‹ Aimée Villard, fille de FranceChapitre 6 sur 32 · V

V

La semaine blanche de Pâques était passée. A la Genette, la mère Villard ne retrouvait aucun courage. Elle mangeait peu, somnolait le jour et veillait la nuit où la peine s’aiguise mieux dans le silence. L’offre que Courteux avait faite, elle ne l’oubliait pas. A quoi serviraient désormais champs et terres, sans bras pour les travailler? Avec l’argent qu’elle tirerait de la vente, elle mènerait jusqu’à l’âge d’homme le petit Jeannot. L’important était de manger du pain, en attendant l’éclaircie. Aimée pourrait apprendre le métier de couturière.

Maints projets tournaient dans sa tête; puis elle retombait vite à ses doutes et à sa douleur. Pourtant elle s’étonnait quand elle voyait, chaque jour, Aimée qui allait et venait dans la maison, l’animait, veillait à toutes choses, préparait les repas, chauffait même le four, et amusait les petits à leur retour de classe, toujours levée avant l’aube et couchée à la nuit bien close. Une grande émotion lui venait de cette enfant robuste d’âme et de corps.

--Je peux guère t’aider, ma Aimée! Comment peux-tu faire?

Mais elle répondait si paisiblement avec une force tellement sûre que la mère souriait. C’était donc une fée que cette petite qui repoussait le malheur et le fixait d’un regard si clair?

Le vieux Villard, que les rhumatismes tourmentaient, avait quitté le coin du feu pour plaire à sa petite-fille. Il menait les bêtes au champ et leur donnait le fourrage. Il travaillait en gémissant; il n’y avait plus d’huile dans son vieux corps, disait-il, et il était rouillé à tous les joints; mais quand Aimée le remerciait en le baisant sur sa barbiche, il en était réchauffé.

Elle avait appris à Vone et Tine à s’occuper en revenant de classe. Vone savait maintenant tenir un balai de genêt fait à sa mesure et Tine essuyait comme il fallait les assiettes, sans les casser. Nonot rassemblait pour le feu des brins de fagots qu’il mettait en tas. Aimée était heureuse en voyant ces petiots s’appliquer en tirant un bout de langue en cerise; mais ils n’osaient plus jouer à la barbichette avec le grand-père.

Quand Aimée était trop lasse et s’asseyait un moment près de la longue table de cerisier, Brunette venait lui faire fête; un pacte d’amitié les unissait. Elle l’avait vue des journées entières, chercher le défunt, le nez flairant le plancher, les meubles, avec un souffle pressé. Longtemps, elle mena ce manège, le poil hérissé, la queue basse, pleine d’une humble fidélité. Et ne découvrant pas le maître dans la maison, le cellier, la grange ou l’étable, elle sortait, courait longtemps les sentiers, humait l’air et revenait, lasse et triste, auprès d’Aimée en levant vers elle des prunelles dorées, qui l’interrogeaient ardemment. Aimée pleurait quelque temps en silence, essuyant ses yeux de peur qu’on ne la vît montrer sa douleur. Et sur ses genoux, Brunette appuyait son museau comme pour dire:

--Je pleure avec toi.