‹ Aimée Villard, fille de FranceChapitre 18 sur 32 · XVII

XVII

On se gaussa dans la contrée de ce faiseur de procès. Il perdait son prestige d’homme malin, acquis par tant de ruses. Il jura de se venger; des jours entiers, il y songea, la tête dans ses mains; un premier échec l’avait rendu prudent. Il eut des idées qui ne lui faisaient pas beaucoup d’honneur. Comme il menait ses vaches paître dans une prairie voisine d’un champ de choux qui appartenait au bien de la Genette, il laissa brouter les légumes en comprenant qu’il faisait une bêtise et risquait trop d’être découvert. Sa rage ne pouvait s’apaiser. Il enfonça de longues pointes dans les pommiers de Villard, à la hâte, quand il était sûr de n’être pas vu. Un moment, il rêva d’amorcer un procès en détournant soi-même un ruisseau qui traversait la Genette et venait irriguer la Grangerie, pour se plaindre ensuite de manquer d’eau. Mais il eut peur d’être déjoué. Il poussa la folie jusqu’à porter nuitamment, à pas de loup, quelques jeunes lapins dans le potager de la Genette, afin qu’ils broutassent les légumes sans que l’on sût à qui s’en prendre.

Un soir pluvieux, comme il errait, tracassé par de mauvaises pensées, dans les terres de la Genette, il se trouva brusquement en face de Lionnou Fansat. Il eut un premier mouvement de recul, mais Fansat le saisit solidement au col de sa veste, et dans sa figure hérissée, les yeux brillaient clair.

--Ne recommencez point ces amusements, vieux! Ça vous coûterait cher et je vous baillerais une volée qui vous donnerait envie de vous reposer. Et merci pour les lapins, on en fera de bons civets.

Courteux bégaya, demandant grâce et feignant une grande surprise.