XXVIII
Aimée et Martial se rencontrèrent, à la faveur des premières veillées, à la Genette ou dans les chemins solitaires des champs. Le temps était venu d’arracher les pommes de terre. Humble travail sous le ciel gris de l’automne dont le feu s’éteint vite. Les hommes piochaient à l’endroit où se voyait à peine un bout de tige brûlé par le soleil. Le pied livrait ses tubercules pressés. Aimée, sa mère, le vieux, les petits, les rassemblaient par paniers de bois que l’on versait dans des sacs entassés sur le tombereau. Chaque sillon était suivi avec soin; peu de paroles étaient dites. Nonot et ses petites sœurs se pliaient à la vieille discipline; mais la charrette chargée, on s’en revenait en devisant gaiement. Aimée et Martial restaient un peu en arrière et ils se prenaient par la main.