XXVII
L’automne parut tout à fait. En ce pays d’eaux vives, où la feuille des arbres est d’un vert puissant, il alluma ses couleurs. On voyait, dans des profondeurs de châtaigneraies et de taillis, s’enfoncer des traits ardents qui se brisaient en parcelles d’ors et de rouilles. Et ce fut une grande pluie de lumière qui changeait les feuilles en fleurs. La terre s’enchantait comme si un étrange soleil montait d’elle sous un ciel fermé. Et la couleur courait au fond des bois, plus émouvante que la chanson des cors.
Un matin d’octobre finissant, Clémentine Queyroix conduisit son frère à la Genette.
Aimée le vit monter les marches de la terrasse d’un pas solide, et il souriait. Il était grand et musclé; ses regards, dans une figure brune, allaient droit, avec une franchise claire.
--Tu vois, c’est mon frère! s’écria Clémentine.
Martial Queyroix salua Aimée, à la façon plaisante des campagnes.
Ils entrèrent. La mère fit fête au nouveau venu.
--Tu as forci, petit, dit-elle, et le soleil de là-bas t’a cuit la peau.
Le vieux Villard se leva du banc à sel où il était tassé. Il considéra Martial d’un œil qui devenait guilleret et il hocha de la tête pour approuver:
--Je t’ai connu gros comme deux radis et te voilà à cette heure fièrement tourné.
On prit place autour de la table; la mère alla chercher une bouteille de vin bouché.
Martial parlait, avec une sorte d’avidité heureuse, des jours de garnison, en ces pays du diable, secs comme de l’amadou; et sous le regard attentif d’Aimée, il ne manquait pas de se vanter un peu. Il s’écria:
--Ça fait du contentement de s’en revenir chez nous!
Aimée gardait le silence; elle écoutait. Martial se mit à rire pour cacher le trouble qui le prenait sous les yeux de cette fille bonne et belle. Il devint grave:
--Vous avez eu bien de la peine, m’a dit Clémentine. Ah! si j’avais été là, pour vous prêter la main! Mais tout est en place, à cette heure, dans votre maison. Je me suis laissé dire, Aimée, que vous aviez peiné plus que vous ne pouviez ...
--Oh! non! J’ai fait ce que j’ai pu, seulement ...
Le vieux Villard dit avec lenteur, comme s’il soupesait ses mots:
--Mon fi, tu pourras nous aider, si tu veux. Nous en serons contents. Il y a toujours de la besogne à faire et Fansat en a plein sa charge.
Martial ne répondit pas, car il ne pouvait détacher ses regards du visage d’Aimée.
Il repartit vers Lascaud avec Clémentine qui se sentait bien légère.
Nonot, avant qu’il passât le seuil, lui avait glissé dans la poche de sa veste une grosse pomme rouge.