‹ Aimée Villard, fille de FranceChapitre 17 sur 32 · XVI

XVI

Un mois passa. Le mur de la terre de la Pie était reconstruit à neuf et couvert de tuiles qui le préserveraient du mauvais temps.

Courteux ne tarda pas à venir à la Genette annoncer cette nouvelle. Il entra dans la maison, prit une chaise sans qu’on la lui offrît et dit à la mère Villard qui était seule au logis, en ce moment:

--Je vous porte la note des maçons pour le mur. Ça monte à deux cent dix-huit francs et cinq sous. Mais ne vous ennuyez pas, j’en payerai la moitié, car le mur est aussi bien à moi qu’à vous.

La mère gémit:

--Ah! misère, vous savez faire que des méchancetés à nous autres qui avons tant de peine.

Il se rengorgea et déclara qu’il y avait été bien obligé. Il ne fallait pas chercher de la méchanceté où il n’en était pas plus que dans le creux de la main.

--Je n’entends rien à tout ça. Villard est à Rieux avec Fansat rapport à un petit veau et Aimée est à Lascaud. Patiente, ils vont s’en revenir, car il est bientôt midi.

Elle continua d’apprêter le repas. Un bon petit poulet rôtissait sur un lit de céleri.

--Tu te nourris bien, gronda Courteux. Chez moi, les pommes de terre font la ronde avec les haricots.

Comme elle allait répondre, Villard et Fansat rentrèrent.

--Que nous veux-tu? dit le vieux sans même s’asseoir.

--C’est rapport au papier des maçons pour la relevée du mur. Ça monte à deux cent dix-huit francs et cinq sous, ce qui fait cent neuf francs pour chacun ... Pour les cinq sous, j’en donnerai trois pour arranger la chose. Je suis bon homme.

--Tu es bon homme, on le sait, repartit Villard. Mais tu peux plier ton papier dans ton gilet. On n’a rien à payer là-dedans.

Courteux se leva, la face empourprée:

--Alors, vous voulez point payer?

--Allez voir dehors si le coucou chante comme le merle, dit Fansat impatienté.

Courteux descendit deux par deux les marches de la terrasse en assurant que l’on aurait de ses nouvelles. Et pour décocher une belle injure, il hurla:

--Mangeurs de poulets!

Quatre jours après, Villard reçut une assignation à se présenter devant le juge de paix de Bellac. Il se rendit à la ville, en carriole, au jour fixé.

Courteux exposa son affaire sur un ton aigre-doux; les mains cachées dans les poches de sa blouse, il se trémoussa, mais en vain.

«Le mur mitoyen, déclara le juge, ne soutenait pas un bâtiment appartenant à Villard. Courteux avait jugé bon de le faire reconstruire, mais Villard n’était nullement tenu d’y contribuer, pas même dans la proportion de la plus-value que le mur acquérait, du fait de la reconstruction. Les frais devaient rester entièrement à la charge de celui qui les avait occasionnés. Et encore Courteux, en projetant une énorme pierre, l’avait fait s’écrouler volontairement à un endroit.»

--Mais y ne tenait point, monsieur le juge de paix, je vous le certifie!

Il répéta dix fois cette phrase, en arrondissant ses yeux qui ne clignotaient plus, tant il était ému. Mais il dut s’en aller déconfit.