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Chapitre 5

Le lendemain matin, il s’éveilla avec des idées un peu confuses ; en voyant des arbres devant sa fenêtre, il ne savait plus bien où il se trouvait ; le sifflement modulé d’un paysan qui faisait boire son cheval dans le ravin lui rappela qu’il avait quitté la ville ; en un clin d’œil il fut debout et ouvrit la fenêtre, qui laissa entrer un torrent d’air tiède et parfumé. Souratine, qui se promenait dans le parterre, leva la tête au bruit, et lui fit un signe amical.

— Tania, cria-t-il à sa femme, notre hôte est réveillé.

Celle-ci mit la tête à la fenêtre de la salle à manger pour répondre à son mari. Orianof entendait sa voix, mais la disposition de la maison ne lui permettait pas de la voir.

— Cela prouve au moins qu’il n’est pas mort, répondit-elle avec un grand sérieux. Je pensais déjà à envoyer prévenir les autorités pour enfoncer la porte.

— Ai-je dormi si longtemps, madame ? cria Orianof à son tour.

— Regardez votre montre.

Il courut à sa table, où il avait déposé sa montre la veille au soir.

— Arrêtée ! dit-il en se remettant à la fenêtre. J’ai oublié de la remonter. Quelle heure est-il ?

— Onze heures ! répondit madame Souratine avec une satisfaction pleine de malice.

Maxime se retira de la fenêtre comme s’il avait reçu une douche en pleine figure. Cinq minutes après, il apparut dans l’antichambre, fort honteux, et se retournant avec inquiétude toutes les fois qu’il entendait craquer le plancher. Pas un seul domestique ! Il avait l’air de plus en plus penaud. Souratine entra, revenant du jardin.

— Vous avez l’air d’un homme qui va se noyer, dit-il à son hôte effaré ; que cherchez-vous si piteusement ?

— Ma valise ! s’écria Maxime. Regardez comme je suis fait !

La poussière du voyage, jointe à la rosée du soir, avait en réalité fort maltraité son costume.

— Je ne puis pas me présenter ainsi, continua-t-il en éclatant de rire à sa propre figure, qu’il aperçut réfléchie dans une glace.

— La voilà, votre valise, dit la voix de Tatiana Pétrovna sortant de la salle à manger. La voilà qui fait son entrée triomphale dans la cour, perchée sur le chariot des provisions.

— Ne me regardez pas, madame ! s’écria Orianof. Attendez encore dix minutes.

Un quart d’heure après il fit son apparition, bien vêtu, bien rasé, une cravate de couleur tendre nouée sous le menton. Madame Souratine, après lui avoir jeté un coup d’œil moitié ironique, moitié approbateur, lui dit :

— Tenez, voilà votre café, paresseux. Bonjour, monsieur, avez-vous passé une bonne nuit sous notre toit ?

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