‹ Aimée Villard, fille de FranceChapitre 22 sur 32 · XXI

XXI

Le temps approchait où l’on arracherait les pommes de terre. La campagne était roussie, et par grandes étendues, l’automne poussait son feu encore secret. On voyait mieux le mouvement de la branche des arbres qui retenaient un feuillage plus lourd. Le travail des eaux et du soleil préparait la vieille magie dans ces solitudes que le cri d’un oiseau inconnu déchire. Depuis qu’elle était moissonnée, la terre semblait s’éloigner de l’homme et découvrir sa face éternelle. Les étangs n’étaient plus des miroirs que l’on brisait en y pêchant des liasses de poissons, mais des boucliers d’argent que les chevaliers du ciel avaient jetés dans la prairie: une merveilleuse paix en était conclue au sommet des airs.

Dans les éloignements, sous la feuille enroulée avec une dernière puissance, l’horizon prenait la couleur fondue des bruyères, des fruits, de la fougère brûlée; des arceaux irréels s’ouvraient à l’aube dans des fumées blanches qui montaient des herbages, et la nuit, s’élevaient des portes de légendes.

Aimée n’était pas insensible à cette poésie éparse et changeante, mais elle goûtait simplement le haut repos de la saison.