons tout ce qui est en nous pour “ les rendre aptes à se gouverner elles-mêmes. Don- ‘ nons-leur autant que possible la faculté de diriger “ leurs propres affaires. Qu'elles croissent en nombre ‘et en bien-être, et quelque chose qui arrive, nous, ‘ citoyens de ce grand empire, nous aurons la consola- ‘ tion de dire que nous avons contribué au bonheur du ‘ monde.”

En

Frédéric Bastiat, le grand apôtre de la liberté commerciale, commentant ces paroles de Lord John Russell, disait : “Il n’est pas possible d'annoncer de plus grandes

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choses avec plus de simplicité, et c'est ainsi que. sans la chercher, on rencontre la véritable éloquence.” Et il y à trente-cinq ans de cela ! !

IT est vrai que depuis, suivant en cela les conseils de Lord Durham, parent de notre gouverneur-général Lord Lansdowne, l'Angleterre à siré messieurs Galt, Macpherson, Johnson, John Rose, John Abbott, et comblé d’honneurs une partie de ceux qui, comme eux, siwnèrent le fameux manifeste annexioniste de 1849, qui provoqua la déclaration de Lord John Russell. Le sirage et le temps sont deux grands guérisseurs !

Je ne crois pas être déloyal, je crois plutôt être le contraire, en cherchant à améliorer la condition politique, sociale et économique de notre pays. Les exemples et les encouragements nous viennent de trop haut pour ne pas emboîter le pas derrière les Lord John Russell et les sir Richard Cobden. Ki ces grands hommes d'état revenaient sur terre, ne seraient-ils pas surpris de nous voir encore au même point et remplis d’apathie, qua-

‘ante ans après leurs patriotiques encouragements ?

[ne faut pas se méprendre sur notre chauvinisme. Tout en aimant la France comme un fils aime sa mère, je crois que pas un Canadien-Français ne me reprendra si je dis que nous préférons les méthodes anglaises d’administrer et de gouverner les colonies, en leur accordant un semblant de liberté constitutionnelle, avec gouvernement responsable, aux vieilles routines françaises, qui sont aujourd’hui encore, semblables à celles qui permirent à l'infâme Bigot de perdre la Nouvelle-France. Le Canada jouit au moins d’une demi-liberté, tandis que la France administre ses colonies de Paris et retarde

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